Nuits de paresse

12.03.2007

Libé, 3 décembre

Fin de l’interlude. Ou de l’intermède. Durant ces quelques jours, quelques articles intéressants. Pas toujours pour les meilleures raisons. Dans la semaine donc…

Libé a « répondu » au Time qui annonçait la fin de la culture française. La mort de la culture française. L’attaque était dérisoire, les exemples absurdes, la démonstration étique, et le style… j’ai pu apprécier (peut-être pour la première fois) ce qu’est un article écrit en mauvais anglais. De la part d’un magazine de classe internationale, c’est à peine compréhensible. Et puis leur sarkophilie devient insupportable. La fin de mon abonnement au Time. La mort de mon abonnement etc.
Larrouturou, Larouturrou, Larouturou, laroutturou… bref, puisqu’Al Gore est Nobel de la paix, Larrouturou mériterait le Nobel d’économie. Un exposé bien fichu sur la crise du capitalisme. A force d’annoncer les fins de trucs et de machins, y’en a bien une qui finira par arriver. Et puis même si on annonce ça avec 50 ou 100 ans d’avance… en plus on passera pour visionnaire. Alors j’annonce la fin de l’Internet ! Je prends une option. Je développerai plus tard. Donc l’hyperlibéralisme conduit le monde à sa perte. C’est écrit dans les courbes, c’est une tendance qui force cette conclusion, c’est simplement logique parce qu’inévitable. Soit. Nous devons tous finir depuis tant de temps que je m’étonne chaque matin (ou ce qui en fait office) de lire le journal, un café à la main et de ne voir réduit en cendres que ma clope.

Comment que ça marche tout ce bazar ? Parons au plus pressé, faisons simple, glanons… « Le discours capitaliste est le substitut du discours du maître : Il y a juste une inversion entre le signifiant maître S1 et le sujet $. "C'est follement astucieux". Il a été inventé par Marx. Tout ce dont il s'agit dans le discours c'est uniquement la plus-value. La plus-value c'est la forme scientifique du "plus-de-jouir". L'exploitation du désir est la grande invention du discours capitaliste. "On ne pouvait rien faire de mieux pour que les gens se tiennent un peu tranquilles, et d'ailleurs on a obtenu le résultat. C'est beaucoup plus fort qu'on ne le croit. Heureusement qu'il y a la bêtise qui va peut-être tout foutre en l'air". » Folles espérances…

Sinon, ce soir y’a Ségo en concert au Théâtre du Rond-Point. J’hésite encore un peu, je trouve trop facilement quoi faire de plus intéressant… Mon plus-de-jouir à moi.

11.22.2007

Libé, 22 novembre

A force de prendre du recul sur un problème, certaines perspectives changent de manière parfois radicale. Outre le danger de chute, il existe celui de ne plus voir l’objet qui suscitait ce mouvement très raisonnable, au premier abord, d’observation plus générale. Une perspective, c’est un risque. Et chacune a son piège. La France est un pays riche.

Si l’on fait une moyenne, un Français gagne 1900 euros par mois (!!). L’inflation est d’à peu près 2% par an. 8% de la population active est au chômage et 13% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. « On » est au-dessus de la moyenne européenne. J’ai même eu l’occasion de voir un film dans lequel il est dit expressément que la France est un pays de gens heureux et sans problèmes (Sicko de Michaël Moore). C’est une question de perspective. Si le Français est une entité statistique moyenne, il n’a que des raisons de se réjouir, puisqu’il n’affronte que des moyennes. Mais comme le Français est râleur, il saisit la moindre occasion de sortir dans la rue manifester. Sans raisons valables, et pour défendre des avantages que le monde entier lui envie, ou devrait lui envier (dixit Michaël Moore). Les gens heureux sont raisonnables.

Les grèves actuelles ne seraient donc qu’un prurit très français, une tradition. Et ceux qui sont les font n’ont, au final, que de mauvaises raisons de les faire. Pourquoi se battre pour garder des avantages qui coûtent à ceux qui ne les ont pas ? De plus, les grèves ont un coût « exorbitant » qui correspond, d’après le patronat, au prix des avantages accordés (!!!) aux personnes qui les font. Bref, il faut être équitable, c’est-à-dire rentrer dans la moyenne. C’est la grande force de la moyenne, elle n’a pas d’histoire, elle est rationnelle, calculable et elle s’impose par son évidence.

Une chose m’a profondément choqué (et c’est rare). La défiscalisation des heures supplémentaires, cela veut dire que les entreprises ne paient pas certaines charges sur les heures supplémentaires travaillées par leurs salariés. Ce qui devait revenir aux différentes caisses de la Sécurité Sociale est donc offert aux entreprises (1,5€ revenant à chaque salarié par heure supplémentaire – gagner plus…), donc CNAV et CNAM sont spoliées. Cette défiscalisation appauvrit les deux caisses fondamentales de notre système de redistribution (celui qui fait passer la pauvreté statistique de 26% de la population à 13%). Les nouvelles heures supplémentaires participent à la destruction du système général de retraite (et ce n’est pas la seule technique employée pour atteindre ce but). Celui qu’il faut réformer paraît-il… Pour la fine bouche, le coût des régimes particuliers est équivalent au dixième des avantages fiscaux accordés par le gouvernement aux ménages les plus riches.

Juste une question de perspective. La France est un pays riche.

11.16.2007

Libé, 16 novembre

Lorsqu’une grève survient, apparaît un personnage bien étrange : le gréviste. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à un autre personnage : le fumeur. Qui lui-même n’est pas trop éloigné du malade, du jeune… du fou. Un individu, complexe, avec son histoire, un nom, des goûts, une apparence physique qui est rarement la même d’un jour à l’autre, etc. est transformé en une chose qui le dépasse, mais qui dépasse également le locuteur qui le nomme ainsi (le non-fumeur, le psychiatre, le vieux, le médecin…). Il est soudain investi par quelque chose, sa substance même s’en retrouve modifiée. Ce personnage-là est désigné, montré comme. Il est transfiguré/défiguré. Un double processus de transsubstantiation (il était auparavant salarié/travailleur/une fonction quelconque) et d’essentialisation. Et s’il devient tel pour moi, je suis transformé en son pendant aussi imaginaire : l’usager.

Libé a ouvert sa nouvelle (et fort sympathique) rubrique, « Le contrejournal », à quelques lecteurs/bloggeurs intrigués par ce personnage de l’usager. Son destin est celui du gréviste. L’un ne va pas sans l’autre. Une parcelle de l’usager pourtant existe par ailleurs, c’est celui qui fait un usage de… Nous sommes tous, par quelque chemin que ce soit, des usagers, mais ce terme est rarement employé, nous serons dits citoyens, contribuables, consommateurs., etc. car ce terme d’usager a ce petit quelque chose que la novlangue n’aime pas : il est trop vrai. Consommateur lui est préféré car il a perdu à force d’usage (justement) son caractère pourtant évidemment destructeur : consomption. Je ne suis un usager des transports publics que les jours de grèves, sinon, je suis client, ou bien je consomme un service. Chaque fois, je suis perdant. J’ai beau affirmer cette évidence que je ne suis pas un consommateur comme les autres, je finis systématiquement chapeauté de ce diminutif. Mon ADN mute (mutatis mutandis).

Alors les jours de grève, que m’arrive-t-il ? Je deviens l’autre face du gréviste et ensemble nous devenons quelque chose que nous avons oublié inconsciemment, quelque chose de scotomisé (comme on disait) : les membres d’une même classe en lutte. Qui a l’usage des services publics n’a pas d’autres moyens. Et nous n’osons nous dire : « je suis moi aussi en lutte pour me rapproprier les moyens de production, camarade. », nous sommes ensemble dans les mêmes lieux, à parler des mêmes choses, à ne vivre à peu près correctement que parce que tout ce qu’il y a autour de nous, nous l’avons bâti ensemble, pour nous. Alors le gros con qui passe à la télé parce que ça le fait chier de louper une journée de travail ou de poser une RTT, il est comme moi, un prolétaire en lutte qui a oublié.

Usagers et grévistes de tous les pays, unissez-vous ! Bon, ça claque moins, il n’en reste pas moins qu’un usager est un gréviste en puissance.

11.13.2007

Libé, 13 novembre

Jour de grève. Le jour où le « ça va de soi » ne va plus. Les trains sont conduits, les guichets sont ouverts, l’électricité circule, et l’on finit par oublier que derrière ces habitudes, il y a des êtres humains. C’est un jour pendant lequel le guichet prend la parole, le train nous dit quelle est sa vie, l’électricité qu’elle n’est pas un miracle chaque jour recommencé. La grève, ça humanise. Les usagers deviennent autre chose, ils affrontent leurs habitudes, et peuvent ce jour-là les mettre en question. Que le parcours quotidien jusqu’alors simplement épuisant, à Paris notamment, devient insupportable, que ce petit enfer quotidien n’est possible que grâce à d’autres personnes qui vivent elles-mêmes leur petit enfer quotidien, que nous ne sommes pas agglutinés, mais que nous vivons ensemble. Les jours de grève, le quidam parle au quidam, ça échange, la promiscuité devient de la proximité. C’est un beau jour qu’un jour de grève.

En outre, c’est un jour où le travail est réellement mis en valeur. Il n’est plus cette quantification objective qui nous est serinée à longueur de temps, mais une qualité personnelle. Il redevient un acte d’individu, et perd son autonomie imaginaire. Il n’est plus « le » travail, mais une personne qui a une activité dans la société. Et chacun peut affirmer cette évidence que c’est moi qui fait ce travail-là.

Sinon, Facebook vend ses bases de données aux publicitaires ("Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres", Mark Zuckerberg, PDG de Facebook..."), cette phrase de Bertrand Delanoë que je sors malicieusement de son contexte : « On ne peut pas ignorer totalement le suffrage universel. Si on y arrive tant mieux. Si on n’y arrive pas, ce sera dommage. » Et puis cette réflexion de l’excellent Didier Le Reste : « Je pense qu’il y a une prise en otage des régimes spéciaux pour régler d’autres questions et peut-être préparer l’opinion à d’autres réformes. Notamment celle de 2008, qui va demander de nouveaux sacrifices aux retraités du régime général. »

Ce soir, « The Cave » de Steve Reich est joué à la Cité de la Musique. Ça fait 6 mois que j’attends…

11.08.2007

Libé, 8 novembre

Après une période de grosse flemme, je tombe sur un libé hors du commun qui me secoue un peu les neurones et me force à retaper sur mon clavier. Un libé des philosophes, c’est ainsi qu’il s’est nommé. Je m’attendais à quelques articles difficiles, des réflexions, des tentatives de mise en perspective de sujets d’actualité. Y’en a. Mais la grande majorité des papiers ressemblent à s’y méprendre aux articles habituels. Peut-être un peu mieux écrits. Qu’y trouvons-nous ?

Une double page sur une bibliothèque de tablettes d’argile bilingues sumérien et akkadien. Quelques portraits de mal-logés manifestant rue de la Banque. BHL qui cause du Pakistan (fort bien d’ailleurs). La Russie redevient Grand-Russe. La question rom et l’Europe. Le « nous » et le « eux » d’après Viggo Brondal. Michel Onfray a l’anti-ségolénisme tenace. Qu’Hortefeux pilote un ministère de la peur. A droite l’on veut jouir sans entraves. C’est quoi le bonheur ? Les subprimes sont vraiment un cas d’école. Grenelle n’est plus ce qu’il était. Le rugby fait vibrer les plumes (ce n’est pas une contrepèterie). Et que Lénine n’est pas mort en vain.

Entre autres.

La flemme me reprend soudain…

11.05.2007

Libé, 5 novembre

Ce samedi pourtant, le dossier de Une était très intéressant. La reconnaissance inévitable des enfants conçus pour autrui. La justice française semble avoir tranché ce problème. Mais ce fut long à se dessiner, six ans de bataille pour un couple passé par une mère porteuse californienne pour faire reconnaître l’enfant porté pour eux comme le leur. Il est possible de traiter ce sujet sous l’angle de la famille moderne, du lien familial ; il est également possible de se concentrer sur le droit international et comment certaines zones géographiques génèrent du droit. L’angle « bioéthique » est celui qui m’intéresse le plus : la liberté de la conscience qui se fait chair. Mais j’attendrai une autre occasion pour en causer.

Un truc me gonfle particulièrement lorsqu’il est question de critique du capitalisme, c’est cette manie de vouloir lui trouver des adjuvants qui expliqueraient ses effets nocifs. Le dernier en date est le préfixe « super » qu’un économiste démocrate, Robert Reich, a utilisé pour démontrer qu’il affaiblit la démocratie. Le consommateur remplace le citoyen dans les processus décisionnels quotidiens, et le lobbyiste prend le pas sur le représentant de la nation dans la constitution des lois. Le propos est en soi pas trop original, mais il permet simplement de constater qu’il devient nécessaire de trouver de nouvelles manières de combattre la puissance coercitive des grandes entreprises. Le consommateur citoyen doit, en plus de son éthique personnelle, adopter une posture politique et s’organiser pour faire pression sur le législateur. Pour M. Reich, il est inutile d’agir directement sur les entreprises pour les rendre « responsables » (socialement, écologiquement, etc.ment) il faut travailler sur la loi qui seule peut les contraindre. Ce qui reviendrait à terme, mais ceci n’est pas dit explicitement dans l’entretien accordé par cet économiste, à remettre en cause la libre organisation du marché. Pourquoi pas… Encore un « améliorateur » du capitalisme.

Pendant ce temps, la crise des « subprime » (qui n’a rien d’une crise puisque c’est un événement consubstantiel au capitalisme) continue. Afin de développer un nouveau marché, une technique de placement financier a été inventée. Prenons des foyers ayant des revenus très bas, donc des capacités d’épargne inexistantes, mais imaginons un delta d’épargne possible. Accumulons tous les deltas d’épargne de ces foyers, et posons qu’il est possible grâce à eux d’alimenter le marché de l’immobilier,qui commençait à arriver à saturation. Comme ce delta est « peu certain », créons à partir de lui un produit financier à risque, suivant la technique éprouvée des dérivés. En dérivée, un marché peut être facilement démultiplié. Vous n’avez presque rien au départ et par « miracle », un marché de plusieurs milliards apparaît sous vos yeux. Pour répondre à l’effondrement de la bulle Internet et la baisse des revenus engendrés, de nombreuses entreprises de placement financier se lancent sur ce nouveau marché. Et puis, il faut se rendre à cette évidence, une fois de plus, ce fameux delta est tel qu’il ne peut alimenter toute la théorie des dérivés qui « dérivent » de lui. Le retour de « valeur réelle » est nul. Et ce qui était « réellement » à la base de toute cette construction financière est détruit. Comme pour le Titanic, qu’est devenu l’iceberg ? Que sont devenus les foyers surendettés ? Pourquoi causer de Citigroup et de son PDG ? Un cas d’école du développement normal du capitalisme. Et il n’a rien de super…

11.02.2007

Libé, 2 novembre

Puisque j’ai fait nuit blanche, je peux dire, sans rougir, que le premier et le deux sont le même jour. En plus, ça tombe bien, il était possible, avec les Libé de ces deux jours, de n’en faire qu’un.

Le pétrole à 100$ le baril. C’était une des craintes majeures des économistes dans les années 80. Les Verts de l’époque s’étaient appuyés sur cette possibilité pour inciter les pouvoirs publics à développer les énergies alternatives. Bon, ben, on y est. Mais avec quelques nuances. A l’époque le dollar était à 10 francs (4 aujourd’hui), la Russie Soviétique et la Chine à l’autre bout du monde. A présent des accords sont passés directement entre Etats sur le pétrole et les autres matières premières (Russie/Chine, Brésil/Chine…), et les grosses entreprises consommatrices paient le pétrole sur d’autres marchés. C’est donc le pétrole du quidam qui en a pris un coup dans l’aile. Surtout le quidam du bas de la mappemonde. Le pétrole n’est pas le seul touché, le plomb, le blé, le cuivre, le charbon, etc. connaissent également des hausses importantes. Et des baisses futures aussi exceptionnelles. Alors pourquoi ? Souvenez-vous du « Sucre ». Mais ce n’est pas que la spéculation sur les cours, c’est aussi une spéculation sur les Bourses. Ça se concentre au niveau mondial, et les Bourses des matières premières font de la gonflette histoire de montrer qu’elles sont bonnes à marier. Ne pas oublier que le capitalisme ne crée pas de valeur, il crée de la pénurie. C’est presque un cas d’école.

Pauvre Clémentine Autain ! Après le XVIIème Arrondissement de Paris et le PS, c’est au tour de Montreuil et du PC de lui faire les yeux durs. Il me semble que cette fort en gueule fait partie de ces baromètres qui permettent de savoir le temps qu’il fera dans certaines couches de la politicosphère. Comment le PS considère sa gauche ? Ou pour le moins, ce qui se profile à sa gauche, juste à côté de lui. A Paris, du moins. En décembre, les listes vont être constituées pour les municipales, et d’après ce que je peux voir, celles du PS seront très roses. Même au second tour (l’orange modifie assez peu le rose, non ?).

10.31.2007

Libé, 31 octobre

Ils existent. Il est possible de ne pas avoir affaire avec eux, de les ignorer, pourtant ils sont bien là. Dans nos vies professionnelles, nous savons qu’il est parfois nécessaire d’en passer par eux. Les occasions sont toutefois rares. Plusieurs fois, je les ai côtoyés. Ils m’ont aidé dans une certaine mesure, mais j’ai toujours dû, en fin de compte faire contre eux. Leurs intérêts parfois divergent de ceux des salariés moyens, car ils ont leurs enjeux propres, et parfois sont obligés d’aller à l’encontre de leur fonction première : protéger les intérêts des salariés. Eux, vous l’avez deviné, ce sont les syndicats. J’ose même un : ce sont les syndicalistes. J’ai de nombreux souvenirs de rencontres avec certains syndicalistes. En fin de compte, c’est-à-dire après des conflits sociaux parfois très durs, ils m’ont toujours été inutiles. A force de participer à des réunions avec les patrons des boîtes que j’ai fréquentées, ils finissent par développer une très grande proximité avec eux. Certains se retrouvent, après quelques années, intégrés au capital de ces boîtes, et participent ainsi à leur bon fonctionnement, garantissant une certaine paix sociale. Heureusement, tous ne sont pas ainsi. C’est ce que Libé tente de démontrer dans son dossier de Une, Sodome est sauvée, un a résisté. Ça fait mal au cœur. Mais cette résistance est pour le coup remarquable, car ce n’est pas une petite corruption comme nous en rencontrons d’habitude, de ces petites corruptions sur une augmentation de salaire un plus importante que d’habitude, un bureau un peu isolé ou plus spacieux, des horaires plus souples, c’est la résistance à une mécanique bien huilée dont le but était (oh ! est) d’écraser toute résistance. Dans le cœur même de la Grande Industrie française, le domaine exclusif de l’UIMM. Cette résistance n’est pas toujours nécessaire, il faut être confronté à cette machine de guerre pour avoir à lui résister, mais à de moindres niveaux, elle est ce qui devrait caractériser la « fonction syndicale », la démonstration de la possibilité de résister au patron, simplement savoir dire non, savoir définir quelle est sa place dans une entreprise, à quoi (et qui ?) nous servons. J’ai moi aussi croisé une personne qui a su lutter tout en étant représentante syndicale. Une seule. C’est pas glorieux en neuf ans. Ça fait mal au cœur.

A part « ça », les pandores ont les boules, la banquise disparaît, cet imbécile (débile, idiot, crétin… fonctionnent également, mais je ne veux pas paraître insulter quelqu’un qu’en fin de compte je ne connais pas, et c’est simplement ce qu’il dit quand il parle politique que j’adjective) d’Allègre (bah ! in fine, je retire ce que je viens d’écrire, ces adjectifs lui vont bien) reconnait que Ségolène est toujours dans le jeu (encore une parenthèse, normalement je devrais utiliser des notes de bas de page, c’est dans ces coins reculés que l’on égorge en Université) parce qu’elle ne critique pas le président de la République (ce qui démontre le bon usage des termes précédents), ce dernier vient de s’accorder une jolie augmentation de salaire, il est désormais possible d’envoyer des mèls depuis l’au-delà, et puis du cul, du cul, du cul, Libé reste Libé…

Novembre va commencer. Peut-être la Une de demain ?

10.30.2007

Libé, 30 octobre

Actualité en roues libres, si j’en crois le Libé du jour. Les mêmes sujets reviennent : l’arche de Zoé, la Commission Balladur, Sarkozy (pour un oui, pour un non), EADS, les finances de la Sécurité Sociale (sa branche maladie surtout), les frasques de M. Laporte… Peut-être deux-trois articles sortent du lot, mais quel ennui ! J’ai espéré un moment que le « Time » m’apporterait quelque chose d’intéressant à lire. Même pas. Un article sur la crise de la BBC, et encore. Un article pourtant dans Libé, dans les pages Rebonds, sur l’UIMM. Mais qui, hélas, finit par ces mots qui laissent le reste sujet à caution : « J’ai lu dans la presse que l’UIMM avait financé la campagne de Giscard en 1974 ou en 1981. » Je peux me permettre d’écrire ceci, mais d’un spécialiste dont on attend quelques certitudes, c’est un peu léger.

Alors je me suis concentré sur un long article sur le Grand Paris. C’est lui qui a sauvé ma matinée, j’exagère peut-être un peu. J’ai le souvenir (voir supra) de réflexions du maire actuel de la capitale sur la place de Paris dans le monde. Paris devait se donner les moyens de rivaliser avec les autres grandes métropoles mondiales, ou au moins avec Londres (c’était pendant cette affligeante campagne pour l’obtention de l’organisation des JO de 2012). Question de prestige, savoir attirer les talents, les grandes entreprises (leurs sièges sociaux au moins). A présent, ce sont les Franciliens qui sont le centre des préoccupations. Paris est plus qu’elle-même, ses frontières doivent être dépassées, non pas simplement sortir du périphérique mais atteindre les frontières de sa région. Ce que l’on appelle l’intégration. Des mots qui reviennent : frontière, intégration/assimilation, individualité (des cités alentour, pardon ! des villes alentour), partage des richesses, partage des compétences, communauté (urbaine)… Cette question du Grand Paris semble récupérer (cristalliser ?) les grandes problématiques qui sont discutées en ce moment en France, à des degrés divers, pour des raisons différentes, mais avec les mêmes mots. Depuis 1982 (date de sa dernière réforme) Paris a complètement changé, depuis 1950 elle a perdu près d’un million d’habitants, sa petite couronne a récupéré une partie de ces départs, mais la grande majorité s’est installée un peu plus loin, ce qui a entraîné la création de villes nouvelles, augmenté les migrations quotidiennes, la pression automobile et « spécialisé » certaines villes (Neuilly vs Gennevilliers). Cette question du Grand Paris, qui sera la question des prochaines municipales, est à mon sens une question qui permet de masquer le vrai problème de Paris. Paris est une ville de pénuries factice. Très largement dotée en logements et en emplois, la plupart des grands développements récents qu’elle a connus n’ont eu pour but que cette pénurie, une destruction systématique. A qui profite le crime ? Et pourquoi ce crime est-il passé sous silence lorsque l’on parle de ce Grand Paris ? J’aurai largement l’occasion de revenir là-dessus.

10.29.2007

Libé, 29 octobre

Ce week-end, Libé a paru, des articles intéressants ont été écrits, sur les taux des prêts immobiliers par exemple, dont on peut dire qu’ils perpétuent cette vieille tradition qui veut que l’on devienne esclave par l’usure, sur l’Argentine et ses régulières poussées de fièvre péroniste, sur cette Suède pourtant tant vantée (poussée de fièvre anti-social-démocrate de Libé ?), et bien d’autres choses. Mais ce week-end m’a trouvé plus enclin à cliqueter qu’à taper. Alors j’ai cliqueté. Entre autres choses.

Ce matin (ce qu’il en restait à mon réveil) dossier sur cette immigration choisie qui a tant fait pour l’élection de l’actuel président de la République. Comment prendre tous ces débats sur l’immigration ? Quel point de vue adopter ? Fondamentalement, l’Homme est un animal migrateur, ce n’est que récemment qu’il s’est sédentarisé, créant ainsi (par la force des choses, disons) des espaces aux ressources restreintes l’obligeant à constituer toutes sortes de machineries intellectuelles complexes (régimes politiques, stratégies économiques, techniques d’exploitation etc.) Nous avons tous ce besoin de migrer, de changer d’espaces, d’aires (ères et air fonctionnent également) ; parfois ces migrations se font par nécessité, une fuite vers un ailleurs forcément meilleur. Est-il réellement humain d’adopter un point de vue politique sur cette question de la migration humaine ? Qui doit migrer, migre, ce qui est inventé pour permettre ces migrations caractérise réellement les sociétés d’accueil, c’est notre espace imaginaire qui est en jeu, pas notre économie. Certainement pas notre économie.

Pour le reste, Idriss Déby défend les enfants du Tchad (je suis obligé de faire une très longue pause après avoir écrit cette phrase, grammaticalement correcte, mais qui est fondamentalement absurde), la gauche italienne tente de solder un lourd passé (une gauche sinistrée), Jack Lang parle, le PS ne sait pas encore comment il va se déchirer sur la question de institutions européennes, et comme prévu, comme annoncé, comme beaucoup le redoutait, la loi sur le racolage passif isole, affaiblit, puis détruit les prostitué(e)s. Enfin, le PSG a perdu au Parc, et c’est pour moi, avec le fait que je n’ai presque plus de tabac, la grande nouvelle du jour.

10.26.2007

Libé, 26 octobre

J’ai renoncé à lire tout article concernant le « Grenelle » de l’Environnement. D’abord parce que le terme Grenelle est utilisé sans discernement avec comme but évident de l’affaiblir. Utilisez un mot souvent, dans des contextes très divers et vous le verrez perdre tout son sens. Ensuite ce machin ne sert qu’à préparer les municipales. Cela n’empêche pas de rester vigilant.

Milner propose une analyse de la série des Harry Potter. C’est en quelque sorte la suite du Juif de savoir : analyse des fonctions historique et sociale de l’Université. Cette fois-ci il s’applique à démontrer la résistance du système universitaire anglais à l’idéologie libérale de Thatcher/Blair, la fonction de l’éducation dans la lutte contre le dénigrement de l’intelligence constamment mise en avant par les tenants de la création de valeur marchande comme fonction fondamentale de l’Homme en société. C’est sain, intelligent (c’est Milner, donc…) et utile au quotidien.

Petit article pour les amateurs d’ouverture politique, à droite. L’exemple allemand devrait les calmer. En participant au gouvernement Merkel, le SPD perd des soutiens par les deux ailes. Le tournant libéral de Schöder avait déjà clairsemé les rangs de son parti, mais la décrue se transforme en débâcle. 230 000 adhérents perdus en 10 ans. C’est l’équivalent (au doigt mouillé, son fichier Rosam étant peu fiable) du PS français.

Piratage. Entretien avec Denis Olivennes, chargé d’une mission quelconque par Sarko. L’homme n’est pas un foudre de guerre, il n’est pas con, donc son rapport est inintéressant. Le problème du piratage des « œuvres » sur l’Internet ne touche que les majors et les artistes les plus distribués. C’est une question de volume. C’est le plus-de-profit de ces entreprises culturelles qui est atteint. De nouveaux modèles de distribution se mettent en place, modèles plus souples, qui génèrent moins de profits mais qui permettent une distribution à la mesure de l’Internet. Les producteurs de logiciels connaissent bien ce problème, mais ils ne sont jamais interrogés sur le piratage, car il fait partie de la vie même du logiciel, c’est grâce aux pirates qu’un logiciel comme Word est devenu le traitement de texte par excellence. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les pourfendeurs des « téléchargements illégaux », le statut de l’œuvre n’est pas impliqué, une merde restera une merde, ce sont les profits que ces merdes génèrent qui sont attaqués. Une œuvre de dépollution. Ils auraient pu en causer au « Grenelle ».

10.25.2007

Libé, 25 octobre

Allez ! On y croit ! Le gouvernement serait dans une passe délicate et le Président de la Droite serait en difficulté. Et donc… ?

Double page sur la sortie de « Paroles de sans papiers ». Des parcours ordinaires, dans la France ordinaire. De mon fauteuil, je ne vois jamais cette France-là. Quand je vais dans la rue, je ne la remarque pas. Dans le métro, au supermarché, chez les uns et les autres, elle s’obstine. Invisible. Facile à occulter. Il faut se dépasser pour l’apercevoir, faire l’effort de poser son regard sur elle, et comme sur certains trompe-l’œil, de ces jeux qui laissent apparaître une image dans l’image, il devient impossible de ne pas la voir. Jusqu’à ne voir plus qu’elle. La foule disparaît, ne laissant à notre attention que les flics en maraude, les passants qui regardent le sol et qui font quelque écart quand l’Ordre surgit, un petit groupe qui se délite, une personne qui se lève et tourne le dos, des disparitions successives. Des errances dans des flux. Quelque chose qui ne va plus de soi. Un monde de « détails ».

Sinon, le quotidien de Libé, quelques articles politiques sans grand intérêt ; un article sur la traduction de Frederic Jameson, philosophe marxiste américain, qui me fait furieusement penser à Slavoj Zizek ; la Suède est un pays imaginaire dont la face obscure ne cesse de m’étonner, il y a définitivement quelque chose de pourri au Royaume de Scandinavie.

10.24.2007

Libé, 24 octobre

Hier, j’ai bien reçu Libé, comme tous les jours (ou presque), mais je n’ai pas eu le temps d’en causer. Pourtant il contenait quelques articles intéressants. Pourquoi Hillary Clinton devrait triompher devant Barack Obama lors des caucus organisés jusqu’en février. Pourquoi l’Espagne attire les investisseurs du monde entier. Une étude sur les maladies professionnelles, vers la fin du pétrole, comment financer la Sécu, etc. Mais j’avais mieux à faire.

Aujourd’hui également, j’ai mieux à faire, mais cette fois, j’ai le temps. Donc… Et je commence par la fin. JM Bigard est un comique. Comique au gras-double qui arrive parfois à écumer l’amère couche de vulgarité qui souvent surnage de ce genre d’humour. Sa dérive mystique est particulièrement irritante, restent quelques sketches écrits avec Laurent Baffie qui ont une saveur particulière. Mais je reste méfiant, le rire, ça ouvre les chakras et permet même au plus sordide d’entrer loin en soi. Son naturalisme populaire est parfois insupportable, surtout quand on n’en rit pas.

Alors ce Grenelle de l’environnement ? Il m’est d’avis qu’il n’en sortira rien. L’écologie politique n’existe pas. Mais si elle doit exister, cela ne peut être que contre tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. D’abord, je ne vois rien qui la soutienne historiquement et socialement, elle n’est pas en soi une réponse mais plutôt un prurit. J’y vois plus un contrecoup de plusieurs choses : retour à la terre, retour romantique au passé paysan mythifié, un anti-discours industriel qui suit de près la fin du monde ouvrier, une idéologie de rattrapage qui suit de près la fin du communisme, comme peut l’être, d’une certaine manière, l’islamisme radical, mais aussi, et c’est ce qui rend l’écologie politique difficile à lire, une tentative de réforme du capitalisme. C’est dans cette dernière perspective qu’elle est souvent traitée. Je suis toujours surpris de lire dans tous les discours écologistes le primat donné à la Raison, une Raison anhistorique dont la justification se trouve dans le futur possible d’une Humanité soudain unie à son environnement. Une Raison régressive. Le capitalisme a besoin de fronts pionniers pour continuer son développement, l’écologie lui offre quelques perspectives intéressantes, et elle n’existe, à mon sens, que par ce fait.

Sinon, entretien intéressant avec Martine Billard sur le PLFSS (le projet de loi de finance de la sécu) qui permet de rappeler cette évidence que la Sécu n’est pas une entreprise, qu’elle n’a pas à être rentable, que la question fondamentale n’est pas celle de son « trou » mais de son financement. Proposer une vision comptable de la Sécurité Sociale c’est vouloir sa destruction. Rien de plus.
Sarkozy est au Maroc. Cette phrase piochée dans l’article page 20 : « La différence entre un businessman français et un espagnol, c’est qu’en sortant de l’aéroport, le Français va voir son ambassade pour savoir dans quel domaine investir tandis que l’Espagnol demande où il peut construire son usine ». Le Maroc reste un enjeu de politique intérieure en France.

10.22.2007

Libé, 22 octobre

Entretien avec Ségolène Royal, depuis Rome, où elle rencontrait W. Veltroni, le maire, et F. Rutelli, l’ancien maire et ministre des biens culturels. Que l’on soit pro ou anti, on trouvera à boire et à manger dans cet entretien tout au long duquel Royal fait du Royal. Cette manière qu’elle a de se tourner vers l’étranger pour envisager ce qu’il peut se passer en France est en train de devenir sa marque de fabrique. Et toujours ce constat qu’il faut rebâtir idéologiquement le parti, que l’ouverture au centre est la stratégie qui paiera à terme ; alors Troisième Voie ou Parti Démocrate, elle annonce qu’elle travaillera à la constitution d’un pôle lui permettant en 2012 de faire plus de 30% au premier tour. On ne peut pas faire plus idéologique…

Les adhérents à 20 euros sont partis massivement. Mais il ne semble pas possible d’avoir de chiffres précis sur cette hémorragie. Dans la section du XVIIème arrondissement de Paris, celle à laquelle j’appartiens, 200 adhérents se sont déplacés pour désigner la candidate qui affrontera Panafieu sur ses terres. 200 sur 950, mais rien sur les renouvellements d’adhésions. Dans la même entrevue, Ségolène Royal propose de suivre l’exemple du Parti Démocrate italien et de permettre à tout citoyen de voter pour la désignation du candidat officiel à l’élection présidentielle, contre une modeste obole. Ce qui se fait déjà depuis longtemps aux Etats-Unis (avec quelques nuances, bien entendu).


L’autre lettre de Guy Môquet, retrouvée dans ses affaires, le jour de son arrestation.


« Parmi ceux qui sont en prison,
Se trouvent nos trois camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés,
Mais Patience, prenez courage,
Vous serez bientôt libérés,
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays,
Ces agents du capitalisme,
Nous les chasserons hors d’ici,
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution,
Pour que vainque le communisme,
Pour vous sortir de la prison,
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous,
Par leur action libératrice. »

Poème gnan-gnan, mais ce gamin était vraiment transcendé. Pour moi qui ne crois pas à et en grand-chose, c’est un peu flippant. Peut-être est-ce plutôt ce côté-là de Môquet qui a plu à l’omniprésident. Plus prosaïquement, c’est parce qu’en meeting l’auditoire répondait très bien à « la » lettre. Mais ceci n’empêche pas cela.

10.20.2007

Libé, 20 octobre

Où l’on apprend, que c’est le mascaret remontant la Seine qui aurait emporté Léopoldine « à l’heure où blanchit la campagne » Hugo, que Thomas Hugues et Laurence Ferrari se séparent, qu’une télé pour les humains de plus de 6 mois (et pas trop au-delà) va émettre en France, que pour E. Roudinesco Ben Laden est la figure absolue du pervers, que plusieurs Etats d’Amérique du sud s’organisent pour créer un FMI régional (un FMR ?), qu’en France la bise est un vrai casse-tête, que quatre cyclistes ont été tués à Paris depuis le début de l’année, qu’Yves Simon signale cette remarque que Chris Marker met dans la bouche de B. Laporte avant la rencontre contre les All Blacks : « Cette fois, avant le match, je leur ai lu la lettre de Kafka à son père » (ce qui est impossible et hilarant), qu’enfin H. Guaino est un grand Homme de la dimension de Goebbels, Beria voire Kissinger.

Cette dernière remarque semble déplacée, et pourtant… Il accorde une entrevue à Libération. Il est fort bon. Il dit que l’assassinat de Guy Môquet est « un drame ordinaire de cette époque », que de remplacer « Camarade » par « Compagnon » lors de l’hommage officiel rendu au jeune homme n’est pas si grave : « A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important » (rien que pour cette phrase je propose sa canonisation, contre un poteau). Toujours parlant de la lettre d’adieu de G. Môquet : « Dans ce texte, il n’y a aucune trace de nationalisme, aucune propagande » donc il ne comprend pas pourquoi certains professeurs refusent de la lire pour de tels motifs… (et là, je suis admiratif). Parlant de Barrès il a cette remarque qui aurait causé une débâcle intestinale au Général : « (Il) a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. » Toujours sur la lettre de GM cette phrase admirable qu’il faudrait lire avant chaque cours d’Histoire : « De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ? » Bien évidemment, cette phrase hors contexte est d’une banalité affligeante, mais dans cette entrevue elle a une saveur si particulière que je ne peux que vous encourager à vous ruer sur Libération pour en lire les pages six et sept. Et cette grande phrase aussi « Il y a eu autant de résistants que de miliciens. » Mais ce n’est pas grand-chose, H. Guaino a des ressources qui semblent inépuisables quand il évoque « son » discours de Dakar. Il se livre à un enchaînement logique sublime, magnifique, grandiose dans l’ordure qui met en lumière sa philosophie spontanée et que l’on peut résumer simplement : la colonisation a amené les Lumières à l’Afrique. Je… (soupir)

10.19.2007

Libé, 19 octobre

Honnêtement, Libération n’est pas un grand journal. Très irrégulier, choix éditoriaux peu judicieux, engagements douteux, une manière de se percevoir sans commune mesure avec son poids réel et sa qualité réelle. Pourtant. Pourtant des jours comme aujourd’hui, je serais presque fier d’être un vieux lecteur de ce journal (ça fait bien quinze balais). Un Libé un peu spécial. Un Libé qui invite des historiens à mettre en perspective l’actualité, à montrer comment un fait se construit, d’où vient un événement, ou pourquoi un non-événement est remarquable, comment peut-on faire de la prospective, ce qui est « futurible ». Edito de Le Goff sur l’Histoire (comme matière et présence du passé) et politique, qu’est-ce décembre 95 peut nous apprendre d’octobre 07, peut-on imaginer un renversement de la tendance boursière mondiale, pourquoi parler des Templiers puis de Juan Carlos, de Jeanne d’Arc et de Ségolène Royal (parenthèse pour avertir qu’au Théâtre du Renard, à Paris, pièce magnifique sur Olympe de Gouges – C’est tout de même aut’ chose), de Louis XIV et des OGM, etc. Bref, heureusement que parfois...

Demeure cette question fondamentale : jusqu’où est-on dans l’Histoire ? L’Histoire est une science. C’est une science « dure » au même titre que la biologie, les mathématiques, la psychanalyse ou la physique, et, comme toute idéologie (cosmologie presque), elle est en lutte constante pour son « indépendance » en tant que matière spécifique et autostructurée. Elle maintient un dialogue constant avec les autres sciences pour étayer son statut de science et s’enrichir par croisements. Pourtant, il suffit qu’un politique impose un personnage qui a vécu et laissé une trace, pour troubler le caractère scientifique de l’Histoire. Toute science étant dans le monde, c’est un risque permanent pour elle et la prise de parole des historiens est le meilleur moyen de défendre l’Histoire comme science. Et puis ce n’est pas l’ignorance qui est dangereuse (qui connaissait Guy Môquet ?) mais l’inexactitude.

Dont je fais assez largement preuve, j’en conviens. Mais là, on rentre dans le domaine de l’éthique personnelle. Et puis c’est un blog.

10.18.2007

Libé, 18 octobre

Je suis un indécrottable réactionnaire. Je ne vois pas d’autre solution. La nouveauté m’indiffère. Je ne cherche pas à changer les choses. Je n’aime pas ce qui paraît moderne. Ce qui est dans le vent. Ce qui est d’aujourd’hui. Pour moi 1793 c’était il y a peu de temps. Et si je devais citer les derniers grands événements de ces dernières années, je ferais tout pour n’en citer aucun arguant qu’il n’y a que des processus. Y’a des jours, j’aimerais bien croire que ça marche, qu’on va tous vers un truc sympa, ensemble, et peu importe qui est tout en haut de nos hiérarchies, on avance vers le mieux. Ben non ! Réactionnaire et pessimiste.

Une de Libération. Une femme dépose une demande de divorce dans un obscur tribunal. Ce même jour, grève nationale pour défendre quelques droits durement acquis. (J’ouvre une parenthèse. Prenons la prime charbon pour les cheminots, cela paraît absurde. Il suffit de changer son nom en prime de Développement durable, ou d’intégration transversale, faire du marketing en quelque sorte, pour qu’elle passe sans problème. Il faudra que l’on m’explique pourquoi les droits, les avantages en novlangue, que l’on appelait compensatoires sont devenus indécents quand ils profitent à ceux qui en ont réellement besoin. 15 milliards d’avantages fiscaux (par an) pour les plus riches ça fait du bruit quelques temps, mais c’est passé… Les gains de la réforme des retraites ont été calculés au doigt mouillé, avec une marge d’erreur assez impressionnante. Je ferme cette parenthèse.) Premier article sur la grève, pages 8-9, second page 14. Divorce présidentiel, pages 1-7. Edito de Joffrin « Jamais un président en exercice ne s’était trouvé etc. » Evénement que jamais on a vu ça… donc Une. Le jour du premier grand bras de fer social, la presse (de gauche) se concentre sur le divorce du président. Je… Pfffff

A part « ça », le mini-traité européen ne fera pas l’objet d’un Referendum en France. La crise des subprimes fera baisser la croissance française de 1,8% (OCDE) à 2% (FMI). Une baisse de +0,2%... La nouvelle personne en charge des négociations avec les syndicats au Medef est la DRH du groupe Accor, en remplacement de DGS de l’UIMM (fallait suivre), le signe que le Medef ne veut pas se mêler de la réforme des régimes spéciaux. Et un article sur la colère dans la partie Livres. Qu’y a-t-il de commun entre la colère d’Achille et la colère de la rue ? La question semble ne pas s’être posée. Indécrottable réac que je suis.

10.17.2007

Libé, 17 octobre

La femme de César doit être insoupçonnable. Mais que se passe-t-il si elle veut se barrer ? Le nouveau statut du Président de la République lui interdit d’apparaître devant quelque cour que ce soit. Sauf la Haute. Et encore. Donc il ne peut y avoir de procédure de divorce intenté contre lui. Il ne peut se défaire de son immunité, car elle s’impose même à lui. Le corps vivant du Président de la République est mort… Il est devenu la fonction. Voilà qui lui sied bien.

Inconsciemment, tout le monde savait au Patronat que l’UIMM avait une caisse noire qui servait à financer certaines actions (lesquelles ? Mystère). L’UIMM c’est plus que le Medef, mais c’est un groupement d’intérêt qui s’affaiblit au fil du temps. Un reliquat d’une époque révolue. D’où est partie cette rumeur que cet argent servait à financer des syndicats de salariés ? Cela prépare les esprits à la future loi sur le financement des syndicats. Et si lors de sa discussion au Parlement un petit scandale éclatait, histoire de…

Portrait de Didier Le Reste. Personnage important du paysage syndical français. Demain est un peu son jour. Pas de grand soir pour lui, mais la défense obstinée des droits des salariés de la SNCF. Et de ce fait, un peu plus que ça.

10.16.2007

Libé, 16 octobre

Liberté de la presse. Sondage. Titre : « Les Français veulent des médias indépendants. » Sondage LH2. Les électeurs de droite sont moins sensibles à ce problème. Danger immédiat, le rachat des Echos. LVMH/Arnault propriétaire de la Tribune. Ce dernier est devenu l’ombre de lui-même sous Arnaud. Journal de référence à l’époque. Détruit par les ingérences du propriétaire, outil de propagande, campagnes de déstabilisation des concurrents. Face à lui De Lacharrière, grand financier, propriétaire de l’agence de notation Fitch. Entre le sida et l’hépatite C le choix est délicat. Pearson, ce groupe anglais qui possède déjà le Financial Times, vendra. La Tribune devrait tomber dans l’escarcelle de Bolloré, déjà partenaire du Monde. Tous grands démocrates, proches du pouvoir de droite ou de gauche. Ils sont aussi le pouvoir. Des médias indépendants ? Cela doit passer par la loi. Démocratie oblige.

Les cent familles. Les maîtres des forges. Le retour des vieux démons. On apprend que l’UIMM (les patrons de l’acier pour faire court) finance un peu tout ce qui le chante. Sans devoir aucun compte à personne. Tradition oblige. Les comptes sont détruits d’une année sur l’autre. Caisse noire. Le Medef lui doit beaucoup. D’autres syndicats également semble-t-il. Des syndicats indépendants ? etc.

Pouvoir d’achat. Commission Attali. Entretien avec Jean Peyrelevade. En seconde, en Economie et social, on m’apprenait ce que disent ces gens-là. Nuance, on m’apprenait exactement ce que disent ces gens-là. Parler d’économie au peuple comme on parle à un enfant, faire simple pour calmer, compliqué pour impressionner.

20h45, Paris, Campanile Porte de Clichy, AG PS section du 17ème

Ce soir-là, débat. But : présenter les militants qui briguent la tête de liste aux élections municipales dans le 17ème. Qui affrontera Panafieu ? Deux candidats. Annick « notre députée » Lepetit, un des piliers du 18ème, porte-parole de Delanoë. Christophe Lanoë, Secrétaire de Section, administrateur bien implanté. La désignation par les adhérents de la tête de liste doit se faire ce jeudi. La liste sera définie plus tard, en décembre. Le débat est minuté, chaque candidat parlera, sera défendu par des militants de la section, l’espoir d’un débat de haut niveau est martelé à la « tribune ». Nous sommes au PS.

Le Secrétaire de section parle en premier, la députée prend la suite, une trentaine de militants défendront leur candidat jusqu’à 23h, puis les deux candidats prendront une dernière fois la parole. On pourrait croire que tout se passera normalement, tout était réglé. Par un heureux concours de circonstances, y’a un climat dans cette section. Longtemps ignorée, elle devient le centre d’intenses tractations, comme sa grande sœur du 18ème. Alors on s’y affronte. Sauvagement parfois. Le Secrétaire de section tente de justifier sa candidature par son travail local et les réussites de la section. La députée fait un discours politique, contre la droite et Panafieu, et pour Delanoë. On sait tout de suite qu’il n’y a rien à gagner ici, tout est déjà joué. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il n’y a pas besoin de débat ?

La politique, c’est le fait d’hommes et de femmes. Des engagements, du temps, de l’énergie, pour faire passer une idée, imposer sa personne, avoir du pouvoir ; les raisons sont nombreuses. Souvent tout se mélange. Annick Lepetit sera désignée par des adhérents, qui pour la plupart ne se sont jamais engagés sur le terrain. Il y avait ce soir-là 150 personnes sur 950 adhérents. Qui ira voter ? Pourtant tout commence là. Au plus proche. Ensuite les citoyens désigneront un représentant officiel. C’est cette démocratie partisane qui créée ces « monstres froids » qui nous gouvernent. Ça part de quelque part, après la responsabilité de chacun dans ce choix se dilue dans le nombre. Les petits Etats sont plus politiques que les grands.

Sinon, ce débat s’est transformé en boucherie. Le perdant n’en est pas sorti grandi.