Premier point : le site du candidat Nicolas Sarkozy n’étant plus accessible, je ne peux pas certifier l’absence de virgule entre Ensemble et Tout. Dans son prospectus, à aucun moment les deux termes ne sont séparés. « Ensemble c’est… », « Pour qu’ensemble cela… » etc.
Deuxième point : les définitions sont prises du Littré ; je vais orienter mon discours donc je ne vais pas utiliser toutes les acceptions des termes discutés.
Troisième point : je m’engage à ne faire preuve d’aucune neutralité.
Les définitions
Ensemble : A la fois, en même temps, simultanément / En corps, en masse / Le tout ensemble, le tout pris à la fois et sans avoir égard aux détails.
Tout : Qui comprend totalité, intégrité, qui ne laisse rien au dehors.
Devenir : Prendre une certaine manière, une certaine qualité.
Possible : Qui peut être, qui peut se faire.
Correspondances
Je constate que les termes de ce slogan vont par paires. Ensemble / Tout et Devenir / Possible. Le premier couple signifie une totalité. Le second une ouverture.
Autres paires : Ensemble / Possible et Tout / Devenir, paires par opposition puisque la première désigne une totalité finie et ce qui ne la contient pas ou bien la totalité de ce qui n’est pas fini, et la seconde désigne une totalité en mutation.
Enfin Ensemble / Devenir et Tout / Possible, paires beaucoup plus intéressantes puisqu’elles désignent des totalités non finies.
C’est parti !
A chaque fois nous avons un pré-requis : être Ensemble, et l’absence de virgule signifie l’immédiateté de la relation. Il n’y a pas un temps pour Ensemble et un temps pour la suite. Tout vient en même temps. Cet Ensemble Tout n’accepte pas le séparément rien. C’est Ensemble Tout qui est pré-requis. C’est ce qui va permettre un mouvement vers, une ouverture vers. Il faut tout fermer pour que tout s’ouvre. La totalité est le possible, puisque le devenir possible ne l’est que parce que rien n’est au-delà. L’unicité de la totalité est le seul devenir du possible.
Cela n’a rien avoir avec la possibilité d’agir ensemble pour faire quelque chose, on n’ouvre pas des possibles par la lutte commune ; le possible n’existe que parce qu’il est dans ce qui est déjà uni. Que tout devienne possible à partir du moment où l’unité est faite est l’exacte contraire du slogan de 68 « Soyez réalistes, demandez l’impossible », à aucun moment il n’est demandé d’imaginer ce qui pourrait être, mais de faire que tout soit parce que tout est. L’unité est le seul champ des possibles. La constitution dans ces conditions d’un ministère de la pureté de la race devenait obligatoire. Tout ce qui n’est pas dans l’Ensemble doit être écarté pour que les seuls possibles soient déjà dans l’Ensemble.
Que sont ces possibles qui sont déjà là, puisque ce qui est possible est ce qui peut être ? Il existe des ensembles de possibles, chacun dépendant de certaines conditions. Mais affirmer que tout n’est possible que parce qu’un Ensemble existe déjà, c’est ignorer l’infinité des conditions d’existence d’autres ensembles de possibles. Le seul Possible est donc d’être Ensemble.
Ce n’est pas Tout qui est Possible parce que il y a un Ensemble, mais seul n’est Possible que l’Ensemble. Et là, on pouvait s’attendre à Tout. Et pour le coup, putain !, on est servi.
12.02.2008
12.01.2008
Conditions de la condition
Depuis trois heures, je rature, reprends, modifie ce satané papier. Je voulais au départ réagir à une idée développée par Emmanuel Todd dans en entretien accordé à Médiapart. Il s’étendait avec une certaine lascivité intellectuelle (c’est un grand jouisseur) sur ce constat que nous étions dans une période désertique. Les idéologies ont été remplacées par du vide, et l’idéologie dominante, il disait cela en partant d’une analyse sur la reproduction des élites, est une idéologie du vide. Les penseurs du capitalisme ne reconnaîtraient pas leur(s) petit(s). Et, chose amusante, ce vide est aussi un vide des solutions de remplacement. Il n’y a pas d’idéologie prête à prendre le relais. Pas de communisme ou de fascisme, donc nous avons le temps de penser ce qui va bien pouvoir advenir. Je résume bien sûr.
Après ce constat, je voulais glisser subrepticement vers cette idée subtile et quasiment diabolique, que le capitalisme (le processus historique…) commençait à ressembler, dans la construction du discours sur le capitalisme par les élites, à l’Islam. Une fois le choc passé, je voulais présenter les concepts de Jahiliya, de Fitna, les associationnistes, la finitude du nombre de noms de Dieu, etc. Bref les trucs de base. Puis, après avoir également fait un petit point sur la nature trinitaire de Dieu en Occident, l’importance de cette nature dans l’histoire de la pensée, et cité de manière très fine Aristote, je pensais pouvoir opposer nature trinitaire et nature unitaire du divin et démontrer que le glissement de l’un vers l’autre est ce processus en cours dans la pensée du capitalisme. Ce que n’aurait pas entièrement refusé Bruno Etienne qui nous disait que l’avenir du capitalise est en Islam.
Force m’est de constater que cette tentative est un échec. Je ne peux qu’effleurer le sujet, en donner la structure fondamentale et conclure, tout penaud, que le vide dont parlait Todd n’est qu’apparent, ce qu’il ne nie pas (c’est Todd tout de même, oh !), et qu’il existe un discours clé en main prêt à resubstantifier le discours du capitalisme (le capitalisme ne parle pas, c’est un raccourci).
Epilogue : que trouve-t-on donc en face, si selon Todd, y’a plus rien ? Laissons causer cet autre libidineux qu’est Zizek : « Nous sommes aujourd’hui dans l’impossibilité de penser cette alternative. Mais je crois tout de même que nous sommes proches d’une explosion. Chez Lénine, déjà, l’utopie véritable est liée à l’urgence. On devient utopiste dès lors qu’on ne peut pas faire autrement. Dans ce sens, je crois que nous serons de plus en plus contraints à l’utopie. Le moment utopique de Lénine, avant et juste après la révolution d’Octobre, était le fruit d’une situation totalement désespérée. Une telle réaction serait liée au fait que le champ des choix « réalistes » n’est pas « réaliste » au sens de conforme à l’espace de l’idéologie hégémonique. »
Après ce constat, je voulais glisser subrepticement vers cette idée subtile et quasiment diabolique, que le capitalisme (le processus historique…) commençait à ressembler, dans la construction du discours sur le capitalisme par les élites, à l’Islam. Une fois le choc passé, je voulais présenter les concepts de Jahiliya, de Fitna, les associationnistes, la finitude du nombre de noms de Dieu, etc. Bref les trucs de base. Puis, après avoir également fait un petit point sur la nature trinitaire de Dieu en Occident, l’importance de cette nature dans l’histoire de la pensée, et cité de manière très fine Aristote, je pensais pouvoir opposer nature trinitaire et nature unitaire du divin et démontrer que le glissement de l’un vers l’autre est ce processus en cours dans la pensée du capitalisme. Ce que n’aurait pas entièrement refusé Bruno Etienne qui nous disait que l’avenir du capitalise est en Islam.
Force m’est de constater que cette tentative est un échec. Je ne peux qu’effleurer le sujet, en donner la structure fondamentale et conclure, tout penaud, que le vide dont parlait Todd n’est qu’apparent, ce qu’il ne nie pas (c’est Todd tout de même, oh !), et qu’il existe un discours clé en main prêt à resubstantifier le discours du capitalisme (le capitalisme ne parle pas, c’est un raccourci).
Epilogue : que trouve-t-on donc en face, si selon Todd, y’a plus rien ? Laissons causer cet autre libidineux qu’est Zizek : « Nous sommes aujourd’hui dans l’impossibilité de penser cette alternative. Mais je crois tout de même que nous sommes proches d’une explosion. Chez Lénine, déjà, l’utopie véritable est liée à l’urgence. On devient utopiste dès lors qu’on ne peut pas faire autrement. Dans ce sens, je crois que nous serons de plus en plus contraints à l’utopie. Le moment utopique de Lénine, avant et juste après la révolution d’Octobre, était le fruit d’une situation totalement désespérée. Une telle réaction serait liée au fait que le champ des choix « réalistes » n’est pas « réaliste » au sens de conforme à l’espace de l’idéologie hégémonique. »
11.29.2008
Et si
Vittori de Filippis a été arrêté à son domicile, au petit matin, par une bande de cow-boys. Ancien directeur de la rédaction de Libération, toujours journaliste dans ce même journal, il était visé par un mandat d’amener signé par le juge Muriel Josié, dans le cadre d’une accusation en diffamation intentée par une personne qui ne supporte pas qu’on dise du mal d’elle, et qui s’obstine malgré les procès perdus, à vouloir gain de cause. Bref, un procédurier. Voir un journaliste menotté, ça fait comme une sorte de fussoir. Voir quiconque menotté d’ailleurs ; mais dans certains cas, ça cause un peu plus ; un politique menotté, un enfant menotté… Dans ces cas-là, il se passe quelque chose. Un truc qui cloche. Une charge symbolique forte qui ne laisse pas indifférent. Si l’on se place du côté du juge d’instruction, ou du flic à la manœuvre, toutefois, il n’y a rien d’anormal là-dedans. Ce sont des procédures. Mandat d’amener donc intervention de la police, donc menottes, donc incarcération, donc fouille au corps… Tout citoyen étant justiciable, il doit se soumettre aux procédures judiciaires. Toute procédure en cours doit être menée à terme. Sauf erreur dans la procédure. Car une erreur dans une procédure peut amener à la nullité de cette procédure. Mandat d’amener donc…
La validité d’un acte juridique dépendra des conditions de l’acte. Remplissez ces conditions et vous pourrez lancer la procédure. Cette procédure validera a posteriori et a priori cet acte. La procédure limite par conséquent les actions de justice. Elle protège les justiciables car à tout moment il est possible de la remettre en cause. La violence de la procédure dont je parlais plus haut est l’autre conséquence de sa limitation. Puisqu’il faut la suivre à la lettre, il n’est pas possible qu’elle se passe autrement ; quelques soient les conditions de son application. Et si c’était le cas de toute procédure ?
J’ai eu l’occasion misérable de vivre de l’intérieur une procédure de licenciement dans une entreprise. Un salarié dont j’avais la responsabilité ne voulait plus travailler. Sans toutefois vouloir abandonner son poste. Il fallait donc mettre en place une procédure qui permettrait de démontrer qu’il mettait en danger le bon fonctionnement du service. Pour ce faire, il fallait pouvoir lui signifier plusieurs fois (trois fois je crois) qu’il faisait mal son travail et que les mises en garde n’avaient aucun effet. Ensuite, il devenait possible de présenter son dossier aux RH pour licenciement. Entretemps, il démissionnait.
Une procédure est un processus inexorable. Sa conséquence est inscrite a priori, et son aboutissement n’est possible qu’en toute violence. Mais ce qu’il ne faut jamais oublier dans les procédures c’est qu’elles ont été choisies. Le choix d’une procédure est le choix d’une violence, et celui qui masque ce dernier choix derrière la procédure est ce que Sartre appelait un « salaud. »
Désolé monsieur, c’est la procédure.
La validité d’un acte juridique dépendra des conditions de l’acte. Remplissez ces conditions et vous pourrez lancer la procédure. Cette procédure validera a posteriori et a priori cet acte. La procédure limite par conséquent les actions de justice. Elle protège les justiciables car à tout moment il est possible de la remettre en cause. La violence de la procédure dont je parlais plus haut est l’autre conséquence de sa limitation. Puisqu’il faut la suivre à la lettre, il n’est pas possible qu’elle se passe autrement ; quelques soient les conditions de son application. Et si c’était le cas de toute procédure ?
J’ai eu l’occasion misérable de vivre de l’intérieur une procédure de licenciement dans une entreprise. Un salarié dont j’avais la responsabilité ne voulait plus travailler. Sans toutefois vouloir abandonner son poste. Il fallait donc mettre en place une procédure qui permettrait de démontrer qu’il mettait en danger le bon fonctionnement du service. Pour ce faire, il fallait pouvoir lui signifier plusieurs fois (trois fois je crois) qu’il faisait mal son travail et que les mises en garde n’avaient aucun effet. Ensuite, il devenait possible de présenter son dossier aux RH pour licenciement. Entretemps, il démissionnait.
Une procédure est un processus inexorable. Sa conséquence est inscrite a priori, et son aboutissement n’est possible qu’en toute violence. Mais ce qu’il ne faut jamais oublier dans les procédures c’est qu’elles ont été choisies. Le choix d’une procédure est le choix d’une violence, et celui qui masque ce dernier choix derrière la procédure est ce que Sartre appelait un « salaud. »
Désolé monsieur, c’est la procédure.
11.28.2008
Les tièdes
Certains jours, il me faut beaucoup de temps pour simplement imaginer de quoi je vais bien pouvoir causer, voire si je vais causer de quoi que ce soit. Le plus souvent, c’est par manque d’envie. J’avoue. Dans les cas où c’est imaginer quoi dire qui m’empêche, la frustration est grande et le résultat, quand il existe, est à mon goût un peu miteux. Sans présumer de la qualité de ce qui suit, je dois avouer que c’est d’un flash que ça va s’écrire.
Le chômage officiel remonte. Nous sommes donc un peu plus nombreux. Les raisons de cette hausse existent en quantité. Malgré les efforts colossaux de l’administration actuelle de briser tous les baromètres, tous les instruments de mesures indépendants, elle a dû accepter cette évidence. Faisons notre petit tour du Littré, afin de trouver un biais : « la statistique est la science qui a pour but de faire connaître l’étendue, la population, les ressources agricoles et industrielles d’un Etat. » C’est un terme qui m’a toujours fasciné, car pour moi c’est une science d’Etat, la possibilité de mesurer ce qu’il faut maîtriser. Par la statistique, la connaissance va créer du pouvoir, la possibilité offerte in fine de détruire l’objet de l’étude. Contrairement à la sociologie qui est une science de combat, la statistique est une science de contrôle. Il y a eu de nombreux débats autour de la mesure des origines, des appartenances imaginaires, symboliques etc. or en sociologie ces mesures sont fondamentales pour bien connaître l’objet étudié. D’un autre côté mettre en place de tels outils peut être dangereux car la connaissance peut engendrer du simple flicage. Depuis quelques années toutefois, les différentes administrations au pouvoir se sont évertuées à briser tous les outils statistiques indépendants pour constituer des outils de non-mesure, des outils qui justifieraient a priori les politiques menées. Par exemple, le chômage baisse parce que les outils de mesure ont été changés, les prix baissent car le panier qui servait à mesure les fluctuations des prix n’est plus le même etc.
Malgré cela, le chômage augmente. Tout ne serait donc pas dans l’instrument de mesure. Il est par contre devenu plus difficile de savoir comment il augmente. Il faut pour cela faire appel à des spécialistes qui vont savoir déchiffrer, analyser, trouver les tendances, démontrer. C’est dans ces cas-là qu’apparaissent les tièdes. J’ai eu un petit flash ce matin, une anecdote d’un de mes professeurs de fac. Il s’entretenait avec un quelconque imam autour de l’islamisme radical, et cet imam lui expliquait combien la foi était structurante, ne plus avoir ce doute permet de trouver sa place dans le monde. Il faut un appareillage idéologique, même s’il est con comme une religion, ça permet de savoir où l’on va, qui l’on est, pour soi et les autres, même si par ailleurs c’est aussi une aliénation. Après faut faire gaffe. Ce jeu complexe entre identité, aliénation et idéologie est le cœur des rapports humains, il permet d’établir des codes, des obligations, des espaces de relation… Il faut l’accepter et le comprendre. Dans l’état de vide intellectuel dans lequel nous errons depuis quelques temps, il faut des bornes, il faut marquer le terrain, comprendre ce qui se passe, ne pas oublier que l’on est agi comme on agit. C’est dans ce sens qu’il faut pratiquer l’analyse de combat, ne pas hésiter à faire preuve de violence analytique, de prendre parti, d’aller contre la tiédeur ambiante quitte à faire preuve d’excès.
Le chômage officiel remonte. Nous sommes donc un peu plus nombreux. Les raisons de cette hausse existent en quantité. Malgré les efforts colossaux de l’administration actuelle de briser tous les baromètres, tous les instruments de mesures indépendants, elle a dû accepter cette évidence. Faisons notre petit tour du Littré, afin de trouver un biais : « la statistique est la science qui a pour but de faire connaître l’étendue, la population, les ressources agricoles et industrielles d’un Etat. » C’est un terme qui m’a toujours fasciné, car pour moi c’est une science d’Etat, la possibilité de mesurer ce qu’il faut maîtriser. Par la statistique, la connaissance va créer du pouvoir, la possibilité offerte in fine de détruire l’objet de l’étude. Contrairement à la sociologie qui est une science de combat, la statistique est une science de contrôle. Il y a eu de nombreux débats autour de la mesure des origines, des appartenances imaginaires, symboliques etc. or en sociologie ces mesures sont fondamentales pour bien connaître l’objet étudié. D’un autre côté mettre en place de tels outils peut être dangereux car la connaissance peut engendrer du simple flicage. Depuis quelques années toutefois, les différentes administrations au pouvoir se sont évertuées à briser tous les outils statistiques indépendants pour constituer des outils de non-mesure, des outils qui justifieraient a priori les politiques menées. Par exemple, le chômage baisse parce que les outils de mesure ont été changés, les prix baissent car le panier qui servait à mesure les fluctuations des prix n’est plus le même etc.
Malgré cela, le chômage augmente. Tout ne serait donc pas dans l’instrument de mesure. Il est par contre devenu plus difficile de savoir comment il augmente. Il faut pour cela faire appel à des spécialistes qui vont savoir déchiffrer, analyser, trouver les tendances, démontrer. C’est dans ces cas-là qu’apparaissent les tièdes. J’ai eu un petit flash ce matin, une anecdote d’un de mes professeurs de fac. Il s’entretenait avec un quelconque imam autour de l’islamisme radical, et cet imam lui expliquait combien la foi était structurante, ne plus avoir ce doute permet de trouver sa place dans le monde. Il faut un appareillage idéologique, même s’il est con comme une religion, ça permet de savoir où l’on va, qui l’on est, pour soi et les autres, même si par ailleurs c’est aussi une aliénation. Après faut faire gaffe. Ce jeu complexe entre identité, aliénation et idéologie est le cœur des rapports humains, il permet d’établir des codes, des obligations, des espaces de relation… Il faut l’accepter et le comprendre. Dans l’état de vide intellectuel dans lequel nous errons depuis quelques temps, il faut des bornes, il faut marquer le terrain, comprendre ce qui se passe, ne pas oublier que l’on est agi comme on agit. C’est dans ce sens qu’il faut pratiquer l’analyse de combat, ne pas hésiter à faire preuve de violence analytique, de prendre parti, d’aller contre la tiédeur ambiante quitte à faire preuve d’excès.
11.27.2008
Coin !
Il fallait bien qu’un jour mes yeux se décillent. Je commençais à en être très irrité, mais on se fait à tout. Certaines compagnies ne sont pas plus souhaitables que cela, pourtant on s’y fait avec le temps. Une question d’habitude. On se retrouve à faire des choses peu intéressantes et l’on se dit que c’est ça la vie aussi. Qu’après tout, on ne choisit pas entièrement son environnement. Heureusement, des moments particuliers existent. Je cite souvent une scène des « 120 journées de Sodome » de Pasolini, quand une des demoiselles esclaves dans un effort absolu de faire comme si tout cela était normal s’étouffe en tentant de manger de la merde. Ce matin, j’ai un peu eu cette sensation. Tous les matins, je me tapais un truc qui avait des relents. Des relents de Sarkozye. Abonné depuis presque quatre ans à Libération, au moment où le journal se mourrait, j’en avait fait un genre d’engagement citoyen, pour que ce journal vive et porte une parole de gauche, je le gardais parfois contre ma raison. Car dès son premier édito, Joffrin annonçait ce que serait son canard, un truc un peu boiteux mais qui s’engageait résolument à gauche. Depuis l’accession du nabot à la tête de l’Etat, le wait and see joffrinien, sa volonté de raison garder me portait sur le système analytique. Certains éditos allaient jusqu’à trouver l’action du petit caporal positive. Ces jours-là, je l’avoue, j’en pétais une durite. Mais aujourd’hui, ils sont allés trop loin. C’est pas Joffrin himself qui est allé trop loin, mais son journal. Dans un article à chier, une certaine Roussel, travaillant visiblement au service culturel, donc dans le service le plus snob du journal, a défendu le travail d’investigation des deux journalistes qui ont pondu « Le Vrai Canard. »
Dans le Canard Enchaîné de la veille, Michel Gaillard étrillait par le menu cette enquête à deux sous. L’argumentation était solide, la mise en bière bien ficelée. Ce n’est pas la première fois qu’une investigation était ainsi remise à plat. Je me souviens encore de l’article qui était paru peu après la sortie de l’ouvrage « L’affaire Yann Piat » qui critiquait les méthodes et les conclusions des deux journalistes dont un était au Canard à l’époque. Quand le Canard se plante, il assume. Quand un de ses journalistes déconne, il assume. Il y a certainement de l’arrogance là-dessous, mais il me semble que c’est surtout le fait d’une vision du journalisme, vérifier ses sources, consolider ses analyses, présenter les points de vue tout en gardant un ton décalé, une distance avec ce qui est en jeu.
Libération se prend au sérieux, Libération détient la vérité, Libération est un journal de gauche, Libération me fait chier. Donc je me désabonne. Maintenant, qu’est-ce que je vais pouvoir lire pour me réveiller ?
Dans le Canard Enchaîné de la veille, Michel Gaillard étrillait par le menu cette enquête à deux sous. L’argumentation était solide, la mise en bière bien ficelée. Ce n’est pas la première fois qu’une investigation était ainsi remise à plat. Je me souviens encore de l’article qui était paru peu après la sortie de l’ouvrage « L’affaire Yann Piat » qui critiquait les méthodes et les conclusions des deux journalistes dont un était au Canard à l’époque. Quand le Canard se plante, il assume. Quand un de ses journalistes déconne, il assume. Il y a certainement de l’arrogance là-dessous, mais il me semble que c’est surtout le fait d’une vision du journalisme, vérifier ses sources, consolider ses analyses, présenter les points de vue tout en gardant un ton décalé, une distance avec ce qui est en jeu.
Libération se prend au sérieux, Libération détient la vérité, Libération est un journal de gauche, Libération me fait chier. Donc je me désabonne. Maintenant, qu’est-ce que je vais pouvoir lire pour me réveiller ?
Libellés :
Canard enchaîné,
Le vrai canard,
Libération
11.26.2008
Le parti (suite)
« La campagne, c'est la période où vous tuez vos ennemis : la transition, c'est le moment où vous poignardez vos amis »
Le fin mot de James Carville (ancien conseiller de Bill Clinton), d’un cynisme consommé, résumera très bien la période qui commence. Pourtant, je vois mal la très hétéroclite alliance autour de Mme Aubry s’en laisser compter aussi facilement. Les marquis qui ont soutenu la candidature Royal par contre s’en feront un plaisir. Ils voulaient la victoire, en acceptant la défaite les premiers, ils exhibent leur légitimisme de bon aloi, attendant en retour des places de choix. Se sachant incontournables, des messieurs comme Collomb ou Guerini, vont avec emphase abandonner leurs places de premiers soutiens à l’ex première dame du parti. « E buon i soldi », fameuse réplique du Parrain, sera le grand inspirateur des petites manœuvres qui commencent. Les amis de Fabius et Strauss-Khan voudront truster un maximum de postes afin de préparer les candidatures de leurs chouchous (l’aveuglement des militants qui soutiennent un candidat m’a toujours effrayé), Delanoë ayant disparu, pas mal de postes sont à prendre, et il n’est pas impossible que de nouvelles têtes apparaissent au sein même du Conseil National.
Voilà pour les hommes. Le reste est plus intéressant.
Depuis plusieurs années, l’opinion publique régresse. Chute des ventes de journaux, apparition de publications gratuites qui livrent sans analyses des informations basiques, abaissement du niveau général de la qualité des journalistes, égalisation des informations diffusées par les journaux télévisés, perte de confiance dans les grands médiateurs qu’étaient les journalistes, les politiques, les analystes et autres spécialistes des états du monde, en d’autres mots, trahison (s’il était possible de faire pire) des clercs de tout ordre, ont réduit les consensus autour de sujets généraux et favorisé l’apparition dans le monde politique de personnalités messianiques auxquelles il est facile de s’identifier. Parallèlement, un autre processus est en cours. Augmentation de la fréquentation des marchés de proximité, constitutions d’associations et de réseaux d’associations très dynamiques, recherche des liens au plus proche, multiplication des micropublications aussi bien sur papier que sur le web, poids grandissant des structures mutualistes (hors secteur bancaire, faut pas déconner), bref une autre manière d’aborder le lien social qui va favoriser le voisinage aux grands problèmes généraux qui jusqu’alors passionnaient la société française. La disparition du Parti Communiste au profit du communisme municipal et la régionalisation du Parti Socialiste s’inscrivent dans cette perspective. Il me semble que ce que nous avons vécu ces derniers jours au PS est le dernier feu d’une manière d’aborder le Parti et ses équilibres. Il est clair que le discours halluciné de Mme Royal a un écho réel chez les militants et les adhérents car il exprime un besoin de reconstruire des solidarités qui avaient été laissées de côté par le projet Mitterrandien de prise du pouvoir. Lent processus qui n’a pas grand-chose à voir avec les hommes du parti. Ils vont tout faire pour conserver leurs prérogatives, mais l’évolution générale du parti ne dépend pas d’eux. On verra.
Le fin mot de James Carville (ancien conseiller de Bill Clinton), d’un cynisme consommé, résumera très bien la période qui commence. Pourtant, je vois mal la très hétéroclite alliance autour de Mme Aubry s’en laisser compter aussi facilement. Les marquis qui ont soutenu la candidature Royal par contre s’en feront un plaisir. Ils voulaient la victoire, en acceptant la défaite les premiers, ils exhibent leur légitimisme de bon aloi, attendant en retour des places de choix. Se sachant incontournables, des messieurs comme Collomb ou Guerini, vont avec emphase abandonner leurs places de premiers soutiens à l’ex première dame du parti. « E buon i soldi », fameuse réplique du Parrain, sera le grand inspirateur des petites manœuvres qui commencent. Les amis de Fabius et Strauss-Khan voudront truster un maximum de postes afin de préparer les candidatures de leurs chouchous (l’aveuglement des militants qui soutiennent un candidat m’a toujours effrayé), Delanoë ayant disparu, pas mal de postes sont à prendre, et il n’est pas impossible que de nouvelles têtes apparaissent au sein même du Conseil National.
Voilà pour les hommes. Le reste est plus intéressant.
Depuis plusieurs années, l’opinion publique régresse. Chute des ventes de journaux, apparition de publications gratuites qui livrent sans analyses des informations basiques, abaissement du niveau général de la qualité des journalistes, égalisation des informations diffusées par les journaux télévisés, perte de confiance dans les grands médiateurs qu’étaient les journalistes, les politiques, les analystes et autres spécialistes des états du monde, en d’autres mots, trahison (s’il était possible de faire pire) des clercs de tout ordre, ont réduit les consensus autour de sujets généraux et favorisé l’apparition dans le monde politique de personnalités messianiques auxquelles il est facile de s’identifier. Parallèlement, un autre processus est en cours. Augmentation de la fréquentation des marchés de proximité, constitutions d’associations et de réseaux d’associations très dynamiques, recherche des liens au plus proche, multiplication des micropublications aussi bien sur papier que sur le web, poids grandissant des structures mutualistes (hors secteur bancaire, faut pas déconner), bref une autre manière d’aborder le lien social qui va favoriser le voisinage aux grands problèmes généraux qui jusqu’alors passionnaient la société française. La disparition du Parti Communiste au profit du communisme municipal et la régionalisation du Parti Socialiste s’inscrivent dans cette perspective. Il me semble que ce que nous avons vécu ces derniers jours au PS est le dernier feu d’une manière d’aborder le Parti et ses équilibres. Il est clair que le discours halluciné de Mme Royal a un écho réel chez les militants et les adhérents car il exprime un besoin de reconstruire des solidarités qui avaient été laissées de côté par le projet Mitterrandien de prise du pouvoir. Lent processus qui n’a pas grand-chose à voir avec les hommes du parti. Ils vont tout faire pour conserver leurs prérogatives, mais l’évolution générale du parti ne dépend pas d’eux. On verra.
11.25.2008
Le parti
Avec le temps, j’ai appris à modérer mes analyses sur le parti socialiste. Je pensais, honnêtement, après la période jospinienne, que le parti allait éclater ; puis, avec la Royal, qu’une nouvelle génération émergeait. J’ai même cru que le NPA allait pousser le parti à se réformer. Eh bien makach ! A chaque fois, c’est le statu quo, ou alors le compromis mollasse. Le PS s’obstine à ne pas changer. Ce qui à chaque fois en prend un sacré coup, c’est la construction idéologique du parti. Pour que survive sa structure fondamentale (les instances et les hommes) il a fallu enterrer toute possibilité de construire un corpus idéologique, un programme voire toute intention programmatique. Alors que, fondamentalement, le parti socialiste s’est constitué autour de thèses, d’ouvrages, de prises de position intellectuelles, chaque membre du parti qui voulait un tant soit peu progresser dans les instances du parti se devait d’avoir couché sur le papier ses idées. Cette tradition existe encore, mais loin des œuvres de « l’ancien temps », les nouveaux écrits sont de vulgaires auto-hagiographies, occasions d’exhiber son petit trou du cul.
L’échec récent d’un homme comme Bertrand Delanoë me laisse pourtant quelque peu espérer. Comme son prédécesseur au poste de poltron en chef, il a honteusement renoncer au socialisme pour raison de modernitude et progressance. Le libéralisme à 30 centimes qu’il voulait promouvoir à l’intérieur même du parti, s’il a déjà fait pas mal de ravages, ne semble pas convenir à la multitude des adhérents dont tous veulent savoir ce qu’ils pensent sans jamais les écouter. Bien entendus, jamais suivis. Le groupuscule de barons, qui se tiennent par les couilles et les trompes, a réussi, dans un parti de militants, à constituer un parti dans le parti, avec ses harems et obligés, et pense à présent pouvoir se passer d’eux. Tel est l’enjeu de tout ce cirque entre les deux prétendantes : est-il possible d’assurer enfin les instances dirigeantes du parti contre tout risque démocratique ? Mme Royal se donne le beau rôle, mais elle frémit à l’idée que sa place puisse dépendre de la petite multitude. Encore une fois, ça va finir en compromis, en partages des tâches et des places, avec leurs petits avantages afférents. Puisque le PS est certain de ne pas accéder au pouvoir avant longtemps, les chasseurs de maroquins ont placé tous leurs espoirs en lui.
Certains comme Jean-Cul Mélanchon le font en faisant mine d’en partir, d’autres en jouant les réformateurs, quand d’autre se rêve en ultime sauveur. Tout ceci serait très amusant, s’il ne s’agissait que de théâtre. Or, le parti est une des composantes (volens nolens) de notre démocratie, le seul espoir d’une chiée de gens dans la mouisse et le seul à pouvoir prendre le pouvoir pour eux. Le cancer dont il souffre ne doit pas être de son seul fait, il a été rendu possible par ses adhérents et militants, mais les métastases viennent de plus loin. Sans trop me tromper je peux dire que je suis aussi responsable de ce qui se passe, par ce que j’ai renoncé. Prouvez-moi que j’ai tort, et faites revoter.
L’échec récent d’un homme comme Bertrand Delanoë me laisse pourtant quelque peu espérer. Comme son prédécesseur au poste de poltron en chef, il a honteusement renoncer au socialisme pour raison de modernitude et progressance. Le libéralisme à 30 centimes qu’il voulait promouvoir à l’intérieur même du parti, s’il a déjà fait pas mal de ravages, ne semble pas convenir à la multitude des adhérents dont tous veulent savoir ce qu’ils pensent sans jamais les écouter. Bien entendus, jamais suivis. Le groupuscule de barons, qui se tiennent par les couilles et les trompes, a réussi, dans un parti de militants, à constituer un parti dans le parti, avec ses harems et obligés, et pense à présent pouvoir se passer d’eux. Tel est l’enjeu de tout ce cirque entre les deux prétendantes : est-il possible d’assurer enfin les instances dirigeantes du parti contre tout risque démocratique ? Mme Royal se donne le beau rôle, mais elle frémit à l’idée que sa place puisse dépendre de la petite multitude. Encore une fois, ça va finir en compromis, en partages des tâches et des places, avec leurs petits avantages afférents. Puisque le PS est certain de ne pas accéder au pouvoir avant longtemps, les chasseurs de maroquins ont placé tous leurs espoirs en lui.
Certains comme Jean-Cul Mélanchon le font en faisant mine d’en partir, d’autres en jouant les réformateurs, quand d’autre se rêve en ultime sauveur. Tout ceci serait très amusant, s’il ne s’agissait que de théâtre. Or, le parti est une des composantes (volens nolens) de notre démocratie, le seul espoir d’une chiée de gens dans la mouisse et le seul à pouvoir prendre le pouvoir pour eux. Le cancer dont il souffre ne doit pas être de son seul fait, il a été rendu possible par ses adhérents et militants, mais les métastases viennent de plus loin. Sans trop me tromper je peux dire que je suis aussi responsable de ce qui se passe, par ce que j’ai renoncé. Prouvez-moi que j’ai tort, et faites revoter.
11.23.2008
Deux tentatives
Peau de chagrin
Fond d’huile dans une poêle
Emincez-les
Faites revenir et dorer légèrement
Réservez
Dans une eau bouillante
Plongez-les
Emondez-les
Couper en cubes
Après les avoir lavés
Coupez-les en lamelles
Faites revenir avec des piments
Rajouter le reste
Faire réduire à peau de chagrin.
Rapture
Bouche tordue
En un rictus
D’un sourire la douleur
Œil soulevé
En un rougissement
D’un regard évanouie
Main crispée
Comme une invite
D’une caresse une griffure
Bras tendu
Prêt à l’accueil
D’un appel une menace
Corps soulevé
Sur une jouissance
D’un étirement démembré.
Fond d’huile dans une poêle
Emincez-les
Faites revenir et dorer légèrement
Réservez
Dans une eau bouillante
Plongez-les
Emondez-les
Couper en cubes
Après les avoir lavés
Coupez-les en lamelles
Faites revenir avec des piments
Rajouter le reste
Faire réduire à peau de chagrin.
Rapture
Bouche tordue
En un rictus
D’un sourire la douleur
Œil soulevé
En un rougissement
D’un regard évanouie
Main crispée
Comme une invite
D’une caresse une griffure
Bras tendu
Prêt à l’accueil
D’un appel une menace
Corps soulevé
Sur une jouissance
D’un étirement démembré.
11.22.2008
Le dire
Je crois que ça commence par quelque chose dans la voix. Une légère altération, de celles qui introduisent un changement de rythme dans une phrase, ou l’arrivée imminente d’un complément. Le moment devient solennel. Il ne l’est pas encore, il se prépare ; les mots se choisissent car impossible de bien démêler dans cette grosse pelote de vocabulaire ceux qui seront les plus à même d’exprimer intelligemment ce que l’on veut dire. On commence à être dit. On perd un peu les pédales. J’ai placé là une énergie qui me déstabilise et je compte sur la loi de la gravitation et autre force qui pousse ou tire pour arriver à peu près intact dans le lieu d’où je vois encore en débutant entre deux déséquilibres jaillir la lumière que j’ai voulu vouloir atteindre. Dans un tremblement de main, la voix déraille, et les yeux qui traînaient jusqu’alors calmement s’obstinent à saisir le mouvement des anges. C’est une seconde à peine en exagérant qu’il suffit d’enfreindre et tout va se dire sans qu’aucun recul, non, sans que plus rien, non, pour qu’il ne soit plus possible, non,non,non, dès le premier ton. Le reste ce sera du silence.
Quelque chose reste sur le rebord, vide et froissé. Il s’est bien passé quelque chose, son paquet est encore là.
Quelque chose reste sur le rebord, vide et froissé. Il s’est bien passé quelque chose, son paquet est encore là.
10.31.2008
Des silences en partage
Il avait passé une excellence soirée avec elle. A papoter de choses et d’autres. Ils se connaissaient depuis longtemps. Pas vraiment fait les 400 coups ensemble, mais partagés quelques instants particuliers. La préciosité de ces choses-là ne se mesure pas à l’aune de ce que l’on peut en dire, rien d’exceptionnel là-dedans, à moins que l’on puisse penser la force d’un lien fortifié d’instants. C’était plutôt cela leur relation, une accumulation de moments pris sur les vies quotidiennes. Alors, quand ils se retrouvaient, revenait subrepticement la noria des verres bus, la cohorte des minutes sacrifiés autour d’une table, la théorie des frôlements et paroles échangées. Ni l’un ni l’autre ne pouvait clairement exprimer le pourquoi de tels moments, si même un seul avait eu une quelconque utilité dans quelque domaine que ce fût. Ils constataient qu’ils étaient bien ensemble et cela suffisait. Jusqu’à cette soirée. En résumé, elle était semblable aux autres. Aucune nouveauté dans ce train-train. Comme une habitude. Ça revenait, voilà tout. Une fois de plus. Pourtant, quand il sortit de chez elle, il pressentit que certains des instants qui patinaient leur corde commune n’avait pas la consistance habituelle. C’est ainsi qu’il évoqua in petto ce troublant sentiment. En examinant de plus prêt ces petites choses, il remarqua l’étrangeté de certains gestes, de certaines phrases, la cruauté relative de certains silences, donc quelques uns, bien rares il est vrai, durèrent plus qu’à l’accoutumé. Ce sont surtout ces silences, ce manque de mots à ces moments-là qu’il s’appliqua à compter. Il en vit au moins trois. Peut-être auparavant étaient-ils déjà rodant entre deux phrases, quand cette fois-ci ils apparaissaient avec une crudité qui l’étonna. Que faisaient donc là ces silences ? Non pas qu’il chercha la moindre utilité aux choses vécues, mais tout de même, il devait bien exister une raison pour qu’arrivent certaines choses. Des raisons suffisantes ? Peut-être des raisons relatives. Et en définissant ce terme étrange il comprit ce qu’il avait en tête. Des raisons à deux. Ce qui lie. Connaissance intime de l’autre. Ses goûts, ses envies, son odeur, sa manière de prendre un verre et de le porter à soi, deux corps qui exultent dans un grand bain de mots. Cet érotisme était apparu bien avant cette soirée, mais jamais il n’avait acquis cette pâte, cette réalité. La corde s’enroulait, se raccourcissait de trop se tordre, s’enroulait autour d’elle même, se collait d’instants en instants, par ces miettes entre crochets et aspérités, trous et bosses, un paysage à soi qui naissait dans le grand vide de l’entre-eux-deux. L’espace existant avant eux et ne demandait qu’à se remplir d’eux. Et il exprima cette idée étrange qu’après tout l’amour n’est peut-être qu’une particularité de l’espace qui… Alors c’était ça. Tout ce vide c’était de l’amour. Et il n’osa plus penser. Se disant qu’il n’était jamais bon de dire aimer entre deux hémisphères. Que cela se faisait entre quatre yeux. Demain. Il verrait demain. Pour être sûr.
10.30.2008
Ambiance
Ce matin, je n’ai pas trouvé libé dans ma boîte aux lettres. Non pas que j’ai renoncé à mon abonnement, mais plus simplement, et comme je m’en suis douté à la simple vision de cette absence, le syndic du livre était en grève. Très critiqué, ce syndic n’en fait pas moins un travail important dans le monde de la presse. Il est un point de repère, une borne, qui permet de voir où en est la presse et, plus généralement, le monde de l’édition. Mais je ne voulais pas du tout parler de lui. J’ai découvert mon libé quotidien sous un format pdf d’une belle qualité d’aloi, et grâce à ma connexion Numéricable, j’ai passé plus d’un quart d’heure à rêvasser devant la page de garde du site. Je ne fais qu’évoquer, un soit-dit-en-passant en quelque sorte. C’est ce que j’ai lu dans libé qui m’a poussé malgré moi à lancer mon traitement de texte. Quelque chose qui s’est passé dans le cinquième arrondissement de Paris et qui se passe un peu partout en France. Parce qu’il me semble qu’avec ça nous touchons au cœur du politique. Et pour une fois M’sieur Joffrin l’a évoqué.
Un vieux problème. Une énigme ; un truc pas vraiment résolu. La différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime. Quand on définit les deux termes, on voit tout de suite que ce n’est pas la même chose. Faisons comme Ponge et ouvrons notre Littré : Légal, du latin Legalis, qui est prescrit par la loi ; Légitime, du latin legitimus, qui a un caractère de loi. L’un est écrit, l’autre pas. L’un définit le Pouvoir, l’autre l’Autorité. Le premier est borné, le second est induit. D’un côté nous sommes dans le monde de l’inscription, dans le second dans le monde de la relation. Et ce deuxième monde est celui de la politique. La politique ce n’est pas la loi, c’est le monde de la relation qui permet cette loi. Ce qui est premier en politique, c’est ce qui relit, pas ce qui régit. Le monde de la loi est un monde figé (pour faire plaisir aux juristes je dirai fixé), un monde de la Lettre. Et ce qui est la lettre de la loi, c’est ce qui est légitime. La lettre de la Lettre, c’est la différence entre l’application du droit et le zèle dans son application. Le fondamentalisme, la bureaucratie, ou leurs formes extrêmes que sont le communisme soviétique ou le nazisme, détruisent la lettre de la Lettre, fétichisent la loi. Le fils de pute qui avec zèle applique le règlement X ou Y, ou s’en tient à la loi telle qu’elle est écrite, se sent légitime dans son action dans certains cas, notamment celui ou la loi n’a plus de lettre. L’actuelle gabegie législative a comme conséquence de détruite la lettre pour la Lettre et de remplacer ce qui est politique par de l’administratif. En me relisant je vois que je suis sur le point de tomber dans un piège. Ce n’est pas une relation diadique (vi, je l’ai dit) mais une relation à trois. Tout ceci est permis par des rapports sociaux. C’est par ce que nous sommes à un moment de l’histoire de notre société que ce petit pic fasciste est atteint. Je dis petit parce que ce n’est qu’un début.
Et je me dis qu’on a là un truc pas mal pour savoir où l’on en est. Dans la triade vous les mettriez où vous les trois zouaves ? Personnellement je vois bien un Société/Droit/Politique, mais ça n’engage que moi ☺
Un vieux problème. Une énigme ; un truc pas vraiment résolu. La différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime. Quand on définit les deux termes, on voit tout de suite que ce n’est pas la même chose. Faisons comme Ponge et ouvrons notre Littré : Légal, du latin Legalis, qui est prescrit par la loi ; Légitime, du latin legitimus, qui a un caractère de loi. L’un est écrit, l’autre pas. L’un définit le Pouvoir, l’autre l’Autorité. Le premier est borné, le second est induit. D’un côté nous sommes dans le monde de l’inscription, dans le second dans le monde de la relation. Et ce deuxième monde est celui de la politique. La politique ce n’est pas la loi, c’est le monde de la relation qui permet cette loi. Ce qui est premier en politique, c’est ce qui relit, pas ce qui régit. Le monde de la loi est un monde figé (pour faire plaisir aux juristes je dirai fixé), un monde de la Lettre. Et ce qui est la lettre de la loi, c’est ce qui est légitime. La lettre de la Lettre, c’est la différence entre l’application du droit et le zèle dans son application. Le fondamentalisme, la bureaucratie, ou leurs formes extrêmes que sont le communisme soviétique ou le nazisme, détruisent la lettre de la Lettre, fétichisent la loi. Le fils de pute qui avec zèle applique le règlement X ou Y, ou s’en tient à la loi telle qu’elle est écrite, se sent légitime dans son action dans certains cas, notamment celui ou la loi n’a plus de lettre. L’actuelle gabegie législative a comme conséquence de détruite la lettre pour la Lettre et de remplacer ce qui est politique par de l’administratif. En me relisant je vois que je suis sur le point de tomber dans un piège. Ce n’est pas une relation diadique (vi, je l’ai dit) mais une relation à trois. Tout ceci est permis par des rapports sociaux. C’est par ce que nous sommes à un moment de l’histoire de notre société que ce petit pic fasciste est atteint. Je dis petit parce que ce n’est qu’un début.
Et je me dis qu’on a là un truc pas mal pour savoir où l’on en est. Dans la triade vous les mettriez où vous les trois zouaves ? Personnellement je vois bien un Société/Droit/Politique, mais ça n’engage que moi ☺
10.25.2008
Le retour de la refoulée
J’ai une imagination plutôt féconde. Je ne parle pas d’aventures dans des mondes merveilleux, mais de choses plus immédiates, de trucs qui défrisent les pâquerettes. Et comme chaque spectateur devant un événement, je ressens cet étrange souffle de l’exception. Depuis quelque temps tout de même ce petit souffle prend les allures d’un fond d’air. Omniprésent. Et il me titille la machine à fantaisies. Il me fait voir des choses plus grandes que « nature ». Ainsi ce vent mauvais, ce ventre fécond, cette impatience, cette angoisse, ce grondement, de ces choses qui sourdent comme on dirait tremblement pour parler d’une colère. Ce souvenir d’une lecture qu’un papier lu récemment m’a remis en mémoire. C’était dans « Le Talon de Fer », une scène, celle où l’on se dit tout, celle qui lance le reste. Quand le héros annonce sous les cris d’un parterre de grands patrons que la guerre est déclarée, il lui est répondu : « nous la gagnerons ».
Après quelques années détestables, dont l’Histoire semblait avoir été bannie, elle revient comme une évidence ; la lutte des classes est l’Histoire. Certains grands patrons ne l’ont jamais perdue de vue. Ils savent. Simplement ils voulaient la cacher par des constructions qu’ils ne maîtrisaient jamais entièrement. Ce cynisme qui a nourri plusieurs générations se dévoile. Warren Buffet déclarait il y a peu, la lutte des classes existe et « nous sommes sur le point de la gagner » et toutes les décisions présentées comme des plans de sauvegarde des biens de tous ne sont en fait qu’une spoliation généralisée des biens du plus grand nombre. Nationalisation des banques ? Bien pire que cela, la destruction du travail de tous pour le profit d’une minorité. La valeur que nous créons préserve les biens de ceux qui la détruisent. Nous garantissons les orgies de nos maîtres. Déguisée sous les oripeaux d’une conscience universelle, le patronat mondialisé (il est lui-même pris dans ce processus) prépare sa victoire finale contre tout travail. La destruction de la nature dont on nous rebat les oreilles est la fausse conscience du droit univers de l’homme spectaculaire. La mise en abîme de notre propre destruction en tant qu’être-dans-l’Histoire.
Et ça, ça fout les boules.
Après quelques années détestables, dont l’Histoire semblait avoir été bannie, elle revient comme une évidence ; la lutte des classes est l’Histoire. Certains grands patrons ne l’ont jamais perdue de vue. Ils savent. Simplement ils voulaient la cacher par des constructions qu’ils ne maîtrisaient jamais entièrement. Ce cynisme qui a nourri plusieurs générations se dévoile. Warren Buffet déclarait il y a peu, la lutte des classes existe et « nous sommes sur le point de la gagner » et toutes les décisions présentées comme des plans de sauvegarde des biens de tous ne sont en fait qu’une spoliation généralisée des biens du plus grand nombre. Nationalisation des banques ? Bien pire que cela, la destruction du travail de tous pour le profit d’une minorité. La valeur que nous créons préserve les biens de ceux qui la détruisent. Nous garantissons les orgies de nos maîtres. Déguisée sous les oripeaux d’une conscience universelle, le patronat mondialisé (il est lui-même pris dans ce processus) prépare sa victoire finale contre tout travail. La destruction de la nature dont on nous rebat les oreilles est la fausse conscience du droit univers de l’homme spectaculaire. La mise en abîme de notre propre destruction en tant qu’être-dans-l’Histoire.
Et ça, ça fout les boules.
10.09.2008
Un miroir posé sur le Monde
L’Europe de Sarkozy ressemble étrangement à Sarkozy lui-même. Profitant du Salon de l’Auto pour présenter un plan d’aide à l’industrie automobile « nationale », il a décrit l’Europe telle qu’il la voit : « Absence de pensée manifeste », « organisation informelle. » Il faut briser les règles pour rendre l’Europe efficace, propose-t-il au détour d’une « réflexion » sur la politique industrielle américaine. L’Europe est un carcan, il faut savoir le briser en temps utiles. Et tout ceci était dit avec naturel, presque sans notes, comme en aparté. C’est la pensée de Sarkozy Nicolas, c’est ce qui lui vient spontanément lorsqu’il aborde ce sujet. Nous avions déjà pu lire sa « philosophie spontanée » au détour d’une double entrevue accordée à Michel Onfray pour un magazine de vulgarisation. Je suis toujours surpris par la capacité qu’a ce petit bout d’homme à déraper. Cela semble venir comme ça, naturellement comme on dit, je suis certain que c’est préparé, et pourtant, cela n’a pas la « structuration » des dérapages de l’autre spécialiste du genre, le gros borgne. Lui il faisait écrire ses dérapages, il les préparait avec beaucoup d’application, c’était planifié, et à force d’entendre le personnage on savait que l’homme derrière avait bien fourbi ses armes. Ses sorties scintillaient.
Une Europe sans pensée manifeste. C’est le cœur de la pensée européenne du gouvernement en place. Il n’y a pas d’idée d’Europe, de rêve d’Europe chez ces gens-là. Le Marchiani de Sarko, son petit porte-flingue, celui qui porte un nom d’oiseau, avait bien préparé le terrain en disant combien le carcan européen pesait sur l’économie française, qu’il fallait faire preuve de souplesse dans l’application des critères de Maastricht. Et ce petit côté « I want my money back » des libéraux. L’Europe comme grande zone de libre échange. L’Europe que si cela profite directement, rapidement, immédiatement même, une Europe à moindre coût, une Europe de larbins, de serviteurs, de bouc-émissaires. Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, il n’y a pas de pensée positive, ce ne sont que des calculs, des placements idéologiques à court terme, aucun grand plan d’ensemble, que des petits services. Cette petitesse politique est le miroir de la petitesse de ces hommes. Il n’y a rien de grand en eux, ce sont des louis-philippards, entourant un Louis Napoléon de pacotille. Malgré tout, on sent bien que derrière il y a un projet de société, qu’il y a une adhésion, une idéologie, l’application de la formule trop souvent oubliée « l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». Celle-ci n’a pas partie liée avec la classe gouvernante, elle se sont fondues, et la sortie proclamée de l’Histoire (dont l’enseignement est remis en cause dans l’Education nationale) est le signe manifeste de cette fusion-acquisition, comme on dit maintenant. Avec un cynisme désobligeant, le président en exercice confessait à ses débuts sa volonté d’être riche, d’intégrer ce monde des dirigeants. Et qu’après tout, le reste ils s’en branlait.
Une Europe sans pensée manifeste. C’est le cœur de la pensée européenne du gouvernement en place. Il n’y a pas d’idée d’Europe, de rêve d’Europe chez ces gens-là. Le Marchiani de Sarko, son petit porte-flingue, celui qui porte un nom d’oiseau, avait bien préparé le terrain en disant combien le carcan européen pesait sur l’économie française, qu’il fallait faire preuve de souplesse dans l’application des critères de Maastricht. Et ce petit côté « I want my money back » des libéraux. L’Europe comme grande zone de libre échange. L’Europe que si cela profite directement, rapidement, immédiatement même, une Europe à moindre coût, une Europe de larbins, de serviteurs, de bouc-émissaires. Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, il n’y a pas de pensée positive, ce ne sont que des calculs, des placements idéologiques à court terme, aucun grand plan d’ensemble, que des petits services. Cette petitesse politique est le miroir de la petitesse de ces hommes. Il n’y a rien de grand en eux, ce sont des louis-philippards, entourant un Louis Napoléon de pacotille. Malgré tout, on sent bien que derrière il y a un projet de société, qu’il y a une adhésion, une idéologie, l’application de la formule trop souvent oubliée « l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». Celle-ci n’a pas partie liée avec la classe gouvernante, elle se sont fondues, et la sortie proclamée de l’Histoire (dont l’enseignement est remis en cause dans l’Education nationale) est le signe manifeste de cette fusion-acquisition, comme on dit maintenant. Avec un cynisme désobligeant, le président en exercice confessait à ses débuts sa volonté d’être riche, d’intégrer ce monde des dirigeants. Et qu’après tout, le reste ils s’en branlait.
10.08.2008
3300
Ça baisse dans tous les coins. Les bourses s’allègent, les positions se renforcent, des plans sont érigés, ça fusionne un peu partout, on parle de trou d’air, d’injection de liquide, de fonds touchés, de pertes qui se multiplient, de pots cassés… certains matins, c’est un peu dur. Hier, fred m’a dit que le CAC devrait baisser jusqu’à 3300 points avant de rebondir. Certainement. J’y comprends que dalle à tout ça. J’ai simplement biché les tristes mines des hommes troncs ce matin, y’avait tellement de mouvements chez Euronext que le système de cotation a buggé, ils savaient pas si c’était volontaire ou non, ils croyaient que tout s’était arrêté. Qu’il n’y avait plus rien. Une suspension. Tout le monde a l’air dépassé par les événements. Alors on sonde, partant du principe que c’est une crise de confiance, on sonde l’opinion, savoir si les gens flippent, s’ils ne vont pas retirer leurs économies, savoir si ce que font les gouvernements ça sert à quelque chose. Les gens normaux ont un peu la fièvre, mais pas plus. Ça n’a pas l’air de nous concerner. Pour le moment.
Les fonds de pensions américains, ces fonds qui gèrent les retraites d’une partie de la populations, ont perdu 2.000 milliards de dollars ces 15 derniers mois. Ce modèle de retraite vient d’en prendre un coup dans l’aile. Le premier ministre en exercice s’était fait le chantre de ces fonds en France. Est-ce qu’on va en causer de ça ou sera-ce à qui noie le mieux le poisson ? C’était tout de même le truc des libéraux pour assurer les retraites. Est-ce qu’on va remettre ça sur le tapis ? Reparler du Fond de réserve des retraites, le truc que le gouvernement actuel refuse d’abonder et essaie de siphonner depuis quelques temps ? On peut commencer à voir les courants qui traversent cette tempête, ce qui se joue en dessous.
Et je me permets de faire remarquer simplement que le taux de suicide n’a pas augmenté chez les golden boys.
Les fonds de pensions américains, ces fonds qui gèrent les retraites d’une partie de la populations, ont perdu 2.000 milliards de dollars ces 15 derniers mois. Ce modèle de retraite vient d’en prendre un coup dans l’aile. Le premier ministre en exercice s’était fait le chantre de ces fonds en France. Est-ce qu’on va en causer de ça ou sera-ce à qui noie le mieux le poisson ? C’était tout de même le truc des libéraux pour assurer les retraites. Est-ce qu’on va remettre ça sur le tapis ? Reparler du Fond de réserve des retraites, le truc que le gouvernement actuel refuse d’abonder et essaie de siphonner depuis quelques temps ? On peut commencer à voir les courants qui traversent cette tempête, ce qui se joue en dessous.
Et je me permets de faire remarquer simplement que le taux de suicide n’a pas augmenté chez les golden boys.
10.07.2008
Le jeu
Petit ras-le-bol aujourd’hui. Je commence à saturer. Beaucoup d’infos. J’ai passé presque deux heures à lire la presse. Je voulais partager des trucs sur la crise. Mais je me rends compte que je n’ai plus grand-chose à dire. A part cette peur qui prépare. Cette crise offre des opportunités. Permet de renforcer certaines positions. La baisse des indices boursiers est un moment du jeu. Une orgie de destruction de valeur. Un truc ma foi assez typique. Tout cela ne nous concerne pas.
Ce qui se passe à Sandouville est bien plus intéressant. Une lutte sociale en cours. Là on est dans le dur. Des ouvriers qui luttent contre une direction qui est dans le jeu, soutenue par un gouvernement qui travaille pour elle. Un article dans le Libé d’aujourd’hui m’a sorti de ma torpeur de poule devant un réveil, un article sur le dur. L’enquête d’un sociologue qui s’est fait embauché dans un abattoir. Il cause du travail concret. Des conditions de travail en temps de crise. Pendant la vache folle. Et il décrit le travail humain tel qu’il est. Un travail toujours en invention. Réglementation en évolution constante, décisions contradictoires de la direction, nécessités de la production, obligations de résultat, et une pratique qui se construit collectivement au plus près des tâches. Ça c’est notre jeu. Et bien que je ne le pratique plus depuis déjà pas mal de temps, j’ai l’impression d’être toujours dedans. Le travail me poursuit ; même sans emploi, je suis dans le travail. La recherche d’emploi, de poste, comprendre les demandes du recruteur, savoir analyser cette demande pour fournir les arguments pour l’embauche, la multiplication des biais de présentation, les courriels envoyés qui s’accumulent. C’est du travail. Le travail pour retrouver un emploi. Au-delà de cette pratique de la recherche, j’invente mon travail au fur et à mesure, je l’imagine, comme je l’imaginais en poste. Je crée ma pratique personnelle du travail comme activité quotidienne parce que rien ne les sépare. C’est une chose que je commençais à oublier à cause de cette crise. A force de jongler avec des choses abstraites, je perdais de vue ce qui est réellement, pratiquement. L’exercice de commentaire est une partie de mon travail, mais il ne le limite pas. Le tout étant de ne pas l’oublier.
Une pensée pour Jean-Paul qui doit avoir le moral dans les chaussettes…
Ce qui se passe à Sandouville est bien plus intéressant. Une lutte sociale en cours. Là on est dans le dur. Des ouvriers qui luttent contre une direction qui est dans le jeu, soutenue par un gouvernement qui travaille pour elle. Un article dans le Libé d’aujourd’hui m’a sorti de ma torpeur de poule devant un réveil, un article sur le dur. L’enquête d’un sociologue qui s’est fait embauché dans un abattoir. Il cause du travail concret. Des conditions de travail en temps de crise. Pendant la vache folle. Et il décrit le travail humain tel qu’il est. Un travail toujours en invention. Réglementation en évolution constante, décisions contradictoires de la direction, nécessités de la production, obligations de résultat, et une pratique qui se construit collectivement au plus près des tâches. Ça c’est notre jeu. Et bien que je ne le pratique plus depuis déjà pas mal de temps, j’ai l’impression d’être toujours dedans. Le travail me poursuit ; même sans emploi, je suis dans le travail. La recherche d’emploi, de poste, comprendre les demandes du recruteur, savoir analyser cette demande pour fournir les arguments pour l’embauche, la multiplication des biais de présentation, les courriels envoyés qui s’accumulent. C’est du travail. Le travail pour retrouver un emploi. Au-delà de cette pratique de la recherche, j’invente mon travail au fur et à mesure, je l’imagine, comme je l’imaginais en poste. Je crée ma pratique personnelle du travail comme activité quotidienne parce que rien ne les sépare. C’est une chose que je commençais à oublier à cause de cette crise. A force de jongler avec des choses abstraites, je perdais de vue ce qui est réellement, pratiquement. L’exercice de commentaire est une partie de mon travail, mais il ne le limite pas. Le tout étant de ne pas l’oublier.
Une pensée pour Jean-Paul qui doit avoir le moral dans les chaussettes…
10.06.2008
Les loups entre eux sont très civilisés
Et si une partie des turbulences financières, dont on cause largement dans les follicules, les troquets et les blogs, était amplifiée par les banques elles-mêmes ? JP Morgan par exemple, importante banque d’affaire, aurait fait chuter Lehman Brothers en gelant certains de ses actifs, et racheté Bear Stearns et Washington Mutual, tout cela parce que ces banques manquaient de liquidités. Puis nous voyons BNP Paribas rachetant Fortis par tronçons après refinancement par divers Etats européens, et soit dit en passant, ce rachat a pu se faire grâce à des fonds publics. Si l’on regarde d’un peu plus près les banques en danger, ce sont surtout des banques d’affaire, des fonds d’investissement et des banques de détail (qui gèrent des comptes courants) qui se sont lancées dans la banque d’investissement (ce qui a été rendu possible, je le rappelle, par l‘abrogation du Banking Act qui depuis les années 30 séparait ces deux activités pour que « plus jamais ça »). L’assèchement du crédit fragilise les banques qui ont parié sur des produits spéculatifs mais ne touche que marginalement les activités de banque de dépôt (autre nom des banques de détail). Les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires (qui continuent à se rapprocher lis-je amusé sur mon télescripteur) ou encore Dexia sont fragilisées par leurs activités de placement de produits spéculatifs et par certains placements immobiliers (n’oublions pas qu’au départ la crise était immobilière, du fait des spéculations sur ce marché). On ne parle pas ou quasiment pas de la Banque Postale, par exemple, qui ne fait que du détail (dépôt et épargne classique) ; pour l’instant.
Donc sont surtout touchées les institutions financières qui se sont appuyées pour se développer sur des produits financiers à risque. Les aides accordées ou débloquées par divers Etats vont profiter à ces institutions-là. Or, pour la très grande majorité des gens de base (vous et moi) la fin de ces activités ne nous en toucherait pas une. Pourtant, nous sommes contraints de régler une partie de la note ; de manière honteuse. Utiliser par exemple l’épargne populaire pour sauver les spéculateurs immobiliers, est tout de même un comble. Pouvoir trouver des milliards pour préserver les gains des plus riches quand il semble impossible de trouver des fonds pour aider les plus démunis d’entre-nous est… Pourtant ça passe tout seul. Pendant ce temps-là, le PS prépare son congrès et le NPA se digère. Quant au PC.
Le prochain mauvais coup sera règlementaire. Jusqu’à présent, il existe des régulateurs assez puissants même si peu connus du grand public, des normes contraignantes qui obligent les banques à se préserver sur certains marchés, ou à assurer leurs actifs. Et bien beaucoup de ces garde-fous vont tomber, pour le plus grand bonheur des petits sorciers de la « haute finance ». La crise profite à certains. Il serait peut-être temps de s’énerver. Personnellement, je suis assez bon au lancer de poids.
Donc sont surtout touchées les institutions financières qui se sont appuyées pour se développer sur des produits financiers à risque. Les aides accordées ou débloquées par divers Etats vont profiter à ces institutions-là. Or, pour la très grande majorité des gens de base (vous et moi) la fin de ces activités ne nous en toucherait pas une. Pourtant, nous sommes contraints de régler une partie de la note ; de manière honteuse. Utiliser par exemple l’épargne populaire pour sauver les spéculateurs immobiliers, est tout de même un comble. Pouvoir trouver des milliards pour préserver les gains des plus riches quand il semble impossible de trouver des fonds pour aider les plus démunis d’entre-nous est… Pourtant ça passe tout seul. Pendant ce temps-là, le PS prépare son congrès et le NPA se digère. Quant au PC.
Le prochain mauvais coup sera règlementaire. Jusqu’à présent, il existe des régulateurs assez puissants même si peu connus du grand public, des normes contraignantes qui obligent les banques à se préserver sur certains marchés, ou à assurer leurs actifs. Et bien beaucoup de ces garde-fous vont tomber, pour le plus grand bonheur des petits sorciers de la « haute finance ». La crise profite à certains. Il serait peut-être temps de s’énerver. Personnellement, je suis assez bon au lancer de poids.
10.05.2008
Irresponsables?
http://www.lefigaro.fr/societes/2008/10/05/04015-20081005ARTFIG00059-jp-morgan-aurait-coule-lehman-brothers-.php
http://www.mediapart.fr/journal/economie/041008/fortis-le-temps-du-chacun-pour-soi
http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/economie/20081005.OBS4327/le_plan_de_sauvetage_de_la_banque_allemande_hypo_a_echo.html?idfx=RSS_notr
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2008/10/le-plan-paulson.html?xtor=RSS-450
Les exemples sont nombreux et vont continuer à pleuvoir. Les règles du grand jeu n'ont pas changé avec la crise.
http://www.mediapart.fr/journal/economie/041008/fortis-le-temps-du-chacun-pour-soi
http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/economie/20081005.OBS4327/le_plan_de_sauvetage_de_la_banque_allemande_hypo_a_echo.html?idfx=RSS_notr
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2008/10/le-plan-paulson.html?xtor=RSS-450
Les exemples sont nombreux et vont continuer à pleuvoir. Les règles du grand jeu n'ont pas changé avec la crise.
10.03.2008
Le prochain train
J’ai pris une assurance habitation qui a bien fonctionné. J’ai eu un dégât des eaux et un mois et demi après, après plus de deux ans et demi de versements réguliers, je peux dire que cette assurance a été un bon placement. Dégât entièrement couvert, des aides diverses et un retour assez rapide à une situation normale. J’étais assuré contre un risque, par un contrat clair, auprès d’une entreprise spécialisée. Maintenant, imaginons que nous ayons tous pété les plombs, que nous sommes derrière le miroir. Alors on ferait comme si…
Au lieu de m’assurer moi, j’assure mon voisin. Je vais voir un assureur et je lui demande d’assurer mon voisin, un voisin que je connais à peine. Mieux, je vais voir quelqu’un pour assurer mon voisin. Même pas un assureur, juste quelqu’un. Et je propose de faire un contrat sur un risque, par exemple que mon voisin va perdre son portefeuille. En fait que mon voisin ne pourra plus payer ses charges et finira inscrit à la Banque de France. On va même pas faire de contrat, on va faire ça sur un bout de papier, entre nous. A la confiance, hein ! Et ce bout de papier je déclare qu’il représente la dette de ce voisin, et cette dette je la mets en location sur cinq ans. Si au bout de cinq ans, mon voisin n’est pas inscrit à la Banque de France, je paie le montant de sa dette, rubis sur l’ongle. Et ce bout de papier je le loue pour le montant de sa dette à 5% par mois par exemple avec en prime cet engagement que si dans les cinq ans, mon voisin il fait banqueroute, je verse le montant de sa dette, pareil, rubis sur l’ongle.
Bienvenus dans le monde des CDS, des « credit default swap ». Une invention fabuleuse qui commence à peine à être réglementée et qui pesait l’année dernière environ 65.000 milliards de dollars. Mais certaines estimations vont jusqu’à 650.000 milliards de dollars. Personne ne sait vraiment. Et ce qui rend cette machine formidable, c’est que ces obligations, comme on dit, peuvent être revendues, et revendues encore jusqu’à ne plus savoir qui s’était engagé au départ. Mieux encore ! Les dettes engagées n’ont pas à être bloquées, elles n’apparaissent nulle part. Axa par exemple est dans ce marché à hauteur de 450 millions d’euros, sur AIG et Lehman Brothers… Enfin, d’après les dires d’Axa. Les docteurs Folamour de la Phynance sont d’une imagination débordante et d’une irresponsabilité sans bornes. Et cerisier sur la fosse septique, impossible de savoir exactement quel placement classique s’appuie sur ces obligations. Il y a du monde à la barre disent-ils, espérons que ce sera à la barre d’un tribunal.
Je me permets de vous renvoyer vers deux articles :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8634
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/30/le-piege-des-credit-default-swaps_1100669_3234.html
Ça laisse rêveur.
Au lieu de m’assurer moi, j’assure mon voisin. Je vais voir un assureur et je lui demande d’assurer mon voisin, un voisin que je connais à peine. Mieux, je vais voir quelqu’un pour assurer mon voisin. Même pas un assureur, juste quelqu’un. Et je propose de faire un contrat sur un risque, par exemple que mon voisin va perdre son portefeuille. En fait que mon voisin ne pourra plus payer ses charges et finira inscrit à la Banque de France. On va même pas faire de contrat, on va faire ça sur un bout de papier, entre nous. A la confiance, hein ! Et ce bout de papier je déclare qu’il représente la dette de ce voisin, et cette dette je la mets en location sur cinq ans. Si au bout de cinq ans, mon voisin n’est pas inscrit à la Banque de France, je paie le montant de sa dette, rubis sur l’ongle. Et ce bout de papier je le loue pour le montant de sa dette à 5% par mois par exemple avec en prime cet engagement que si dans les cinq ans, mon voisin il fait banqueroute, je verse le montant de sa dette, pareil, rubis sur l’ongle.
Bienvenus dans le monde des CDS, des « credit default swap ». Une invention fabuleuse qui commence à peine à être réglementée et qui pesait l’année dernière environ 65.000 milliards de dollars. Mais certaines estimations vont jusqu’à 650.000 milliards de dollars. Personne ne sait vraiment. Et ce qui rend cette machine formidable, c’est que ces obligations, comme on dit, peuvent être revendues, et revendues encore jusqu’à ne plus savoir qui s’était engagé au départ. Mieux encore ! Les dettes engagées n’ont pas à être bloquées, elles n’apparaissent nulle part. Axa par exemple est dans ce marché à hauteur de 450 millions d’euros, sur AIG et Lehman Brothers… Enfin, d’après les dires d’Axa. Les docteurs Folamour de la Phynance sont d’une imagination débordante et d’une irresponsabilité sans bornes. Et cerisier sur la fosse septique, impossible de savoir exactement quel placement classique s’appuie sur ces obligations. Il y a du monde à la barre disent-ils, espérons que ce sera à la barre d’un tribunal.
Je me permets de vous renvoyer vers deux articles :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8634
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/30/le-piege-des-credit-default-swaps_1100669_3234.html
Ça laisse rêveur.
10.02.2008
Qui se sent merdeux se torche
J’ai enfin pu lire quelques analyses un peu plus poussées sur la crise du crédit. Et si j’ai bien compris, les banques nous tiennent par les couilles.
Afin d’obtenir toujours plus de pognon, elles jouent le chantage au crédit. Le jeu est simple. Les dépôts effectués auprès des banques doivent être garantis jusqu’à un certain niveau. C’est un système assez peu contraignant qui autorise en fin de compte les banques à utiliser comme elles le souhaitent les dépôts effectués par les agents économiques (entreprises et ménages). Seule une petite partie du pognon déposé dans une banque est réellement dans cette banque. Tout le reste circule dans un réseau financier mondial complexe à la vitesse de plusieurs milliers de milliards par jour. Par exemple, un de ces nœuds de circulation (Clearstream, la fameuse chambre de compensation) voit passer tous les jours mille milliards d’euros, à peu près, d’opérations financières en tout genre. C’est de l’argent, mais arrivé « à un tel niveau de concentration qu’il en devient image. » Afin de pouvoir continuer ce jeu, les banques ont, toutefois, besoin d’un peu de fraîche. En temps normal, les banques centrales sont là pour filer un coup de main ; chaque banque du coin a des dépôts obligatoires chez elles qui garantissent, pour faire court, les dépôts des clients et si y’a un soucis, elles refilent un peu de thune, histoire de boucler les fins de mois. Le risque aujourd’hui, c’est que les banques, comme elles ont joué avec un pognon qu’elles n’avaient pas, refusent de laisser sortir le moindre kopek de leurs coffres et se tournent systématiquement vers les banques centrales. Les banques centrales deviennent alors prêteuses en premier recours.
Mais voilà, comme les banques ne veulent plus prêter, elles font plus leur boulot. Dans not’ beau système, « les prêts créent les dépôts » ; c’est parce que les entreprises empruntent que les gens ils ont un boulot, donc de la thune, donc des dépôts chez les fafioteurs. Alors qu’est-ce qu’ils disent cézigues ? Que si on leur donne pas de flouze, ça sera tintin pour les entreprises. Ce qu’on appelle le « crédit Crunch ». En d’autres terme, si vous voulez qu’on vous en prête, c’est dans le cul la balayette. Nous voilà donc en plein chantage des banques. Et le risque de récession est réel ! A force de proposer des placements merdeux à 25%, les banques (et les assureurs, voire les supermarchés) ont créé des produits financiers tout pourris qui reposaient sur du rien. Une véritable cavalerie. Alors ? Ben va falloir banquer. Et derrière, rien ne sera fait. Cette crise a déjà eu lieu, tout ce petit monde était au courant, au Japon, y’a pas très longtemps, mais ça marche tellement bien en temps normal qu’y’a aucune raison de tout changer. Donc on va payer. Personnellement, je fais mien le fameux proverbe grec (merci Sana !) « Quand ton ennemi t’encule, surtout ne bouge pas, tu pourrais le faire jouir ». Et si on ne payait pas ?
Afin d’obtenir toujours plus de pognon, elles jouent le chantage au crédit. Le jeu est simple. Les dépôts effectués auprès des banques doivent être garantis jusqu’à un certain niveau. C’est un système assez peu contraignant qui autorise en fin de compte les banques à utiliser comme elles le souhaitent les dépôts effectués par les agents économiques (entreprises et ménages). Seule une petite partie du pognon déposé dans une banque est réellement dans cette banque. Tout le reste circule dans un réseau financier mondial complexe à la vitesse de plusieurs milliers de milliards par jour. Par exemple, un de ces nœuds de circulation (Clearstream, la fameuse chambre de compensation) voit passer tous les jours mille milliards d’euros, à peu près, d’opérations financières en tout genre. C’est de l’argent, mais arrivé « à un tel niveau de concentration qu’il en devient image. » Afin de pouvoir continuer ce jeu, les banques ont, toutefois, besoin d’un peu de fraîche. En temps normal, les banques centrales sont là pour filer un coup de main ; chaque banque du coin a des dépôts obligatoires chez elles qui garantissent, pour faire court, les dépôts des clients et si y’a un soucis, elles refilent un peu de thune, histoire de boucler les fins de mois. Le risque aujourd’hui, c’est que les banques, comme elles ont joué avec un pognon qu’elles n’avaient pas, refusent de laisser sortir le moindre kopek de leurs coffres et se tournent systématiquement vers les banques centrales. Les banques centrales deviennent alors prêteuses en premier recours.
Mais voilà, comme les banques ne veulent plus prêter, elles font plus leur boulot. Dans not’ beau système, « les prêts créent les dépôts » ; c’est parce que les entreprises empruntent que les gens ils ont un boulot, donc de la thune, donc des dépôts chez les fafioteurs. Alors qu’est-ce qu’ils disent cézigues ? Que si on leur donne pas de flouze, ça sera tintin pour les entreprises. Ce qu’on appelle le « crédit Crunch ». En d’autres terme, si vous voulez qu’on vous en prête, c’est dans le cul la balayette. Nous voilà donc en plein chantage des banques. Et le risque de récession est réel ! A force de proposer des placements merdeux à 25%, les banques (et les assureurs, voire les supermarchés) ont créé des produits financiers tout pourris qui reposaient sur du rien. Une véritable cavalerie. Alors ? Ben va falloir banquer. Et derrière, rien ne sera fait. Cette crise a déjà eu lieu, tout ce petit monde était au courant, au Japon, y’a pas très longtemps, mais ça marche tellement bien en temps normal qu’y’a aucune raison de tout changer. Donc on va payer. Personnellement, je fais mien le fameux proverbe grec (merci Sana !) « Quand ton ennemi t’encule, surtout ne bouge pas, tu pourrais le faire jouir ». Et si on ne payait pas ?
10.01.2008
Il n’est pire aveugle…
Dans le cadre chaleureux de quelque débat télévisé, j’ai eu l’occasion d’assister à une passe d’arme entre économistes, journalistes et analystes financiers. Ce genre de rendez-vous se sont multipliés ces derniers jours. Dans le contexte actuel, cela semble normal. Cela s’appelle le besoin d’information légitime des spectateurs. Vous êtes chez vous, au calme et soudain vous vous retrouvez assaillis par les informations. Vous découvrez une crise. Un événement sous vos yeux. L’Histoire ! Bref vous en demandez plus ; paraît-il. Donc, un débat. Alors qu’ai-je ouï…
D’abord, qu’il ne fallait pas paniquer. Ce qui est déjà pas mal. Tout est fait pour que nous paniquions. Rythme des informations, grandiosité (ben quoi ?) des chiffres, excitation des commentateurs, multiplication des annonces officielles et analyses définitives sur la fin de quelque chose. J’ai donc appris que le modèle politique américain s’était effondré ( ! ), que l’Etat avait son rôle à jouer dans la régulation de l’économie, que le capitalisme avait des hauts et des bas mais que le communisme c’était pire, que seul un effort collectif permettrait de sortir de la crise, etc. Disons que tout était fait pour que le spectateur se sente concerné par ce qui se tramait dans le calme des agences financières. Nous devions nous préparer à mettre la main à la poche. Que c’était notre devoir. Mais que le capitalisme c’était une bonne chose, et qu’il fallait simplement le réguler un peu. L’Etat intervient en notre nom pour éviter une débâcle. Afin de préserver notre épargne, notre argent. Nous allons donc payer pour des entreprises qui ont passé ces dernières années à virer du monde pour améliorer leurs profits, à maximiser leurs profits en jouant sur des produits purement spéculatifs afin d’atteindre le sacro-saint pourcentage à deux chiffres de rendement, à augmenter tous les frais possibles et imaginables jusqu’à en créer de nouveaux (paiement des opérations sur chèques, coût des retraits dans les agences concurrentes, frais de dépassements…) Certaines de ces entreprises se sont mises en danger pour acheter des concurrents et ces opérations, nous allons les payer. A perte qui plus est. A-t-on jamais vu gouvernement de droite (je précise, mais c’est purement rhétorique) demander un remboursement quelconque pour l’aide apportée à une entreprise d’intérêt national ? J’ai même vu cet e….. de Seillière (qui nous doit plusieurs milliards je le rappelle) se réjouir du pognon que venait de rafler ses misérables comparses à nos représentants.
Dans ces conditions, demander l’interdiction des licenciements, le remboursement des aides apportées aux entreprises qui licencient malgré leurs bénéfices et la pénalisation du droit des affaires, entre autres choses, paraît être la moindre des choses. Je rajouterais la castration des banquiers, mais par bonheur ils n’en ont pas.
D’abord, qu’il ne fallait pas paniquer. Ce qui est déjà pas mal. Tout est fait pour que nous paniquions. Rythme des informations, grandiosité (ben quoi ?) des chiffres, excitation des commentateurs, multiplication des annonces officielles et analyses définitives sur la fin de quelque chose. J’ai donc appris que le modèle politique américain s’était effondré ( ! ), que l’Etat avait son rôle à jouer dans la régulation de l’économie, que le capitalisme avait des hauts et des bas mais que le communisme c’était pire, que seul un effort collectif permettrait de sortir de la crise, etc. Disons que tout était fait pour que le spectateur se sente concerné par ce qui se tramait dans le calme des agences financières. Nous devions nous préparer à mettre la main à la poche. Que c’était notre devoir. Mais que le capitalisme c’était une bonne chose, et qu’il fallait simplement le réguler un peu. L’Etat intervient en notre nom pour éviter une débâcle. Afin de préserver notre épargne, notre argent. Nous allons donc payer pour des entreprises qui ont passé ces dernières années à virer du monde pour améliorer leurs profits, à maximiser leurs profits en jouant sur des produits purement spéculatifs afin d’atteindre le sacro-saint pourcentage à deux chiffres de rendement, à augmenter tous les frais possibles et imaginables jusqu’à en créer de nouveaux (paiement des opérations sur chèques, coût des retraits dans les agences concurrentes, frais de dépassements…) Certaines de ces entreprises se sont mises en danger pour acheter des concurrents et ces opérations, nous allons les payer. A perte qui plus est. A-t-on jamais vu gouvernement de droite (je précise, mais c’est purement rhétorique) demander un remboursement quelconque pour l’aide apportée à une entreprise d’intérêt national ? J’ai même vu cet e….. de Seillière (qui nous doit plusieurs milliards je le rappelle) se réjouir du pognon que venait de rafler ses misérables comparses à nos représentants.
Dans ces conditions, demander l’interdiction des licenciements, le remboursement des aides apportées aux entreprises qui licencient malgré leurs bénéfices et la pénalisation du droit des affaires, entre autres choses, paraît être la moindre des choses. Je rajouterais la castration des banquiers, mais par bonheur ils n’en ont pas.
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