Les sujets d’actualité ne manquent pas. Ça fourmille même. Parthénogenèse ? In vitro ? Quels sont les sujets qui ont un réel intérêt ? A force de suivre l’actualité, je finis par ne plus bien savoir quel sujet est important. Quel fil dois-je suivre pour comprendre le sens de l’histoire ? Toutes ces traces doivent construire une direction, ou alors à quoi bon ? Quand je tente de deviner le vecteur directionnel de cet immense fourbis, je suis comme un parieur jouant à la roulette, j’utilise des séries qui n’ont de logique qu’a posteriori, elles n’ouvrent aucune perspective pour l’avenir, impossible de découvrir avec ces constructions quel sera le prochain numéro. Il n’existe pas de martingale, et en fin de compte toute théorie qui lie hasard et gain débouche inévitablement sur une perte. Des théoriciens de l’Histoire veulent croire que « ça » avance vers quelque chose qui sera toujours positif. Ce que nous appelons le progrès. Que les séries qui s’inscrivent peuvent se définir comme ayant une somme positive.
Evidemment, y’a des processus. Le dépérissement du travail, l’accumulation du capital, le progrès technique, le désenchantement du monde, l’unification de l’Histoire… mais tous ces processus, ces vecteurs historiques, ne sont validés que sur de courtes périodes. Imaginez le monde si le modèle Athénien avait triomphé de l’Histoire ! Il est possible de constituer des futuribles, à partir de processus concurrents, mais aucun de ces futurible ne s’imposera définitivement. Il est possible d’avoir une idée de ce qui va advenir en trouvant les vecteurs les plus dynamiques, et en observant bien ce qui en est train de se passer, il est possible de les définir. Un travail d’enquête passionnant mais qui nécessite plus que la lecture d’un simple quotidien. N’ayant pas les moyens techniques et intellectuels pour un tel travail, je ne peux utiliser qu’une seule méthode : la rêverie.
D’où parfois ces délires autour d’un sujet souvent quelconque. Par exemple, prenons les élections aux Etats-Unis. Je ne sais pas grand-chose sur les Etats-Unis, ses mœurs, son histoire, son organisation politique, mais à force de pratiquer l’actualité américaine, à force de lire des analyse concurrentes sur ce qui s’y passe, à force d’accumuler des informations souvent secondaires et très rarement de première main, il m’est possible d’imaginer une victoire claire et nette des républicains à la prochaine présidentielle. De la partie la plus conservatrice de ce parti. L’opinion publique américaine est travaillée par la peur, l’incertitude de l’avenir, la crainte du dépérissement de son modèle. C’est en plus grand ce qui s’est passé en France. Les Démocrates, comme le Parti Socialiste l’année dernière, sont incapables (pour l’instant, mais rien de vient le contredire) de faire vibrer l’opinion publique américaine. Pourtant le bilan de l’administration Bush fils, comme l’était celui de Chirac, est particulièrement désastreux. Qui fera vibrer l’imagination de l’Amérique majoritaire ?
Il est possible de faire l’analyse inverse. Et avoir raison. Précision importante tout de même, je ne dis pas ça parce que je me serais levé du pied gauche, ou parce qu’il fait gris dehors, mais parce que je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Je n’y échappe pas, encore un pari…
1.10.2008
1.09.2008
Libération, 9 janvier 2008
J’dis pas qui s’pass’ rien, mais d’là à dire qui s’pass’ que’qu’chose…
Pendant ce petit mois à cheval entre deux années, j’ai un peu feuilleté la presse, vu les journaux télévisés, j’ai pratiqué l’actualité de manière un peu différente. Rien de remarquable. Et reprendre la lecture quotidienne de Libé m’a fait du bien. J’ai retrouvé mes marques. L’actualité est une habitude en fin de compte, au même titre que le café du matin, ou celle de se laver les cheveux une fois tous les deux jours. Ça rythme. Quelque chose s’achève quand la quatrième de couv’ a été parcourue, que le journal se retrouve plié à mes pieds, et autre chose peut commencer. J’ai eu sous les yeux toute la matinée ce titre de Libé « L’escamoteur » qui résume pour ce journal la conférence donnée hier par monsieur Sarkozy. Et cela m’a rappelé quelques petites choses.
Il est de tradition à droite de parler de culture pour faire oublier le reste. J’ai ce souvenir bien précis d’un de mes professeurs, du temps de mes études, qui critiquait ma génération la traitant de génération de l’avoir et non plus de l’être. Nous ne cherchions que le bonheur matériel, posséder des biens et nous oubliions ce qu’était la véritable richesse : la culture. Venant de cet homme, que j’ai appris à connaître plus tard, c’était la pire des hypocrisies. Il n’avait de culture que celle du pouvoir et cherchait par tous les moyens à en accumuler toujours plus. L’orgueil que sa foi condamnait (il était très croyant) était chez lui une pratique quotidienne. Mais il n’était pas le seul à professer ces âneries. Un seul de ces professeurs de droite, si bien intentionnés, avait ce réel soucis d’enseigner ce que l’on nomme les humanités à ses étudiants. « Sodome est sauvée » disait-il souvent quand un seul savait, rachetant l’ignorance des autres.
Et monsieur Sarkozy dans tout ça ? Edgar Morin, pour qui j’ai une réelle estime, aurait inspiré (Emmanuel Todd en sait quelque chose) cette belle sentence « politique de civilisation » au président en exercice. Mais chez lui, c’est le cœur d’une action politique, dont le but est de recréer du lien entre les citoyens. Tout simplement. Cela implique un lourd travail de redéfinition de la civilisation occidentale. Un truc énorme qui ressemble bien à Edgar Morin, intellectuellement bien évidemment. Melle Laguiller a très simplement défini ce que l’administration actuelle entendait par cette formule : « Il n’y a que la volonté réaffichée de servir les plus riches et de mystifier les classes populaires. » Rien de neuf sous le soleil donc. Un de mes profs avait écrit cette formule tout aussi claire : « les étudiants se font enculer par des prêtres dans les chiottes de la pensée », je crains tout de même que la prêtrise sarkozienne n’ait raison des fondements de la pensée de Monsieur Morin.
J’dis pas qui s’pass’ rien, mais d’là à dire qui s’pass’ que’qu’chose…
Pendant ce petit mois à cheval entre deux années, j’ai un peu feuilleté la presse, vu les journaux télévisés, j’ai pratiqué l’actualité de manière un peu différente. Rien de remarquable. Et reprendre la lecture quotidienne de Libé m’a fait du bien. J’ai retrouvé mes marques. L’actualité est une habitude en fin de compte, au même titre que le café du matin, ou celle de se laver les cheveux une fois tous les deux jours. Ça rythme. Quelque chose s’achève quand la quatrième de couv’ a été parcourue, que le journal se retrouve plié à mes pieds, et autre chose peut commencer. J’ai eu sous les yeux toute la matinée ce titre de Libé « L’escamoteur » qui résume pour ce journal la conférence donnée hier par monsieur Sarkozy. Et cela m’a rappelé quelques petites choses.
Il est de tradition à droite de parler de culture pour faire oublier le reste. J’ai ce souvenir bien précis d’un de mes professeurs, du temps de mes études, qui critiquait ma génération la traitant de génération de l’avoir et non plus de l’être. Nous ne cherchions que le bonheur matériel, posséder des biens et nous oubliions ce qu’était la véritable richesse : la culture. Venant de cet homme, que j’ai appris à connaître plus tard, c’était la pire des hypocrisies. Il n’avait de culture que celle du pouvoir et cherchait par tous les moyens à en accumuler toujours plus. L’orgueil que sa foi condamnait (il était très croyant) était chez lui une pratique quotidienne. Mais il n’était pas le seul à professer ces âneries. Un seul de ces professeurs de droite, si bien intentionnés, avait ce réel soucis d’enseigner ce que l’on nomme les humanités à ses étudiants. « Sodome est sauvée » disait-il souvent quand un seul savait, rachetant l’ignorance des autres.
Et monsieur Sarkozy dans tout ça ? Edgar Morin, pour qui j’ai une réelle estime, aurait inspiré (Emmanuel Todd en sait quelque chose) cette belle sentence « politique de civilisation » au président en exercice. Mais chez lui, c’est le cœur d’une action politique, dont le but est de recréer du lien entre les citoyens. Tout simplement. Cela implique un lourd travail de redéfinition de la civilisation occidentale. Un truc énorme qui ressemble bien à Edgar Morin, intellectuellement bien évidemment. Melle Laguiller a très simplement défini ce que l’administration actuelle entendait par cette formule : « Il n’y a que la volonté réaffichée de servir les plus riches et de mystifier les classes populaires. » Rien de neuf sous le soleil donc. Un de mes profs avait écrit cette formule tout aussi claire : « les étudiants se font enculer par des prêtres dans les chiottes de la pensée », je crains tout de même que la prêtrise sarkozienne n’ait raison des fondements de la pensée de Monsieur Morin.
J’dis pas qui s’pass’ rien, mais d’là à dire qui s’pass’ que’qu’chose…
12.09.2007
Libé, 9 décembre
Une ouverture vers l’avenir (titre ironique)
Il est possible de définir simplement les buts du gouvernement actuel :
- privatiser les derniers secteurs publics
- fournir au patronat une main d’œuvre soumise
D’où ce nom de gouvernement d’ouverture. Ouverture vers une libéralisation complète de l’économie, masquée par un simulacre d’ouverture politique.
Détruire les tentatives d’organisation des plus faibles en montrant que tout leader sorti du peuple est achetable (Amara), en isolant les plus faibles (Hortefeux et Boutin), en détruisant les protections en place (Bertrand et Dati) et en masquant le tout avec quelques petits messieurs (dont Kouchner).
Les régimes spéciaux… C’est General Motors qui m’a remis la puce à l’oreille. Ce géant de l’industrie américaine avait failli disparaître à cause du poids des pensions de l’entreprise (les retraites et la santé des ouvriers dépendent de ses fonds). Les régimes spéciaux de la SNCF, d’EDF ou même de l’Opéra de Paris empêchent ces entreprises d’être privatisées, le poids des pensions devenant trop lourd sans le soutien de l’Etat (de la Caisse des dépôts notamment.) En les intégrant au régime général, ce poids disparaît, elles deviennent de ce fait privatisables plus facilement. Aux Etats-Unis, l’Etat Fédéral est venu en aide à GM en finançant une partie des pensions qui restaient attachées à l’entreprise. En France, ce seraient ces mêmes pensions qui seraient détachées.
On peut imaginer une autre finalité : en généralisant les régimes généraux (en détruisant tout régime spécial si vous préférez) le gouvernement préparerait une généralisation des régimes particuliers en « définançant » (comment le dire autrement ?) les régimes généraux. On irait vers la fin de notre système de protection sociale par répartition. On peut imaginer par la suite la généralisation des régimes par capitalisation.
Par ailleurs, l’autre grande tâche du gouvernement est de « démodeler » le droit du travail en le rendant le plus illisible possible et d’isoler les justiciables. Bref offrir au patronat une main d’œuvre éclatée et sans droits. Un cauchemar en train de se construire sous nos yeux, lentement, pièce par pièce. Il est possible d’imaginer à terme une véritable privatisation de la justice. Ce qui avait été tenté par le gouvernement Chirac dans les années 80.
J’oubliais ! Il n’y a pas de Libé le dimanche.
Il est possible de définir simplement les buts du gouvernement actuel :
- privatiser les derniers secteurs publics
- fournir au patronat une main d’œuvre soumise
D’où ce nom de gouvernement d’ouverture. Ouverture vers une libéralisation complète de l’économie, masquée par un simulacre d’ouverture politique.
Détruire les tentatives d’organisation des plus faibles en montrant que tout leader sorti du peuple est achetable (Amara), en isolant les plus faibles (Hortefeux et Boutin), en détruisant les protections en place (Bertrand et Dati) et en masquant le tout avec quelques petits messieurs (dont Kouchner).
Les régimes spéciaux… C’est General Motors qui m’a remis la puce à l’oreille. Ce géant de l’industrie américaine avait failli disparaître à cause du poids des pensions de l’entreprise (les retraites et la santé des ouvriers dépendent de ses fonds). Les régimes spéciaux de la SNCF, d’EDF ou même de l’Opéra de Paris empêchent ces entreprises d’être privatisées, le poids des pensions devenant trop lourd sans le soutien de l’Etat (de la Caisse des dépôts notamment.) En les intégrant au régime général, ce poids disparaît, elles deviennent de ce fait privatisables plus facilement. Aux Etats-Unis, l’Etat Fédéral est venu en aide à GM en finançant une partie des pensions qui restaient attachées à l’entreprise. En France, ce seraient ces mêmes pensions qui seraient détachées.
On peut imaginer une autre finalité : en généralisant les régimes généraux (en détruisant tout régime spécial si vous préférez) le gouvernement préparerait une généralisation des régimes particuliers en « définançant » (comment le dire autrement ?) les régimes généraux. On irait vers la fin de notre système de protection sociale par répartition. On peut imaginer par la suite la généralisation des régimes par capitalisation.
Par ailleurs, l’autre grande tâche du gouvernement est de « démodeler » le droit du travail en le rendant le plus illisible possible et d’isoler les justiciables. Bref offrir au patronat une main d’œuvre éclatée et sans droits. Un cauchemar en train de se construire sous nos yeux, lentement, pièce par pièce. Il est possible d’imaginer à terme une véritable privatisation de la justice. Ce qui avait été tenté par le gouvernement Chirac dans les années 80.
J’oubliais ! Il n’y a pas de Libé le dimanche.
12.05.2007
Libé, 5 décembre
Jusqu’à la nausée. Je pense parfois au cercle de la merde du Salo de Pasolini. On a beau savoir comment ça fonctionne, que ça marche comme ça depuis une foultitude de temps, ça reste de la merde. Elu déjà depuis une grosse poignée de mois, Monsieur Sarkozy n’a fait que favoriser ses amis et écraser les plus faibles d’entre nous. Et Libé (entre autres) continue de gloser sur le projet de loi sur le pouvoir d’achat, sur le « choc de croissance », sur Fadela Amara et alii. Bien sûr, débattre c’est bien, c’est nécessaire, il faut préférer l’affrontement des points de vue, mais parfois, c’est dur. Et le pire dans cette comédie, c’est que j’ai quelques amis qui sont sarkozystes (soft mais tout de même) et qu’il faut que je garde mon calme quand on parle politique. La dialectique (que j’aime bien résumer comme « l’art de faire la part des choses ») c’est bien mais parfois ça fait vraiment chier.
Sinon Platoche est pas si con que ça, en fait. Très sensé même. Il a accordé une entrevue intéressante à Libé sur sa politique à la tête de l’UEFA. Il cause gros sous, mais surtout, et c’est tout à fait remarquable, il parle football, une très belle langue lorsqu’on en maîtrise la grammaire. Après, c’est juste une question de vocabulaire. Cette entrevue me conforte dans l’idée que Libé est devenu un excellent journal sportif. Et c’est écrit sans ironie.
Dans le Libé d’hier, dossier très clair sur le Darfour. Comment se fabrique un massacre. Rien de spontané ou de naturel, il n’y a pas de fatalité en ces choses, pas non plus de projets bien arrêtés, cela se fabrique au fil du temps, sur des lignes plus ou moins faibles, ça avance. Au Darfour il a suffit d’une année pour que 200 000 personnes périssent. Et la bienveillance (la non-malveillance) des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Comme au bon vieux temps.
Pour finir cette belle phrase de Monsieur Jouyet, le petit pendant de Monsieur Levitte, le Foccard de Monsieur Sarkozy, au sujet des félicitations officielles adressées au Tsar : il dit « ne pas voir de contradiction entre le fait de faire entendre partout la voix de la France en ce qui concerne la défense des droits de l’Homme et assurer le développement économique. » Salo !!
Sinon Platoche est pas si con que ça, en fait. Très sensé même. Il a accordé une entrevue intéressante à Libé sur sa politique à la tête de l’UEFA. Il cause gros sous, mais surtout, et c’est tout à fait remarquable, il parle football, une très belle langue lorsqu’on en maîtrise la grammaire. Après, c’est juste une question de vocabulaire. Cette entrevue me conforte dans l’idée que Libé est devenu un excellent journal sportif. Et c’est écrit sans ironie.
Dans le Libé d’hier, dossier très clair sur le Darfour. Comment se fabrique un massacre. Rien de spontané ou de naturel, il n’y a pas de fatalité en ces choses, pas non plus de projets bien arrêtés, cela se fabrique au fil du temps, sur des lignes plus ou moins faibles, ça avance. Au Darfour il a suffit d’une année pour que 200 000 personnes périssent. Et la bienveillance (la non-malveillance) des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Comme au bon vieux temps.
Pour finir cette belle phrase de Monsieur Jouyet, le petit pendant de Monsieur Levitte, le Foccard de Monsieur Sarkozy, au sujet des félicitations officielles adressées au Tsar : il dit « ne pas voir de contradiction entre le fait de faire entendre partout la voix de la France en ce qui concerne la défense des droits de l’Homme et assurer le développement économique. » Salo !!
12.03.2007
Libé, 3 décembre
Fin de l’interlude. Ou de l’intermède. Durant ces quelques jours, quelques articles intéressants. Pas toujours pour les meilleures raisons. Dans la semaine donc…
Libé a « répondu » au Time qui annonçait la fin de la culture française. La mort de la culture française. L’attaque était dérisoire, les exemples absurdes, la démonstration étique, et le style… j’ai pu apprécier (peut-être pour la première fois) ce qu’est un article écrit en mauvais anglais. De la part d’un magazine de classe internationale, c’est à peine compréhensible. Et puis leur sarkophilie devient insupportable. La fin de mon abonnement au Time. La mort de mon abonnement etc.
Larrouturou, Larouturrou, Larouturou, laroutturou… bref, puisqu’Al Gore est Nobel de la paix, Larrouturou mériterait le Nobel d’économie. Un exposé bien fichu sur la crise du capitalisme. A force d’annoncer les fins de trucs et de machins, y’en a bien une qui finira par arriver. Et puis même si on annonce ça avec 50 ou 100 ans d’avance… en plus on passera pour visionnaire. Alors j’annonce la fin de l’Internet ! Je prends une option. Je développerai plus tard. Donc l’hyperlibéralisme conduit le monde à sa perte. C’est écrit dans les courbes, c’est une tendance qui force cette conclusion, c’est simplement logique parce qu’inévitable. Soit. Nous devons tous finir depuis tant de temps que je m’étonne chaque matin (ou ce qui en fait office) de lire le journal, un café à la main et de ne voir réduit en cendres que ma clope.
Comment que ça marche tout ce bazar ? Parons au plus pressé, faisons simple, glanons… « Le discours capitaliste est le substitut du discours du maître : Il y a juste une inversion entre le signifiant maître S1 et le sujet $. "C'est follement astucieux". Il a été inventé par Marx. Tout ce dont il s'agit dans le discours c'est uniquement la plus-value. La plus-value c'est la forme scientifique du "plus-de-jouir". L'exploitation du désir est la grande invention du discours capitaliste. "On ne pouvait rien faire de mieux pour que les gens se tiennent un peu tranquilles, et d'ailleurs on a obtenu le résultat. C'est beaucoup plus fort qu'on ne le croit. Heureusement qu'il y a la bêtise qui va peut-être tout foutre en l'air". » Folles espérances…
Sinon, ce soir y’a Ségo en concert au Théâtre du Rond-Point. J’hésite encore un peu, je trouve trop facilement quoi faire de plus intéressant… Mon plus-de-jouir à moi.
Libé a « répondu » au Time qui annonçait la fin de la culture française. La mort de la culture française. L’attaque était dérisoire, les exemples absurdes, la démonstration étique, et le style… j’ai pu apprécier (peut-être pour la première fois) ce qu’est un article écrit en mauvais anglais. De la part d’un magazine de classe internationale, c’est à peine compréhensible. Et puis leur sarkophilie devient insupportable. La fin de mon abonnement au Time. La mort de mon abonnement etc.
Larrouturou, Larouturrou, Larouturou, laroutturou… bref, puisqu’Al Gore est Nobel de la paix, Larrouturou mériterait le Nobel d’économie. Un exposé bien fichu sur la crise du capitalisme. A force d’annoncer les fins de trucs et de machins, y’en a bien une qui finira par arriver. Et puis même si on annonce ça avec 50 ou 100 ans d’avance… en plus on passera pour visionnaire. Alors j’annonce la fin de l’Internet ! Je prends une option. Je développerai plus tard. Donc l’hyperlibéralisme conduit le monde à sa perte. C’est écrit dans les courbes, c’est une tendance qui force cette conclusion, c’est simplement logique parce qu’inévitable. Soit. Nous devons tous finir depuis tant de temps que je m’étonne chaque matin (ou ce qui en fait office) de lire le journal, un café à la main et de ne voir réduit en cendres que ma clope.
Comment que ça marche tout ce bazar ? Parons au plus pressé, faisons simple, glanons… « Le discours capitaliste est le substitut du discours du maître : Il y a juste une inversion entre le signifiant maître S1 et le sujet $. "C'est follement astucieux". Il a été inventé par Marx. Tout ce dont il s'agit dans le discours c'est uniquement la plus-value. La plus-value c'est la forme scientifique du "plus-de-jouir". L'exploitation du désir est la grande invention du discours capitaliste. "On ne pouvait rien faire de mieux pour que les gens se tiennent un peu tranquilles, et d'ailleurs on a obtenu le résultat. C'est beaucoup plus fort qu'on ne le croit. Heureusement qu'il y a la bêtise qui va peut-être tout foutre en l'air". » Folles espérances…
Sinon, ce soir y’a Ségo en concert au Théâtre du Rond-Point. J’hésite encore un peu, je trouve trop facilement quoi faire de plus intéressant… Mon plus-de-jouir à moi.
11.22.2007
Libé, 22 novembre
A force de prendre du recul sur un problème, certaines perspectives changent de manière parfois radicale. Outre le danger de chute, il existe celui de ne plus voir l’objet qui suscitait ce mouvement très raisonnable, au premier abord, d’observation plus générale. Une perspective, c’est un risque. Et chacune a son piège. La France est un pays riche.
Si l’on fait une moyenne, un Français gagne 1900 euros par mois (!!). L’inflation est d’à peu près 2% par an. 8% de la population active est au chômage et 13% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. « On » est au-dessus de la moyenne européenne. J’ai même eu l’occasion de voir un film dans lequel il est dit expressément que la France est un pays de gens heureux et sans problèmes (Sicko de Michaël Moore). C’est une question de perspective. Si le Français est une entité statistique moyenne, il n’a que des raisons de se réjouir, puisqu’il n’affronte que des moyennes. Mais comme le Français est râleur, il saisit la moindre occasion de sortir dans la rue manifester. Sans raisons valables, et pour défendre des avantages que le monde entier lui envie, ou devrait lui envier (dixit Michaël Moore). Les gens heureux sont raisonnables.
Les grèves actuelles ne seraient donc qu’un prurit très français, une tradition. Et ceux qui sont les font n’ont, au final, que de mauvaises raisons de les faire. Pourquoi se battre pour garder des avantages qui coûtent à ceux qui ne les ont pas ? De plus, les grèves ont un coût « exorbitant » qui correspond, d’après le patronat, au prix des avantages accordés (!!!) aux personnes qui les font. Bref, il faut être équitable, c’est-à-dire rentrer dans la moyenne. C’est la grande force de la moyenne, elle n’a pas d’histoire, elle est rationnelle, calculable et elle s’impose par son évidence.
Une chose m’a profondément choqué (et c’est rare). La défiscalisation des heures supplémentaires, cela veut dire que les entreprises ne paient pas certaines charges sur les heures supplémentaires travaillées par leurs salariés. Ce qui devait revenir aux différentes caisses de la Sécurité Sociale est donc offert aux entreprises (1,5€ revenant à chaque salarié par heure supplémentaire – gagner plus…), donc CNAV et CNAM sont spoliées. Cette défiscalisation appauvrit les deux caisses fondamentales de notre système de redistribution (celui qui fait passer la pauvreté statistique de 26% de la population à 13%). Les nouvelles heures supplémentaires participent à la destruction du système général de retraite (et ce n’est pas la seule technique employée pour atteindre ce but). Celui qu’il faut réformer paraît-il… Pour la fine bouche, le coût des régimes particuliers est équivalent au dixième des avantages fiscaux accordés par le gouvernement aux ménages les plus riches.
Juste une question de perspective. La France est un pays riche.
Si l’on fait une moyenne, un Français gagne 1900 euros par mois (!!). L’inflation est d’à peu près 2% par an. 8% de la population active est au chômage et 13% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. « On » est au-dessus de la moyenne européenne. J’ai même eu l’occasion de voir un film dans lequel il est dit expressément que la France est un pays de gens heureux et sans problèmes (Sicko de Michaël Moore). C’est une question de perspective. Si le Français est une entité statistique moyenne, il n’a que des raisons de se réjouir, puisqu’il n’affronte que des moyennes. Mais comme le Français est râleur, il saisit la moindre occasion de sortir dans la rue manifester. Sans raisons valables, et pour défendre des avantages que le monde entier lui envie, ou devrait lui envier (dixit Michaël Moore). Les gens heureux sont raisonnables.
Les grèves actuelles ne seraient donc qu’un prurit très français, une tradition. Et ceux qui sont les font n’ont, au final, que de mauvaises raisons de les faire. Pourquoi se battre pour garder des avantages qui coûtent à ceux qui ne les ont pas ? De plus, les grèves ont un coût « exorbitant » qui correspond, d’après le patronat, au prix des avantages accordés (!!!) aux personnes qui les font. Bref, il faut être équitable, c’est-à-dire rentrer dans la moyenne. C’est la grande force de la moyenne, elle n’a pas d’histoire, elle est rationnelle, calculable et elle s’impose par son évidence.
Une chose m’a profondément choqué (et c’est rare). La défiscalisation des heures supplémentaires, cela veut dire que les entreprises ne paient pas certaines charges sur les heures supplémentaires travaillées par leurs salariés. Ce qui devait revenir aux différentes caisses de la Sécurité Sociale est donc offert aux entreprises (1,5€ revenant à chaque salarié par heure supplémentaire – gagner plus…), donc CNAV et CNAM sont spoliées. Cette défiscalisation appauvrit les deux caisses fondamentales de notre système de redistribution (celui qui fait passer la pauvreté statistique de 26% de la population à 13%). Les nouvelles heures supplémentaires participent à la destruction du système général de retraite (et ce n’est pas la seule technique employée pour atteindre ce but). Celui qu’il faut réformer paraît-il… Pour la fine bouche, le coût des régimes particuliers est équivalent au dixième des avantages fiscaux accordés par le gouvernement aux ménages les plus riches.
Juste une question de perspective. La France est un pays riche.
11.16.2007
Libé, 16 novembre
Lorsqu’une grève survient, apparaît un personnage bien étrange : le gréviste. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à un autre personnage : le fumeur. Qui lui-même n’est pas trop éloigné du malade, du jeune… du fou. Un individu, complexe, avec son histoire, un nom, des goûts, une apparence physique qui est rarement la même d’un jour à l’autre, etc. est transformé en une chose qui le dépasse, mais qui dépasse également le locuteur qui le nomme ainsi (le non-fumeur, le psychiatre, le vieux, le médecin…). Il est soudain investi par quelque chose, sa substance même s’en retrouve modifiée. Ce personnage-là est désigné, montré comme. Il est transfiguré/défiguré. Un double processus de transsubstantiation (il était auparavant salarié/travailleur/une fonction quelconque) et d’essentialisation. Et s’il devient tel pour moi, je suis transformé en son pendant aussi imaginaire : l’usager.
Libé a ouvert sa nouvelle (et fort sympathique) rubrique, « Le contrejournal », à quelques lecteurs/bloggeurs intrigués par ce personnage de l’usager. Son destin est celui du gréviste. L’un ne va pas sans l’autre. Une parcelle de l’usager pourtant existe par ailleurs, c’est celui qui fait un usage de… Nous sommes tous, par quelque chemin que ce soit, des usagers, mais ce terme est rarement employé, nous serons dits citoyens, contribuables, consommateurs., etc. car ce terme d’usager a ce petit quelque chose que la novlangue n’aime pas : il est trop vrai. Consommateur lui est préféré car il a perdu à force d’usage (justement) son caractère pourtant évidemment destructeur : consomption. Je ne suis un usager des transports publics que les jours de grèves, sinon, je suis client, ou bien je consomme un service. Chaque fois, je suis perdant. J’ai beau affirmer cette évidence que je ne suis pas un consommateur comme les autres, je finis systématiquement chapeauté de ce diminutif. Mon ADN mute (mutatis mutandis).
Alors les jours de grève, que m’arrive-t-il ? Je deviens l’autre face du gréviste et ensemble nous devenons quelque chose que nous avons oublié inconsciemment, quelque chose de scotomisé (comme on disait) : les membres d’une même classe en lutte. Qui a l’usage des services publics n’a pas d’autres moyens. Et nous n’osons nous dire : « je suis moi aussi en lutte pour me rapproprier les moyens de production, camarade. », nous sommes ensemble dans les mêmes lieux, à parler des mêmes choses, à ne vivre à peu près correctement que parce que tout ce qu’il y a autour de nous, nous l’avons bâti ensemble, pour nous. Alors le gros con qui passe à la télé parce que ça le fait chier de louper une journée de travail ou de poser une RTT, il est comme moi, un prolétaire en lutte qui a oublié.
Usagers et grévistes de tous les pays, unissez-vous ! Bon, ça claque moins, il n’en reste pas moins qu’un usager est un gréviste en puissance.
Libé a ouvert sa nouvelle (et fort sympathique) rubrique, « Le contrejournal », à quelques lecteurs/bloggeurs intrigués par ce personnage de l’usager. Son destin est celui du gréviste. L’un ne va pas sans l’autre. Une parcelle de l’usager pourtant existe par ailleurs, c’est celui qui fait un usage de… Nous sommes tous, par quelque chemin que ce soit, des usagers, mais ce terme est rarement employé, nous serons dits citoyens, contribuables, consommateurs., etc. car ce terme d’usager a ce petit quelque chose que la novlangue n’aime pas : il est trop vrai. Consommateur lui est préféré car il a perdu à force d’usage (justement) son caractère pourtant évidemment destructeur : consomption. Je ne suis un usager des transports publics que les jours de grèves, sinon, je suis client, ou bien je consomme un service. Chaque fois, je suis perdant. J’ai beau affirmer cette évidence que je ne suis pas un consommateur comme les autres, je finis systématiquement chapeauté de ce diminutif. Mon ADN mute (mutatis mutandis).
Alors les jours de grève, que m’arrive-t-il ? Je deviens l’autre face du gréviste et ensemble nous devenons quelque chose que nous avons oublié inconsciemment, quelque chose de scotomisé (comme on disait) : les membres d’une même classe en lutte. Qui a l’usage des services publics n’a pas d’autres moyens. Et nous n’osons nous dire : « je suis moi aussi en lutte pour me rapproprier les moyens de production, camarade. », nous sommes ensemble dans les mêmes lieux, à parler des mêmes choses, à ne vivre à peu près correctement que parce que tout ce qu’il y a autour de nous, nous l’avons bâti ensemble, pour nous. Alors le gros con qui passe à la télé parce que ça le fait chier de louper une journée de travail ou de poser une RTT, il est comme moi, un prolétaire en lutte qui a oublié.
Usagers et grévistes de tous les pays, unissez-vous ! Bon, ça claque moins, il n’en reste pas moins qu’un usager est un gréviste en puissance.
11.13.2007
Libé, 13 novembre
Jour de grève. Le jour où le « ça va de soi » ne va plus. Les trains sont conduits, les guichets sont ouverts, l’électricité circule, et l’on finit par oublier que derrière ces habitudes, il y a des êtres humains. C’est un jour pendant lequel le guichet prend la parole, le train nous dit quelle est sa vie, l’électricité qu’elle n’est pas un miracle chaque jour recommencé. La grève, ça humanise. Les usagers deviennent autre chose, ils affrontent leurs habitudes, et peuvent ce jour-là les mettre en question. Que le parcours quotidien jusqu’alors simplement épuisant, à Paris notamment, devient insupportable, que ce petit enfer quotidien n’est possible que grâce à d’autres personnes qui vivent elles-mêmes leur petit enfer quotidien, que nous ne sommes pas agglutinés, mais que nous vivons ensemble. Les jours de grève, le quidam parle au quidam, ça échange, la promiscuité devient de la proximité. C’est un beau jour qu’un jour de grève.
En outre, c’est un jour où le travail est réellement mis en valeur. Il n’est plus cette quantification objective qui nous est serinée à longueur de temps, mais une qualité personnelle. Il redevient un acte d’individu, et perd son autonomie imaginaire. Il n’est plus « le » travail, mais une personne qui a une activité dans la société. Et chacun peut affirmer cette évidence que c’est moi qui fait ce travail-là.
Sinon, Facebook vend ses bases de données aux publicitaires ("Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres", Mark Zuckerberg, PDG de Facebook..."), cette phrase de Bertrand Delanoë que je sors malicieusement de son contexte : « On ne peut pas ignorer totalement le suffrage universel. Si on y arrive tant mieux. Si on n’y arrive pas, ce sera dommage. » Et puis cette réflexion de l’excellent Didier Le Reste : « Je pense qu’il y a une prise en otage des régimes spéciaux pour régler d’autres questions et peut-être préparer l’opinion à d’autres réformes. Notamment celle de 2008, qui va demander de nouveaux sacrifices aux retraités du régime général. »
Ce soir, « The Cave » de Steve Reich est joué à la Cité de la Musique. Ça fait 6 mois que j’attends…
En outre, c’est un jour où le travail est réellement mis en valeur. Il n’est plus cette quantification objective qui nous est serinée à longueur de temps, mais une qualité personnelle. Il redevient un acte d’individu, et perd son autonomie imaginaire. Il n’est plus « le » travail, mais une personne qui a une activité dans la société. Et chacun peut affirmer cette évidence que c’est moi qui fait ce travail-là.
Sinon, Facebook vend ses bases de données aux publicitaires ("Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres", Mark Zuckerberg, PDG de Facebook..."), cette phrase de Bertrand Delanoë que je sors malicieusement de son contexte : « On ne peut pas ignorer totalement le suffrage universel. Si on y arrive tant mieux. Si on n’y arrive pas, ce sera dommage. » Et puis cette réflexion de l’excellent Didier Le Reste : « Je pense qu’il y a une prise en otage des régimes spéciaux pour régler d’autres questions et peut-être préparer l’opinion à d’autres réformes. Notamment celle de 2008, qui va demander de nouveaux sacrifices aux retraités du régime général. »
Ce soir, « The Cave » de Steve Reich est joué à la Cité de la Musique. Ça fait 6 mois que j’attends…
11.08.2007
Libé, 8 novembre
Après une période de grosse flemme, je tombe sur un libé hors du commun qui me secoue un peu les neurones et me force à retaper sur mon clavier. Un libé des philosophes, c’est ainsi qu’il s’est nommé. Je m’attendais à quelques articles difficiles, des réflexions, des tentatives de mise en perspective de sujets d’actualité. Y’en a. Mais la grande majorité des papiers ressemblent à s’y méprendre aux articles habituels. Peut-être un peu mieux écrits. Qu’y trouvons-nous ?
Une double page sur une bibliothèque de tablettes d’argile bilingues sumérien et akkadien. Quelques portraits de mal-logés manifestant rue de la Banque. BHL qui cause du Pakistan (fort bien d’ailleurs). La Russie redevient Grand-Russe. La question rom et l’Europe. Le « nous » et le « eux » d’après Viggo Brondal. Michel Onfray a l’anti-ségolénisme tenace. Qu’Hortefeux pilote un ministère de la peur. A droite l’on veut jouir sans entraves. C’est quoi le bonheur ? Les subprimes sont vraiment un cas d’école. Grenelle n’est plus ce qu’il était. Le rugby fait vibrer les plumes (ce n’est pas une contrepèterie). Et que Lénine n’est pas mort en vain.
Entre autres.
La flemme me reprend soudain…
Une double page sur une bibliothèque de tablettes d’argile bilingues sumérien et akkadien. Quelques portraits de mal-logés manifestant rue de la Banque. BHL qui cause du Pakistan (fort bien d’ailleurs). La Russie redevient Grand-Russe. La question rom et l’Europe. Le « nous » et le « eux » d’après Viggo Brondal. Michel Onfray a l’anti-ségolénisme tenace. Qu’Hortefeux pilote un ministère de la peur. A droite l’on veut jouir sans entraves. C’est quoi le bonheur ? Les subprimes sont vraiment un cas d’école. Grenelle n’est plus ce qu’il était. Le rugby fait vibrer les plumes (ce n’est pas une contrepèterie). Et que Lénine n’est pas mort en vain.
Entre autres.
La flemme me reprend soudain…
11.05.2007
Libé, 5 novembre
Ce samedi pourtant, le dossier de Une était très intéressant. La reconnaissance inévitable des enfants conçus pour autrui. La justice française semble avoir tranché ce problème. Mais ce fut long à se dessiner, six ans de bataille pour un couple passé par une mère porteuse californienne pour faire reconnaître l’enfant porté pour eux comme le leur. Il est possible de traiter ce sujet sous l’angle de la famille moderne, du lien familial ; il est également possible de se concentrer sur le droit international et comment certaines zones géographiques génèrent du droit. L’angle « bioéthique » est celui qui m’intéresse le plus : la liberté de la conscience qui se fait chair. Mais j’attendrai une autre occasion pour en causer.
Un truc me gonfle particulièrement lorsqu’il est question de critique du capitalisme, c’est cette manie de vouloir lui trouver des adjuvants qui expliqueraient ses effets nocifs. Le dernier en date est le préfixe « super » qu’un économiste démocrate, Robert Reich, a utilisé pour démontrer qu’il affaiblit la démocratie. Le consommateur remplace le citoyen dans les processus décisionnels quotidiens, et le lobbyiste prend le pas sur le représentant de la nation dans la constitution des lois. Le propos est en soi pas trop original, mais il permet simplement de constater qu’il devient nécessaire de trouver de nouvelles manières de combattre la puissance coercitive des grandes entreprises. Le consommateur citoyen doit, en plus de son éthique personnelle, adopter une posture politique et s’organiser pour faire pression sur le législateur. Pour M. Reich, il est inutile d’agir directement sur les entreprises pour les rendre « responsables » (socialement, écologiquement, etc.ment) il faut travailler sur la loi qui seule peut les contraindre. Ce qui reviendrait à terme, mais ceci n’est pas dit explicitement dans l’entretien accordé par cet économiste, à remettre en cause la libre organisation du marché. Pourquoi pas… Encore un « améliorateur » du capitalisme.
Pendant ce temps, la crise des « subprime » (qui n’a rien d’une crise puisque c’est un événement consubstantiel au capitalisme) continue. Afin de développer un nouveau marché, une technique de placement financier a été inventée. Prenons des foyers ayant des revenus très bas, donc des capacités d’épargne inexistantes, mais imaginons un delta d’épargne possible. Accumulons tous les deltas d’épargne de ces foyers, et posons qu’il est possible grâce à eux d’alimenter le marché de l’immobilier,qui commençait à arriver à saturation. Comme ce delta est « peu certain », créons à partir de lui un produit financier à risque, suivant la technique éprouvée des dérivés. En dérivée, un marché peut être facilement démultiplié. Vous n’avez presque rien au départ et par « miracle », un marché de plusieurs milliards apparaît sous vos yeux. Pour répondre à l’effondrement de la bulle Internet et la baisse des revenus engendrés, de nombreuses entreprises de placement financier se lancent sur ce nouveau marché. Et puis, il faut se rendre à cette évidence, une fois de plus, ce fameux delta est tel qu’il ne peut alimenter toute la théorie des dérivés qui « dérivent » de lui. Le retour de « valeur réelle » est nul. Et ce qui était « réellement » à la base de toute cette construction financière est détruit. Comme pour le Titanic, qu’est devenu l’iceberg ? Que sont devenus les foyers surendettés ? Pourquoi causer de Citigroup et de son PDG ? Un cas d’école du développement normal du capitalisme. Et il n’a rien de super…
Un truc me gonfle particulièrement lorsqu’il est question de critique du capitalisme, c’est cette manie de vouloir lui trouver des adjuvants qui expliqueraient ses effets nocifs. Le dernier en date est le préfixe « super » qu’un économiste démocrate, Robert Reich, a utilisé pour démontrer qu’il affaiblit la démocratie. Le consommateur remplace le citoyen dans les processus décisionnels quotidiens, et le lobbyiste prend le pas sur le représentant de la nation dans la constitution des lois. Le propos est en soi pas trop original, mais il permet simplement de constater qu’il devient nécessaire de trouver de nouvelles manières de combattre la puissance coercitive des grandes entreprises. Le consommateur citoyen doit, en plus de son éthique personnelle, adopter une posture politique et s’organiser pour faire pression sur le législateur. Pour M. Reich, il est inutile d’agir directement sur les entreprises pour les rendre « responsables » (socialement, écologiquement, etc.ment) il faut travailler sur la loi qui seule peut les contraindre. Ce qui reviendrait à terme, mais ceci n’est pas dit explicitement dans l’entretien accordé par cet économiste, à remettre en cause la libre organisation du marché. Pourquoi pas… Encore un « améliorateur » du capitalisme.
Pendant ce temps, la crise des « subprime » (qui n’a rien d’une crise puisque c’est un événement consubstantiel au capitalisme) continue. Afin de développer un nouveau marché, une technique de placement financier a été inventée. Prenons des foyers ayant des revenus très bas, donc des capacités d’épargne inexistantes, mais imaginons un delta d’épargne possible. Accumulons tous les deltas d’épargne de ces foyers, et posons qu’il est possible grâce à eux d’alimenter le marché de l’immobilier,qui commençait à arriver à saturation. Comme ce delta est « peu certain », créons à partir de lui un produit financier à risque, suivant la technique éprouvée des dérivés. En dérivée, un marché peut être facilement démultiplié. Vous n’avez presque rien au départ et par « miracle », un marché de plusieurs milliards apparaît sous vos yeux. Pour répondre à l’effondrement de la bulle Internet et la baisse des revenus engendrés, de nombreuses entreprises de placement financier se lancent sur ce nouveau marché. Et puis, il faut se rendre à cette évidence, une fois de plus, ce fameux delta est tel qu’il ne peut alimenter toute la théorie des dérivés qui « dérivent » de lui. Le retour de « valeur réelle » est nul. Et ce qui était « réellement » à la base de toute cette construction financière est détruit. Comme pour le Titanic, qu’est devenu l’iceberg ? Que sont devenus les foyers surendettés ? Pourquoi causer de Citigroup et de son PDG ? Un cas d’école du développement normal du capitalisme. Et il n’a rien de super…
11.02.2007
Libé, 2 novembre
Puisque j’ai fait nuit blanche, je peux dire, sans rougir, que le premier et le deux sont le même jour. En plus, ça tombe bien, il était possible, avec les Libé de ces deux jours, de n’en faire qu’un.
Le pétrole à 100$ le baril. C’était une des craintes majeures des économistes dans les années 80. Les Verts de l’époque s’étaient appuyés sur cette possibilité pour inciter les pouvoirs publics à développer les énergies alternatives. Bon, ben, on y est. Mais avec quelques nuances. A l’époque le dollar était à 10 francs (4 aujourd’hui), la Russie Soviétique et la Chine à l’autre bout du monde. A présent des accords sont passés directement entre Etats sur le pétrole et les autres matières premières (Russie/Chine, Brésil/Chine…), et les grosses entreprises consommatrices paient le pétrole sur d’autres marchés. C’est donc le pétrole du quidam qui en a pris un coup dans l’aile. Surtout le quidam du bas de la mappemonde. Le pétrole n’est pas le seul touché, le plomb, le blé, le cuivre, le charbon, etc. connaissent également des hausses importantes. Et des baisses futures aussi exceptionnelles. Alors pourquoi ? Souvenez-vous du « Sucre ». Mais ce n’est pas que la spéculation sur les cours, c’est aussi une spéculation sur les Bourses. Ça se concentre au niveau mondial, et les Bourses des matières premières font de la gonflette histoire de montrer qu’elles sont bonnes à marier. Ne pas oublier que le capitalisme ne crée pas de valeur, il crée de la pénurie. C’est presque un cas d’école.
Pauvre Clémentine Autain ! Après le XVIIème Arrondissement de Paris et le PS, c’est au tour de Montreuil et du PC de lui faire les yeux durs. Il me semble que cette fort en gueule fait partie de ces baromètres qui permettent de savoir le temps qu’il fera dans certaines couches de la politicosphère. Comment le PS considère sa gauche ? Ou pour le moins, ce qui se profile à sa gauche, juste à côté de lui. A Paris, du moins. En décembre, les listes vont être constituées pour les municipales, et d’après ce que je peux voir, celles du PS seront très roses. Même au second tour (l’orange modifie assez peu le rose, non ?).
Le pétrole à 100$ le baril. C’était une des craintes majeures des économistes dans les années 80. Les Verts de l’époque s’étaient appuyés sur cette possibilité pour inciter les pouvoirs publics à développer les énergies alternatives. Bon, ben, on y est. Mais avec quelques nuances. A l’époque le dollar était à 10 francs (4 aujourd’hui), la Russie Soviétique et la Chine à l’autre bout du monde. A présent des accords sont passés directement entre Etats sur le pétrole et les autres matières premières (Russie/Chine, Brésil/Chine…), et les grosses entreprises consommatrices paient le pétrole sur d’autres marchés. C’est donc le pétrole du quidam qui en a pris un coup dans l’aile. Surtout le quidam du bas de la mappemonde. Le pétrole n’est pas le seul touché, le plomb, le blé, le cuivre, le charbon, etc. connaissent également des hausses importantes. Et des baisses futures aussi exceptionnelles. Alors pourquoi ? Souvenez-vous du « Sucre ». Mais ce n’est pas que la spéculation sur les cours, c’est aussi une spéculation sur les Bourses. Ça se concentre au niveau mondial, et les Bourses des matières premières font de la gonflette histoire de montrer qu’elles sont bonnes à marier. Ne pas oublier que le capitalisme ne crée pas de valeur, il crée de la pénurie. C’est presque un cas d’école.
Pauvre Clémentine Autain ! Après le XVIIème Arrondissement de Paris et le PS, c’est au tour de Montreuil et du PC de lui faire les yeux durs. Il me semble que cette fort en gueule fait partie de ces baromètres qui permettent de savoir le temps qu’il fera dans certaines couches de la politicosphère. Comment le PS considère sa gauche ? Ou pour le moins, ce qui se profile à sa gauche, juste à côté de lui. A Paris, du moins. En décembre, les listes vont être constituées pour les municipales, et d’après ce que je peux voir, celles du PS seront très roses. Même au second tour (l’orange modifie assez peu le rose, non ?).
10.31.2007
Libé, 31 octobre
Ils existent. Il est possible de ne pas avoir affaire avec eux, de les ignorer, pourtant ils sont bien là. Dans nos vies professionnelles, nous savons qu’il est parfois nécessaire d’en passer par eux. Les occasions sont toutefois rares. Plusieurs fois, je les ai côtoyés. Ils m’ont aidé dans une certaine mesure, mais j’ai toujours dû, en fin de compte faire contre eux. Leurs intérêts parfois divergent de ceux des salariés moyens, car ils ont leurs enjeux propres, et parfois sont obligés d’aller à l’encontre de leur fonction première : protéger les intérêts des salariés. Eux, vous l’avez deviné, ce sont les syndicats. J’ose même un : ce sont les syndicalistes. J’ai de nombreux souvenirs de rencontres avec certains syndicalistes. En fin de compte, c’est-à-dire après des conflits sociaux parfois très durs, ils m’ont toujours été inutiles. A force de participer à des réunions avec les patrons des boîtes que j’ai fréquentées, ils finissent par développer une très grande proximité avec eux. Certains se retrouvent, après quelques années, intégrés au capital de ces boîtes, et participent ainsi à leur bon fonctionnement, garantissant une certaine paix sociale. Heureusement, tous ne sont pas ainsi. C’est ce que Libé tente de démontrer dans son dossier de Une, Sodome est sauvée, un a résisté. Ça fait mal au cœur. Mais cette résistance est pour le coup remarquable, car ce n’est pas une petite corruption comme nous en rencontrons d’habitude, de ces petites corruptions sur une augmentation de salaire un plus importante que d’habitude, un bureau un peu isolé ou plus spacieux, des horaires plus souples, c’est la résistance à une mécanique bien huilée dont le but était (oh ! est) d’écraser toute résistance. Dans le cœur même de la Grande Industrie française, le domaine exclusif de l’UIMM. Cette résistance n’est pas toujours nécessaire, il faut être confronté à cette machine de guerre pour avoir à lui résister, mais à de moindres niveaux, elle est ce qui devrait caractériser la « fonction syndicale », la démonstration de la possibilité de résister au patron, simplement savoir dire non, savoir définir quelle est sa place dans une entreprise, à quoi (et qui ?) nous servons. J’ai moi aussi croisé une personne qui a su lutter tout en étant représentante syndicale. Une seule. C’est pas glorieux en neuf ans. Ça fait mal au cœur.
A part « ça », les pandores ont les boules, la banquise disparaît, cet imbécile (débile, idiot, crétin… fonctionnent également, mais je ne veux pas paraître insulter quelqu’un qu’en fin de compte je ne connais pas, et c’est simplement ce qu’il dit quand il parle politique que j’adjective) d’Allègre (bah ! in fine, je retire ce que je viens d’écrire, ces adjectifs lui vont bien) reconnait que Ségolène est toujours dans le jeu (encore une parenthèse, normalement je devrais utiliser des notes de bas de page, c’est dans ces coins reculés que l’on égorge en Université) parce qu’elle ne critique pas le président de la République (ce qui démontre le bon usage des termes précédents), ce dernier vient de s’accorder une jolie augmentation de salaire, il est désormais possible d’envoyer des mèls depuis l’au-delà, et puis du cul, du cul, du cul, Libé reste Libé…
Novembre va commencer. Peut-être la Une de demain ?
A part « ça », les pandores ont les boules, la banquise disparaît, cet imbécile (débile, idiot, crétin… fonctionnent également, mais je ne veux pas paraître insulter quelqu’un qu’en fin de compte je ne connais pas, et c’est simplement ce qu’il dit quand il parle politique que j’adjective) d’Allègre (bah ! in fine, je retire ce que je viens d’écrire, ces adjectifs lui vont bien) reconnait que Ségolène est toujours dans le jeu (encore une parenthèse, normalement je devrais utiliser des notes de bas de page, c’est dans ces coins reculés que l’on égorge en Université) parce qu’elle ne critique pas le président de la République (ce qui démontre le bon usage des termes précédents), ce dernier vient de s’accorder une jolie augmentation de salaire, il est désormais possible d’envoyer des mèls depuis l’au-delà, et puis du cul, du cul, du cul, Libé reste Libé…
Novembre va commencer. Peut-être la Une de demain ?
10.30.2007
Libé, 30 octobre
Actualité en roues libres, si j’en crois le Libé du jour. Les mêmes sujets reviennent : l’arche de Zoé, la Commission Balladur, Sarkozy (pour un oui, pour un non), EADS, les finances de la Sécurité Sociale (sa branche maladie surtout), les frasques de M. Laporte… Peut-être deux-trois articles sortent du lot, mais quel ennui ! J’ai espéré un moment que le « Time » m’apporterait quelque chose d’intéressant à lire. Même pas. Un article sur la crise de la BBC, et encore. Un article pourtant dans Libé, dans les pages Rebonds, sur l’UIMM. Mais qui, hélas, finit par ces mots qui laissent le reste sujet à caution : « J’ai lu dans la presse que l’UIMM avait financé la campagne de Giscard en 1974 ou en 1981. » Je peux me permettre d’écrire ceci, mais d’un spécialiste dont on attend quelques certitudes, c’est un peu léger.
Alors je me suis concentré sur un long article sur le Grand Paris. C’est lui qui a sauvé ma matinée, j’exagère peut-être un peu. J’ai le souvenir (voir supra) de réflexions du maire actuel de la capitale sur la place de Paris dans le monde. Paris devait se donner les moyens de rivaliser avec les autres grandes métropoles mondiales, ou au moins avec Londres (c’était pendant cette affligeante campagne pour l’obtention de l’organisation des JO de 2012). Question de prestige, savoir attirer les talents, les grandes entreprises (leurs sièges sociaux au moins). A présent, ce sont les Franciliens qui sont le centre des préoccupations. Paris est plus qu’elle-même, ses frontières doivent être dépassées, non pas simplement sortir du périphérique mais atteindre les frontières de sa région. Ce que l’on appelle l’intégration. Des mots qui reviennent : frontière, intégration/assimilation, individualité (des cités alentour, pardon ! des villes alentour), partage des richesses, partage des compétences, communauté (urbaine)… Cette question du Grand Paris semble récupérer (cristalliser ?) les grandes problématiques qui sont discutées en ce moment en France, à des degrés divers, pour des raisons différentes, mais avec les mêmes mots. Depuis 1982 (date de sa dernière réforme) Paris a complètement changé, depuis 1950 elle a perdu près d’un million d’habitants, sa petite couronne a récupéré une partie de ces départs, mais la grande majorité s’est installée un peu plus loin, ce qui a entraîné la création de villes nouvelles, augmenté les migrations quotidiennes, la pression automobile et « spécialisé » certaines villes (Neuilly vs Gennevilliers). Cette question du Grand Paris, qui sera la question des prochaines municipales, est à mon sens une question qui permet de masquer le vrai problème de Paris. Paris est une ville de pénuries factice. Très largement dotée en logements et en emplois, la plupart des grands développements récents qu’elle a connus n’ont eu pour but que cette pénurie, une destruction systématique. A qui profite le crime ? Et pourquoi ce crime est-il passé sous silence lorsque l’on parle de ce Grand Paris ? J’aurai largement l’occasion de revenir là-dessus.
Alors je me suis concentré sur un long article sur le Grand Paris. C’est lui qui a sauvé ma matinée, j’exagère peut-être un peu. J’ai le souvenir (voir supra) de réflexions du maire actuel de la capitale sur la place de Paris dans le monde. Paris devait se donner les moyens de rivaliser avec les autres grandes métropoles mondiales, ou au moins avec Londres (c’était pendant cette affligeante campagne pour l’obtention de l’organisation des JO de 2012). Question de prestige, savoir attirer les talents, les grandes entreprises (leurs sièges sociaux au moins). A présent, ce sont les Franciliens qui sont le centre des préoccupations. Paris est plus qu’elle-même, ses frontières doivent être dépassées, non pas simplement sortir du périphérique mais atteindre les frontières de sa région. Ce que l’on appelle l’intégration. Des mots qui reviennent : frontière, intégration/assimilation, individualité (des cités alentour, pardon ! des villes alentour), partage des richesses, partage des compétences, communauté (urbaine)… Cette question du Grand Paris semble récupérer (cristalliser ?) les grandes problématiques qui sont discutées en ce moment en France, à des degrés divers, pour des raisons différentes, mais avec les mêmes mots. Depuis 1982 (date de sa dernière réforme) Paris a complètement changé, depuis 1950 elle a perdu près d’un million d’habitants, sa petite couronne a récupéré une partie de ces départs, mais la grande majorité s’est installée un peu plus loin, ce qui a entraîné la création de villes nouvelles, augmenté les migrations quotidiennes, la pression automobile et « spécialisé » certaines villes (Neuilly vs Gennevilliers). Cette question du Grand Paris, qui sera la question des prochaines municipales, est à mon sens une question qui permet de masquer le vrai problème de Paris. Paris est une ville de pénuries factice. Très largement dotée en logements et en emplois, la plupart des grands développements récents qu’elle a connus n’ont eu pour but que cette pénurie, une destruction systématique. A qui profite le crime ? Et pourquoi ce crime est-il passé sous silence lorsque l’on parle de ce Grand Paris ? J’aurai largement l’occasion de revenir là-dessus.
10.29.2007
Libé, 29 octobre
Ce week-end, Libé a paru, des articles intéressants ont été écrits, sur les taux des prêts immobiliers par exemple, dont on peut dire qu’ils perpétuent cette vieille tradition qui veut que l’on devienne esclave par l’usure, sur l’Argentine et ses régulières poussées de fièvre péroniste, sur cette Suède pourtant tant vantée (poussée de fièvre anti-social-démocrate de Libé ?), et bien d’autres choses. Mais ce week-end m’a trouvé plus enclin à cliqueter qu’à taper. Alors j’ai cliqueté. Entre autres choses.
Ce matin (ce qu’il en restait à mon réveil) dossier sur cette immigration choisie qui a tant fait pour l’élection de l’actuel président de la République. Comment prendre tous ces débats sur l’immigration ? Quel point de vue adopter ? Fondamentalement, l’Homme est un animal migrateur, ce n’est que récemment qu’il s’est sédentarisé, créant ainsi (par la force des choses, disons) des espaces aux ressources restreintes l’obligeant à constituer toutes sortes de machineries intellectuelles complexes (régimes politiques, stratégies économiques, techniques d’exploitation etc.) Nous avons tous ce besoin de migrer, de changer d’espaces, d’aires (ères et air fonctionnent également) ; parfois ces migrations se font par nécessité, une fuite vers un ailleurs forcément meilleur. Est-il réellement humain d’adopter un point de vue politique sur cette question de la migration humaine ? Qui doit migrer, migre, ce qui est inventé pour permettre ces migrations caractérise réellement les sociétés d’accueil, c’est notre espace imaginaire qui est en jeu, pas notre économie. Certainement pas notre économie.
Pour le reste, Idriss Déby défend les enfants du Tchad (je suis obligé de faire une très longue pause après avoir écrit cette phrase, grammaticalement correcte, mais qui est fondamentalement absurde), la gauche italienne tente de solder un lourd passé (une gauche sinistrée), Jack Lang parle, le PS ne sait pas encore comment il va se déchirer sur la question de institutions européennes, et comme prévu, comme annoncé, comme beaucoup le redoutait, la loi sur le racolage passif isole, affaiblit, puis détruit les prostitué(e)s. Enfin, le PSG a perdu au Parc, et c’est pour moi, avec le fait que je n’ai presque plus de tabac, la grande nouvelle du jour.
Ce matin (ce qu’il en restait à mon réveil) dossier sur cette immigration choisie qui a tant fait pour l’élection de l’actuel président de la République. Comment prendre tous ces débats sur l’immigration ? Quel point de vue adopter ? Fondamentalement, l’Homme est un animal migrateur, ce n’est que récemment qu’il s’est sédentarisé, créant ainsi (par la force des choses, disons) des espaces aux ressources restreintes l’obligeant à constituer toutes sortes de machineries intellectuelles complexes (régimes politiques, stratégies économiques, techniques d’exploitation etc.) Nous avons tous ce besoin de migrer, de changer d’espaces, d’aires (ères et air fonctionnent également) ; parfois ces migrations se font par nécessité, une fuite vers un ailleurs forcément meilleur. Est-il réellement humain d’adopter un point de vue politique sur cette question de la migration humaine ? Qui doit migrer, migre, ce qui est inventé pour permettre ces migrations caractérise réellement les sociétés d’accueil, c’est notre espace imaginaire qui est en jeu, pas notre économie. Certainement pas notre économie.
Pour le reste, Idriss Déby défend les enfants du Tchad (je suis obligé de faire une très longue pause après avoir écrit cette phrase, grammaticalement correcte, mais qui est fondamentalement absurde), la gauche italienne tente de solder un lourd passé (une gauche sinistrée), Jack Lang parle, le PS ne sait pas encore comment il va se déchirer sur la question de institutions européennes, et comme prévu, comme annoncé, comme beaucoup le redoutait, la loi sur le racolage passif isole, affaiblit, puis détruit les prostitué(e)s. Enfin, le PSG a perdu au Parc, et c’est pour moi, avec le fait que je n’ai presque plus de tabac, la grande nouvelle du jour.
10.26.2007
Libé, 26 octobre
J’ai renoncé à lire tout article concernant le « Grenelle » de l’Environnement. D’abord parce que le terme Grenelle est utilisé sans discernement avec comme but évident de l’affaiblir. Utilisez un mot souvent, dans des contextes très divers et vous le verrez perdre tout son sens. Ensuite ce machin ne sert qu’à préparer les municipales. Cela n’empêche pas de rester vigilant.
Milner propose une analyse de la série des Harry Potter. C’est en quelque sorte la suite du Juif de savoir : analyse des fonctions historique et sociale de l’Université. Cette fois-ci il s’applique à démontrer la résistance du système universitaire anglais à l’idéologie libérale de Thatcher/Blair, la fonction de l’éducation dans la lutte contre le dénigrement de l’intelligence constamment mise en avant par les tenants de la création de valeur marchande comme fonction fondamentale de l’Homme en société. C’est sain, intelligent (c’est Milner, donc…) et utile au quotidien.
Petit article pour les amateurs d’ouverture politique, à droite. L’exemple allemand devrait les calmer. En participant au gouvernement Merkel, le SPD perd des soutiens par les deux ailes. Le tournant libéral de Schöder avait déjà clairsemé les rangs de son parti, mais la décrue se transforme en débâcle. 230 000 adhérents perdus en 10 ans. C’est l’équivalent (au doigt mouillé, son fichier Rosam étant peu fiable) du PS français.
Piratage. Entretien avec Denis Olivennes, chargé d’une mission quelconque par Sarko. L’homme n’est pas un foudre de guerre, il n’est pas con, donc son rapport est inintéressant. Le problème du piratage des « œuvres » sur l’Internet ne touche que les majors et les artistes les plus distribués. C’est une question de volume. C’est le plus-de-profit de ces entreprises culturelles qui est atteint. De nouveaux modèles de distribution se mettent en place, modèles plus souples, qui génèrent moins de profits mais qui permettent une distribution à la mesure de l’Internet. Les producteurs de logiciels connaissent bien ce problème, mais ils ne sont jamais interrogés sur le piratage, car il fait partie de la vie même du logiciel, c’est grâce aux pirates qu’un logiciel comme Word est devenu le traitement de texte par excellence. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les pourfendeurs des « téléchargements illégaux », le statut de l’œuvre n’est pas impliqué, une merde restera une merde, ce sont les profits que ces merdes génèrent qui sont attaqués. Une œuvre de dépollution. Ils auraient pu en causer au « Grenelle ».
Milner propose une analyse de la série des Harry Potter. C’est en quelque sorte la suite du Juif de savoir : analyse des fonctions historique et sociale de l’Université. Cette fois-ci il s’applique à démontrer la résistance du système universitaire anglais à l’idéologie libérale de Thatcher/Blair, la fonction de l’éducation dans la lutte contre le dénigrement de l’intelligence constamment mise en avant par les tenants de la création de valeur marchande comme fonction fondamentale de l’Homme en société. C’est sain, intelligent (c’est Milner, donc…) et utile au quotidien.
Petit article pour les amateurs d’ouverture politique, à droite. L’exemple allemand devrait les calmer. En participant au gouvernement Merkel, le SPD perd des soutiens par les deux ailes. Le tournant libéral de Schöder avait déjà clairsemé les rangs de son parti, mais la décrue se transforme en débâcle. 230 000 adhérents perdus en 10 ans. C’est l’équivalent (au doigt mouillé, son fichier Rosam étant peu fiable) du PS français.
Piratage. Entretien avec Denis Olivennes, chargé d’une mission quelconque par Sarko. L’homme n’est pas un foudre de guerre, il n’est pas con, donc son rapport est inintéressant. Le problème du piratage des « œuvres » sur l’Internet ne touche que les majors et les artistes les plus distribués. C’est une question de volume. C’est le plus-de-profit de ces entreprises culturelles qui est atteint. De nouveaux modèles de distribution se mettent en place, modèles plus souples, qui génèrent moins de profits mais qui permettent une distribution à la mesure de l’Internet. Les producteurs de logiciels connaissent bien ce problème, mais ils ne sont jamais interrogés sur le piratage, car il fait partie de la vie même du logiciel, c’est grâce aux pirates qu’un logiciel comme Word est devenu le traitement de texte par excellence. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les pourfendeurs des « téléchargements illégaux », le statut de l’œuvre n’est pas impliqué, une merde restera une merde, ce sont les profits que ces merdes génèrent qui sont attaqués. Une œuvre de dépollution. Ils auraient pu en causer au « Grenelle ».
10.25.2007
Libé, 25 octobre
Allez ! On y croit ! Le gouvernement serait dans une passe délicate et le Président de la Droite serait en difficulté. Et donc… ?
Double page sur la sortie de « Paroles de sans papiers ». Des parcours ordinaires, dans la France ordinaire. De mon fauteuil, je ne vois jamais cette France-là. Quand je vais dans la rue, je ne la remarque pas. Dans le métro, au supermarché, chez les uns et les autres, elle s’obstine. Invisible. Facile à occulter. Il faut se dépasser pour l’apercevoir, faire l’effort de poser son regard sur elle, et comme sur certains trompe-l’œil, de ces jeux qui laissent apparaître une image dans l’image, il devient impossible de ne pas la voir. Jusqu’à ne voir plus qu’elle. La foule disparaît, ne laissant à notre attention que les flics en maraude, les passants qui regardent le sol et qui font quelque écart quand l’Ordre surgit, un petit groupe qui se délite, une personne qui se lève et tourne le dos, des disparitions successives. Des errances dans des flux. Quelque chose qui ne va plus de soi. Un monde de « détails ».
Sinon, le quotidien de Libé, quelques articles politiques sans grand intérêt ; un article sur la traduction de Frederic Jameson, philosophe marxiste américain, qui me fait furieusement penser à Slavoj Zizek ; la Suède est un pays imaginaire dont la face obscure ne cesse de m’étonner, il y a définitivement quelque chose de pourri au Royaume de Scandinavie.
Double page sur la sortie de « Paroles de sans papiers ». Des parcours ordinaires, dans la France ordinaire. De mon fauteuil, je ne vois jamais cette France-là. Quand je vais dans la rue, je ne la remarque pas. Dans le métro, au supermarché, chez les uns et les autres, elle s’obstine. Invisible. Facile à occulter. Il faut se dépasser pour l’apercevoir, faire l’effort de poser son regard sur elle, et comme sur certains trompe-l’œil, de ces jeux qui laissent apparaître une image dans l’image, il devient impossible de ne pas la voir. Jusqu’à ne voir plus qu’elle. La foule disparaît, ne laissant à notre attention que les flics en maraude, les passants qui regardent le sol et qui font quelque écart quand l’Ordre surgit, un petit groupe qui se délite, une personne qui se lève et tourne le dos, des disparitions successives. Des errances dans des flux. Quelque chose qui ne va plus de soi. Un monde de « détails ».
Sinon, le quotidien de Libé, quelques articles politiques sans grand intérêt ; un article sur la traduction de Frederic Jameson, philosophe marxiste américain, qui me fait furieusement penser à Slavoj Zizek ; la Suède est un pays imaginaire dont la face obscure ne cesse de m’étonner, il y a définitivement quelque chose de pourri au Royaume de Scandinavie.
10.24.2007
Libé, 24 octobre
Hier, j’ai bien reçu Libé, comme tous les jours (ou presque), mais je n’ai pas eu le temps d’en causer. Pourtant il contenait quelques articles intéressants. Pourquoi Hillary Clinton devrait triompher devant Barack Obama lors des caucus organisés jusqu’en février. Pourquoi l’Espagne attire les investisseurs du monde entier. Une étude sur les maladies professionnelles, vers la fin du pétrole, comment financer la Sécu, etc. Mais j’avais mieux à faire.
Aujourd’hui également, j’ai mieux à faire, mais cette fois, j’ai le temps. Donc… Et je commence par la fin. JM Bigard est un comique. Comique au gras-double qui arrive parfois à écumer l’amère couche de vulgarité qui souvent surnage de ce genre d’humour. Sa dérive mystique est particulièrement irritante, restent quelques sketches écrits avec Laurent Baffie qui ont une saveur particulière. Mais je reste méfiant, le rire, ça ouvre les chakras et permet même au plus sordide d’entrer loin en soi. Son naturalisme populaire est parfois insupportable, surtout quand on n’en rit pas.
Alors ce Grenelle de l’environnement ? Il m’est d’avis qu’il n’en sortira rien. L’écologie politique n’existe pas. Mais si elle doit exister, cela ne peut être que contre tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. D’abord, je ne vois rien qui la soutienne historiquement et socialement, elle n’est pas en soi une réponse mais plutôt un prurit. J’y vois plus un contrecoup de plusieurs choses : retour à la terre, retour romantique au passé paysan mythifié, un anti-discours industriel qui suit de près la fin du monde ouvrier, une idéologie de rattrapage qui suit de près la fin du communisme, comme peut l’être, d’une certaine manière, l’islamisme radical, mais aussi, et c’est ce qui rend l’écologie politique difficile à lire, une tentative de réforme du capitalisme. C’est dans cette dernière perspective qu’elle est souvent traitée. Je suis toujours surpris de lire dans tous les discours écologistes le primat donné à la Raison, une Raison anhistorique dont la justification se trouve dans le futur possible d’une Humanité soudain unie à son environnement. Une Raison régressive. Le capitalisme a besoin de fronts pionniers pour continuer son développement, l’écologie lui offre quelques perspectives intéressantes, et elle n’existe, à mon sens, que par ce fait.
Sinon, entretien intéressant avec Martine Billard sur le PLFSS (le projet de loi de finance de la sécu) qui permet de rappeler cette évidence que la Sécu n’est pas une entreprise, qu’elle n’a pas à être rentable, que la question fondamentale n’est pas celle de son « trou » mais de son financement. Proposer une vision comptable de la Sécurité Sociale c’est vouloir sa destruction. Rien de plus.
Sarkozy est au Maroc. Cette phrase piochée dans l’article page 20 : « La différence entre un businessman français et un espagnol, c’est qu’en sortant de l’aéroport, le Français va voir son ambassade pour savoir dans quel domaine investir tandis que l’Espagnol demande où il peut construire son usine ». Le Maroc reste un enjeu de politique intérieure en France.
Aujourd’hui également, j’ai mieux à faire, mais cette fois, j’ai le temps. Donc… Et je commence par la fin. JM Bigard est un comique. Comique au gras-double qui arrive parfois à écumer l’amère couche de vulgarité qui souvent surnage de ce genre d’humour. Sa dérive mystique est particulièrement irritante, restent quelques sketches écrits avec Laurent Baffie qui ont une saveur particulière. Mais je reste méfiant, le rire, ça ouvre les chakras et permet même au plus sordide d’entrer loin en soi. Son naturalisme populaire est parfois insupportable, surtout quand on n’en rit pas.
Alors ce Grenelle de l’environnement ? Il m’est d’avis qu’il n’en sortira rien. L’écologie politique n’existe pas. Mais si elle doit exister, cela ne peut être que contre tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. D’abord, je ne vois rien qui la soutienne historiquement et socialement, elle n’est pas en soi une réponse mais plutôt un prurit. J’y vois plus un contrecoup de plusieurs choses : retour à la terre, retour romantique au passé paysan mythifié, un anti-discours industriel qui suit de près la fin du monde ouvrier, une idéologie de rattrapage qui suit de près la fin du communisme, comme peut l’être, d’une certaine manière, l’islamisme radical, mais aussi, et c’est ce qui rend l’écologie politique difficile à lire, une tentative de réforme du capitalisme. C’est dans cette dernière perspective qu’elle est souvent traitée. Je suis toujours surpris de lire dans tous les discours écologistes le primat donné à la Raison, une Raison anhistorique dont la justification se trouve dans le futur possible d’une Humanité soudain unie à son environnement. Une Raison régressive. Le capitalisme a besoin de fronts pionniers pour continuer son développement, l’écologie lui offre quelques perspectives intéressantes, et elle n’existe, à mon sens, que par ce fait.
Sinon, entretien intéressant avec Martine Billard sur le PLFSS (le projet de loi de finance de la sécu) qui permet de rappeler cette évidence que la Sécu n’est pas une entreprise, qu’elle n’a pas à être rentable, que la question fondamentale n’est pas celle de son « trou » mais de son financement. Proposer une vision comptable de la Sécurité Sociale c’est vouloir sa destruction. Rien de plus.
Sarkozy est au Maroc. Cette phrase piochée dans l’article page 20 : « La différence entre un businessman français et un espagnol, c’est qu’en sortant de l’aéroport, le Français va voir son ambassade pour savoir dans quel domaine investir tandis que l’Espagnol demande où il peut construire son usine ». Le Maroc reste un enjeu de politique intérieure en France.
10.22.2007
Libé, 22 octobre
Entretien avec Ségolène Royal, depuis Rome, où elle rencontrait W. Veltroni, le maire, et F. Rutelli, l’ancien maire et ministre des biens culturels. Que l’on soit pro ou anti, on trouvera à boire et à manger dans cet entretien tout au long duquel Royal fait du Royal. Cette manière qu’elle a de se tourner vers l’étranger pour envisager ce qu’il peut se passer en France est en train de devenir sa marque de fabrique. Et toujours ce constat qu’il faut rebâtir idéologiquement le parti, que l’ouverture au centre est la stratégie qui paiera à terme ; alors Troisième Voie ou Parti Démocrate, elle annonce qu’elle travaillera à la constitution d’un pôle lui permettant en 2012 de faire plus de 30% au premier tour. On ne peut pas faire plus idéologique…
Les adhérents à 20 euros sont partis massivement. Mais il ne semble pas possible d’avoir de chiffres précis sur cette hémorragie. Dans la section du XVIIème arrondissement de Paris, celle à laquelle j’appartiens, 200 adhérents se sont déplacés pour désigner la candidate qui affrontera Panafieu sur ses terres. 200 sur 950, mais rien sur les renouvellements d’adhésions. Dans la même entrevue, Ségolène Royal propose de suivre l’exemple du Parti Démocrate italien et de permettre à tout citoyen de voter pour la désignation du candidat officiel à l’élection présidentielle, contre une modeste obole. Ce qui se fait déjà depuis longtemps aux Etats-Unis (avec quelques nuances, bien entendu).
L’autre lettre de Guy Môquet, retrouvée dans ses affaires, le jour de son arrestation.
« Parmi ceux qui sont en prison,
Se trouvent nos trois camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés,
Mais Patience, prenez courage,
Vous serez bientôt libérés,
Par tous vos frères d’esclavage
Les traîtres de notre pays,
Ces agents du capitalisme,
Nous les chasserons hors d’ici,
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main Révolution,
Pour que vainque le communisme,
Pour vous sortir de la prison,
Pour tuer le capitalisme
Ils se sont sacrifiés pour nous,
Par leur action libératrice. »
Poème gnan-gnan, mais ce gamin était vraiment transcendé. Pour moi qui ne crois pas à et en grand-chose, c’est un peu flippant. Peut-être est-ce plutôt ce côté-là de Môquet qui a plu à l’omniprésident. Plus prosaïquement, c’est parce qu’en meeting l’auditoire répondait très bien à « la » lettre. Mais ceci n’empêche pas cela.
Les adhérents à 20 euros sont partis massivement. Mais il ne semble pas possible d’avoir de chiffres précis sur cette hémorragie. Dans la section du XVIIème arrondissement de Paris, celle à laquelle j’appartiens, 200 adhérents se sont déplacés pour désigner la candidate qui affrontera Panafieu sur ses terres. 200 sur 950, mais rien sur les renouvellements d’adhésions. Dans la même entrevue, Ségolène Royal propose de suivre l’exemple du Parti Démocrate italien et de permettre à tout citoyen de voter pour la désignation du candidat officiel à l’élection présidentielle, contre une modeste obole. Ce qui se fait déjà depuis longtemps aux Etats-Unis (avec quelques nuances, bien entendu).
L’autre lettre de Guy Môquet, retrouvée dans ses affaires, le jour de son arrestation.
« Parmi ceux qui sont en prison,
Se trouvent nos trois camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés,
Mais Patience, prenez courage,
Vous serez bientôt libérés,
Par tous vos frères d’esclavage
Les traîtres de notre pays,
Ces agents du capitalisme,
Nous les chasserons hors d’ici,
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main Révolution,
Pour que vainque le communisme,
Pour vous sortir de la prison,
Pour tuer le capitalisme
Ils se sont sacrifiés pour nous,
Par leur action libératrice. »
Poème gnan-gnan, mais ce gamin était vraiment transcendé. Pour moi qui ne crois pas à et en grand-chose, c’est un peu flippant. Peut-être est-ce plutôt ce côté-là de Môquet qui a plu à l’omniprésident. Plus prosaïquement, c’est parce qu’en meeting l’auditoire répondait très bien à « la » lettre. Mais ceci n’empêche pas cela.
10.20.2007
Libé, 20 octobre
Où l’on apprend, que c’est le mascaret remontant la Seine qui aurait emporté Léopoldine « à l’heure où blanchit la campagne » Hugo, que Thomas Hugues et Laurence Ferrari se séparent, qu’une télé pour les humains de plus de 6 mois (et pas trop au-delà) va émettre en France, que pour E. Roudinesco Ben Laden est la figure absolue du pervers, que plusieurs Etats d’Amérique du sud s’organisent pour créer un FMI régional (un FMR ?), qu’en France la bise est un vrai casse-tête, que quatre cyclistes ont été tués à Paris depuis le début de l’année, qu’Yves Simon signale cette remarque que Chris Marker met dans la bouche de B. Laporte avant la rencontre contre les All Blacks : « Cette fois, avant le match, je leur ai lu la lettre de Kafka à son père » (ce qui est impossible et hilarant), qu’enfin H. Guaino est un grand Homme de la dimension de Goebbels, Beria voire Kissinger.
Cette dernière remarque semble déplacée, et pourtant… Il accorde une entrevue à Libération. Il est fort bon. Il dit que l’assassinat de Guy Môquet est « un drame ordinaire de cette époque », que de remplacer « Camarade » par « Compagnon » lors de l’hommage officiel rendu au jeune homme n’est pas si grave : « A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important » (rien que pour cette phrase je propose sa canonisation, contre un poteau). Toujours parlant de la lettre d’adieu de G. Môquet : « Dans ce texte, il n’y a aucune trace de nationalisme, aucune propagande » donc il ne comprend pas pourquoi certains professeurs refusent de la lire pour de tels motifs… (et là, je suis admiratif). Parlant de Barrès il a cette remarque qui aurait causé une débâcle intestinale au Général : « (Il) a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. » Toujours sur la lettre de GM cette phrase admirable qu’il faudrait lire avant chaque cours d’Histoire : « De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ? » Bien évidemment, cette phrase hors contexte est d’une banalité affligeante, mais dans cette entrevue elle a une saveur si particulière que je ne peux que vous encourager à vous ruer sur Libération pour en lire les pages six et sept. Et cette grande phrase aussi « Il y a eu autant de résistants que de miliciens. » Mais ce n’est pas grand-chose, H. Guaino a des ressources qui semblent inépuisables quand il évoque « son » discours de Dakar. Il se livre à un enchaînement logique sublime, magnifique, grandiose dans l’ordure qui met en lumière sa philosophie spontanée et que l’on peut résumer simplement : la colonisation a amené les Lumières à l’Afrique. Je… (soupir)
Cette dernière remarque semble déplacée, et pourtant… Il accorde une entrevue à Libération. Il est fort bon. Il dit que l’assassinat de Guy Môquet est « un drame ordinaire de cette époque », que de remplacer « Camarade » par « Compagnon » lors de l’hommage officiel rendu au jeune homme n’est pas si grave : « A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important » (rien que pour cette phrase je propose sa canonisation, contre un poteau). Toujours parlant de la lettre d’adieu de G. Môquet : « Dans ce texte, il n’y a aucune trace de nationalisme, aucune propagande » donc il ne comprend pas pourquoi certains professeurs refusent de la lire pour de tels motifs… (et là, je suis admiratif). Parlant de Barrès il a cette remarque qui aurait causé une débâcle intestinale au Général : « (Il) a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. » Toujours sur la lettre de GM cette phrase admirable qu’il faudrait lire avant chaque cours d’Histoire : « De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ? » Bien évidemment, cette phrase hors contexte est d’une banalité affligeante, mais dans cette entrevue elle a une saveur si particulière que je ne peux que vous encourager à vous ruer sur Libération pour en lire les pages six et sept. Et cette grande phrase aussi « Il y a eu autant de résistants que de miliciens. » Mais ce n’est pas grand-chose, H. Guaino a des ressources qui semblent inépuisables quand il évoque « son » discours de Dakar. Il se livre à un enchaînement logique sublime, magnifique, grandiose dans l’ordure qui met en lumière sa philosophie spontanée et que l’on peut résumer simplement : la colonisation a amené les Lumières à l’Afrique. Je… (soupir)
10.19.2007
Libé, 19 octobre
Honnêtement, Libération n’est pas un grand journal. Très irrégulier, choix éditoriaux peu judicieux, engagements douteux, une manière de se percevoir sans commune mesure avec son poids réel et sa qualité réelle. Pourtant. Pourtant des jours comme aujourd’hui, je serais presque fier d’être un vieux lecteur de ce journal (ça fait bien quinze balais). Un Libé un peu spécial. Un Libé qui invite des historiens à mettre en perspective l’actualité, à montrer comment un fait se construit, d’où vient un événement, ou pourquoi un non-événement est remarquable, comment peut-on faire de la prospective, ce qui est « futurible ». Edito de Le Goff sur l’Histoire (comme matière et présence du passé) et politique, qu’est-ce décembre 95 peut nous apprendre d’octobre 07, peut-on imaginer un renversement de la tendance boursière mondiale, pourquoi parler des Templiers puis de Juan Carlos, de Jeanne d’Arc et de Ségolène Royal (parenthèse pour avertir qu’au Théâtre du Renard, à Paris, pièce magnifique sur Olympe de Gouges – C’est tout de même aut’ chose), de Louis XIV et des OGM, etc. Bref, heureusement que parfois...
Demeure cette question fondamentale : jusqu’où est-on dans l’Histoire ? L’Histoire est une science. C’est une science « dure » au même titre que la biologie, les mathématiques, la psychanalyse ou la physique, et, comme toute idéologie (cosmologie presque), elle est en lutte constante pour son « indépendance » en tant que matière spécifique et autostructurée. Elle maintient un dialogue constant avec les autres sciences pour étayer son statut de science et s’enrichir par croisements. Pourtant, il suffit qu’un politique impose un personnage qui a vécu et laissé une trace, pour troubler le caractère scientifique de l’Histoire. Toute science étant dans le monde, c’est un risque permanent pour elle et la prise de parole des historiens est le meilleur moyen de défendre l’Histoire comme science. Et puis ce n’est pas l’ignorance qui est dangereuse (qui connaissait Guy Môquet ?) mais l’inexactitude.
Dont je fais assez largement preuve, j’en conviens. Mais là, on rentre dans le domaine de l’éthique personnelle. Et puis c’est un blog.
Demeure cette question fondamentale : jusqu’où est-on dans l’Histoire ? L’Histoire est une science. C’est une science « dure » au même titre que la biologie, les mathématiques, la psychanalyse ou la physique, et, comme toute idéologie (cosmologie presque), elle est en lutte constante pour son « indépendance » en tant que matière spécifique et autostructurée. Elle maintient un dialogue constant avec les autres sciences pour étayer son statut de science et s’enrichir par croisements. Pourtant, il suffit qu’un politique impose un personnage qui a vécu et laissé une trace, pour troubler le caractère scientifique de l’Histoire. Toute science étant dans le monde, c’est un risque permanent pour elle et la prise de parole des historiens est le meilleur moyen de défendre l’Histoire comme science. Et puis ce n’est pas l’ignorance qui est dangereuse (qui connaissait Guy Môquet ?) mais l’inexactitude.
Dont je fais assez largement preuve, j’en conviens. Mais là, on rentre dans le domaine de l’éthique personnelle. Et puis c’est un blog.
10.18.2007
Libé, 18 octobre
Je suis un indécrottable réactionnaire. Je ne vois pas d’autre solution. La nouveauté m’indiffère. Je ne cherche pas à changer les choses. Je n’aime pas ce qui paraît moderne. Ce qui est dans le vent. Ce qui est d’aujourd’hui. Pour moi 1793 c’était il y a peu de temps. Et si je devais citer les derniers grands événements de ces dernières années, je ferais tout pour n’en citer aucun arguant qu’il n’y a que des processus. Y’a des jours, j’aimerais bien croire que ça marche, qu’on va tous vers un truc sympa, ensemble, et peu importe qui est tout en haut de nos hiérarchies, on avance vers le mieux. Ben non ! Réactionnaire et pessimiste.
Une de Libération. Une femme dépose une demande de divorce dans un obscur tribunal. Ce même jour, grève nationale pour défendre quelques droits durement acquis. (J’ouvre une parenthèse. Prenons la prime charbon pour les cheminots, cela paraît absurde. Il suffit de changer son nom en prime de Développement durable, ou d’intégration transversale, faire du marketing en quelque sorte, pour qu’elle passe sans problème. Il faudra que l’on m’explique pourquoi les droits, les avantages en novlangue, que l’on appelait compensatoires sont devenus indécents quand ils profitent à ceux qui en ont réellement besoin. 15 milliards d’avantages fiscaux (par an) pour les plus riches ça fait du bruit quelques temps, mais c’est passé… Les gains de la réforme des retraites ont été calculés au doigt mouillé, avec une marge d’erreur assez impressionnante. Je ferme cette parenthèse.) Premier article sur la grève, pages 8-9, second page 14. Divorce présidentiel, pages 1-7. Edito de Joffrin « Jamais un président en exercice ne s’était trouvé etc. » Evénement que jamais on a vu ça… donc Une. Le jour du premier grand bras de fer social, la presse (de gauche) se concentre sur le divorce du président. Je… Pfffff
A part « ça », le mini-traité européen ne fera pas l’objet d’un Referendum en France. La crise des subprimes fera baisser la croissance française de 1,8% (OCDE) à 2% (FMI). Une baisse de +0,2%... La nouvelle personne en charge des négociations avec les syndicats au Medef est la DRH du groupe Accor, en remplacement de DGS de l’UIMM (fallait suivre), le signe que le Medef ne veut pas se mêler de la réforme des régimes spéciaux. Et un article sur la colère dans la partie Livres. Qu’y a-t-il de commun entre la colère d’Achille et la colère de la rue ? La question semble ne pas s’être posée. Indécrottable réac que je suis.
Une de Libération. Une femme dépose une demande de divorce dans un obscur tribunal. Ce même jour, grève nationale pour défendre quelques droits durement acquis. (J’ouvre une parenthèse. Prenons la prime charbon pour les cheminots, cela paraît absurde. Il suffit de changer son nom en prime de Développement durable, ou d’intégration transversale, faire du marketing en quelque sorte, pour qu’elle passe sans problème. Il faudra que l’on m’explique pourquoi les droits, les avantages en novlangue, que l’on appelait compensatoires sont devenus indécents quand ils profitent à ceux qui en ont réellement besoin. 15 milliards d’avantages fiscaux (par an) pour les plus riches ça fait du bruit quelques temps, mais c’est passé… Les gains de la réforme des retraites ont été calculés au doigt mouillé, avec une marge d’erreur assez impressionnante. Je ferme cette parenthèse.) Premier article sur la grève, pages 8-9, second page 14. Divorce présidentiel, pages 1-7. Edito de Joffrin « Jamais un président en exercice ne s’était trouvé etc. » Evénement que jamais on a vu ça… donc Une. Le jour du premier grand bras de fer social, la presse (de gauche) se concentre sur le divorce du président. Je… Pfffff
A part « ça », le mini-traité européen ne fera pas l’objet d’un Referendum en France. La crise des subprimes fera baisser la croissance française de 1,8% (OCDE) à 2% (FMI). Une baisse de +0,2%... La nouvelle personne en charge des négociations avec les syndicats au Medef est la DRH du groupe Accor, en remplacement de DGS de l’UIMM (fallait suivre), le signe que le Medef ne veut pas se mêler de la réforme des régimes spéciaux. Et un article sur la colère dans la partie Livres. Qu’y a-t-il de commun entre la colère d’Achille et la colère de la rue ? La question semble ne pas s’être posée. Indécrottable réac que je suis.
10.17.2007
Libé, 17 octobre
La femme de César doit être insoupçonnable. Mais que se passe-t-il si elle veut se barrer ? Le nouveau statut du Président de la République lui interdit d’apparaître devant quelque cour que ce soit. Sauf la Haute. Et encore. Donc il ne peut y avoir de procédure de divorce intenté contre lui. Il ne peut se défaire de son immunité, car elle s’impose même à lui. Le corps vivant du Président de la République est mort… Il est devenu la fonction. Voilà qui lui sied bien.
Inconsciemment, tout le monde savait au Patronat que l’UIMM avait une caisse noire qui servait à financer certaines actions (lesquelles ? Mystère). L’UIMM c’est plus que le Medef, mais c’est un groupement d’intérêt qui s’affaiblit au fil du temps. Un reliquat d’une époque révolue. D’où est partie cette rumeur que cet argent servait à financer des syndicats de salariés ? Cela prépare les esprits à la future loi sur le financement des syndicats. Et si lors de sa discussion au Parlement un petit scandale éclatait, histoire de…
Portrait de Didier Le Reste. Personnage important du paysage syndical français. Demain est un peu son jour. Pas de grand soir pour lui, mais la défense obstinée des droits des salariés de la SNCF. Et de ce fait, un peu plus que ça.
Inconsciemment, tout le monde savait au Patronat que l’UIMM avait une caisse noire qui servait à financer certaines actions (lesquelles ? Mystère). L’UIMM c’est plus que le Medef, mais c’est un groupement d’intérêt qui s’affaiblit au fil du temps. Un reliquat d’une époque révolue. D’où est partie cette rumeur que cet argent servait à financer des syndicats de salariés ? Cela prépare les esprits à la future loi sur le financement des syndicats. Et si lors de sa discussion au Parlement un petit scandale éclatait, histoire de…
Portrait de Didier Le Reste. Personnage important du paysage syndical français. Demain est un peu son jour. Pas de grand soir pour lui, mais la défense obstinée des droits des salariés de la SNCF. Et de ce fait, un peu plus que ça.
10.16.2007
Libé, 16 octobre
Liberté de la presse. Sondage. Titre : « Les Français veulent des médias indépendants. » Sondage LH2. Les électeurs de droite sont moins sensibles à ce problème. Danger immédiat, le rachat des Echos. LVMH/Arnault propriétaire de la Tribune. Ce dernier est devenu l’ombre de lui-même sous Arnaud. Journal de référence à l’époque. Détruit par les ingérences du propriétaire, outil de propagande, campagnes de déstabilisation des concurrents. Face à lui De Lacharrière, grand financier, propriétaire de l’agence de notation Fitch. Entre le sida et l’hépatite C le choix est délicat. Pearson, ce groupe anglais qui possède déjà le Financial Times, vendra. La Tribune devrait tomber dans l’escarcelle de Bolloré, déjà partenaire du Monde. Tous grands démocrates, proches du pouvoir de droite ou de gauche. Ils sont aussi le pouvoir. Des médias indépendants ? Cela doit passer par la loi. Démocratie oblige.
Les cent familles. Les maîtres des forges. Le retour des vieux démons. On apprend que l’UIMM (les patrons de l’acier pour faire court) finance un peu tout ce qui le chante. Sans devoir aucun compte à personne. Tradition oblige. Les comptes sont détruits d’une année sur l’autre. Caisse noire. Le Medef lui doit beaucoup. D’autres syndicats également semble-t-il. Des syndicats indépendants ? etc.
Pouvoir d’achat. Commission Attali. Entretien avec Jean Peyrelevade. En seconde, en Economie et social, on m’apprenait ce que disent ces gens-là. Nuance, on m’apprenait exactement ce que disent ces gens-là. Parler d’économie au peuple comme on parle à un enfant, faire simple pour calmer, compliqué pour impressionner.
Les cent familles. Les maîtres des forges. Le retour des vieux démons. On apprend que l’UIMM (les patrons de l’acier pour faire court) finance un peu tout ce qui le chante. Sans devoir aucun compte à personne. Tradition oblige. Les comptes sont détruits d’une année sur l’autre. Caisse noire. Le Medef lui doit beaucoup. D’autres syndicats également semble-t-il. Des syndicats indépendants ? etc.
Pouvoir d’achat. Commission Attali. Entretien avec Jean Peyrelevade. En seconde, en Economie et social, on m’apprenait ce que disent ces gens-là. Nuance, on m’apprenait exactement ce que disent ces gens-là. Parler d’économie au peuple comme on parle à un enfant, faire simple pour calmer, compliqué pour impressionner.
20h45, Paris, Campanile Porte de Clichy, AG PS section du 17ème
Ce soir-là, débat. But : présenter les militants qui briguent la tête de liste aux élections municipales dans le 17ème. Qui affrontera Panafieu ? Deux candidats. Annick « notre députée » Lepetit, un des piliers du 18ème, porte-parole de Delanoë. Christophe Lanoë, Secrétaire de Section, administrateur bien implanté. La désignation par les adhérents de la tête de liste doit se faire ce jeudi. La liste sera définie plus tard, en décembre. Le débat est minuté, chaque candidat parlera, sera défendu par des militants de la section, l’espoir d’un débat de haut niveau est martelé à la « tribune ». Nous sommes au PS.
Le Secrétaire de section parle en premier, la députée prend la suite, une trentaine de militants défendront leur candidat jusqu’à 23h, puis les deux candidats prendront une dernière fois la parole. On pourrait croire que tout se passera normalement, tout était réglé. Par un heureux concours de circonstances, y’a un climat dans cette section. Longtemps ignorée, elle devient le centre d’intenses tractations, comme sa grande sœur du 18ème. Alors on s’y affronte. Sauvagement parfois. Le Secrétaire de section tente de justifier sa candidature par son travail local et les réussites de la section. La députée fait un discours politique, contre la droite et Panafieu, et pour Delanoë. On sait tout de suite qu’il n’y a rien à gagner ici, tout est déjà joué. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il n’y a pas besoin de débat ?
La politique, c’est le fait d’hommes et de femmes. Des engagements, du temps, de l’énergie, pour faire passer une idée, imposer sa personne, avoir du pouvoir ; les raisons sont nombreuses. Souvent tout se mélange. Annick Lepetit sera désignée par des adhérents, qui pour la plupart ne se sont jamais engagés sur le terrain. Il y avait ce soir-là 150 personnes sur 950 adhérents. Qui ira voter ? Pourtant tout commence là. Au plus proche. Ensuite les citoyens désigneront un représentant officiel. C’est cette démocratie partisane qui créée ces « monstres froids » qui nous gouvernent. Ça part de quelque part, après la responsabilité de chacun dans ce choix se dilue dans le nombre. Les petits Etats sont plus politiques que les grands.
Sinon, ce débat s’est transformé en boucherie. Le perdant n’en est pas sorti grandi.
Le Secrétaire de section parle en premier, la députée prend la suite, une trentaine de militants défendront leur candidat jusqu’à 23h, puis les deux candidats prendront une dernière fois la parole. On pourrait croire que tout se passera normalement, tout était réglé. Par un heureux concours de circonstances, y’a un climat dans cette section. Longtemps ignorée, elle devient le centre d’intenses tractations, comme sa grande sœur du 18ème. Alors on s’y affronte. Sauvagement parfois. Le Secrétaire de section tente de justifier sa candidature par son travail local et les réussites de la section. La députée fait un discours politique, contre la droite et Panafieu, et pour Delanoë. On sait tout de suite qu’il n’y a rien à gagner ici, tout est déjà joué. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il n’y a pas besoin de débat ?
La politique, c’est le fait d’hommes et de femmes. Des engagements, du temps, de l’énergie, pour faire passer une idée, imposer sa personne, avoir du pouvoir ; les raisons sont nombreuses. Souvent tout se mélange. Annick Lepetit sera désignée par des adhérents, qui pour la plupart ne se sont jamais engagés sur le terrain. Il y avait ce soir-là 150 personnes sur 950 adhérents. Qui ira voter ? Pourtant tout commence là. Au plus proche. Ensuite les citoyens désigneront un représentant officiel. C’est cette démocratie partisane qui créée ces « monstres froids » qui nous gouvernent. Ça part de quelque part, après la responsabilité de chacun dans ce choix se dilue dans le nombre. Les petits Etats sont plus politiques que les grands.
Sinon, ce débat s’est transformé en boucherie. Le perdant n’en est pas sorti grandi.
10.15.2007
Libé, 15 octobre
Note de lecture. Nouvelle formule de Libération. Il faudra du temps pour l’avoir dans l’œil. Rien de révolutionnaire. Une simple réforme. Format identique. Papier grossier et encre sur les doigts. Plus de place pour les lecteurs du journal. Forum, réactions sur le site. Libé a encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre « The Guardian » qui reste, même si cela n’apparaît plus nulle part, son modèle.
Articles. Thématique sur l’Intégration. Concept ombilical.
Hervé Le Bras et Benjamin Stora, mise en perspective nécessaire. Mariages mixtes. Regroupement familial. Non ! Fantasme du Maghrébin qui permet à ses cinq femmes et vingt enfants de débarquer en France par regroupement. Lien mariage mixte et regroupement. Installation en France du conjoint étranger par regroupement. Possibilité réduite par les nouvelles lois. But : obliger le départ des couples mixtes. Célibat forcé des jeunes hommes mal dotés issus de l’immigration. Célibat forcé des jeunes femmes diplômées issues de l’immigration. Politique eugéniste en marche.
Tests ADN. Mise en application grossière de ce principe eugéniste.
Isolement des immigrés fragilisés par la nouvelle législation. Cas. Médecins du Monde (MDM). 40 000 consultations en 2006. Peur des immigrés sans-papiers de consulter, l’administration exige certains papiers pour l’obtention de l’Aide Médicale de l’Etat, exigences illégales ( ?). De plus en plus de femmes consultent MDM. Fragilisation, précarité, esclavage… L’autre France. Habitats de fortune et sans logis : 217 000 familles recensées. 600 000 relogements d’urgence en attente.
Walter Veltroni. Maire de Rome. Nouveau Premier Secrétaire du Parti Démocrate, sorte de Modem à l’Italienne, le marais local. Promesse de Veltroni quelques années auparavant : Ceci est mon dernier mandat, je quitte la politique. 2011 il sera Président du Conseil, peut-être. Inspirateur de Lang et Delanoë. Je suis un peu déçu, c’est con, non ? J’aimais bien le personnage, gentilhomme italien, petit côté Renaissance. Homme politique en fin de compte. Une candidature qui sort d’un mensonge. Il ne vaut pas mieux que Jospin. Non, là je suis méchant.
Articles. Thématique sur l’Intégration. Concept ombilical.
Hervé Le Bras et Benjamin Stora, mise en perspective nécessaire. Mariages mixtes. Regroupement familial. Non ! Fantasme du Maghrébin qui permet à ses cinq femmes et vingt enfants de débarquer en France par regroupement. Lien mariage mixte et regroupement. Installation en France du conjoint étranger par regroupement. Possibilité réduite par les nouvelles lois. But : obliger le départ des couples mixtes. Célibat forcé des jeunes hommes mal dotés issus de l’immigration. Célibat forcé des jeunes femmes diplômées issues de l’immigration. Politique eugéniste en marche.
Tests ADN. Mise en application grossière de ce principe eugéniste.
Isolement des immigrés fragilisés par la nouvelle législation. Cas. Médecins du Monde (MDM). 40 000 consultations en 2006. Peur des immigrés sans-papiers de consulter, l’administration exige certains papiers pour l’obtention de l’Aide Médicale de l’Etat, exigences illégales ( ?). De plus en plus de femmes consultent MDM. Fragilisation, précarité, esclavage… L’autre France. Habitats de fortune et sans logis : 217 000 familles recensées. 600 000 relogements d’urgence en attente.
Walter Veltroni. Maire de Rome. Nouveau Premier Secrétaire du Parti Démocrate, sorte de Modem à l’Italienne, le marais local. Promesse de Veltroni quelques années auparavant : Ceci est mon dernier mandat, je quitte la politique. 2011 il sera Président du Conseil, peut-être. Inspirateur de Lang et Delanoë. Je suis un peu déçu, c’est con, non ? J’aimais bien le personnage, gentilhomme italien, petit côté Renaissance. Homme politique en fin de compte. Une candidature qui sort d’un mensonge. Il ne vaut pas mieux que Jospin. Non, là je suis méchant.
10.02.2007
La Question Humaine
Me voilà bien embêté. J’ai vu un film qui m’a ennuyé, un film que j’ai trouvé verbeux, prétentieux, mal joué, esthétiquement inintéressant, sans rythme, et pour tout dire affreusement parisien. S’il était encore possible d’en rajouter, dans le cinéma le plus imbécilement branchouille de Paris, le soir d’une sauterie organisée par l’Adami. En temps normal, il m’aurait fallu me concentrer un bon moment pour me souvenir ce que j’avais bien pu voir la veille. Pourtant, non seulement je me souviens parfaitement de ce film, de l’ambiance, de tout ce que nous avons pu en dire au sortir de la salle de projection, mais en plus je sais que je m’en souviendrai un bon bout de temps.
Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.
Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.
Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.
En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.
Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.
Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.
Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.
En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.
9.14.2007
Sport et politique
Les multiples défaites d’équipes « de France » survenues il y a peu dans à peu près tous les sports (Athlétisme, Basket, Volley, Rugby, Foot), m’ont soulagé. Depuis Guillaume Le Maréchal, comme l’a démontré Duby, les grands Champions sont des outils politiques très pratiques, et très efficaces. Les exemples sont nombreux de sportifs employés comme petites mains politiques et nous avons tous encore en tête les délires de quelque ministre de l’économie tablant sur une victoire d’une certaine équipe pour redresser l’économie française. Mais les défaites récentes valent un peu plus que d’habitude à mes yeux. Notamment celle du XV, symboliquement très forte. Je m’explique.
L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’ « être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du crédo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’Etat doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérénité de l’ « être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.
Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secretaire d’Etat in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulsent des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.
L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’ « être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du crédo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’Etat doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérénité de l’ « être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.
Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secretaire d’Etat in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulsent des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.
9.07.2007
Un Maroc de paquotille ?
Ainsi donc, le Maroc a un Parlement, un Gouvernement responsable devant le Parlement et une Nation qui vit au travers de ses 15 millions de citoyens actifs… A part Serge (Dassault) dans le Figaro, personne n’oserait écrire ces quelques mots sans rougir de honte ou mourir de rire. Le roi règne, il gouverne, décide, exécute, il est la Nation, le descendant du Prophète (je préfère mettre une majuscule, on n’est jamais trop prudent), le commandeur des croyants… Il est presque tout, et c’est l’effet de son « bon plaisir » qu’un Parlement existe, qu’un Gouvernement existe, et que 15 millions de marocains puissent voter. Mais le Maroc existe aussi sans le Roi, voire contre lui. Et si l’on jette un œil sur les deux derniers siècles d’histoire du Maroc (j’ai un peu la flemme de causer des phéniciens), il me semble que l’on peut faire preuve d’un minimum d’optimisme sur le futur du royaume.
Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’Etat marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.
Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.
Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…
Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’Etat marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.
Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.
Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…
9.06.2007
Un pari
- Non ! Ne me fais pas ça, pas maintenant !
- Ecoute ! J’ai bien réfléchi, et… On ne peut pas continuer comme ça.
- Tu ne peux pas me faire ça. Qu’est-ce que tu me reproches ?
- Rien de particulier, mais presque tout en général.
- Je ne comprends pas !!
- C’est fini, c’est tout.
- Pas maintenant ! Pas maintenant.
Un bar. Sur une banquette deux hommes assis, dont le suppliant du court dialogue précédent. Il prend la parole.
- Quelle merde !
- C’est la vie !
- Bon. Garçon ! Une bouteille de champagne !
- Héhé !
- Quoi héhé ! J’y étais presque putain !
- Péché d’orgueil. Deux mois, c’est absurde. J’aurai pris les paris à un mois.
- C’est ce qui me différencie de toi, mon cher ami, ce goût du risque. Un pari doit être risqué, sinon, à quoi bon.
- Risquer de perdre, pourquoi pas ? C’est donner un peu plus de chances aux autres de gagner.
- Je te parie, qu’il me servira en premier.
- Tenu ! 20 euros.
- Non 10, c’est moi qui ai commandé, donc il y a plus de chances que ce soit toi qui soit servi en premier.
- D’ac.
Le serveur posa le seau à Champagne en face des deux amis, il en sortit une bouteille dont il exhiba l’étiquette, puis il l’ouvrit. Petit bruit habituel. Il remit la bouteille dans le seau et alla chercher deux coupettes. Ils les posa entre les deux amis et les remplit. Il remit la bouteille dans le seau et repartit.
- J’ai gagné, il a servi la coupette la plus proche de moi en premier.
- Pas d’accord, y’a égalité parfaite, le pari est annulé.
Une voix venant de leur droite.
- Tout à fait d’accord avec vous et ce d’autant plus que c’est vous qui avez lancé le pari.
Le deux amis se tournérent vers cette voix. Un homme d’une soixantaine d’années leur souriait.
- Un pari est gagné ou perdu de manière claire. Sinon il est annulé. Sauf si l’un des joueurs a quelque atout en main qui serait susceptible de forcer celle de l’autre. Dans votre cas, ce serait bien dommage.
- Tu vois ! Pari annulé donc.
- Monsieur fait autorité ?
- Oh ! Disons que je suis moi-même un peu joueur. J’ai entendu le début de votre conversation et j’ai retrouvé quelque chose de ma jeunesse dans ce pari. Bien des choses me sont revenues. J’ai déjà perdu un tel pari, mais heureusement, j’en ai gagné d’autres.
- Justement, nous cherchions des idées pour notre prochain gros pari. Peut-être pourrez-vous nous inspirer ?
- Mieux que cela, j’ai un pari tout trouvé pour deux jeunes gens de votre âge. Puis-je ?
- Bien sûr ! Prenez cette chaise. Une coupette ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Mais non, mais non.
L’homme s’installa. Et raconta son pari.
- Merci. J’avais à peu près votre âge. Un bon ami à moi était un gros joueur, presque un professionnel. Il en vivait, presque, et sa réputation était excellente dans les cercles de jeu. Un jour de désoeuvrement, il me fit part d’un pari très amusant.
- L’idée générale est la suivante, commença-t-il, sommes-nous condamnés à être ce qui nous sommes depuis notre naissance ? N’est-il pas possible de changer, d’être un autre, bref de changer d’identité.
- Tu veux dire se grimer, passer pour un autre…
- Non, être un autre. Ceci est ma carte d’identité, elle est moi et je suis elle, tous les détails de qui je suis y sont inscrits. En la lisant, c’est moi qui est lu. Bien sûr cela ne dit rien de qui je suis vraiment, on va dire, mais pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ceci est moi.
- Je crois voir l’idée.
- Bien ! Est-ce que tu penses qu’il est possible de faire autrement ? D’être autre chose que cela pour tous ceux qui ne te connaissent pas ?
- Tu veux dire pour l’administration par exemple ?
- Tout à fait.
- Ça dépend, il me semble.
- Par exemple, peux-tu te marier sous une autre identité, passer devant un notaire en étant autre chose que ce qui est marqué là, ou fournir quelque papier administratif qui te soit attaché mais sans que cela n’apparaisse ?
- Oui, si tu changes d’identité !
- C’est là le truc, sans changer d’identité, arriver à ça.
- Un genre de bluff.
- Somme toute.
- Cela me paraît impossible.
- Et bien voilà notre prochain pari. Fournir un papier officiel signé de notre main mais sans qu’un seul élément de nos cartes d’identité ne soit inscrit.
- Héhé ! Ça me plaît bien ça. Quels sont les enjeux ?
- 50 000 francs ?
- Tope là !
- Pari intéressant. Et alors ?
- Nous ne savions pas que cela était un délit. Et tous les deux nous l’apprîmes à nos dépends. Mais l’aventure était amusante. Comme il y avait égalité, le pari a été annulé. Pourtant, je suis certain qu’il est possible d’aller au bout de ce pari.
- Peut-être… Qu’en penses-tu ?
- Quand on voit tous les papiers qui sont demandés pour justifier de son identité, cela semble être encore plus difficile qu’avant.
- Justement non ! Il suffit d’un papier un peu différent pour faire flipper toute la machine administrative. Juste un, en remontant depuis une petite modification jusqu’au papier final. Je pense que ça doit être possible. Et même plus facile qu’avant ! Est-ce que tu te sens de te lancer dans l’aventure ?
- Bon… Mais pour le plaisir de l’exercice alors !
- Ça roule, pari tenu.
- Bien, je suis content de vous avoir inspiré. Serait-ce abuser que de vous demander une troisième coupette ?
- Absolument pas, vous avez été d’excellent conseil.
- Merci.
Une fois la coupette servie, le barman s’approcha de la table et posa sur la table, en maugréant, un billet de 100 euros que l’excellent conseiller s’empressa de ranger dans une de ses poches. Il salua ensuite les deux amis et sortit du bar, laissant sur la table la dernière coupette pleine. Intrigués, les deux amis allèrent voir le barman pour connaître le fin mot de l’histoire. Ils apprirent ainsi qu’il venait de perdre le pari suivant : se faire inviter à boire du champagne avec eux jusqu’à la troisième coupette.
- Sacré personnage !
- Vi. Mais je pense à un truc. Est-ce que cela remet en cause notre pari ?
- Pourquoi donc ?
- C’était peut-être un crac ?
- Mmmm.
Le barman leur demanda si le pari qu’il avait évoqué consistait à changer d’identité. Ils opinèrent de conserve. Le barman leur fit alors un large sourire.
- Ecoute ! J’ai bien réfléchi, et… On ne peut pas continuer comme ça.
- Tu ne peux pas me faire ça. Qu’est-ce que tu me reproches ?
- Rien de particulier, mais presque tout en général.
- Je ne comprends pas !!
- C’est fini, c’est tout.
- Pas maintenant ! Pas maintenant.
Un bar. Sur une banquette deux hommes assis, dont le suppliant du court dialogue précédent. Il prend la parole.
- Quelle merde !
- C’est la vie !
- Bon. Garçon ! Une bouteille de champagne !
- Héhé !
- Quoi héhé ! J’y étais presque putain !
- Péché d’orgueil. Deux mois, c’est absurde. J’aurai pris les paris à un mois.
- C’est ce qui me différencie de toi, mon cher ami, ce goût du risque. Un pari doit être risqué, sinon, à quoi bon.
- Risquer de perdre, pourquoi pas ? C’est donner un peu plus de chances aux autres de gagner.
- Je te parie, qu’il me servira en premier.
- Tenu ! 20 euros.
- Non 10, c’est moi qui ai commandé, donc il y a plus de chances que ce soit toi qui soit servi en premier.
- D’ac.
Le serveur posa le seau à Champagne en face des deux amis, il en sortit une bouteille dont il exhiba l’étiquette, puis il l’ouvrit. Petit bruit habituel. Il remit la bouteille dans le seau et alla chercher deux coupettes. Ils les posa entre les deux amis et les remplit. Il remit la bouteille dans le seau et repartit.
- J’ai gagné, il a servi la coupette la plus proche de moi en premier.
- Pas d’accord, y’a égalité parfaite, le pari est annulé.
Une voix venant de leur droite.
- Tout à fait d’accord avec vous et ce d’autant plus que c’est vous qui avez lancé le pari.
Le deux amis se tournérent vers cette voix. Un homme d’une soixantaine d’années leur souriait.
- Un pari est gagné ou perdu de manière claire. Sinon il est annulé. Sauf si l’un des joueurs a quelque atout en main qui serait susceptible de forcer celle de l’autre. Dans votre cas, ce serait bien dommage.
- Tu vois ! Pari annulé donc.
- Monsieur fait autorité ?
- Oh ! Disons que je suis moi-même un peu joueur. J’ai entendu le début de votre conversation et j’ai retrouvé quelque chose de ma jeunesse dans ce pari. Bien des choses me sont revenues. J’ai déjà perdu un tel pari, mais heureusement, j’en ai gagné d’autres.
- Justement, nous cherchions des idées pour notre prochain gros pari. Peut-être pourrez-vous nous inspirer ?
- Mieux que cela, j’ai un pari tout trouvé pour deux jeunes gens de votre âge. Puis-je ?
- Bien sûr ! Prenez cette chaise. Une coupette ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Mais non, mais non.
L’homme s’installa. Et raconta son pari.
- Merci. J’avais à peu près votre âge. Un bon ami à moi était un gros joueur, presque un professionnel. Il en vivait, presque, et sa réputation était excellente dans les cercles de jeu. Un jour de désoeuvrement, il me fit part d’un pari très amusant.
- L’idée générale est la suivante, commença-t-il, sommes-nous condamnés à être ce qui nous sommes depuis notre naissance ? N’est-il pas possible de changer, d’être un autre, bref de changer d’identité.
- Tu veux dire se grimer, passer pour un autre…
- Non, être un autre. Ceci est ma carte d’identité, elle est moi et je suis elle, tous les détails de qui je suis y sont inscrits. En la lisant, c’est moi qui est lu. Bien sûr cela ne dit rien de qui je suis vraiment, on va dire, mais pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ceci est moi.
- Je crois voir l’idée.
- Bien ! Est-ce que tu penses qu’il est possible de faire autrement ? D’être autre chose que cela pour tous ceux qui ne te connaissent pas ?
- Tu veux dire pour l’administration par exemple ?
- Tout à fait.
- Ça dépend, il me semble.
- Par exemple, peux-tu te marier sous une autre identité, passer devant un notaire en étant autre chose que ce qui est marqué là, ou fournir quelque papier administratif qui te soit attaché mais sans que cela n’apparaisse ?
- Oui, si tu changes d’identité !
- C’est là le truc, sans changer d’identité, arriver à ça.
- Un genre de bluff.
- Somme toute.
- Cela me paraît impossible.
- Et bien voilà notre prochain pari. Fournir un papier officiel signé de notre main mais sans qu’un seul élément de nos cartes d’identité ne soit inscrit.
- Héhé ! Ça me plaît bien ça. Quels sont les enjeux ?
- 50 000 francs ?
- Tope là !
- Pari intéressant. Et alors ?
- Nous ne savions pas que cela était un délit. Et tous les deux nous l’apprîmes à nos dépends. Mais l’aventure était amusante. Comme il y avait égalité, le pari a été annulé. Pourtant, je suis certain qu’il est possible d’aller au bout de ce pari.
- Peut-être… Qu’en penses-tu ?
- Quand on voit tous les papiers qui sont demandés pour justifier de son identité, cela semble être encore plus difficile qu’avant.
- Justement non ! Il suffit d’un papier un peu différent pour faire flipper toute la machine administrative. Juste un, en remontant depuis une petite modification jusqu’au papier final. Je pense que ça doit être possible. Et même plus facile qu’avant ! Est-ce que tu te sens de te lancer dans l’aventure ?
- Bon… Mais pour le plaisir de l’exercice alors !
- Ça roule, pari tenu.
- Bien, je suis content de vous avoir inspiré. Serait-ce abuser que de vous demander une troisième coupette ?
- Absolument pas, vous avez été d’excellent conseil.
- Merci.
Une fois la coupette servie, le barman s’approcha de la table et posa sur la table, en maugréant, un billet de 100 euros que l’excellent conseiller s’empressa de ranger dans une de ses poches. Il salua ensuite les deux amis et sortit du bar, laissant sur la table la dernière coupette pleine. Intrigués, les deux amis allèrent voir le barman pour connaître le fin mot de l’histoire. Ils apprirent ainsi qu’il venait de perdre le pari suivant : se faire inviter à boire du champagne avec eux jusqu’à la troisième coupette.
- Sacré personnage !
- Vi. Mais je pense à un truc. Est-ce que cela remet en cause notre pari ?
- Pourquoi donc ?
- C’était peut-être un crac ?
- Mmmm.
Le barman leur demanda si le pari qu’il avait évoqué consistait à changer d’identité. Ils opinèrent de conserve. Le barman leur fit alors un large sourire.
8.22.2007
Slow train
Contentement, satisfaction, voire soulagement. Pourquoi voire ? Et soulagement, puisque l’impensable est arrivé, puisque par un effort de ma volonté, j’ai fait quelque chose qui me semblait totalement impossible. Je me souviens avoir dit, un peu comme ça, « Il faut que je fasse quelque chose d’important », j’avais en tête en le disant l’idée d’un « gros coup », marquer un moment, me dire que là, il s’est passé quelque chose. Parce que. Disons, j’avais ce besoin d’une rupture, d’un moment en creux, la nécessité d’un point de départ, pouvoir dire « Tu vois, c’est à ce moment-là que ça a commencé » « J’ai pris ma décision tel jour, je m’en souviens comme si c’était hier » etc. Pourtant, les jours qui ont suivi cette décision un peu nébuleuse, puisque je n’en avais pas arrêté le contenu, je n’ai rien fait de spécial, il ne s’est rien passé. J’en discutais mais sans rien en dire. C’était vague. Ça montait, mais qu’est-ce qui montait ?
Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.
Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.
8.20.2007
Une fissure
Depuis deux ans que je passe par là, j’avais acquis la certitude que je connaissais tout les recoins de ce parcours. Il m’a même semblé par moment pouvoir le parcourir les yeux fermés. Ce n’était pourtant pas un chemin facile, beaucoup d’obstacles, beaucoup de tournants, mais surtout une foule compacte. Et plusieurs fois j’ai eu le déplaisir de rentrer littéralement dans certaines personnes. Au moins deux fois, au moins parce que je n’ai pas la mémoire trop fiable. Et même une fois je l’ai connu sous la neige. Pour vous dire. Bref, ce parcours était devenu une sorte d’excroissance de moi-même. Pourtant ce matin, et c’est pour cela que je vous raconte ce fait aujourd’hui, ce matin donc, en le parcourant, peut-être un peu plus doucement que d’habitude, j’ai remarqué un mur lézardé. Plutôt une fissure dans un mur, celui qui continue la grande boulangerie de la rue T. Vous me direz qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans cette vision d’une fissure dans un mur de Paris. Dans ce cas-là, je vous rétorquerai qu’il n’y a rien de bien extraordinaire à assister à un accident, chose connue, ou à la chute d’un météorite près de soi, même si je dois vous accorder que cet événement est plus rare que les précédents. Mais comprenez bien ceci, ce n’est pas la fissure qui est extraordinaire, mais le fait que depuis deux ans que je passe par ici, mon œil n’ait jamais été attiré par elle. Cela équivalait pour moi à l’apparition d’un nouveau meuble dans ma maison, ou d’un troisième bras dans ma frêle carcasse. Comment ai-je pu louper ça ? Cet événement, car je n’ai pas d’autre mot pour dire ce qu’a été pour moi cette découverte. Voilà, tout à coup quelque chose a surgi dans un mur que je frôle tous les jours depuis plusieurs centaines de jours. Arrivé au bureau, cette fissure était encore sous mes yeux et toute la journée dans ma tête. Au retour, un peu plus tôt que d’habitude, je me suis mis devant elle et je l’ai observée. C’était une fissure banale, commune, sur un mur vaguement blanc, avec des tags dessus. Cette fissure partait de la moitié du mur et s’arrêtait un peu avant le trottoir, à une demi-jambe du trottoir. Vaste fissure pour un mur d’un immeuble de sept étages. Je me suis étendu un maximum en hauteur pour, avec mon doigt, en suivre une partie. Je la sentais à peine. Elle n’était vraiment pas profonde. Peut-être venait-elle d’apparaître ? Ou s’était-elle continuée depuis un point plus élevé, ce qui explique l’incongruité de ma découverte. Après tout, je ne suis pas toujours à regarder bien haut les immeubles qui bordent ma route. Pourtant, j’ai le souvenir exact de m’être fait à moi-même cette réflexion que je devais plus souvent regarder ces immeubles, lever les yeux pour changer. Tout ceci n’enlève rien au fait que cette fissure est bien là, que je suis certain qu’elle n’y était pas et que ce simple fait m’empêche de ne pas en parler. Et ce qui m’irrite encore plus, c’est qu’en écrivant ces mots, elle est toujours sous mes yeux, dans ma tête, là. Et cela me met dans une rage indescriptible. J’ai même l’impression que plus j’en parle, et plus elle s’agrandit.
8.06.2007
Ratatouille, ou la petite matrice du désir
Un rat, nommé Rémy, découvre peu à peu que son odorat, si fin, ne pouvait le laisser manger ce que mangeaient les siens. Il pressent que les goûts peuvent se mélanger et ce à force de regarder la télé. Dans les étranges lucarnes il voit, chez la vieille dame sous le toit de laquelle vit sa colonie, une émission culinaire présentée par un chef de grande renommé. Il apprend la langue des hommes, jusqu’à pouvoir lire le livre de cuisine du chef précédemment évoqué : le grand Auguste Gusteau. Par un heureux hasard, ou par nécessité, le grand chef, hélas décédé, se retrouve, fantôme, virevoltant autour des moustaches du rat. Ensemble ils se trouvent embarqués par les flots jusque sous un restaurant multi-étoilé, le sien justement. Ce jour de grande découverte est aussi celui qui voit s’introduire dans la cuisine de ce restaurant un jeune commis, maigrelet et sans cervelle. Ce dernier par maladresse ruine une soupe, que le rat décide, poussé par son hubris culinaire, de sauver. Tous en cuisine croient que ce miracle est le fait du jeune commis. Mais celui-ci sait. Commence un jeu très raffiné entre le rat et le commis. Une fable je vous dis ! Un vraie fable.
Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !
Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !
8.03.2007
Curb your enthusiasm
« Holy cow ! » Seinfeld est de retour mais sans Seinfeld et sans New York. Larry David le producteur de cette série mythique s’est lancé dans une suite si flinguée que certains épisodes en sont presque impossible à regarder. Plusieurs fois j’ai même du mettre sur pause pour retrouver mes esprits et détendre la boule que j’avais dans l’estomac. Car cet homme est vraiment talentueux, il arrive à construire des situations inextricables, à mettre en scène la connerie humaine dans toute sa splendeur. Pas seulement la connerie en générale, mais plus particulièrement la sienne. Dans certaines situations, il introduit quelques problématiques générales bien connues de tous, ça fait un peu tarte à la crème, mais il y a ce petit plus : l’ingéniosité. Construire une situation intolérable pour un esprit humain normalement constitué en 22 minutes, ça nécessite une bonne dose de talent, d’imagination et de connaissance des petits travers de l’homme, plus exactement de l’homme et de la femme de Californie. Comme dans « Entourage », tout se passe autour d’Hollywood, autour de ce petit monde, au cœur du spectacle américain. Mais contrairement à « Entourage », on n’est pas ici pour régler des comptes, on est là pour se moquer, gratuitement. Aucune leçon a tirer de tout ça, le seul but : prendre son pied. C’est diffusé en France sur Canal Jimmy. Bien évidemment, je l’ai téléchargé sans sous-titres, et si vous en avez l’occasion n’hésitez pas ! Et pour ceux qui respectent les droits de diffusion (ça existe encore paraît-il) ce n’est pas distribué en Europe…
7.31.2007
Journée de merde
En fait dès hier soir j’ai senti qu’aujourd’hui serait une journée de merde. J’ai vu un film pas très bon, puis impossible d’avoir une conversation sans bailler toutes les deux secondes, et puis impossible de dormir. Pourtant j’étais fatigué, mais impossible de fermer l’œil et de sombrer doucettement. Pourtant il fallait que je me couche tôt, parce que j’avais en tête un mardi entièrement consacré à ma recherche d’emploi. Et y’a encore du boulot ! Et ce matin, impossible. Impossible de me concentrer, de suivre ce plan pourtant si simple de recherche d’emploi élaboré depuis déjà quelques semaines. Je n’ai qu’à suivre l’agenda ! Eh bien non ! Je ne suis qu’au début de cette journée de merde, et je ne doute pas qu’elle va me réserver quelques surprises désagréables. En plus ça va pas fortiche alentour, des problèmes variés qui me touchent puisqu’ils touchent des amis, en plus j’ai mal au cou à cause de la piscine hier, encore pris une mauvaise position (je nageais au bord du solarium), et j’ai mal à un orteil. Enfin on verra bien, mais la suite s’annonce pas folichonne.
Bergman et Serrault sont morts.
PS: Antonioni
Bergman et Serrault sont morts.
PS: Antonioni
7.25.2007
Ventoline et sang frais
Honnêtement, je tremblais en admirant le tour. J’ai craint un instant que l’Homme était arrivé à un stade supérieur, avait commencé sa mutation pour atteindre un ailleurs dont Darwin n’osait rêver : le surhomme sur ces drôles de machines. A force de voler, l’homme devait un jour voir des ailes lui pousser dans le dos, à force de courir vite et de sauter loin, ses jambes devaient se transformer pour prendre la forme puissante de celles du Kangourou, à force de grimper les cols les plus difficiles, ses poumons, son cœur et son sang devaient se modifier irrémédiablement. Et puis la médecine ayant fait des progrès extraordinaires, on pouvait voir des asthmatiques, des cancéreux et des hommes recousus de toutes parts vaincre la plus dure épreuve inventée par l’esprit humain : le Tour de France.
Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53x13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.
Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53x13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.
7.16.2007
Mort aux piétons !
Vous avez certainement entendu parler de cette chose singulière qui vient d’être lancée à Paris, cela s’appelle Vélib’. Le principe est simple : la mairie de Paris fournit des espaces publicitaires à Decaux contre la mise en place d’un système de prêts de vélos. Toute personne qui souffre de bipédie à Paris peut louer ces véhicules individuels « au sang » pour une somme modique, pourvu qu’elle ne l’utilise pas trop longtemps. La première demi-heure est « gratuite » (c’est très relatif ça) et ensuite ça banque sec. Si vous oubliez de rendre la bicyclette, il vous en coûtera 180 euros par jour. Par ailleurs, il est conseillé avant usage d’avoir un abonnement (29€ par an) et de bien connaître le code de la route (en fait plutôt les codes de bonnes conduites). Une fois l’appareil en main, il ne vous reste plus qu’à circuler. Et là, ça commence.
La mairie de Paris, depuis quelques années, pratique une politique de limitation de la circulation motorisée (automobiles et motocycles). Le but est simple, obliger les banlieusards à prendre les transports en commun. Et ça semble marcher puisque la pollution due aux moteurs individuels utilisant des énergies fossiles a chuté de 20%. Mais contrecoup, la vie des migrants quotidiens est devenue difficile. Vélib’ est là pour eux, donc, puisque une fois sorti du RER, le parisien extramural peut se dégourdir les reins en donnant de la pédale. Mais imaginez ces millions de circulateurs abordant des bornes à vélo regroupant au mieux une quarantaine d’unités au sortir du métropolitain. Peu d’élus… Et les quelques utilisateurs effectifs devront affronter ces lieux de perdition devenus célèbres : les pistes cyclables. Vous vous imaginez des pistes bien définies, avec des plots et part et d’autre, des lieux sûrs où l’on peut tranquillement se durcir le mollet. Erreur ! Car ces pistes le plus souvent sont constellées de piétons, puisque bâties sur les trottoirs. Et l’on connaît le goût du piéton à s’imposer en tout lieu où il peut poser ses semelles.
Comme tout bon parisien, j’ai pris mon abonnement et dès mon retour de Canet, je m’y mets, en gardant en tête cette campagne fort singulière de la sécurité routière : « Le vélo est idiot ! Ce ne sont pas les voitures mais les motos qui sont dangereuses ! dit le piéton »
La mairie de Paris, depuis quelques années, pratique une politique de limitation de la circulation motorisée (automobiles et motocycles). Le but est simple, obliger les banlieusards à prendre les transports en commun. Et ça semble marcher puisque la pollution due aux moteurs individuels utilisant des énergies fossiles a chuté de 20%. Mais contrecoup, la vie des migrants quotidiens est devenue difficile. Vélib’ est là pour eux, donc, puisque une fois sorti du RER, le parisien extramural peut se dégourdir les reins en donnant de la pédale. Mais imaginez ces millions de circulateurs abordant des bornes à vélo regroupant au mieux une quarantaine d’unités au sortir du métropolitain. Peu d’élus… Et les quelques utilisateurs effectifs devront affronter ces lieux de perdition devenus célèbres : les pistes cyclables. Vous vous imaginez des pistes bien définies, avec des plots et part et d’autre, des lieux sûrs où l’on peut tranquillement se durcir le mollet. Erreur ! Car ces pistes le plus souvent sont constellées de piétons, puisque bâties sur les trottoirs. Et l’on connaît le goût du piéton à s’imposer en tout lieu où il peut poser ses semelles.
Comme tout bon parisien, j’ai pris mon abonnement et dès mon retour de Canet, je m’y mets, en gardant en tête cette campagne fort singulière de la sécurité routière : « Le vélo est idiot ! Ce ne sont pas les voitures mais les motos qui sont dangereuses ! dit le piéton »
7.15.2007
Discours inappropriés
Parfois, je dois l’avouer, je dépense une énergie folle à me raconter des cracks, à bâtir des discours sur les choses qui paraissent au final si bien fichus que j’ai du mal ensuite à les remettre en question. Et sur un peu tout. Je finis par croire que ce que j’ai dit, éh bien, je le pense. Je construis des trucs et des machins. Ça ne coûte rien, c’est facile, et ce d’autant plus qu’avec un peu d’imagination ça paraît vrai, normal et cohérent. J’arrive à défendre tout ça, en faisant des phrases, et dissertant avec le ton de celui qui sait de quoi il cause. Et souvent, rien ne vient contredire ce bel agencement, car les mots ont cette caractéristique extraordinaire de construire la réalité. Mais une réalité parfois dérivée, qui doucement m’éloigne de ce qui je suis véritablement. Je rentre en abîme, sans m’en rendre tout à fait compte. Parfois, un petit détail me rappelle que je prends un chemin étrange, un peu dangereux, mais rien d’assez dur ne vient me révéler ce que je suis en train de faire. Omission après omission, de remplacement en remplacement, ce qui est n’est plus, ce qui n’est pas est, pièce par pièce la mécanique du réel s’en trouve entièrement changée. Alors, vient le moment, l’occasion plutôt, de tout balancer cul par dessus tête, d’abandonner cet agencement fictif par un geste, un simple geste, dont on ne parle pas, mais qu’il faut accomplir.
Mais une fois de plus, je ne peux m’empêcher d’en causer.
Mais une fois de plus, je ne peux m’empêcher d’en causer.
7.09.2007
Marcher ou courir
En temps normal, je marche. Beaucoup. Traverser Paris à pied n’est pas un problème. Quand j’ai rendez-vous quelque part, je prends le temps nécessaire pour arriver à la minute près au lieu dit, en partant parfois deux heures à l’avance, juste pour le plaisir de marcher. Plus exactement, pour le plaisir de déambuler, de dériver doucement, par des endroits, comme ça, avec un but par lequel je peux passer dix fois. Il n’y a pas d’urgence dans la marche, ce sont sinon des marches administratives, des marches que je fais comme je remplis des papiers, comme je réponds à un questionnaire, des marches nécessaires, des marches idiotes (silly walks), des dé-marches. Marcher, déambuler, dériver, se laisser guider par mes pas pour que le reste se libère, le corps s’assouplit, je dodeline, le monde alentour change peu à peu, mon regard se perd, divague, je rentre alors dans un autre monde, au rythme lent, à la cadence basse, jusqu’à rentrer à l’unisson de mon pas primordial. Alors je rêve. Je reconstruis le monde.
Quand je cours, c’est différent. Mon corps devient primordial, c’est pour lui que je travaille, pour lui que je définis mon parcours, je passe par un endroit pour passer par cet endroit, pas pour un ailleurs encore indéfini. Quand je cours, le rythme de mes pas est cadencé, il suit une logique inscrite dans l’effort que je fournis à mon corps. Mon regard ne se perd jamais, il est devant, continuellement, je ne rêve pas je m’essouffle, je vais jusqu’à perdre haleine, jusqu’au bout d’un chemin qui est déjà en moi, je n’ai pas à l’inventer, il s’impose, il est fractionné par le temps que je passe en efforts. Je ne peux pas réfléchir en courant, je ne fais que souffler. Le monde alentour devient numérique, il se compte en nombre de tours de parc et de kilomètres effectués, de courses rapides et de temps de récupération, il est multiplication de gestes. Je cours avec les autres, je m’inscris dans le monde. Alors je sue. Je me reconstruis.
Quand je cours, c’est différent. Mon corps devient primordial, c’est pour lui que je travaille, pour lui que je définis mon parcours, je passe par un endroit pour passer par cet endroit, pas pour un ailleurs encore indéfini. Quand je cours, le rythme de mes pas est cadencé, il suit une logique inscrite dans l’effort que je fournis à mon corps. Mon regard ne se perd jamais, il est devant, continuellement, je ne rêve pas je m’essouffle, je vais jusqu’à perdre haleine, jusqu’au bout d’un chemin qui est déjà en moi, je n’ai pas à l’inventer, il s’impose, il est fractionné par le temps que je passe en efforts. Je ne peux pas réfléchir en courant, je ne fais que souffler. Le monde alentour devient numérique, il se compte en nombre de tours de parc et de kilomètres effectués, de courses rapides et de temps de récupération, il est multiplication de gestes. Je cours avec les autres, je m’inscris dans le monde. Alors je sue. Je me reconstruis.
7.08.2007
Sarkozy est un chic type
Beaucoup c’est pas assez. Trop, c’est mieux. Nous connaissons ceux qui ont répondu aux appels de monsieur Sarkozy, des petits marquis de l’aile droite du PS, et des petits messieurs du centre mou. Mais aux dernières nouvelles, le spectre politique touché par la gangrène sarkozyste s’élargit. Jack Lang c’est autre chose que Bockel, c’est un vieux de la vieille, un politicien blanchi sous le harnais, qui est une partie, volens nolens, de l’histoire du PS, le seul ministre de la culture (avec Malraux, tout de même) à avoir laissé une trace, un mittérandien de première bourre, etc. bref un gros poisson (poisson rouge selon Ba-y-rou). DSK, c’est encore la taille au-dessus, c’est du solide, un gaillard un peu falot mais qui a du métier, et qui selon les bruits qui ont couru a une femme qui veut lui voir un grand destin. Ils savent ces deux-là ce qu’il en coûterait de devenir des yesmen de monsieur Sarkozy. Et pourtant…
Comment est-il possible que des gens de gauche aient pu un instant penser travailler avec un homme comme monsieur Sarkozy ? Auraient-ils oublié qui il est ? Ce qu’il a fait, réellement ? Ce qu’il pense, dit et projette de faire ? Cet homme a embrassé les idées les plus noires sécrétées par la classe politique depuis 30 ans ! Il a repiqué du vieux champs trop calcaire de la lepénie les plus abjectes discours pour les faire s’épanouir sur les terres noires de la République (on dirait du Libé, peuchère !) J’espère sincèrement que personne à gauche ne gobera ces saloperies, que ceux qui se laissent endormir par les sirène sarkozystes auront auprès d’eux quelques réveilleurs prêts à leur foutre une bonne rouste pour leur faire reprendre leurs idées. Que Lang et DSK aillent à la soupe ! Tant mieux pour eux ! Mais que ce dernier n’ose pas apparaître dans cinq ans avec les habits du sauveur de la gauche dont il voulait se parer. Et que Lang lui aussi aille au diable ! Ce ne sont que des hommes politiques, Dunkerque et Sarcelles et la France s’en remettront. Le vent nauséabond de Sarkozy permet de séparer la paille des grains, profitons-en pour faire un peu sauter le PS.
Comment est-il possible que des gens de gauche aient pu un instant penser travailler avec un homme comme monsieur Sarkozy ? Auraient-ils oublié qui il est ? Ce qu’il a fait, réellement ? Ce qu’il pense, dit et projette de faire ? Cet homme a embrassé les idées les plus noires sécrétées par la classe politique depuis 30 ans ! Il a repiqué du vieux champs trop calcaire de la lepénie les plus abjectes discours pour les faire s’épanouir sur les terres noires de la République (on dirait du Libé, peuchère !) J’espère sincèrement que personne à gauche ne gobera ces saloperies, que ceux qui se laissent endormir par les sirène sarkozystes auront auprès d’eux quelques réveilleurs prêts à leur foutre une bonne rouste pour leur faire reprendre leurs idées. Que Lang et DSK aillent à la soupe ! Tant mieux pour eux ! Mais que ce dernier n’ose pas apparaître dans cinq ans avec les habits du sauveur de la gauche dont il voulait se parer. Et que Lang lui aussi aille au diable ! Ce ne sont que des hommes politiques, Dunkerque et Sarcelles et la France s’en remettront. Le vent nauséabond de Sarkozy permet de séparer la paille des grains, profitons-en pour faire un peu sauter le PS.
7.05.2007
Un étrange phénomène
La première fois qu’il s’est manifesté, c’était au bord de l‘œil gauche. Près des ridules qui commencent à s’y former. C’était il n’y a pas deux ans. Je regardais la télé quand j’ai senti quelque chose, sur le bord. En un clin d’œil, il avait disparu. Je n’y ai pas fait attention sur le coup, et ce n’est que trois jours plus tard, quand il s’est à nouveau manifesté, au même endroit, ou à peu près, que j’ai commencé à tiquer. De le revoir si furtivement m’a rappelé ma première vision. J’ai vraiment commencé à m’inquiéter quand le lendemain, dès le réveil, je l’ai entraperçu. C’était presque une forme. Quelque chose de costaud, mais impossible de dire précisément ce que c’était. Même à présent qu’il est là devant moi, impossible de dire comment je le percevais. Le lendemain, puis le surlendemain et les jours qui ont suivis, il était là, il rôdait, dans les coins. Parfois près de ce satané œil gauche, parfois près du droit, ou sur les bords en bas, en haut, ou sur le bord du centre, disparaissant au premier mouvement de l’œil. Puis un jour, il m’est apparu assez longtemps pour que je puisse enfin le voir. Pas encore le regarder, juste le voir. Sa taille était importante pour des apparissions si furtives, alors j’ai commencé à élaborer des théories. Peut-être est-il si mince qu’un fois de profil il disparaissait ? Peut-être est-il entre plusieurs dimensions ? Et peut-être qu’après tout il était tout simplement dans ma tête ? Mais cette dernière réflexion n’est venu que plus tard, quand des amis m’ont vu tourner rapidement la tête sans que rien ne soit visible dans cet espace-là. Un jour enfin, il était si proche de moi que j’ai presque pu le toucher. J’ai senti son odeur en tout cas. C’était un mélange de poussière et de moisissure. Une odeur de renfermé en quelque sorte. Hier enfin, il est resté assez longtemps pour que je puisse le toucher et depuis, il est là, il est devant moi et me fixe. C’est ennuyeux.
6.23.2007
Le futur à gauche, une idée qui a de l’avenir….
J’ai beau râler comme un pou contre Libération, je dois admettre que Joffrin n’est pas tout Libé, y’a d’autres choses dedans, avec des gros morceaux de gauche. Y’a de l’échange, des personnes d’horizons pas trop différents qui peuvent venir exhiber des trucs, ou faire dialogue. Donc aujourd’hui, Rosanvallon dépose sa rune sur les nouvelles fondations à venir de la gauche française, et il dit. Que la social démocratie a été une réponse à une crise du capitalisme, il y a bien quarante ans de cela, que Blair avait autant d’imagination politique que Thatcher de sex appeal, qu’une société ouverte a besoin de processus de résolution, pas de solutions clé en main.
Ce n’est pas la fin des idéologies, mais l’introduction d’une dose massive de multiple dans la société par des processus démocratiques qui permettraient de « faire société. » Cela prendrait la forme « d’une opération de connaissance de la société sur elle-même » par « l’élaboration d’un processus de discussion et de délibération pour dégager les normes adéquates de protection et de solidarité. » Parce qu’à force de penser en termes d’identités universelles, on oublie (parce que rien ne l’empêche par ailleurs) que tout le bazar est en mouvement perpétuel, que les liens sociaux c’est que du mouvement, qu’un marxisme de quat’sous oublie constamment que l’individu (on disait l’homme à l’époque) est au centre de tout, qu’il est un faisceau de liens sociaux, que la lutte des classes, c’est un principe historique, un genre de méta-moteur, que l’appartenance de classe est une réification de l’individu.
L’homme est « en situation », complètement dedans, il est traversé par des universaux et des particularités. Il faut constituer (car cela n’a rien de naturel ou de spontané) ce que Rosanvallon appelle un « universalisme de terrain », un universalime immergé qui a des effets concrets, qui traverse la société et les individus, et qui oblige à résoudre les problèmes rencontrés en constituant des solutions au plus proche. Construire « un socialisme de soutien aux trajectoires individuelles. » Donc ce matin (enfin en ce début d’après-midi), ça valait la peine de lire Libé. Sa lecture a renforcé en moi l’idée qu’être de gauche, c’est être un peu plus que soi.
Bon ! Sur ce, j’m'en vais cuver…
Ce n’est pas la fin des idéologies, mais l’introduction d’une dose massive de multiple dans la société par des processus démocratiques qui permettraient de « faire société. » Cela prendrait la forme « d’une opération de connaissance de la société sur elle-même » par « l’élaboration d’un processus de discussion et de délibération pour dégager les normes adéquates de protection et de solidarité. » Parce qu’à force de penser en termes d’identités universelles, on oublie (parce que rien ne l’empêche par ailleurs) que tout le bazar est en mouvement perpétuel, que les liens sociaux c’est que du mouvement, qu’un marxisme de quat’sous oublie constamment que l’individu (on disait l’homme à l’époque) est au centre de tout, qu’il est un faisceau de liens sociaux, que la lutte des classes, c’est un principe historique, un genre de méta-moteur, que l’appartenance de classe est une réification de l’individu.
L’homme est « en situation », complètement dedans, il est traversé par des universaux et des particularités. Il faut constituer (car cela n’a rien de naturel ou de spontané) ce que Rosanvallon appelle un « universalisme de terrain », un universalime immergé qui a des effets concrets, qui traverse la société et les individus, et qui oblige à résoudre les problèmes rencontrés en constituant des solutions au plus proche. Construire « un socialisme de soutien aux trajectoires individuelles. » Donc ce matin (enfin en ce début d’après-midi), ça valait la peine de lire Libé. Sa lecture a renforcé en moi l’idée qu’être de gauche, c’est être un peu plus que soi.
Bon ! Sur ce, j’m'en vais cuver…
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