Note de lecture. Nouvelle formule de Libération. Il faudra du temps pour l’avoir dans l’œil. Rien de révolutionnaire. Une simple réforme. Format identique. Papier grossier et encre sur les doigts. Plus de place pour les lecteurs du journal. Forum, réactions sur le site. Libé a encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre « The Guardian » qui reste, même si cela n’apparaît plus nulle part, son modèle.
Articles. Thématique sur l’Intégration. Concept ombilical.
Hervé Le Bras et Benjamin Stora, mise en perspective nécessaire. Mariages mixtes. Regroupement familial. Non ! Fantasme du Maghrébin qui permet à ses cinq femmes et vingt enfants de débarquer en France par regroupement. Lien mariage mixte et regroupement. Installation en France du conjoint étranger par regroupement. Possibilité réduite par les nouvelles lois. But : obliger le départ des couples mixtes. Célibat forcé des jeunes hommes mal dotés issus de l’immigration. Célibat forcé des jeunes femmes diplômées issues de l’immigration. Politique eugéniste en marche.
Tests ADN. Mise en application grossière de ce principe eugéniste.
Isolement des immigrés fragilisés par la nouvelle législation. Cas. Médecins du Monde (MDM). 40 000 consultations en 2006. Peur des immigrés sans-papiers de consulter, l’administration exige certains papiers pour l’obtention de l’Aide Médicale de l’Etat, exigences illégales ( ?). De plus en plus de femmes consultent MDM. Fragilisation, précarité, esclavage… L’autre France. Habitats de fortune et sans logis : 217 000 familles recensées. 600 000 relogements d’urgence en attente.
Walter Veltroni. Maire de Rome. Nouveau Premier Secrétaire du Parti Démocrate, sorte de Modem à l’Italienne, le marais local. Promesse de Veltroni quelques années auparavant : Ceci est mon dernier mandat, je quitte la politique. 2011 il sera Président du Conseil, peut-être. Inspirateur de Lang et Delanoë. Je suis un peu déçu, c’est con, non ? J’aimais bien le personnage, gentilhomme italien, petit côté Renaissance. Homme politique en fin de compte. Une candidature qui sort d’un mensonge. Il ne vaut pas mieux que Jospin. Non, là je suis méchant.
10.15.2007
10.02.2007
La Question Humaine
Me voilà bien embêté. J’ai vu un film qui m’a ennuyé, un film que j’ai trouvé verbeux, prétentieux, mal joué, esthétiquement inintéressant, sans rythme, et pour tout dire affreusement parisien. S’il était encore possible d’en rajouter, dans le cinéma le plus imbécilement branchouille de Paris, le soir d’une sauterie organisée par l’Adami. En temps normal, il m’aurait fallu me concentrer un bon moment pour me souvenir ce que j’avais bien pu voir la veille. Pourtant, non seulement je me souviens parfaitement de ce film, de l’ambiance, de tout ce que nous avons pu en dire au sortir de la salle de projection, mais en plus je sais que je m’en souviendrai un bon bout de temps.
Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.
Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.
Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.
En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.
Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.
Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.
Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.
En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.
9.14.2007
Sport et politique
Les multiples défaites d’équipes « de France » survenues il y a peu dans à peu près tous les sports (Athlétisme, Basket, Volley, Rugby, Foot), m’ont soulagé. Depuis Guillaume Le Maréchal, comme l’a démontré Duby, les grands Champions sont des outils politiques très pratiques, et très efficaces. Les exemples sont nombreux de sportifs employés comme petites mains politiques et nous avons tous encore en tête les délires de quelque ministre de l’économie tablant sur une victoire d’une certaine équipe pour redresser l’économie française. Mais les défaites récentes valent un peu plus que d’habitude à mes yeux. Notamment celle du XV, symboliquement très forte. Je m’explique.
L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’ « être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du crédo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’Etat doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérénité de l’ « être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.
Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secretaire d’Etat in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulsent des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.
L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’ « être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du crédo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’Etat doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérénité de l’ « être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.
Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secretaire d’Etat in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulsent des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.
9.07.2007
Un Maroc de paquotille ?
Ainsi donc, le Maroc a un Parlement, un Gouvernement responsable devant le Parlement et une Nation qui vit au travers de ses 15 millions de citoyens actifs… A part Serge (Dassault) dans le Figaro, personne n’oserait écrire ces quelques mots sans rougir de honte ou mourir de rire. Le roi règne, il gouverne, décide, exécute, il est la Nation, le descendant du Prophète (je préfère mettre une majuscule, on n’est jamais trop prudent), le commandeur des croyants… Il est presque tout, et c’est l’effet de son « bon plaisir » qu’un Parlement existe, qu’un Gouvernement existe, et que 15 millions de marocains puissent voter. Mais le Maroc existe aussi sans le Roi, voire contre lui. Et si l’on jette un œil sur les deux derniers siècles d’histoire du Maroc (j’ai un peu la flemme de causer des phéniciens), il me semble que l’on peut faire preuve d’un minimum d’optimisme sur le futur du royaume.
Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’Etat marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.
Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.
Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…
Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’Etat marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.
Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.
Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…
9.06.2007
Un pari
- Non ! Ne me fais pas ça, pas maintenant !
- Ecoute ! J’ai bien réfléchi, et… On ne peut pas continuer comme ça.
- Tu ne peux pas me faire ça. Qu’est-ce que tu me reproches ?
- Rien de particulier, mais presque tout en général.
- Je ne comprends pas !!
- C’est fini, c’est tout.
- Pas maintenant ! Pas maintenant.
Un bar. Sur une banquette deux hommes assis, dont le suppliant du court dialogue précédent. Il prend la parole.
- Quelle merde !
- C’est la vie !
- Bon. Garçon ! Une bouteille de champagne !
- Héhé !
- Quoi héhé ! J’y étais presque putain !
- Péché d’orgueil. Deux mois, c’est absurde. J’aurai pris les paris à un mois.
- C’est ce qui me différencie de toi, mon cher ami, ce goût du risque. Un pari doit être risqué, sinon, à quoi bon.
- Risquer de perdre, pourquoi pas ? C’est donner un peu plus de chances aux autres de gagner.
- Je te parie, qu’il me servira en premier.
- Tenu ! 20 euros.
- Non 10, c’est moi qui ai commandé, donc il y a plus de chances que ce soit toi qui soit servi en premier.
- D’ac.
Le serveur posa le seau à Champagne en face des deux amis, il en sortit une bouteille dont il exhiba l’étiquette, puis il l’ouvrit. Petit bruit habituel. Il remit la bouteille dans le seau et alla chercher deux coupettes. Ils les posa entre les deux amis et les remplit. Il remit la bouteille dans le seau et repartit.
- J’ai gagné, il a servi la coupette la plus proche de moi en premier.
- Pas d’accord, y’a égalité parfaite, le pari est annulé.
Une voix venant de leur droite.
- Tout à fait d’accord avec vous et ce d’autant plus que c’est vous qui avez lancé le pari.
Le deux amis se tournérent vers cette voix. Un homme d’une soixantaine d’années leur souriait.
- Un pari est gagné ou perdu de manière claire. Sinon il est annulé. Sauf si l’un des joueurs a quelque atout en main qui serait susceptible de forcer celle de l’autre. Dans votre cas, ce serait bien dommage.
- Tu vois ! Pari annulé donc.
- Monsieur fait autorité ?
- Oh ! Disons que je suis moi-même un peu joueur. J’ai entendu le début de votre conversation et j’ai retrouvé quelque chose de ma jeunesse dans ce pari. Bien des choses me sont revenues. J’ai déjà perdu un tel pari, mais heureusement, j’en ai gagné d’autres.
- Justement, nous cherchions des idées pour notre prochain gros pari. Peut-être pourrez-vous nous inspirer ?
- Mieux que cela, j’ai un pari tout trouvé pour deux jeunes gens de votre âge. Puis-je ?
- Bien sûr ! Prenez cette chaise. Une coupette ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Mais non, mais non.
L’homme s’installa. Et raconta son pari.
- Merci. J’avais à peu près votre âge. Un bon ami à moi était un gros joueur, presque un professionnel. Il en vivait, presque, et sa réputation était excellente dans les cercles de jeu. Un jour de désoeuvrement, il me fit part d’un pari très amusant.
- L’idée générale est la suivante, commença-t-il, sommes-nous condamnés à être ce qui nous sommes depuis notre naissance ? N’est-il pas possible de changer, d’être un autre, bref de changer d’identité.
- Tu veux dire se grimer, passer pour un autre…
- Non, être un autre. Ceci est ma carte d’identité, elle est moi et je suis elle, tous les détails de qui je suis y sont inscrits. En la lisant, c’est moi qui est lu. Bien sûr cela ne dit rien de qui je suis vraiment, on va dire, mais pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ceci est moi.
- Je crois voir l’idée.
- Bien ! Est-ce que tu penses qu’il est possible de faire autrement ? D’être autre chose que cela pour tous ceux qui ne te connaissent pas ?
- Tu veux dire pour l’administration par exemple ?
- Tout à fait.
- Ça dépend, il me semble.
- Par exemple, peux-tu te marier sous une autre identité, passer devant un notaire en étant autre chose que ce qui est marqué là, ou fournir quelque papier administratif qui te soit attaché mais sans que cela n’apparaisse ?
- Oui, si tu changes d’identité !
- C’est là le truc, sans changer d’identité, arriver à ça.
- Un genre de bluff.
- Somme toute.
- Cela me paraît impossible.
- Et bien voilà notre prochain pari. Fournir un papier officiel signé de notre main mais sans qu’un seul élément de nos cartes d’identité ne soit inscrit.
- Héhé ! Ça me plaît bien ça. Quels sont les enjeux ?
- 50 000 francs ?
- Tope là !
- Pari intéressant. Et alors ?
- Nous ne savions pas que cela était un délit. Et tous les deux nous l’apprîmes à nos dépends. Mais l’aventure était amusante. Comme il y avait égalité, le pari a été annulé. Pourtant, je suis certain qu’il est possible d’aller au bout de ce pari.
- Peut-être… Qu’en penses-tu ?
- Quand on voit tous les papiers qui sont demandés pour justifier de son identité, cela semble être encore plus difficile qu’avant.
- Justement non ! Il suffit d’un papier un peu différent pour faire flipper toute la machine administrative. Juste un, en remontant depuis une petite modification jusqu’au papier final. Je pense que ça doit être possible. Et même plus facile qu’avant ! Est-ce que tu te sens de te lancer dans l’aventure ?
- Bon… Mais pour le plaisir de l’exercice alors !
- Ça roule, pari tenu.
- Bien, je suis content de vous avoir inspiré. Serait-ce abuser que de vous demander une troisième coupette ?
- Absolument pas, vous avez été d’excellent conseil.
- Merci.
Une fois la coupette servie, le barman s’approcha de la table et posa sur la table, en maugréant, un billet de 100 euros que l’excellent conseiller s’empressa de ranger dans une de ses poches. Il salua ensuite les deux amis et sortit du bar, laissant sur la table la dernière coupette pleine. Intrigués, les deux amis allèrent voir le barman pour connaître le fin mot de l’histoire. Ils apprirent ainsi qu’il venait de perdre le pari suivant : se faire inviter à boire du champagne avec eux jusqu’à la troisième coupette.
- Sacré personnage !
- Vi. Mais je pense à un truc. Est-ce que cela remet en cause notre pari ?
- Pourquoi donc ?
- C’était peut-être un crac ?
- Mmmm.
Le barman leur demanda si le pari qu’il avait évoqué consistait à changer d’identité. Ils opinèrent de conserve. Le barman leur fit alors un large sourire.
- Ecoute ! J’ai bien réfléchi, et… On ne peut pas continuer comme ça.
- Tu ne peux pas me faire ça. Qu’est-ce que tu me reproches ?
- Rien de particulier, mais presque tout en général.
- Je ne comprends pas !!
- C’est fini, c’est tout.
- Pas maintenant ! Pas maintenant.
Un bar. Sur une banquette deux hommes assis, dont le suppliant du court dialogue précédent. Il prend la parole.
- Quelle merde !
- C’est la vie !
- Bon. Garçon ! Une bouteille de champagne !
- Héhé !
- Quoi héhé ! J’y étais presque putain !
- Péché d’orgueil. Deux mois, c’est absurde. J’aurai pris les paris à un mois.
- C’est ce qui me différencie de toi, mon cher ami, ce goût du risque. Un pari doit être risqué, sinon, à quoi bon.
- Risquer de perdre, pourquoi pas ? C’est donner un peu plus de chances aux autres de gagner.
- Je te parie, qu’il me servira en premier.
- Tenu ! 20 euros.
- Non 10, c’est moi qui ai commandé, donc il y a plus de chances que ce soit toi qui soit servi en premier.
- D’ac.
Le serveur posa le seau à Champagne en face des deux amis, il en sortit une bouteille dont il exhiba l’étiquette, puis il l’ouvrit. Petit bruit habituel. Il remit la bouteille dans le seau et alla chercher deux coupettes. Ils les posa entre les deux amis et les remplit. Il remit la bouteille dans le seau et repartit.
- J’ai gagné, il a servi la coupette la plus proche de moi en premier.
- Pas d’accord, y’a égalité parfaite, le pari est annulé.
Une voix venant de leur droite.
- Tout à fait d’accord avec vous et ce d’autant plus que c’est vous qui avez lancé le pari.
Le deux amis se tournérent vers cette voix. Un homme d’une soixantaine d’années leur souriait.
- Un pari est gagné ou perdu de manière claire. Sinon il est annulé. Sauf si l’un des joueurs a quelque atout en main qui serait susceptible de forcer celle de l’autre. Dans votre cas, ce serait bien dommage.
- Tu vois ! Pari annulé donc.
- Monsieur fait autorité ?
- Oh ! Disons que je suis moi-même un peu joueur. J’ai entendu le début de votre conversation et j’ai retrouvé quelque chose de ma jeunesse dans ce pari. Bien des choses me sont revenues. J’ai déjà perdu un tel pari, mais heureusement, j’en ai gagné d’autres.
- Justement, nous cherchions des idées pour notre prochain gros pari. Peut-être pourrez-vous nous inspirer ?
- Mieux que cela, j’ai un pari tout trouvé pour deux jeunes gens de votre âge. Puis-je ?
- Bien sûr ! Prenez cette chaise. Une coupette ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Mais non, mais non.
L’homme s’installa. Et raconta son pari.
- Merci. J’avais à peu près votre âge. Un bon ami à moi était un gros joueur, presque un professionnel. Il en vivait, presque, et sa réputation était excellente dans les cercles de jeu. Un jour de désoeuvrement, il me fit part d’un pari très amusant.
- L’idée générale est la suivante, commença-t-il, sommes-nous condamnés à être ce qui nous sommes depuis notre naissance ? N’est-il pas possible de changer, d’être un autre, bref de changer d’identité.
- Tu veux dire se grimer, passer pour un autre…
- Non, être un autre. Ceci est ma carte d’identité, elle est moi et je suis elle, tous les détails de qui je suis y sont inscrits. En la lisant, c’est moi qui est lu. Bien sûr cela ne dit rien de qui je suis vraiment, on va dire, mais pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ceci est moi.
- Je crois voir l’idée.
- Bien ! Est-ce que tu penses qu’il est possible de faire autrement ? D’être autre chose que cela pour tous ceux qui ne te connaissent pas ?
- Tu veux dire pour l’administration par exemple ?
- Tout à fait.
- Ça dépend, il me semble.
- Par exemple, peux-tu te marier sous une autre identité, passer devant un notaire en étant autre chose que ce qui est marqué là, ou fournir quelque papier administratif qui te soit attaché mais sans que cela n’apparaisse ?
- Oui, si tu changes d’identité !
- C’est là le truc, sans changer d’identité, arriver à ça.
- Un genre de bluff.
- Somme toute.
- Cela me paraît impossible.
- Et bien voilà notre prochain pari. Fournir un papier officiel signé de notre main mais sans qu’un seul élément de nos cartes d’identité ne soit inscrit.
- Héhé ! Ça me plaît bien ça. Quels sont les enjeux ?
- 50 000 francs ?
- Tope là !
- Pari intéressant. Et alors ?
- Nous ne savions pas que cela était un délit. Et tous les deux nous l’apprîmes à nos dépends. Mais l’aventure était amusante. Comme il y avait égalité, le pari a été annulé. Pourtant, je suis certain qu’il est possible d’aller au bout de ce pari.
- Peut-être… Qu’en penses-tu ?
- Quand on voit tous les papiers qui sont demandés pour justifier de son identité, cela semble être encore plus difficile qu’avant.
- Justement non ! Il suffit d’un papier un peu différent pour faire flipper toute la machine administrative. Juste un, en remontant depuis une petite modification jusqu’au papier final. Je pense que ça doit être possible. Et même plus facile qu’avant ! Est-ce que tu te sens de te lancer dans l’aventure ?
- Bon… Mais pour le plaisir de l’exercice alors !
- Ça roule, pari tenu.
- Bien, je suis content de vous avoir inspiré. Serait-ce abuser que de vous demander une troisième coupette ?
- Absolument pas, vous avez été d’excellent conseil.
- Merci.
Une fois la coupette servie, le barman s’approcha de la table et posa sur la table, en maugréant, un billet de 100 euros que l’excellent conseiller s’empressa de ranger dans une de ses poches. Il salua ensuite les deux amis et sortit du bar, laissant sur la table la dernière coupette pleine. Intrigués, les deux amis allèrent voir le barman pour connaître le fin mot de l’histoire. Ils apprirent ainsi qu’il venait de perdre le pari suivant : se faire inviter à boire du champagne avec eux jusqu’à la troisième coupette.
- Sacré personnage !
- Vi. Mais je pense à un truc. Est-ce que cela remet en cause notre pari ?
- Pourquoi donc ?
- C’était peut-être un crac ?
- Mmmm.
Le barman leur demanda si le pari qu’il avait évoqué consistait à changer d’identité. Ils opinèrent de conserve. Le barman leur fit alors un large sourire.
8.22.2007
Slow train
Contentement, satisfaction, voire soulagement. Pourquoi voire ? Et soulagement, puisque l’impensable est arrivé, puisque par un effort de ma volonté, j’ai fait quelque chose qui me semblait totalement impossible. Je me souviens avoir dit, un peu comme ça, « Il faut que je fasse quelque chose d’important », j’avais en tête en le disant l’idée d’un « gros coup », marquer un moment, me dire que là, il s’est passé quelque chose. Parce que. Disons, j’avais ce besoin d’une rupture, d’un moment en creux, la nécessité d’un point de départ, pouvoir dire « Tu vois, c’est à ce moment-là que ça a commencé » « J’ai pris ma décision tel jour, je m’en souviens comme si c’était hier » etc. Pourtant, les jours qui ont suivi cette décision un peu nébuleuse, puisque je n’en avais pas arrêté le contenu, je n’ai rien fait de spécial, il ne s’est rien passé. J’en discutais mais sans rien en dire. C’était vague. Ça montait, mais qu’est-ce qui montait ?
Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.
Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.
8.20.2007
Une fissure
Depuis deux ans que je passe par là, j’avais acquis la certitude que je connaissais tout les recoins de ce parcours. Il m’a même semblé par moment pouvoir le parcourir les yeux fermés. Ce n’était pourtant pas un chemin facile, beaucoup d’obstacles, beaucoup de tournants, mais surtout une foule compacte. Et plusieurs fois j’ai eu le déplaisir de rentrer littéralement dans certaines personnes. Au moins deux fois, au moins parce que je n’ai pas la mémoire trop fiable. Et même une fois je l’ai connu sous la neige. Pour vous dire. Bref, ce parcours était devenu une sorte d’excroissance de moi-même. Pourtant ce matin, et c’est pour cela que je vous raconte ce fait aujourd’hui, ce matin donc, en le parcourant, peut-être un peu plus doucement que d’habitude, j’ai remarqué un mur lézardé. Plutôt une fissure dans un mur, celui qui continue la grande boulangerie de la rue T. Vous me direz qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans cette vision d’une fissure dans un mur de Paris. Dans ce cas-là, je vous rétorquerai qu’il n’y a rien de bien extraordinaire à assister à un accident, chose connue, ou à la chute d’un météorite près de soi, même si je dois vous accorder que cet événement est plus rare que les précédents. Mais comprenez bien ceci, ce n’est pas la fissure qui est extraordinaire, mais le fait que depuis deux ans que je passe par ici, mon œil n’ait jamais été attiré par elle. Cela équivalait pour moi à l’apparition d’un nouveau meuble dans ma maison, ou d’un troisième bras dans ma frêle carcasse. Comment ai-je pu louper ça ? Cet événement, car je n’ai pas d’autre mot pour dire ce qu’a été pour moi cette découverte. Voilà, tout à coup quelque chose a surgi dans un mur que je frôle tous les jours depuis plusieurs centaines de jours. Arrivé au bureau, cette fissure était encore sous mes yeux et toute la journée dans ma tête. Au retour, un peu plus tôt que d’habitude, je me suis mis devant elle et je l’ai observée. C’était une fissure banale, commune, sur un mur vaguement blanc, avec des tags dessus. Cette fissure partait de la moitié du mur et s’arrêtait un peu avant le trottoir, à une demi-jambe du trottoir. Vaste fissure pour un mur d’un immeuble de sept étages. Je me suis étendu un maximum en hauteur pour, avec mon doigt, en suivre une partie. Je la sentais à peine. Elle n’était vraiment pas profonde. Peut-être venait-elle d’apparaître ? Ou s’était-elle continuée depuis un point plus élevé, ce qui explique l’incongruité de ma découverte. Après tout, je ne suis pas toujours à regarder bien haut les immeubles qui bordent ma route. Pourtant, j’ai le souvenir exact de m’être fait à moi-même cette réflexion que je devais plus souvent regarder ces immeubles, lever les yeux pour changer. Tout ceci n’enlève rien au fait que cette fissure est bien là, que je suis certain qu’elle n’y était pas et que ce simple fait m’empêche de ne pas en parler. Et ce qui m’irrite encore plus, c’est qu’en écrivant ces mots, elle est toujours sous mes yeux, dans ma tête, là. Et cela me met dans une rage indescriptible. J’ai même l’impression que plus j’en parle, et plus elle s’agrandit.
8.06.2007
Ratatouille, ou la petite matrice du désir
Un rat, nommé Rémy, découvre peu à peu que son odorat, si fin, ne pouvait le laisser manger ce que mangeaient les siens. Il pressent que les goûts peuvent se mélanger et ce à force de regarder la télé. Dans les étranges lucarnes il voit, chez la vieille dame sous le toit de laquelle vit sa colonie, une émission culinaire présentée par un chef de grande renommé. Il apprend la langue des hommes, jusqu’à pouvoir lire le livre de cuisine du chef précédemment évoqué : le grand Auguste Gusteau. Par un heureux hasard, ou par nécessité, le grand chef, hélas décédé, se retrouve, fantôme, virevoltant autour des moustaches du rat. Ensemble ils se trouvent embarqués par les flots jusque sous un restaurant multi-étoilé, le sien justement. Ce jour de grande découverte est aussi celui qui voit s’introduire dans la cuisine de ce restaurant un jeune commis, maigrelet et sans cervelle. Ce dernier par maladresse ruine une soupe, que le rat décide, poussé par son hubris culinaire, de sauver. Tous en cuisine croient que ce miracle est le fait du jeune commis. Mais celui-ci sait. Commence un jeu très raffiné entre le rat et le commis. Une fable je vous dis ! Un vraie fable.
Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !
Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !
8.03.2007
Curb your enthusiasm
« Holy cow ! » Seinfeld est de retour mais sans Seinfeld et sans New York. Larry David le producteur de cette série mythique s’est lancé dans une suite si flinguée que certains épisodes en sont presque impossible à regarder. Plusieurs fois j’ai même du mettre sur pause pour retrouver mes esprits et détendre la boule que j’avais dans l’estomac. Car cet homme est vraiment talentueux, il arrive à construire des situations inextricables, à mettre en scène la connerie humaine dans toute sa splendeur. Pas seulement la connerie en générale, mais plus particulièrement la sienne. Dans certaines situations, il introduit quelques problématiques générales bien connues de tous, ça fait un peu tarte à la crème, mais il y a ce petit plus : l’ingéniosité. Construire une situation intolérable pour un esprit humain normalement constitué en 22 minutes, ça nécessite une bonne dose de talent, d’imagination et de connaissance des petits travers de l’homme, plus exactement de l’homme et de la femme de Californie. Comme dans « Entourage », tout se passe autour d’Hollywood, autour de ce petit monde, au cœur du spectacle américain. Mais contrairement à « Entourage », on n’est pas ici pour régler des comptes, on est là pour se moquer, gratuitement. Aucune leçon a tirer de tout ça, le seul but : prendre son pied. C’est diffusé en France sur Canal Jimmy. Bien évidemment, je l’ai téléchargé sans sous-titres, et si vous en avez l’occasion n’hésitez pas ! Et pour ceux qui respectent les droits de diffusion (ça existe encore paraît-il) ce n’est pas distribué en Europe…
7.31.2007
Journée de merde
En fait dès hier soir j’ai senti qu’aujourd’hui serait une journée de merde. J’ai vu un film pas très bon, puis impossible d’avoir une conversation sans bailler toutes les deux secondes, et puis impossible de dormir. Pourtant j’étais fatigué, mais impossible de fermer l’œil et de sombrer doucettement. Pourtant il fallait que je me couche tôt, parce que j’avais en tête un mardi entièrement consacré à ma recherche d’emploi. Et y’a encore du boulot ! Et ce matin, impossible. Impossible de me concentrer, de suivre ce plan pourtant si simple de recherche d’emploi élaboré depuis déjà quelques semaines. Je n’ai qu’à suivre l’agenda ! Eh bien non ! Je ne suis qu’au début de cette journée de merde, et je ne doute pas qu’elle va me réserver quelques surprises désagréables. En plus ça va pas fortiche alentour, des problèmes variés qui me touchent puisqu’ils touchent des amis, en plus j’ai mal au cou à cause de la piscine hier, encore pris une mauvaise position (je nageais au bord du solarium), et j’ai mal à un orteil. Enfin on verra bien, mais la suite s’annonce pas folichonne.
Bergman et Serrault sont morts.
PS: Antonioni
Bergman et Serrault sont morts.
PS: Antonioni
7.25.2007
Ventoline et sang frais
Honnêtement, je tremblais en admirant le tour. J’ai craint un instant que l’Homme était arrivé à un stade supérieur, avait commencé sa mutation pour atteindre un ailleurs dont Darwin n’osait rêver : le surhomme sur ces drôles de machines. A force de voler, l’homme devait un jour voir des ailes lui pousser dans le dos, à force de courir vite et de sauter loin, ses jambes devaient se transformer pour prendre la forme puissante de celles du Kangourou, à force de grimper les cols les plus difficiles, ses poumons, son cœur et son sang devaient se modifier irrémédiablement. Et puis la médecine ayant fait des progrès extraordinaires, on pouvait voir des asthmatiques, des cancéreux et des hommes recousus de toutes parts vaincre la plus dure épreuve inventée par l’esprit humain : le Tour de France.
Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53x13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.
Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53x13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.
7.16.2007
Mort aux piétons !
Vous avez certainement entendu parler de cette chose singulière qui vient d’être lancée à Paris, cela s’appelle Vélib’. Le principe est simple : la mairie de Paris fournit des espaces publicitaires à Decaux contre la mise en place d’un système de prêts de vélos. Toute personne qui souffre de bipédie à Paris peut louer ces véhicules individuels « au sang » pour une somme modique, pourvu qu’elle ne l’utilise pas trop longtemps. La première demi-heure est « gratuite » (c’est très relatif ça) et ensuite ça banque sec. Si vous oubliez de rendre la bicyclette, il vous en coûtera 180 euros par jour. Par ailleurs, il est conseillé avant usage d’avoir un abonnement (29€ par an) et de bien connaître le code de la route (en fait plutôt les codes de bonnes conduites). Une fois l’appareil en main, il ne vous reste plus qu’à circuler. Et là, ça commence.
La mairie de Paris, depuis quelques années, pratique une politique de limitation de la circulation motorisée (automobiles et motocycles). Le but est simple, obliger les banlieusards à prendre les transports en commun. Et ça semble marcher puisque la pollution due aux moteurs individuels utilisant des énergies fossiles a chuté de 20%. Mais contrecoup, la vie des migrants quotidiens est devenue difficile. Vélib’ est là pour eux, donc, puisque une fois sorti du RER, le parisien extramural peut se dégourdir les reins en donnant de la pédale. Mais imaginez ces millions de circulateurs abordant des bornes à vélo regroupant au mieux une quarantaine d’unités au sortir du métropolitain. Peu d’élus… Et les quelques utilisateurs effectifs devront affronter ces lieux de perdition devenus célèbres : les pistes cyclables. Vous vous imaginez des pistes bien définies, avec des plots et part et d’autre, des lieux sûrs où l’on peut tranquillement se durcir le mollet. Erreur ! Car ces pistes le plus souvent sont constellées de piétons, puisque bâties sur les trottoirs. Et l’on connaît le goût du piéton à s’imposer en tout lieu où il peut poser ses semelles.
Comme tout bon parisien, j’ai pris mon abonnement et dès mon retour de Canet, je m’y mets, en gardant en tête cette campagne fort singulière de la sécurité routière : « Le vélo est idiot ! Ce ne sont pas les voitures mais les motos qui sont dangereuses ! dit le piéton »
La mairie de Paris, depuis quelques années, pratique une politique de limitation de la circulation motorisée (automobiles et motocycles). Le but est simple, obliger les banlieusards à prendre les transports en commun. Et ça semble marcher puisque la pollution due aux moteurs individuels utilisant des énergies fossiles a chuté de 20%. Mais contrecoup, la vie des migrants quotidiens est devenue difficile. Vélib’ est là pour eux, donc, puisque une fois sorti du RER, le parisien extramural peut se dégourdir les reins en donnant de la pédale. Mais imaginez ces millions de circulateurs abordant des bornes à vélo regroupant au mieux une quarantaine d’unités au sortir du métropolitain. Peu d’élus… Et les quelques utilisateurs effectifs devront affronter ces lieux de perdition devenus célèbres : les pistes cyclables. Vous vous imaginez des pistes bien définies, avec des plots et part et d’autre, des lieux sûrs où l’on peut tranquillement se durcir le mollet. Erreur ! Car ces pistes le plus souvent sont constellées de piétons, puisque bâties sur les trottoirs. Et l’on connaît le goût du piéton à s’imposer en tout lieu où il peut poser ses semelles.
Comme tout bon parisien, j’ai pris mon abonnement et dès mon retour de Canet, je m’y mets, en gardant en tête cette campagne fort singulière de la sécurité routière : « Le vélo est idiot ! Ce ne sont pas les voitures mais les motos qui sont dangereuses ! dit le piéton »
7.15.2007
Discours inappropriés
Parfois, je dois l’avouer, je dépense une énergie folle à me raconter des cracks, à bâtir des discours sur les choses qui paraissent au final si bien fichus que j’ai du mal ensuite à les remettre en question. Et sur un peu tout. Je finis par croire que ce que j’ai dit, éh bien, je le pense. Je construis des trucs et des machins. Ça ne coûte rien, c’est facile, et ce d’autant plus qu’avec un peu d’imagination ça paraît vrai, normal et cohérent. J’arrive à défendre tout ça, en faisant des phrases, et dissertant avec le ton de celui qui sait de quoi il cause. Et souvent, rien ne vient contredire ce bel agencement, car les mots ont cette caractéristique extraordinaire de construire la réalité. Mais une réalité parfois dérivée, qui doucement m’éloigne de ce qui je suis véritablement. Je rentre en abîme, sans m’en rendre tout à fait compte. Parfois, un petit détail me rappelle que je prends un chemin étrange, un peu dangereux, mais rien d’assez dur ne vient me révéler ce que je suis en train de faire. Omission après omission, de remplacement en remplacement, ce qui est n’est plus, ce qui n’est pas est, pièce par pièce la mécanique du réel s’en trouve entièrement changée. Alors, vient le moment, l’occasion plutôt, de tout balancer cul par dessus tête, d’abandonner cet agencement fictif par un geste, un simple geste, dont on ne parle pas, mais qu’il faut accomplir.
Mais une fois de plus, je ne peux m’empêcher d’en causer.
Mais une fois de plus, je ne peux m’empêcher d’en causer.
7.09.2007
Marcher ou courir
En temps normal, je marche. Beaucoup. Traverser Paris à pied n’est pas un problème. Quand j’ai rendez-vous quelque part, je prends le temps nécessaire pour arriver à la minute près au lieu dit, en partant parfois deux heures à l’avance, juste pour le plaisir de marcher. Plus exactement, pour le plaisir de déambuler, de dériver doucement, par des endroits, comme ça, avec un but par lequel je peux passer dix fois. Il n’y a pas d’urgence dans la marche, ce sont sinon des marches administratives, des marches que je fais comme je remplis des papiers, comme je réponds à un questionnaire, des marches nécessaires, des marches idiotes (silly walks), des dé-marches. Marcher, déambuler, dériver, se laisser guider par mes pas pour que le reste se libère, le corps s’assouplit, je dodeline, le monde alentour change peu à peu, mon regard se perd, divague, je rentre alors dans un autre monde, au rythme lent, à la cadence basse, jusqu’à rentrer à l’unisson de mon pas primordial. Alors je rêve. Je reconstruis le monde.
Quand je cours, c’est différent. Mon corps devient primordial, c’est pour lui que je travaille, pour lui que je définis mon parcours, je passe par un endroit pour passer par cet endroit, pas pour un ailleurs encore indéfini. Quand je cours, le rythme de mes pas est cadencé, il suit une logique inscrite dans l’effort que je fournis à mon corps. Mon regard ne se perd jamais, il est devant, continuellement, je ne rêve pas je m’essouffle, je vais jusqu’à perdre haleine, jusqu’au bout d’un chemin qui est déjà en moi, je n’ai pas à l’inventer, il s’impose, il est fractionné par le temps que je passe en efforts. Je ne peux pas réfléchir en courant, je ne fais que souffler. Le monde alentour devient numérique, il se compte en nombre de tours de parc et de kilomètres effectués, de courses rapides et de temps de récupération, il est multiplication de gestes. Je cours avec les autres, je m’inscris dans le monde. Alors je sue. Je me reconstruis.
Quand je cours, c’est différent. Mon corps devient primordial, c’est pour lui que je travaille, pour lui que je définis mon parcours, je passe par un endroit pour passer par cet endroit, pas pour un ailleurs encore indéfini. Quand je cours, le rythme de mes pas est cadencé, il suit une logique inscrite dans l’effort que je fournis à mon corps. Mon regard ne se perd jamais, il est devant, continuellement, je ne rêve pas je m’essouffle, je vais jusqu’à perdre haleine, jusqu’au bout d’un chemin qui est déjà en moi, je n’ai pas à l’inventer, il s’impose, il est fractionné par le temps que je passe en efforts. Je ne peux pas réfléchir en courant, je ne fais que souffler. Le monde alentour devient numérique, il se compte en nombre de tours de parc et de kilomètres effectués, de courses rapides et de temps de récupération, il est multiplication de gestes. Je cours avec les autres, je m’inscris dans le monde. Alors je sue. Je me reconstruis.
7.08.2007
Sarkozy est un chic type
Beaucoup c’est pas assez. Trop, c’est mieux. Nous connaissons ceux qui ont répondu aux appels de monsieur Sarkozy, des petits marquis de l’aile droite du PS, et des petits messieurs du centre mou. Mais aux dernières nouvelles, le spectre politique touché par la gangrène sarkozyste s’élargit. Jack Lang c’est autre chose que Bockel, c’est un vieux de la vieille, un politicien blanchi sous le harnais, qui est une partie, volens nolens, de l’histoire du PS, le seul ministre de la culture (avec Malraux, tout de même) à avoir laissé une trace, un mittérandien de première bourre, etc. bref un gros poisson (poisson rouge selon Ba-y-rou). DSK, c’est encore la taille au-dessus, c’est du solide, un gaillard un peu falot mais qui a du métier, et qui selon les bruits qui ont couru a une femme qui veut lui voir un grand destin. Ils savent ces deux-là ce qu’il en coûterait de devenir des yesmen de monsieur Sarkozy. Et pourtant…
Comment est-il possible que des gens de gauche aient pu un instant penser travailler avec un homme comme monsieur Sarkozy ? Auraient-ils oublié qui il est ? Ce qu’il a fait, réellement ? Ce qu’il pense, dit et projette de faire ? Cet homme a embrassé les idées les plus noires sécrétées par la classe politique depuis 30 ans ! Il a repiqué du vieux champs trop calcaire de la lepénie les plus abjectes discours pour les faire s’épanouir sur les terres noires de la République (on dirait du Libé, peuchère !) J’espère sincèrement que personne à gauche ne gobera ces saloperies, que ceux qui se laissent endormir par les sirène sarkozystes auront auprès d’eux quelques réveilleurs prêts à leur foutre une bonne rouste pour leur faire reprendre leurs idées. Que Lang et DSK aillent à la soupe ! Tant mieux pour eux ! Mais que ce dernier n’ose pas apparaître dans cinq ans avec les habits du sauveur de la gauche dont il voulait se parer. Et que Lang lui aussi aille au diable ! Ce ne sont que des hommes politiques, Dunkerque et Sarcelles et la France s’en remettront. Le vent nauséabond de Sarkozy permet de séparer la paille des grains, profitons-en pour faire un peu sauter le PS.
Comment est-il possible que des gens de gauche aient pu un instant penser travailler avec un homme comme monsieur Sarkozy ? Auraient-ils oublié qui il est ? Ce qu’il a fait, réellement ? Ce qu’il pense, dit et projette de faire ? Cet homme a embrassé les idées les plus noires sécrétées par la classe politique depuis 30 ans ! Il a repiqué du vieux champs trop calcaire de la lepénie les plus abjectes discours pour les faire s’épanouir sur les terres noires de la République (on dirait du Libé, peuchère !) J’espère sincèrement que personne à gauche ne gobera ces saloperies, que ceux qui se laissent endormir par les sirène sarkozystes auront auprès d’eux quelques réveilleurs prêts à leur foutre une bonne rouste pour leur faire reprendre leurs idées. Que Lang et DSK aillent à la soupe ! Tant mieux pour eux ! Mais que ce dernier n’ose pas apparaître dans cinq ans avec les habits du sauveur de la gauche dont il voulait se parer. Et que Lang lui aussi aille au diable ! Ce ne sont que des hommes politiques, Dunkerque et Sarcelles et la France s’en remettront. Le vent nauséabond de Sarkozy permet de séparer la paille des grains, profitons-en pour faire un peu sauter le PS.
7.05.2007
Un étrange phénomène
La première fois qu’il s’est manifesté, c’était au bord de l‘œil gauche. Près des ridules qui commencent à s’y former. C’était il n’y a pas deux ans. Je regardais la télé quand j’ai senti quelque chose, sur le bord. En un clin d’œil, il avait disparu. Je n’y ai pas fait attention sur le coup, et ce n’est que trois jours plus tard, quand il s’est à nouveau manifesté, au même endroit, ou à peu près, que j’ai commencé à tiquer. De le revoir si furtivement m’a rappelé ma première vision. J’ai vraiment commencé à m’inquiéter quand le lendemain, dès le réveil, je l’ai entraperçu. C’était presque une forme. Quelque chose de costaud, mais impossible de dire précisément ce que c’était. Même à présent qu’il est là devant moi, impossible de dire comment je le percevais. Le lendemain, puis le surlendemain et les jours qui ont suivis, il était là, il rôdait, dans les coins. Parfois près de ce satané œil gauche, parfois près du droit, ou sur les bords en bas, en haut, ou sur le bord du centre, disparaissant au premier mouvement de l’œil. Puis un jour, il m’est apparu assez longtemps pour que je puisse enfin le voir. Pas encore le regarder, juste le voir. Sa taille était importante pour des apparissions si furtives, alors j’ai commencé à élaborer des théories. Peut-être est-il si mince qu’un fois de profil il disparaissait ? Peut-être est-il entre plusieurs dimensions ? Et peut-être qu’après tout il était tout simplement dans ma tête ? Mais cette dernière réflexion n’est venu que plus tard, quand des amis m’ont vu tourner rapidement la tête sans que rien ne soit visible dans cet espace-là. Un jour enfin, il était si proche de moi que j’ai presque pu le toucher. J’ai senti son odeur en tout cas. C’était un mélange de poussière et de moisissure. Une odeur de renfermé en quelque sorte. Hier enfin, il est resté assez longtemps pour que je puisse le toucher et depuis, il est là, il est devant moi et me fixe. C’est ennuyeux.
6.23.2007
Le futur à gauche, une idée qui a de l’avenir….
J’ai beau râler comme un pou contre Libération, je dois admettre que Joffrin n’est pas tout Libé, y’a d’autres choses dedans, avec des gros morceaux de gauche. Y’a de l’échange, des personnes d’horizons pas trop différents qui peuvent venir exhiber des trucs, ou faire dialogue. Donc aujourd’hui, Rosanvallon dépose sa rune sur les nouvelles fondations à venir de la gauche française, et il dit. Que la social démocratie a été une réponse à une crise du capitalisme, il y a bien quarante ans de cela, que Blair avait autant d’imagination politique que Thatcher de sex appeal, qu’une société ouverte a besoin de processus de résolution, pas de solutions clé en main.
Ce n’est pas la fin des idéologies, mais l’introduction d’une dose massive de multiple dans la société par des processus démocratiques qui permettraient de « faire société. » Cela prendrait la forme « d’une opération de connaissance de la société sur elle-même » par « l’élaboration d’un processus de discussion et de délibération pour dégager les normes adéquates de protection et de solidarité. » Parce qu’à force de penser en termes d’identités universelles, on oublie (parce que rien ne l’empêche par ailleurs) que tout le bazar est en mouvement perpétuel, que les liens sociaux c’est que du mouvement, qu’un marxisme de quat’sous oublie constamment que l’individu (on disait l’homme à l’époque) est au centre de tout, qu’il est un faisceau de liens sociaux, que la lutte des classes, c’est un principe historique, un genre de méta-moteur, que l’appartenance de classe est une réification de l’individu.
L’homme est « en situation », complètement dedans, il est traversé par des universaux et des particularités. Il faut constituer (car cela n’a rien de naturel ou de spontané) ce que Rosanvallon appelle un « universalisme de terrain », un universalime immergé qui a des effets concrets, qui traverse la société et les individus, et qui oblige à résoudre les problèmes rencontrés en constituant des solutions au plus proche. Construire « un socialisme de soutien aux trajectoires individuelles. » Donc ce matin (enfin en ce début d’après-midi), ça valait la peine de lire Libé. Sa lecture a renforcé en moi l’idée qu’être de gauche, c’est être un peu plus que soi.
Bon ! Sur ce, j’m'en vais cuver…
Ce n’est pas la fin des idéologies, mais l’introduction d’une dose massive de multiple dans la société par des processus démocratiques qui permettraient de « faire société. » Cela prendrait la forme « d’une opération de connaissance de la société sur elle-même » par « l’élaboration d’un processus de discussion et de délibération pour dégager les normes adéquates de protection et de solidarité. » Parce qu’à force de penser en termes d’identités universelles, on oublie (parce que rien ne l’empêche par ailleurs) que tout le bazar est en mouvement perpétuel, que les liens sociaux c’est que du mouvement, qu’un marxisme de quat’sous oublie constamment que l’individu (on disait l’homme à l’époque) est au centre de tout, qu’il est un faisceau de liens sociaux, que la lutte des classes, c’est un principe historique, un genre de méta-moteur, que l’appartenance de classe est une réification de l’individu.
L’homme est « en situation », complètement dedans, il est traversé par des universaux et des particularités. Il faut constituer (car cela n’a rien de naturel ou de spontané) ce que Rosanvallon appelle un « universalisme de terrain », un universalime immergé qui a des effets concrets, qui traverse la société et les individus, et qui oblige à résoudre les problèmes rencontrés en constituant des solutions au plus proche. Construire « un socialisme de soutien aux trajectoires individuelles. » Donc ce matin (enfin en ce début d’après-midi), ça valait la peine de lire Libé. Sa lecture a renforcé en moi l’idée qu’être de gauche, c’est être un peu plus que soi.
Bon ! Sur ce, j’m'en vais cuver…
6.22.2007
Libération
Un glissement. Comme en tectonique. Parfois on sent une secousse. Dans ces moments-là, ce grand mouvement sous nos pieds se rappelle à notre bon souvenir. Un frottement un peu plus important suffit. C’était il y a pas loin d’un an, quand Libération vacillait. A cette époque toute la presse était gratuite pour moi. Et pourtant, je m’abonnai à Libération. Parce que.
Parce que l’actionnaire principal voulait s’y retrouver, parce que July devait partir, parce que ça n’allait plus. Depuis, ça à l’air d’aller mieux. Mais la tectonique continue. Et Libé doucement dérive. Vers la droite. Je ne peux pas dire ça a commencé là. Je peux dire depuis les premiers sondages défavorables à Ségolène il semble que… Libération a participé au débat, à gauche, sur ce fameux « logiciel. » Et puis Bayrou parut moins à droite. Puis un nouveau Président fut élu. Puis il devait être jugé sur ses actes. Puis un nouveau gouvernement, puis une nouvelle assemblée et puis ?
Je n’ai jamais apprécié Joffrin, trop confus. Comme JFK (celui de Marianne) il est un peu trop Françunie, « il n’y a pas une politique de gauche et une de droite, mais une bonne… » J’attends encore un peu, j’attends de voir la faille, ce qui en sortira, parce qu’il y a une faille, c’est inévitable en tectonique. Si rien de bon n’en sort, alors il me faudra trouver une autre source. Pour le moment, je n’en vois pas. Il me faut faire avec. Et certains matins, c’est dur. Comme disait Bedos (il y a presque vingt ans !) « C’est dur d’être de gauche, surtout quand on est pas de droite »
Parce que l’actionnaire principal voulait s’y retrouver, parce que July devait partir, parce que ça n’allait plus. Depuis, ça à l’air d’aller mieux. Mais la tectonique continue. Et Libé doucement dérive. Vers la droite. Je ne peux pas dire ça a commencé là. Je peux dire depuis les premiers sondages défavorables à Ségolène il semble que… Libération a participé au débat, à gauche, sur ce fameux « logiciel. » Et puis Bayrou parut moins à droite. Puis un nouveau Président fut élu. Puis il devait être jugé sur ses actes. Puis un nouveau gouvernement, puis une nouvelle assemblée et puis ?
Je n’ai jamais apprécié Joffrin, trop confus. Comme JFK (celui de Marianne) il est un peu trop Françunie, « il n’y a pas une politique de gauche et une de droite, mais une bonne… » J’attends encore un peu, j’attends de voir la faille, ce qui en sortira, parce qu’il y a une faille, c’est inévitable en tectonique. Si rien de bon n’en sort, alors il me faudra trouver une autre source. Pour le moment, je n’en vois pas. Il me faut faire avec. Et certains matins, c’est dur. Comme disait Bedos (il y a presque vingt ans !) « C’est dur d’être de gauche, surtout quand on est pas de droite »
6.20.2007
« All in da game, yo ! »
« The Shield » est une série géniale, « Dexter » dur de faire mieux dans le genre (vivement la suite !), mais je dois me rendre à l’évidence, après un deuxième visionnage, une série les dépasse toutes. Bien évidemment, y’a des flics partout dans cette série, les ricains ont du mal à présenter l’un et le multiple, il faut des pôles avec des nuances entre les deux, impossible de faire une série qui ne marche pas sur deux pattes, le bien et le mal, l’homme et la femme, les flics et les voyous. Mais parfois, ça peut aller un peu plus loin. Dans la série dont j’avais envie de dire deux mots, flics et voyous sont deux mondes à part dans un monde commun. Le héros malheureux de cette série est une ville, Baltimore, une des villes les plus violentes des Etats-Unis (deuxième au dernier classement, après Flint, la bonne ville de Michael Moore). Elle est présente tout du long, c’est dans ses entrailles que tout se joue, dans ses rues que l’héroïne coule à flot, que les cadavres se comptent au semi-remorque. Toi qui entre ici… ça claque toujours bien, ça permet des récits de drames quotidiens, parce que la violence passe trop bien à la télé, alors pourquoi s’en priver ?
Une série pour midinette tout de suite, ça devient risqué à produire, alors faut faire un peu plus. Bien sûr, on a eu « Friends », « Dream On » ou « Seinfeld », mais ce sont des séries New-Yorkaises, des trucs que l’on pourrait tourner à Montmartre par exemple, avec beaucoup d’humour juif dedans, c’est à New-York qu’a été fondé un des premiers studios de cinéma, spécialisé uniquement dans les histoires juives, souvent des comédies musicales d’ailleurs. Faire une série sans flics ou sans enquêtes, ça donne « Weeds » ou « Desperate Housewives », on voit le quotidien de gens beaux avec un petit truc en plus. Des critiques légères du Middle Class American way of life (« They look all just the same »).
Dans la série dont je veux parler (mais je m’interromps tout le temps) on assiste de l’intérieur à la vie d’un groupe de distributeurs d’héroïne et à celle d’un groupe de flics qui enquêtent sur eux. Le pitch est simple, un jeune braqueur de dealers (« This is America, man ! ») s’est fait descendre, un flic (« He makes good police ») sent que ça veut dire quelque chose, il va voir un juge important et lui fait part de ses réflexions, et des débuts de preuves qu’il a pu rassembler. Et là, c’est le drame. Ce juge demande une enquête et pour le satisfaire, le Deputy monte une structure d’enquête. Sa mission, faire vite et arrêter quelques dealers. Mais voilà, la ville réclame plus, elle dévoile les drames qui se jouent dans ses boyaux. Dès le deuxième épisode, l’enquête démarre. Et ça ne fait que monter. Quatre saisons en tout, et à chaque saison, un nouveau quartier de la ville est exploré, avec à peu près les mêmes acteurs principaux. On s’attache vite car il n’y a aucun fausse note, tout est parfait, réellement. Pas d’effets de manche avec la caméra, c’est propre, c’est monté comme un bon vieux polar, et chose étrange, ce n’est ni désespéré, ni sentencieux, ni moralisateur, ni sombre. Et traiter comme ça ce sujet, chapeau ! (« The red one »). Oh ! Cette série ? C’est « The Wire » évidemment.
Une série pour midinette tout de suite, ça devient risqué à produire, alors faut faire un peu plus. Bien sûr, on a eu « Friends », « Dream On » ou « Seinfeld », mais ce sont des séries New-Yorkaises, des trucs que l’on pourrait tourner à Montmartre par exemple, avec beaucoup d’humour juif dedans, c’est à New-York qu’a été fondé un des premiers studios de cinéma, spécialisé uniquement dans les histoires juives, souvent des comédies musicales d’ailleurs. Faire une série sans flics ou sans enquêtes, ça donne « Weeds » ou « Desperate Housewives », on voit le quotidien de gens beaux avec un petit truc en plus. Des critiques légères du Middle Class American way of life (« They look all just the same »).
Dans la série dont je veux parler (mais je m’interromps tout le temps) on assiste de l’intérieur à la vie d’un groupe de distributeurs d’héroïne et à celle d’un groupe de flics qui enquêtent sur eux. Le pitch est simple, un jeune braqueur de dealers (« This is America, man ! ») s’est fait descendre, un flic (« He makes good police ») sent que ça veut dire quelque chose, il va voir un juge important et lui fait part de ses réflexions, et des débuts de preuves qu’il a pu rassembler. Et là, c’est le drame. Ce juge demande une enquête et pour le satisfaire, le Deputy monte une structure d’enquête. Sa mission, faire vite et arrêter quelques dealers. Mais voilà, la ville réclame plus, elle dévoile les drames qui se jouent dans ses boyaux. Dès le deuxième épisode, l’enquête démarre. Et ça ne fait que monter. Quatre saisons en tout, et à chaque saison, un nouveau quartier de la ville est exploré, avec à peu près les mêmes acteurs principaux. On s’attache vite car il n’y a aucun fausse note, tout est parfait, réellement. Pas d’effets de manche avec la caméra, c’est propre, c’est monté comme un bon vieux polar, et chose étrange, ce n’est ni désespéré, ni sentencieux, ni moralisateur, ni sombre. Et traiter comme ça ce sujet, chapeau ! (« The red one »). Oh ! Cette série ? C’est « The Wire » évidemment.
6.11.2007
Une vague à l'âme
Chers ami(e)s, le petit hongrois a subjugué la France. Nous pourrions voir dans ces élections un nouvel accident, une nouvelle parenthèse durant laquelle la droite libérale fera son boulot habituel de dérégulation et de désengagement de l'Etat. Mais avec la majorité qui se dessine, nous aurons droit à un peu plus que ça. Des petits porteurs d'affaires vont apparaître, avec un sourire comme ac, pour nous vendre les pires choses possibles. Avec 500 députés, les petits excités petits-fils de Pétain et rejetons de l'OAS vont pouvoir s'en donner à coeur joie, et faire passer les pires ignominies possibles, sur les femmes au travail, le travail des jeunes, les contrats de travail, l'éducation des enfants, la formation, la sécurité, les droits de la propriété... et les services publics. Nous aurons une droite bien dure, qui marche à la schlague, masquée par le sourire détestable de M. Fillon et consorts, pour peu de temps encore. Pas un instant ces gens-là n'ont pensé ne pas appliquer le programme de M. Sarkozy à la lettre. Nous aurons tout, jusqu'à la lie, ruby sur l'ongle, chômeurs, enseignants, salariés au col blanc-cassé, nous boufferons de leurs réformes jusqu'à épuisement abdominal. N'ayons aucune crainte sur ce sujet, je n'ai, en ce moment, en tête que la cercle de la merde du Salo de Passolini, on peut en douter jusqu'à ce que la langue y touche. Et noubliez pas ce goût.
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