Allez ! On y croit ! Le gouvernement serait dans une passe délicate et le Président de la Droite serait en difficulté. Et donc… ?
Double page sur la sortie de « Paroles de sans papiers ». Des parcours ordinaires, dans la France ordinaire. De mon fauteuil, je ne vois jamais cette France-là. Quand je vais dans la rue, je ne la remarque pas. Dans le métro, au supermarché, chez les uns et les autres, elle s’obstine. Invisible. Facile à occulter. Il faut se dépasser pour l’apercevoir, faire l’effort de poser son regard sur elle, et comme sur certains trompe-l’œil, de ces jeux qui laissent apparaître une image dans l’image, il devient impossible de ne pas la voir. Jusqu’à ne voir plus qu’elle. La foule disparaît, ne laissant à notre attention que les flics en maraude, les passants qui regardent le sol et qui font quelque écart quand l’Ordre surgit, un petit groupe qui se délite, une personne qui se lève et tourne le dos, des disparitions successives. Des errances dans des flux. Quelque chose qui ne va plus de soi. Un monde de « détails ».
Sinon, le quotidien de Libé, quelques articles politiques sans grand intérêt ; un article sur la traduction de Frederic Jameson, philosophe marxiste américain, qui me fait furieusement penser à Slavoj Zizek ; la Suède est un pays imaginaire dont la face obscure ne cesse de m’étonner, il y a définitivement quelque chose de pourri au Royaume de Scandinavie.
10.25.2007
10.24.2007
Libé, 24 octobre
Hier, j’ai bien reçu Libé, comme tous les jours (ou presque), mais je n’ai pas eu le temps d’en causer. Pourtant il contenait quelques articles intéressants. Pourquoi Hillary Clinton devrait triompher devant Barack Obama lors des caucus organisés jusqu’en février. Pourquoi l’Espagne attire les investisseurs du monde entier. Une étude sur les maladies professionnelles, vers la fin du pétrole, comment financer la Sécu, etc. Mais j’avais mieux à faire.
Aujourd’hui également, j’ai mieux à faire, mais cette fois, j’ai le temps. Donc… Et je commence par la fin. JM Bigard est un comique. Comique au gras-double qui arrive parfois à écumer l’amère couche de vulgarité qui souvent surnage de ce genre d’humour. Sa dérive mystique est particulièrement irritante, restent quelques sketches écrits avec Laurent Baffie qui ont une saveur particulière. Mais je reste méfiant, le rire, ça ouvre les chakras et permet même au plus sordide d’entrer loin en soi. Son naturalisme populaire est parfois insupportable, surtout quand on n’en rit pas.
Alors ce Grenelle de l’environnement ? Il m’est d’avis qu’il n’en sortira rien. L’écologie politique n’existe pas. Mais si elle doit exister, cela ne peut être que contre tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. D’abord, je ne vois rien qui la soutienne historiquement et socialement, elle n’est pas en soi une réponse mais plutôt un prurit. J’y vois plus un contrecoup de plusieurs choses : retour à la terre, retour romantique au passé paysan mythifié, un anti-discours industriel qui suit de près la fin du monde ouvrier, une idéologie de rattrapage qui suit de près la fin du communisme, comme peut l’être, d’une certaine manière, l’islamisme radical, mais aussi, et c’est ce qui rend l’écologie politique difficile à lire, une tentative de réforme du capitalisme. C’est dans cette dernière perspective qu’elle est souvent traitée. Je suis toujours surpris de lire dans tous les discours écologistes le primat donné à la Raison, une Raison anhistorique dont la justification se trouve dans le futur possible d’une Humanité soudain unie à son environnement. Une Raison régressive. Le capitalisme a besoin de fronts pionniers pour continuer son développement, l’écologie lui offre quelques perspectives intéressantes, et elle n’existe, à mon sens, que par ce fait.
Sinon, entretien intéressant avec Martine Billard sur le PLFSS (le projet de loi de finance de la sécu) qui permet de rappeler cette évidence que la Sécu n’est pas une entreprise, qu’elle n’a pas à être rentable, que la question fondamentale n’est pas celle de son « trou » mais de son financement. Proposer une vision comptable de la Sécurité Sociale c’est vouloir sa destruction. Rien de plus.
Sarkozy est au Maroc. Cette phrase piochée dans l’article page 20 : « La différence entre un businessman français et un espagnol, c’est qu’en sortant de l’aéroport, le Français va voir son ambassade pour savoir dans quel domaine investir tandis que l’Espagnol demande où il peut construire son usine ». Le Maroc reste un enjeu de politique intérieure en France.
Aujourd’hui également, j’ai mieux à faire, mais cette fois, j’ai le temps. Donc… Et je commence par la fin. JM Bigard est un comique. Comique au gras-double qui arrive parfois à écumer l’amère couche de vulgarité qui souvent surnage de ce genre d’humour. Sa dérive mystique est particulièrement irritante, restent quelques sketches écrits avec Laurent Baffie qui ont une saveur particulière. Mais je reste méfiant, le rire, ça ouvre les chakras et permet même au plus sordide d’entrer loin en soi. Son naturalisme populaire est parfois insupportable, surtout quand on n’en rit pas.
Alors ce Grenelle de l’environnement ? Il m’est d’avis qu’il n’en sortira rien. L’écologie politique n’existe pas. Mais si elle doit exister, cela ne peut être que contre tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. D’abord, je ne vois rien qui la soutienne historiquement et socialement, elle n’est pas en soi une réponse mais plutôt un prurit. J’y vois plus un contrecoup de plusieurs choses : retour à la terre, retour romantique au passé paysan mythifié, un anti-discours industriel qui suit de près la fin du monde ouvrier, une idéologie de rattrapage qui suit de près la fin du communisme, comme peut l’être, d’une certaine manière, l’islamisme radical, mais aussi, et c’est ce qui rend l’écologie politique difficile à lire, une tentative de réforme du capitalisme. C’est dans cette dernière perspective qu’elle est souvent traitée. Je suis toujours surpris de lire dans tous les discours écologistes le primat donné à la Raison, une Raison anhistorique dont la justification se trouve dans le futur possible d’une Humanité soudain unie à son environnement. Une Raison régressive. Le capitalisme a besoin de fronts pionniers pour continuer son développement, l’écologie lui offre quelques perspectives intéressantes, et elle n’existe, à mon sens, que par ce fait.
Sinon, entretien intéressant avec Martine Billard sur le PLFSS (le projet de loi de finance de la sécu) qui permet de rappeler cette évidence que la Sécu n’est pas une entreprise, qu’elle n’a pas à être rentable, que la question fondamentale n’est pas celle de son « trou » mais de son financement. Proposer une vision comptable de la Sécurité Sociale c’est vouloir sa destruction. Rien de plus.
Sarkozy est au Maroc. Cette phrase piochée dans l’article page 20 : « La différence entre un businessman français et un espagnol, c’est qu’en sortant de l’aéroport, le Français va voir son ambassade pour savoir dans quel domaine investir tandis que l’Espagnol demande où il peut construire son usine ». Le Maroc reste un enjeu de politique intérieure en France.
10.22.2007
Libé, 22 octobre
Entretien avec Ségolène Royal, depuis Rome, où elle rencontrait W. Veltroni, le maire, et F. Rutelli, l’ancien maire et ministre des biens culturels. Que l’on soit pro ou anti, on trouvera à boire et à manger dans cet entretien tout au long duquel Royal fait du Royal. Cette manière qu’elle a de se tourner vers l’étranger pour envisager ce qu’il peut se passer en France est en train de devenir sa marque de fabrique. Et toujours ce constat qu’il faut rebâtir idéologiquement le parti, que l’ouverture au centre est la stratégie qui paiera à terme ; alors Troisième Voie ou Parti Démocrate, elle annonce qu’elle travaillera à la constitution d’un pôle lui permettant en 2012 de faire plus de 30% au premier tour. On ne peut pas faire plus idéologique…
Les adhérents à 20 euros sont partis massivement. Mais il ne semble pas possible d’avoir de chiffres précis sur cette hémorragie. Dans la section du XVIIème arrondissement de Paris, celle à laquelle j’appartiens, 200 adhérents se sont déplacés pour désigner la candidate qui affrontera Panafieu sur ses terres. 200 sur 950, mais rien sur les renouvellements d’adhésions. Dans la même entrevue, Ségolène Royal propose de suivre l’exemple du Parti Démocrate italien et de permettre à tout citoyen de voter pour la désignation du candidat officiel à l’élection présidentielle, contre une modeste obole. Ce qui se fait déjà depuis longtemps aux Etats-Unis (avec quelques nuances, bien entendu).
L’autre lettre de Guy Môquet, retrouvée dans ses affaires, le jour de son arrestation.
« Parmi ceux qui sont en prison,
Se trouvent nos trois camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés,
Mais Patience, prenez courage,
Vous serez bientôt libérés,
Par tous vos frères d’esclavage
Les traîtres de notre pays,
Ces agents du capitalisme,
Nous les chasserons hors d’ici,
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main Révolution,
Pour que vainque le communisme,
Pour vous sortir de la prison,
Pour tuer le capitalisme
Ils se sont sacrifiés pour nous,
Par leur action libératrice. »
Poème gnan-gnan, mais ce gamin était vraiment transcendé. Pour moi qui ne crois pas à et en grand-chose, c’est un peu flippant. Peut-être est-ce plutôt ce côté-là de Môquet qui a plu à l’omniprésident. Plus prosaïquement, c’est parce qu’en meeting l’auditoire répondait très bien à « la » lettre. Mais ceci n’empêche pas cela.
Les adhérents à 20 euros sont partis massivement. Mais il ne semble pas possible d’avoir de chiffres précis sur cette hémorragie. Dans la section du XVIIème arrondissement de Paris, celle à laquelle j’appartiens, 200 adhérents se sont déplacés pour désigner la candidate qui affrontera Panafieu sur ses terres. 200 sur 950, mais rien sur les renouvellements d’adhésions. Dans la même entrevue, Ségolène Royal propose de suivre l’exemple du Parti Démocrate italien et de permettre à tout citoyen de voter pour la désignation du candidat officiel à l’élection présidentielle, contre une modeste obole. Ce qui se fait déjà depuis longtemps aux Etats-Unis (avec quelques nuances, bien entendu).
L’autre lettre de Guy Môquet, retrouvée dans ses affaires, le jour de son arrestation.
« Parmi ceux qui sont en prison,
Se trouvent nos trois camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés,
Mais Patience, prenez courage,
Vous serez bientôt libérés,
Par tous vos frères d’esclavage
Les traîtres de notre pays,
Ces agents du capitalisme,
Nous les chasserons hors d’ici,
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main Révolution,
Pour que vainque le communisme,
Pour vous sortir de la prison,
Pour tuer le capitalisme
Ils se sont sacrifiés pour nous,
Par leur action libératrice. »
Poème gnan-gnan, mais ce gamin était vraiment transcendé. Pour moi qui ne crois pas à et en grand-chose, c’est un peu flippant. Peut-être est-ce plutôt ce côté-là de Môquet qui a plu à l’omniprésident. Plus prosaïquement, c’est parce qu’en meeting l’auditoire répondait très bien à « la » lettre. Mais ceci n’empêche pas cela.
10.20.2007
Libé, 20 octobre
Où l’on apprend, que c’est le mascaret remontant la Seine qui aurait emporté Léopoldine « à l’heure où blanchit la campagne » Hugo, que Thomas Hugues et Laurence Ferrari se séparent, qu’une télé pour les humains de plus de 6 mois (et pas trop au-delà) va émettre en France, que pour E. Roudinesco Ben Laden est la figure absolue du pervers, que plusieurs Etats d’Amérique du sud s’organisent pour créer un FMI régional (un FMR ?), qu’en France la bise est un vrai casse-tête, que quatre cyclistes ont été tués à Paris depuis le début de l’année, qu’Yves Simon signale cette remarque que Chris Marker met dans la bouche de B. Laporte avant la rencontre contre les All Blacks : « Cette fois, avant le match, je leur ai lu la lettre de Kafka à son père » (ce qui est impossible et hilarant), qu’enfin H. Guaino est un grand Homme de la dimension de Goebbels, Beria voire Kissinger.
Cette dernière remarque semble déplacée, et pourtant… Il accorde une entrevue à Libération. Il est fort bon. Il dit que l’assassinat de Guy Môquet est « un drame ordinaire de cette époque », que de remplacer « Camarade » par « Compagnon » lors de l’hommage officiel rendu au jeune homme n’est pas si grave : « A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important » (rien que pour cette phrase je propose sa canonisation, contre un poteau). Toujours parlant de la lettre d’adieu de G. Môquet : « Dans ce texte, il n’y a aucune trace de nationalisme, aucune propagande » donc il ne comprend pas pourquoi certains professeurs refusent de la lire pour de tels motifs… (et là, je suis admiratif). Parlant de Barrès il a cette remarque qui aurait causé une débâcle intestinale au Général : « (Il) a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. » Toujours sur la lettre de GM cette phrase admirable qu’il faudrait lire avant chaque cours d’Histoire : « De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ? » Bien évidemment, cette phrase hors contexte est d’une banalité affligeante, mais dans cette entrevue elle a une saveur si particulière que je ne peux que vous encourager à vous ruer sur Libération pour en lire les pages six et sept. Et cette grande phrase aussi « Il y a eu autant de résistants que de miliciens. » Mais ce n’est pas grand-chose, H. Guaino a des ressources qui semblent inépuisables quand il évoque « son » discours de Dakar. Il se livre à un enchaînement logique sublime, magnifique, grandiose dans l’ordure qui met en lumière sa philosophie spontanée et que l’on peut résumer simplement : la colonisation a amené les Lumières à l’Afrique. Je… (soupir)
Cette dernière remarque semble déplacée, et pourtant… Il accorde une entrevue à Libération. Il est fort bon. Il dit que l’assassinat de Guy Môquet est « un drame ordinaire de cette époque », que de remplacer « Camarade » par « Compagnon » lors de l’hommage officiel rendu au jeune homme n’est pas si grave : « A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important » (rien que pour cette phrase je propose sa canonisation, contre un poteau). Toujours parlant de la lettre d’adieu de G. Môquet : « Dans ce texte, il n’y a aucune trace de nationalisme, aucune propagande » donc il ne comprend pas pourquoi certains professeurs refusent de la lire pour de tels motifs… (et là, je suis admiratif). Parlant de Barrès il a cette remarque qui aurait causé une débâcle intestinale au Général : « (Il) a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. » Toujours sur la lettre de GM cette phrase admirable qu’il faudrait lire avant chaque cours d’Histoire : « De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ? » Bien évidemment, cette phrase hors contexte est d’une banalité affligeante, mais dans cette entrevue elle a une saveur si particulière que je ne peux que vous encourager à vous ruer sur Libération pour en lire les pages six et sept. Et cette grande phrase aussi « Il y a eu autant de résistants que de miliciens. » Mais ce n’est pas grand-chose, H. Guaino a des ressources qui semblent inépuisables quand il évoque « son » discours de Dakar. Il se livre à un enchaînement logique sublime, magnifique, grandiose dans l’ordure qui met en lumière sa philosophie spontanée et que l’on peut résumer simplement : la colonisation a amené les Lumières à l’Afrique. Je… (soupir)
10.19.2007
Libé, 19 octobre
Honnêtement, Libération n’est pas un grand journal. Très irrégulier, choix éditoriaux peu judicieux, engagements douteux, une manière de se percevoir sans commune mesure avec son poids réel et sa qualité réelle. Pourtant. Pourtant des jours comme aujourd’hui, je serais presque fier d’être un vieux lecteur de ce journal (ça fait bien quinze balais). Un Libé un peu spécial. Un Libé qui invite des historiens à mettre en perspective l’actualité, à montrer comment un fait se construit, d’où vient un événement, ou pourquoi un non-événement est remarquable, comment peut-on faire de la prospective, ce qui est « futurible ». Edito de Le Goff sur l’Histoire (comme matière et présence du passé) et politique, qu’est-ce décembre 95 peut nous apprendre d’octobre 07, peut-on imaginer un renversement de la tendance boursière mondiale, pourquoi parler des Templiers puis de Juan Carlos, de Jeanne d’Arc et de Ségolène Royal (parenthèse pour avertir qu’au Théâtre du Renard, à Paris, pièce magnifique sur Olympe de Gouges – C’est tout de même aut’ chose), de Louis XIV et des OGM, etc. Bref, heureusement que parfois...
Demeure cette question fondamentale : jusqu’où est-on dans l’Histoire ? L’Histoire est une science. C’est une science « dure » au même titre que la biologie, les mathématiques, la psychanalyse ou la physique, et, comme toute idéologie (cosmologie presque), elle est en lutte constante pour son « indépendance » en tant que matière spécifique et autostructurée. Elle maintient un dialogue constant avec les autres sciences pour étayer son statut de science et s’enrichir par croisements. Pourtant, il suffit qu’un politique impose un personnage qui a vécu et laissé une trace, pour troubler le caractère scientifique de l’Histoire. Toute science étant dans le monde, c’est un risque permanent pour elle et la prise de parole des historiens est le meilleur moyen de défendre l’Histoire comme science. Et puis ce n’est pas l’ignorance qui est dangereuse (qui connaissait Guy Môquet ?) mais l’inexactitude.
Dont je fais assez largement preuve, j’en conviens. Mais là, on rentre dans le domaine de l’éthique personnelle. Et puis c’est un blog.
Demeure cette question fondamentale : jusqu’où est-on dans l’Histoire ? L’Histoire est une science. C’est une science « dure » au même titre que la biologie, les mathématiques, la psychanalyse ou la physique, et, comme toute idéologie (cosmologie presque), elle est en lutte constante pour son « indépendance » en tant que matière spécifique et autostructurée. Elle maintient un dialogue constant avec les autres sciences pour étayer son statut de science et s’enrichir par croisements. Pourtant, il suffit qu’un politique impose un personnage qui a vécu et laissé une trace, pour troubler le caractère scientifique de l’Histoire. Toute science étant dans le monde, c’est un risque permanent pour elle et la prise de parole des historiens est le meilleur moyen de défendre l’Histoire comme science. Et puis ce n’est pas l’ignorance qui est dangereuse (qui connaissait Guy Môquet ?) mais l’inexactitude.
Dont je fais assez largement preuve, j’en conviens. Mais là, on rentre dans le domaine de l’éthique personnelle. Et puis c’est un blog.
10.18.2007
Libé, 18 octobre
Je suis un indécrottable réactionnaire. Je ne vois pas d’autre solution. La nouveauté m’indiffère. Je ne cherche pas à changer les choses. Je n’aime pas ce qui paraît moderne. Ce qui est dans le vent. Ce qui est d’aujourd’hui. Pour moi 1793 c’était il y a peu de temps. Et si je devais citer les derniers grands événements de ces dernières années, je ferais tout pour n’en citer aucun arguant qu’il n’y a que des processus. Y’a des jours, j’aimerais bien croire que ça marche, qu’on va tous vers un truc sympa, ensemble, et peu importe qui est tout en haut de nos hiérarchies, on avance vers le mieux. Ben non ! Réactionnaire et pessimiste.
Une de Libération. Une femme dépose une demande de divorce dans un obscur tribunal. Ce même jour, grève nationale pour défendre quelques droits durement acquis. (J’ouvre une parenthèse. Prenons la prime charbon pour les cheminots, cela paraît absurde. Il suffit de changer son nom en prime de Développement durable, ou d’intégration transversale, faire du marketing en quelque sorte, pour qu’elle passe sans problème. Il faudra que l’on m’explique pourquoi les droits, les avantages en novlangue, que l’on appelait compensatoires sont devenus indécents quand ils profitent à ceux qui en ont réellement besoin. 15 milliards d’avantages fiscaux (par an) pour les plus riches ça fait du bruit quelques temps, mais c’est passé… Les gains de la réforme des retraites ont été calculés au doigt mouillé, avec une marge d’erreur assez impressionnante. Je ferme cette parenthèse.) Premier article sur la grève, pages 8-9, second page 14. Divorce présidentiel, pages 1-7. Edito de Joffrin « Jamais un président en exercice ne s’était trouvé etc. » Evénement que jamais on a vu ça… donc Une. Le jour du premier grand bras de fer social, la presse (de gauche) se concentre sur le divorce du président. Je… Pfffff
A part « ça », le mini-traité européen ne fera pas l’objet d’un Referendum en France. La crise des subprimes fera baisser la croissance française de 1,8% (OCDE) à 2% (FMI). Une baisse de +0,2%... La nouvelle personne en charge des négociations avec les syndicats au Medef est la DRH du groupe Accor, en remplacement de DGS de l’UIMM (fallait suivre), le signe que le Medef ne veut pas se mêler de la réforme des régimes spéciaux. Et un article sur la colère dans la partie Livres. Qu’y a-t-il de commun entre la colère d’Achille et la colère de la rue ? La question semble ne pas s’être posée. Indécrottable réac que je suis.
Une de Libération. Une femme dépose une demande de divorce dans un obscur tribunal. Ce même jour, grève nationale pour défendre quelques droits durement acquis. (J’ouvre une parenthèse. Prenons la prime charbon pour les cheminots, cela paraît absurde. Il suffit de changer son nom en prime de Développement durable, ou d’intégration transversale, faire du marketing en quelque sorte, pour qu’elle passe sans problème. Il faudra que l’on m’explique pourquoi les droits, les avantages en novlangue, que l’on appelait compensatoires sont devenus indécents quand ils profitent à ceux qui en ont réellement besoin. 15 milliards d’avantages fiscaux (par an) pour les plus riches ça fait du bruit quelques temps, mais c’est passé… Les gains de la réforme des retraites ont été calculés au doigt mouillé, avec une marge d’erreur assez impressionnante. Je ferme cette parenthèse.) Premier article sur la grève, pages 8-9, second page 14. Divorce présidentiel, pages 1-7. Edito de Joffrin « Jamais un président en exercice ne s’était trouvé etc. » Evénement que jamais on a vu ça… donc Une. Le jour du premier grand bras de fer social, la presse (de gauche) se concentre sur le divorce du président. Je… Pfffff
A part « ça », le mini-traité européen ne fera pas l’objet d’un Referendum en France. La crise des subprimes fera baisser la croissance française de 1,8% (OCDE) à 2% (FMI). Une baisse de +0,2%... La nouvelle personne en charge des négociations avec les syndicats au Medef est la DRH du groupe Accor, en remplacement de DGS de l’UIMM (fallait suivre), le signe que le Medef ne veut pas se mêler de la réforme des régimes spéciaux. Et un article sur la colère dans la partie Livres. Qu’y a-t-il de commun entre la colère d’Achille et la colère de la rue ? La question semble ne pas s’être posée. Indécrottable réac que je suis.
10.17.2007
Libé, 17 octobre
La femme de César doit être insoupçonnable. Mais que se passe-t-il si elle veut se barrer ? Le nouveau statut du Président de la République lui interdit d’apparaître devant quelque cour que ce soit. Sauf la Haute. Et encore. Donc il ne peut y avoir de procédure de divorce intenté contre lui. Il ne peut se défaire de son immunité, car elle s’impose même à lui. Le corps vivant du Président de la République est mort… Il est devenu la fonction. Voilà qui lui sied bien.
Inconsciemment, tout le monde savait au Patronat que l’UIMM avait une caisse noire qui servait à financer certaines actions (lesquelles ? Mystère). L’UIMM c’est plus que le Medef, mais c’est un groupement d’intérêt qui s’affaiblit au fil du temps. Un reliquat d’une époque révolue. D’où est partie cette rumeur que cet argent servait à financer des syndicats de salariés ? Cela prépare les esprits à la future loi sur le financement des syndicats. Et si lors de sa discussion au Parlement un petit scandale éclatait, histoire de…
Portrait de Didier Le Reste. Personnage important du paysage syndical français. Demain est un peu son jour. Pas de grand soir pour lui, mais la défense obstinée des droits des salariés de la SNCF. Et de ce fait, un peu plus que ça.
Inconsciemment, tout le monde savait au Patronat que l’UIMM avait une caisse noire qui servait à financer certaines actions (lesquelles ? Mystère). L’UIMM c’est plus que le Medef, mais c’est un groupement d’intérêt qui s’affaiblit au fil du temps. Un reliquat d’une époque révolue. D’où est partie cette rumeur que cet argent servait à financer des syndicats de salariés ? Cela prépare les esprits à la future loi sur le financement des syndicats. Et si lors de sa discussion au Parlement un petit scandale éclatait, histoire de…
Portrait de Didier Le Reste. Personnage important du paysage syndical français. Demain est un peu son jour. Pas de grand soir pour lui, mais la défense obstinée des droits des salariés de la SNCF. Et de ce fait, un peu plus que ça.
10.16.2007
Libé, 16 octobre
Liberté de la presse. Sondage. Titre : « Les Français veulent des médias indépendants. » Sondage LH2. Les électeurs de droite sont moins sensibles à ce problème. Danger immédiat, le rachat des Echos. LVMH/Arnault propriétaire de la Tribune. Ce dernier est devenu l’ombre de lui-même sous Arnaud. Journal de référence à l’époque. Détruit par les ingérences du propriétaire, outil de propagande, campagnes de déstabilisation des concurrents. Face à lui De Lacharrière, grand financier, propriétaire de l’agence de notation Fitch. Entre le sida et l’hépatite C le choix est délicat. Pearson, ce groupe anglais qui possède déjà le Financial Times, vendra. La Tribune devrait tomber dans l’escarcelle de Bolloré, déjà partenaire du Monde. Tous grands démocrates, proches du pouvoir de droite ou de gauche. Ils sont aussi le pouvoir. Des médias indépendants ? Cela doit passer par la loi. Démocratie oblige.
Les cent familles. Les maîtres des forges. Le retour des vieux démons. On apprend que l’UIMM (les patrons de l’acier pour faire court) finance un peu tout ce qui le chante. Sans devoir aucun compte à personne. Tradition oblige. Les comptes sont détruits d’une année sur l’autre. Caisse noire. Le Medef lui doit beaucoup. D’autres syndicats également semble-t-il. Des syndicats indépendants ? etc.
Pouvoir d’achat. Commission Attali. Entretien avec Jean Peyrelevade. En seconde, en Economie et social, on m’apprenait ce que disent ces gens-là. Nuance, on m’apprenait exactement ce que disent ces gens-là. Parler d’économie au peuple comme on parle à un enfant, faire simple pour calmer, compliqué pour impressionner.
Les cent familles. Les maîtres des forges. Le retour des vieux démons. On apprend que l’UIMM (les patrons de l’acier pour faire court) finance un peu tout ce qui le chante. Sans devoir aucun compte à personne. Tradition oblige. Les comptes sont détruits d’une année sur l’autre. Caisse noire. Le Medef lui doit beaucoup. D’autres syndicats également semble-t-il. Des syndicats indépendants ? etc.
Pouvoir d’achat. Commission Attali. Entretien avec Jean Peyrelevade. En seconde, en Economie et social, on m’apprenait ce que disent ces gens-là. Nuance, on m’apprenait exactement ce que disent ces gens-là. Parler d’économie au peuple comme on parle à un enfant, faire simple pour calmer, compliqué pour impressionner.
20h45, Paris, Campanile Porte de Clichy, AG PS section du 17ème
Ce soir-là, débat. But : présenter les militants qui briguent la tête de liste aux élections municipales dans le 17ème. Qui affrontera Panafieu ? Deux candidats. Annick « notre députée » Lepetit, un des piliers du 18ème, porte-parole de Delanoë. Christophe Lanoë, Secrétaire de Section, administrateur bien implanté. La désignation par les adhérents de la tête de liste doit se faire ce jeudi. La liste sera définie plus tard, en décembre. Le débat est minuté, chaque candidat parlera, sera défendu par des militants de la section, l’espoir d’un débat de haut niveau est martelé à la « tribune ». Nous sommes au PS.
Le Secrétaire de section parle en premier, la députée prend la suite, une trentaine de militants défendront leur candidat jusqu’à 23h, puis les deux candidats prendront une dernière fois la parole. On pourrait croire que tout se passera normalement, tout était réglé. Par un heureux concours de circonstances, y’a un climat dans cette section. Longtemps ignorée, elle devient le centre d’intenses tractations, comme sa grande sœur du 18ème. Alors on s’y affronte. Sauvagement parfois. Le Secrétaire de section tente de justifier sa candidature par son travail local et les réussites de la section. La députée fait un discours politique, contre la droite et Panafieu, et pour Delanoë. On sait tout de suite qu’il n’y a rien à gagner ici, tout est déjà joué. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il n’y a pas besoin de débat ?
La politique, c’est le fait d’hommes et de femmes. Des engagements, du temps, de l’énergie, pour faire passer une idée, imposer sa personne, avoir du pouvoir ; les raisons sont nombreuses. Souvent tout se mélange. Annick Lepetit sera désignée par des adhérents, qui pour la plupart ne se sont jamais engagés sur le terrain. Il y avait ce soir-là 150 personnes sur 950 adhérents. Qui ira voter ? Pourtant tout commence là. Au plus proche. Ensuite les citoyens désigneront un représentant officiel. C’est cette démocratie partisane qui créée ces « monstres froids » qui nous gouvernent. Ça part de quelque part, après la responsabilité de chacun dans ce choix se dilue dans le nombre. Les petits Etats sont plus politiques que les grands.
Sinon, ce débat s’est transformé en boucherie. Le perdant n’en est pas sorti grandi.
Le Secrétaire de section parle en premier, la députée prend la suite, une trentaine de militants défendront leur candidat jusqu’à 23h, puis les deux candidats prendront une dernière fois la parole. On pourrait croire que tout se passera normalement, tout était réglé. Par un heureux concours de circonstances, y’a un climat dans cette section. Longtemps ignorée, elle devient le centre d’intenses tractations, comme sa grande sœur du 18ème. Alors on s’y affronte. Sauvagement parfois. Le Secrétaire de section tente de justifier sa candidature par son travail local et les réussites de la section. La députée fait un discours politique, contre la droite et Panafieu, et pour Delanoë. On sait tout de suite qu’il n’y a rien à gagner ici, tout est déjà joué. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il n’y a pas besoin de débat ?
La politique, c’est le fait d’hommes et de femmes. Des engagements, du temps, de l’énergie, pour faire passer une idée, imposer sa personne, avoir du pouvoir ; les raisons sont nombreuses. Souvent tout se mélange. Annick Lepetit sera désignée par des adhérents, qui pour la plupart ne se sont jamais engagés sur le terrain. Il y avait ce soir-là 150 personnes sur 950 adhérents. Qui ira voter ? Pourtant tout commence là. Au plus proche. Ensuite les citoyens désigneront un représentant officiel. C’est cette démocratie partisane qui créée ces « monstres froids » qui nous gouvernent. Ça part de quelque part, après la responsabilité de chacun dans ce choix se dilue dans le nombre. Les petits Etats sont plus politiques que les grands.
Sinon, ce débat s’est transformé en boucherie. Le perdant n’en est pas sorti grandi.
10.15.2007
Libé, 15 octobre
Note de lecture. Nouvelle formule de Libération. Il faudra du temps pour l’avoir dans l’œil. Rien de révolutionnaire. Une simple réforme. Format identique. Papier grossier et encre sur les doigts. Plus de place pour les lecteurs du journal. Forum, réactions sur le site. Libé a encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre « The Guardian » qui reste, même si cela n’apparaît plus nulle part, son modèle.
Articles. Thématique sur l’Intégration. Concept ombilical.
Hervé Le Bras et Benjamin Stora, mise en perspective nécessaire. Mariages mixtes. Regroupement familial. Non ! Fantasme du Maghrébin qui permet à ses cinq femmes et vingt enfants de débarquer en France par regroupement. Lien mariage mixte et regroupement. Installation en France du conjoint étranger par regroupement. Possibilité réduite par les nouvelles lois. But : obliger le départ des couples mixtes. Célibat forcé des jeunes hommes mal dotés issus de l’immigration. Célibat forcé des jeunes femmes diplômées issues de l’immigration. Politique eugéniste en marche.
Tests ADN. Mise en application grossière de ce principe eugéniste.
Isolement des immigrés fragilisés par la nouvelle législation. Cas. Médecins du Monde (MDM). 40 000 consultations en 2006. Peur des immigrés sans-papiers de consulter, l’administration exige certains papiers pour l’obtention de l’Aide Médicale de l’Etat, exigences illégales ( ?). De plus en plus de femmes consultent MDM. Fragilisation, précarité, esclavage… L’autre France. Habitats de fortune et sans logis : 217 000 familles recensées. 600 000 relogements d’urgence en attente.
Walter Veltroni. Maire de Rome. Nouveau Premier Secrétaire du Parti Démocrate, sorte de Modem à l’Italienne, le marais local. Promesse de Veltroni quelques années auparavant : Ceci est mon dernier mandat, je quitte la politique. 2011 il sera Président du Conseil, peut-être. Inspirateur de Lang et Delanoë. Je suis un peu déçu, c’est con, non ? J’aimais bien le personnage, gentilhomme italien, petit côté Renaissance. Homme politique en fin de compte. Une candidature qui sort d’un mensonge. Il ne vaut pas mieux que Jospin. Non, là je suis méchant.
Articles. Thématique sur l’Intégration. Concept ombilical.
Hervé Le Bras et Benjamin Stora, mise en perspective nécessaire. Mariages mixtes. Regroupement familial. Non ! Fantasme du Maghrébin qui permet à ses cinq femmes et vingt enfants de débarquer en France par regroupement. Lien mariage mixte et regroupement. Installation en France du conjoint étranger par regroupement. Possibilité réduite par les nouvelles lois. But : obliger le départ des couples mixtes. Célibat forcé des jeunes hommes mal dotés issus de l’immigration. Célibat forcé des jeunes femmes diplômées issues de l’immigration. Politique eugéniste en marche.
Tests ADN. Mise en application grossière de ce principe eugéniste.
Isolement des immigrés fragilisés par la nouvelle législation. Cas. Médecins du Monde (MDM). 40 000 consultations en 2006. Peur des immigrés sans-papiers de consulter, l’administration exige certains papiers pour l’obtention de l’Aide Médicale de l’Etat, exigences illégales ( ?). De plus en plus de femmes consultent MDM. Fragilisation, précarité, esclavage… L’autre France. Habitats de fortune et sans logis : 217 000 familles recensées. 600 000 relogements d’urgence en attente.
Walter Veltroni. Maire de Rome. Nouveau Premier Secrétaire du Parti Démocrate, sorte de Modem à l’Italienne, le marais local. Promesse de Veltroni quelques années auparavant : Ceci est mon dernier mandat, je quitte la politique. 2011 il sera Président du Conseil, peut-être. Inspirateur de Lang et Delanoë. Je suis un peu déçu, c’est con, non ? J’aimais bien le personnage, gentilhomme italien, petit côté Renaissance. Homme politique en fin de compte. Une candidature qui sort d’un mensonge. Il ne vaut pas mieux que Jospin. Non, là je suis méchant.
10.02.2007
La Question Humaine
Me voilà bien embêté. J’ai vu un film qui m’a ennuyé, un film que j’ai trouvé verbeux, prétentieux, mal joué, esthétiquement inintéressant, sans rythme, et pour tout dire affreusement parisien. S’il était encore possible d’en rajouter, dans le cinéma le plus imbécilement branchouille de Paris, le soir d’une sauterie organisée par l’Adami. En temps normal, il m’aurait fallu me concentrer un bon moment pour me souvenir ce que j’avais bien pu voir la veille. Pourtant, non seulement je me souviens parfaitement de ce film, de l’ambiance, de tout ce que nous avons pu en dire au sortir de la salle de projection, mais en plus je sais que je m’en souviendrai un bon bout de temps.
Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.
Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.
Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.
En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.
Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.
Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.
Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.
En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.
9.14.2007
Sport et politique
Les multiples défaites d’équipes « de France » survenues il y a peu dans à peu près tous les sports (Athlétisme, Basket, Volley, Rugby, Foot), m’ont soulagé. Depuis Guillaume Le Maréchal, comme l’a démontré Duby, les grands Champions sont des outils politiques très pratiques, et très efficaces. Les exemples sont nombreux de sportifs employés comme petites mains politiques et nous avons tous encore en tête les délires de quelque ministre de l’économie tablant sur une victoire d’une certaine équipe pour redresser l’économie française. Mais les défaites récentes valent un peu plus que d’habitude à mes yeux. Notamment celle du XV, symboliquement très forte. Je m’explique.
L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’ « être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du crédo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’Etat doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérénité de l’ « être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.
Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secretaire d’Etat in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulsent des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.
L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’ « être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du crédo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’Etat doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérénité de l’ « être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.
Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secretaire d’Etat in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulsent des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.
9.07.2007
Un Maroc de paquotille ?
Ainsi donc, le Maroc a un Parlement, un Gouvernement responsable devant le Parlement et une Nation qui vit au travers de ses 15 millions de citoyens actifs… A part Serge (Dassault) dans le Figaro, personne n’oserait écrire ces quelques mots sans rougir de honte ou mourir de rire. Le roi règne, il gouverne, décide, exécute, il est la Nation, le descendant du Prophète (je préfère mettre une majuscule, on n’est jamais trop prudent), le commandeur des croyants… Il est presque tout, et c’est l’effet de son « bon plaisir » qu’un Parlement existe, qu’un Gouvernement existe, et que 15 millions de marocains puissent voter. Mais le Maroc existe aussi sans le Roi, voire contre lui. Et si l’on jette un œil sur les deux derniers siècles d’histoire du Maroc (j’ai un peu la flemme de causer des phéniciens), il me semble que l’on peut faire preuve d’un minimum d’optimisme sur le futur du royaume.
Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’Etat marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.
Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.
Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…
Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’Etat marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.
Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.
Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…
9.06.2007
Un pari
- Non ! Ne me fais pas ça, pas maintenant !
- Ecoute ! J’ai bien réfléchi, et… On ne peut pas continuer comme ça.
- Tu ne peux pas me faire ça. Qu’est-ce que tu me reproches ?
- Rien de particulier, mais presque tout en général.
- Je ne comprends pas !!
- C’est fini, c’est tout.
- Pas maintenant ! Pas maintenant.
Un bar. Sur une banquette deux hommes assis, dont le suppliant du court dialogue précédent. Il prend la parole.
- Quelle merde !
- C’est la vie !
- Bon. Garçon ! Une bouteille de champagne !
- Héhé !
- Quoi héhé ! J’y étais presque putain !
- Péché d’orgueil. Deux mois, c’est absurde. J’aurai pris les paris à un mois.
- C’est ce qui me différencie de toi, mon cher ami, ce goût du risque. Un pari doit être risqué, sinon, à quoi bon.
- Risquer de perdre, pourquoi pas ? C’est donner un peu plus de chances aux autres de gagner.
- Je te parie, qu’il me servira en premier.
- Tenu ! 20 euros.
- Non 10, c’est moi qui ai commandé, donc il y a plus de chances que ce soit toi qui soit servi en premier.
- D’ac.
Le serveur posa le seau à Champagne en face des deux amis, il en sortit une bouteille dont il exhiba l’étiquette, puis il l’ouvrit. Petit bruit habituel. Il remit la bouteille dans le seau et alla chercher deux coupettes. Ils les posa entre les deux amis et les remplit. Il remit la bouteille dans le seau et repartit.
- J’ai gagné, il a servi la coupette la plus proche de moi en premier.
- Pas d’accord, y’a égalité parfaite, le pari est annulé.
Une voix venant de leur droite.
- Tout à fait d’accord avec vous et ce d’autant plus que c’est vous qui avez lancé le pari.
Le deux amis se tournérent vers cette voix. Un homme d’une soixantaine d’années leur souriait.
- Un pari est gagné ou perdu de manière claire. Sinon il est annulé. Sauf si l’un des joueurs a quelque atout en main qui serait susceptible de forcer celle de l’autre. Dans votre cas, ce serait bien dommage.
- Tu vois ! Pari annulé donc.
- Monsieur fait autorité ?
- Oh ! Disons que je suis moi-même un peu joueur. J’ai entendu le début de votre conversation et j’ai retrouvé quelque chose de ma jeunesse dans ce pari. Bien des choses me sont revenues. J’ai déjà perdu un tel pari, mais heureusement, j’en ai gagné d’autres.
- Justement, nous cherchions des idées pour notre prochain gros pari. Peut-être pourrez-vous nous inspirer ?
- Mieux que cela, j’ai un pari tout trouvé pour deux jeunes gens de votre âge. Puis-je ?
- Bien sûr ! Prenez cette chaise. Une coupette ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Mais non, mais non.
L’homme s’installa. Et raconta son pari.
- Merci. J’avais à peu près votre âge. Un bon ami à moi était un gros joueur, presque un professionnel. Il en vivait, presque, et sa réputation était excellente dans les cercles de jeu. Un jour de désoeuvrement, il me fit part d’un pari très amusant.
- L’idée générale est la suivante, commença-t-il, sommes-nous condamnés à être ce qui nous sommes depuis notre naissance ? N’est-il pas possible de changer, d’être un autre, bref de changer d’identité.
- Tu veux dire se grimer, passer pour un autre…
- Non, être un autre. Ceci est ma carte d’identité, elle est moi et je suis elle, tous les détails de qui je suis y sont inscrits. En la lisant, c’est moi qui est lu. Bien sûr cela ne dit rien de qui je suis vraiment, on va dire, mais pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ceci est moi.
- Je crois voir l’idée.
- Bien ! Est-ce que tu penses qu’il est possible de faire autrement ? D’être autre chose que cela pour tous ceux qui ne te connaissent pas ?
- Tu veux dire pour l’administration par exemple ?
- Tout à fait.
- Ça dépend, il me semble.
- Par exemple, peux-tu te marier sous une autre identité, passer devant un notaire en étant autre chose que ce qui est marqué là, ou fournir quelque papier administratif qui te soit attaché mais sans que cela n’apparaisse ?
- Oui, si tu changes d’identité !
- C’est là le truc, sans changer d’identité, arriver à ça.
- Un genre de bluff.
- Somme toute.
- Cela me paraît impossible.
- Et bien voilà notre prochain pari. Fournir un papier officiel signé de notre main mais sans qu’un seul élément de nos cartes d’identité ne soit inscrit.
- Héhé ! Ça me plaît bien ça. Quels sont les enjeux ?
- 50 000 francs ?
- Tope là !
- Pari intéressant. Et alors ?
- Nous ne savions pas que cela était un délit. Et tous les deux nous l’apprîmes à nos dépends. Mais l’aventure était amusante. Comme il y avait égalité, le pari a été annulé. Pourtant, je suis certain qu’il est possible d’aller au bout de ce pari.
- Peut-être… Qu’en penses-tu ?
- Quand on voit tous les papiers qui sont demandés pour justifier de son identité, cela semble être encore plus difficile qu’avant.
- Justement non ! Il suffit d’un papier un peu différent pour faire flipper toute la machine administrative. Juste un, en remontant depuis une petite modification jusqu’au papier final. Je pense que ça doit être possible. Et même plus facile qu’avant ! Est-ce que tu te sens de te lancer dans l’aventure ?
- Bon… Mais pour le plaisir de l’exercice alors !
- Ça roule, pari tenu.
- Bien, je suis content de vous avoir inspiré. Serait-ce abuser que de vous demander une troisième coupette ?
- Absolument pas, vous avez été d’excellent conseil.
- Merci.
Une fois la coupette servie, le barman s’approcha de la table et posa sur la table, en maugréant, un billet de 100 euros que l’excellent conseiller s’empressa de ranger dans une de ses poches. Il salua ensuite les deux amis et sortit du bar, laissant sur la table la dernière coupette pleine. Intrigués, les deux amis allèrent voir le barman pour connaître le fin mot de l’histoire. Ils apprirent ainsi qu’il venait de perdre le pari suivant : se faire inviter à boire du champagne avec eux jusqu’à la troisième coupette.
- Sacré personnage !
- Vi. Mais je pense à un truc. Est-ce que cela remet en cause notre pari ?
- Pourquoi donc ?
- C’était peut-être un crac ?
- Mmmm.
Le barman leur demanda si le pari qu’il avait évoqué consistait à changer d’identité. Ils opinèrent de conserve. Le barman leur fit alors un large sourire.
- Ecoute ! J’ai bien réfléchi, et… On ne peut pas continuer comme ça.
- Tu ne peux pas me faire ça. Qu’est-ce que tu me reproches ?
- Rien de particulier, mais presque tout en général.
- Je ne comprends pas !!
- C’est fini, c’est tout.
- Pas maintenant ! Pas maintenant.
Un bar. Sur une banquette deux hommes assis, dont le suppliant du court dialogue précédent. Il prend la parole.
- Quelle merde !
- C’est la vie !
- Bon. Garçon ! Une bouteille de champagne !
- Héhé !
- Quoi héhé ! J’y étais presque putain !
- Péché d’orgueil. Deux mois, c’est absurde. J’aurai pris les paris à un mois.
- C’est ce qui me différencie de toi, mon cher ami, ce goût du risque. Un pari doit être risqué, sinon, à quoi bon.
- Risquer de perdre, pourquoi pas ? C’est donner un peu plus de chances aux autres de gagner.
- Je te parie, qu’il me servira en premier.
- Tenu ! 20 euros.
- Non 10, c’est moi qui ai commandé, donc il y a plus de chances que ce soit toi qui soit servi en premier.
- D’ac.
Le serveur posa le seau à Champagne en face des deux amis, il en sortit une bouteille dont il exhiba l’étiquette, puis il l’ouvrit. Petit bruit habituel. Il remit la bouteille dans le seau et alla chercher deux coupettes. Ils les posa entre les deux amis et les remplit. Il remit la bouteille dans le seau et repartit.
- J’ai gagné, il a servi la coupette la plus proche de moi en premier.
- Pas d’accord, y’a égalité parfaite, le pari est annulé.
Une voix venant de leur droite.
- Tout à fait d’accord avec vous et ce d’autant plus que c’est vous qui avez lancé le pari.
Le deux amis se tournérent vers cette voix. Un homme d’une soixantaine d’années leur souriait.
- Un pari est gagné ou perdu de manière claire. Sinon il est annulé. Sauf si l’un des joueurs a quelque atout en main qui serait susceptible de forcer celle de l’autre. Dans votre cas, ce serait bien dommage.
- Tu vois ! Pari annulé donc.
- Monsieur fait autorité ?
- Oh ! Disons que je suis moi-même un peu joueur. J’ai entendu le début de votre conversation et j’ai retrouvé quelque chose de ma jeunesse dans ce pari. Bien des choses me sont revenues. J’ai déjà perdu un tel pari, mais heureusement, j’en ai gagné d’autres.
- Justement, nous cherchions des idées pour notre prochain gros pari. Peut-être pourrez-vous nous inspirer ?
- Mieux que cela, j’ai un pari tout trouvé pour deux jeunes gens de votre âge. Puis-je ?
- Bien sûr ! Prenez cette chaise. Une coupette ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Mais non, mais non.
L’homme s’installa. Et raconta son pari.
- Merci. J’avais à peu près votre âge. Un bon ami à moi était un gros joueur, presque un professionnel. Il en vivait, presque, et sa réputation était excellente dans les cercles de jeu. Un jour de désoeuvrement, il me fit part d’un pari très amusant.
- L’idée générale est la suivante, commença-t-il, sommes-nous condamnés à être ce qui nous sommes depuis notre naissance ? N’est-il pas possible de changer, d’être un autre, bref de changer d’identité.
- Tu veux dire se grimer, passer pour un autre…
- Non, être un autre. Ceci est ma carte d’identité, elle est moi et je suis elle, tous les détails de qui je suis y sont inscrits. En la lisant, c’est moi qui est lu. Bien sûr cela ne dit rien de qui je suis vraiment, on va dire, mais pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ceci est moi.
- Je crois voir l’idée.
- Bien ! Est-ce que tu penses qu’il est possible de faire autrement ? D’être autre chose que cela pour tous ceux qui ne te connaissent pas ?
- Tu veux dire pour l’administration par exemple ?
- Tout à fait.
- Ça dépend, il me semble.
- Par exemple, peux-tu te marier sous une autre identité, passer devant un notaire en étant autre chose que ce qui est marqué là, ou fournir quelque papier administratif qui te soit attaché mais sans que cela n’apparaisse ?
- Oui, si tu changes d’identité !
- C’est là le truc, sans changer d’identité, arriver à ça.
- Un genre de bluff.
- Somme toute.
- Cela me paraît impossible.
- Et bien voilà notre prochain pari. Fournir un papier officiel signé de notre main mais sans qu’un seul élément de nos cartes d’identité ne soit inscrit.
- Héhé ! Ça me plaît bien ça. Quels sont les enjeux ?
- 50 000 francs ?
- Tope là !
- Pari intéressant. Et alors ?
- Nous ne savions pas que cela était un délit. Et tous les deux nous l’apprîmes à nos dépends. Mais l’aventure était amusante. Comme il y avait égalité, le pari a été annulé. Pourtant, je suis certain qu’il est possible d’aller au bout de ce pari.
- Peut-être… Qu’en penses-tu ?
- Quand on voit tous les papiers qui sont demandés pour justifier de son identité, cela semble être encore plus difficile qu’avant.
- Justement non ! Il suffit d’un papier un peu différent pour faire flipper toute la machine administrative. Juste un, en remontant depuis une petite modification jusqu’au papier final. Je pense que ça doit être possible. Et même plus facile qu’avant ! Est-ce que tu te sens de te lancer dans l’aventure ?
- Bon… Mais pour le plaisir de l’exercice alors !
- Ça roule, pari tenu.
- Bien, je suis content de vous avoir inspiré. Serait-ce abuser que de vous demander une troisième coupette ?
- Absolument pas, vous avez été d’excellent conseil.
- Merci.
Une fois la coupette servie, le barman s’approcha de la table et posa sur la table, en maugréant, un billet de 100 euros que l’excellent conseiller s’empressa de ranger dans une de ses poches. Il salua ensuite les deux amis et sortit du bar, laissant sur la table la dernière coupette pleine. Intrigués, les deux amis allèrent voir le barman pour connaître le fin mot de l’histoire. Ils apprirent ainsi qu’il venait de perdre le pari suivant : se faire inviter à boire du champagne avec eux jusqu’à la troisième coupette.
- Sacré personnage !
- Vi. Mais je pense à un truc. Est-ce que cela remet en cause notre pari ?
- Pourquoi donc ?
- C’était peut-être un crac ?
- Mmmm.
Le barman leur demanda si le pari qu’il avait évoqué consistait à changer d’identité. Ils opinèrent de conserve. Le barman leur fit alors un large sourire.
8.22.2007
Slow train
Contentement, satisfaction, voire soulagement. Pourquoi voire ? Et soulagement, puisque l’impensable est arrivé, puisque par un effort de ma volonté, j’ai fait quelque chose qui me semblait totalement impossible. Je me souviens avoir dit, un peu comme ça, « Il faut que je fasse quelque chose d’important », j’avais en tête en le disant l’idée d’un « gros coup », marquer un moment, me dire que là, il s’est passé quelque chose. Parce que. Disons, j’avais ce besoin d’une rupture, d’un moment en creux, la nécessité d’un point de départ, pouvoir dire « Tu vois, c’est à ce moment-là que ça a commencé » « J’ai pris ma décision tel jour, je m’en souviens comme si c’était hier » etc. Pourtant, les jours qui ont suivi cette décision un peu nébuleuse, puisque je n’en avais pas arrêté le contenu, je n’ai rien fait de spécial, il ne s’est rien passé. J’en discutais mais sans rien en dire. C’était vague. Ça montait, mais qu’est-ce qui montait ?
Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.
Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.
8.20.2007
Une fissure
Depuis deux ans que je passe par là, j’avais acquis la certitude que je connaissais tout les recoins de ce parcours. Il m’a même semblé par moment pouvoir le parcourir les yeux fermés. Ce n’était pourtant pas un chemin facile, beaucoup d’obstacles, beaucoup de tournants, mais surtout une foule compacte. Et plusieurs fois j’ai eu le déplaisir de rentrer littéralement dans certaines personnes. Au moins deux fois, au moins parce que je n’ai pas la mémoire trop fiable. Et même une fois je l’ai connu sous la neige. Pour vous dire. Bref, ce parcours était devenu une sorte d’excroissance de moi-même. Pourtant ce matin, et c’est pour cela que je vous raconte ce fait aujourd’hui, ce matin donc, en le parcourant, peut-être un peu plus doucement que d’habitude, j’ai remarqué un mur lézardé. Plutôt une fissure dans un mur, celui qui continue la grande boulangerie de la rue T. Vous me direz qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans cette vision d’une fissure dans un mur de Paris. Dans ce cas-là, je vous rétorquerai qu’il n’y a rien de bien extraordinaire à assister à un accident, chose connue, ou à la chute d’un météorite près de soi, même si je dois vous accorder que cet événement est plus rare que les précédents. Mais comprenez bien ceci, ce n’est pas la fissure qui est extraordinaire, mais le fait que depuis deux ans que je passe par ici, mon œil n’ait jamais été attiré par elle. Cela équivalait pour moi à l’apparition d’un nouveau meuble dans ma maison, ou d’un troisième bras dans ma frêle carcasse. Comment ai-je pu louper ça ? Cet événement, car je n’ai pas d’autre mot pour dire ce qu’a été pour moi cette découverte. Voilà, tout à coup quelque chose a surgi dans un mur que je frôle tous les jours depuis plusieurs centaines de jours. Arrivé au bureau, cette fissure était encore sous mes yeux et toute la journée dans ma tête. Au retour, un peu plus tôt que d’habitude, je me suis mis devant elle et je l’ai observée. C’était une fissure banale, commune, sur un mur vaguement blanc, avec des tags dessus. Cette fissure partait de la moitié du mur et s’arrêtait un peu avant le trottoir, à une demi-jambe du trottoir. Vaste fissure pour un mur d’un immeuble de sept étages. Je me suis étendu un maximum en hauteur pour, avec mon doigt, en suivre une partie. Je la sentais à peine. Elle n’était vraiment pas profonde. Peut-être venait-elle d’apparaître ? Ou s’était-elle continuée depuis un point plus élevé, ce qui explique l’incongruité de ma découverte. Après tout, je ne suis pas toujours à regarder bien haut les immeubles qui bordent ma route. Pourtant, j’ai le souvenir exact de m’être fait à moi-même cette réflexion que je devais plus souvent regarder ces immeubles, lever les yeux pour changer. Tout ceci n’enlève rien au fait que cette fissure est bien là, que je suis certain qu’elle n’y était pas et que ce simple fait m’empêche de ne pas en parler. Et ce qui m’irrite encore plus, c’est qu’en écrivant ces mots, elle est toujours sous mes yeux, dans ma tête, là. Et cela me met dans une rage indescriptible. J’ai même l’impression que plus j’en parle, et plus elle s’agrandit.
8.06.2007
Ratatouille, ou la petite matrice du désir
Un rat, nommé Rémy, découvre peu à peu que son odorat, si fin, ne pouvait le laisser manger ce que mangeaient les siens. Il pressent que les goûts peuvent se mélanger et ce à force de regarder la télé. Dans les étranges lucarnes il voit, chez la vieille dame sous le toit de laquelle vit sa colonie, une émission culinaire présentée par un chef de grande renommé. Il apprend la langue des hommes, jusqu’à pouvoir lire le livre de cuisine du chef précédemment évoqué : le grand Auguste Gusteau. Par un heureux hasard, ou par nécessité, le grand chef, hélas décédé, se retrouve, fantôme, virevoltant autour des moustaches du rat. Ensemble ils se trouvent embarqués par les flots jusque sous un restaurant multi-étoilé, le sien justement. Ce jour de grande découverte est aussi celui qui voit s’introduire dans la cuisine de ce restaurant un jeune commis, maigrelet et sans cervelle. Ce dernier par maladresse ruine une soupe, que le rat décide, poussé par son hubris culinaire, de sauver. Tous en cuisine croient que ce miracle est le fait du jeune commis. Mais celui-ci sait. Commence un jeu très raffiné entre le rat et le commis. Une fable je vous dis ! Un vraie fable.
Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !
Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !
8.03.2007
Curb your enthusiasm
« Holy cow ! » Seinfeld est de retour mais sans Seinfeld et sans New York. Larry David le producteur de cette série mythique s’est lancé dans une suite si flinguée que certains épisodes en sont presque impossible à regarder. Plusieurs fois j’ai même du mettre sur pause pour retrouver mes esprits et détendre la boule que j’avais dans l’estomac. Car cet homme est vraiment talentueux, il arrive à construire des situations inextricables, à mettre en scène la connerie humaine dans toute sa splendeur. Pas seulement la connerie en générale, mais plus particulièrement la sienne. Dans certaines situations, il introduit quelques problématiques générales bien connues de tous, ça fait un peu tarte à la crème, mais il y a ce petit plus : l’ingéniosité. Construire une situation intolérable pour un esprit humain normalement constitué en 22 minutes, ça nécessite une bonne dose de talent, d’imagination et de connaissance des petits travers de l’homme, plus exactement de l’homme et de la femme de Californie. Comme dans « Entourage », tout se passe autour d’Hollywood, autour de ce petit monde, au cœur du spectacle américain. Mais contrairement à « Entourage », on n’est pas ici pour régler des comptes, on est là pour se moquer, gratuitement. Aucune leçon a tirer de tout ça, le seul but : prendre son pied. C’est diffusé en France sur Canal Jimmy. Bien évidemment, je l’ai téléchargé sans sous-titres, et si vous en avez l’occasion n’hésitez pas ! Et pour ceux qui respectent les droits de diffusion (ça existe encore paraît-il) ce n’est pas distribué en Europe…
7.31.2007
Journée de merde
En fait dès hier soir j’ai senti qu’aujourd’hui serait une journée de merde. J’ai vu un film pas très bon, puis impossible d’avoir une conversation sans bailler toutes les deux secondes, et puis impossible de dormir. Pourtant j’étais fatigué, mais impossible de fermer l’œil et de sombrer doucettement. Pourtant il fallait que je me couche tôt, parce que j’avais en tête un mardi entièrement consacré à ma recherche d’emploi. Et y’a encore du boulot ! Et ce matin, impossible. Impossible de me concentrer, de suivre ce plan pourtant si simple de recherche d’emploi élaboré depuis déjà quelques semaines. Je n’ai qu’à suivre l’agenda ! Eh bien non ! Je ne suis qu’au début de cette journée de merde, et je ne doute pas qu’elle va me réserver quelques surprises désagréables. En plus ça va pas fortiche alentour, des problèmes variés qui me touchent puisqu’ils touchent des amis, en plus j’ai mal au cou à cause de la piscine hier, encore pris une mauvaise position (je nageais au bord du solarium), et j’ai mal à un orteil. Enfin on verra bien, mais la suite s’annonce pas folichonne.
Bergman et Serrault sont morts.
PS: Antonioni
Bergman et Serrault sont morts.
PS: Antonioni
7.25.2007
Ventoline et sang frais
Honnêtement, je tremblais en admirant le tour. J’ai craint un instant que l’Homme était arrivé à un stade supérieur, avait commencé sa mutation pour atteindre un ailleurs dont Darwin n’osait rêver : le surhomme sur ces drôles de machines. A force de voler, l’homme devait un jour voir des ailes lui pousser dans le dos, à force de courir vite et de sauter loin, ses jambes devaient se transformer pour prendre la forme puissante de celles du Kangourou, à force de grimper les cols les plus difficiles, ses poumons, son cœur et son sang devaient se modifier irrémédiablement. Et puis la médecine ayant fait des progrès extraordinaires, on pouvait voir des asthmatiques, des cancéreux et des hommes recousus de toutes parts vaincre la plus dure épreuve inventée par l’esprit humain : le Tour de France.
Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53x13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.
Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53x13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.
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