HBO, encore eux, diffuse depuis trois ans une série qui vaut le détour. Le pitch pour commencer. Un jeune acteur plein de, on va dire, talent, commence à émerger. Il vit avec une troupe cocasse, son frère, acteur lui aussi, mais beaucoup moins, euh, talentueux, sauf pour la cuisine, un cousin, qui s’est improvisé manager et un ami qui fait un peu tout le reste. Ça, c’est le premier cercle, dans le second, on trouve son agent, un salopard de premier choix, sans cœur et sans âme, à l’égo surdimensionné, et qui anime ce petit monde avec ses « bons mots » (you muscle cunt ! ), sa conseillère image très inventive également en formules-choc et la copine de son manager qui est… c’est très compliqué, donc oublions. Et puis autour il y a Hollywood dans toute sa splendeur. Chaque épisode consacre bien dix minutes (sur trente) aux soirées piscine, strip ou tee-shirt mouillé, aux galas, buny’s et autres lieux qui permettent de faire de longs travelings sur des troupes de jeunes femmes blondes avec des gros seins. Ce sont des moments de grand n’importe quoi qui donnent le ton. Et puis, il y a les autres acteurs, les producteurs, les directeurs de studios, le troisième cercle de l’enfer en d’autres termes.
Donc les épisodes s’enchaînent à l’américaine, un rythme soutenu, c’est filmé comme à l’école, les décors sont au milimètre, rien ne dépasse, les dialogues sont souvent hilarants, mais tout ça raconte une histoire, les personnages se découvrent lentement, ils prennent de la dimension avec le temps, et les répétitions sont rares. Quelques « running gags » pour les habitués, enfin pour ceux qui ont réussi à dépasser le cinq premiers épisodes, un peu mous du genou. Lentement, les auteurs finissent par parler d’eux, ils règlent leurs comptes au travers des personnages, les studios en prennent plein la gueule, le p’tit minet, un gars du peuple, montre avec le temps une force de caractère intéressante, il ne veut pas se compromettre, il a une idée de ce qu’il veut faire, ou pas, et plusieurs fois, il doit s’opposer aux directeurs de studios. Par son frère, un acteur un peu râté, on découvre la violence du niveau inférieur, les castings à l’arrache, les agents immoraux et surtout l’inanité de la presse professionnelle (« Variety » prend cher). Une série qui parle d’elle-même avec une grande liberté, la critique d’Hollywood est sévère, justifiée par l’exemple, construite, c’est un pamphlet qui prend le temps de son propos, bref c’est drôle, bien écrit et intéressant. Ça ne vaut pas « The Office », mais n’oublions pas que c’est une série américaine, qui, en fait, par la critique, justifie l’existence de tout ce système d’exploitation en montrant qu’il autorise la critique. C’est beau, c’est américain, et c’est d’une perversion exquise.
5.30.2007
5.16.2007
Les anj'ôleurs

Poésie d'amour en tête à tête au Musée national du Moyen Age le samedi 19 mai 2007 à partir de 19h45 et jusqu'à 22h45 (entrée libre)
Un Anj'ôleur ou une Anj'ôleuse vous choisira ! Tirez une carte, laissez-vous bander les yeux, et, en tête à tête, ce Cupidon contemporain vous susurrera une déclaration d'amour choisie au coeur des plus beaux poèmes du monde entier. Les Anj'ôleurs dérangent, troublent, ils seront les messagers de l'intime.
Création de La Comédie des Anges
http://www.comediedesanges.com/anjoleurs.htm
Conception : C. Bellanger
Avec: Céline Bellanger, Florence Cabaret, Olivier Deville, Michel Duchemin
Costumes: Fabienne Desfleches
Maquillage: Isabelle Darde
Photos : Olivier Ouadah
Des poèmes d'amour de Christine de Pizan, Hadewijch d'Anvers, Charles d'Orléans, Hildegarde de Bingen, Louise Labé, Ronsard, Marceline Desbordes-Valmore, Marguerite de Valois, Aragon, Eluard, Verlaine, Hugo, Musset, Tagore, Andrée Chedid, Pablo Neruda, Alphonse Allais, Jean Senac, André Velter, Renée Vivien, Georges Jean, Bernard Mazo, Ibn Zaydun, Ibn Al-Labbâna, Khosrovâni, Beroalde de Verville, des Anonymes...
Durée : 4 passages de 30 minutes
Samedi 19 mai à partir de 19h45
Musée national du Moyen Âge
6 place Paul Painlevé 75005 Paris
Métro Cluny-La Sorbonne / Saint-Michel / Odéon
Bus n° 21 - 27 - 38 - 63 - 85 - 86 - 87
RER Ligne C Saint-Michel / Ligne B Cluny-La Sorbonne
Une partie socialiste
Revenons à nos fondamentaux. Trois grands courants au PS. Le plus important, le courant légitimiste, a porté Melle Royal, faute de combattant. Le second, le courant dit « Social-démocrate », est représenté par M. Strauss-Kahn. Le troisième, que j’ose à peine appeler courant, est celui des sociaux républicains, dont émerge M. Fabius. En poids, on peut évaluer ça à 60-25-15, si l’on se réfère aux primaires organisées pour désigner la candidate aux présidentielles. Il est utile d’avoir ça en tête quand on écoute ou lit les déclarations des uns et des autres. Melle Royal n’a pas trop à se torturer, elle doit simplement garder le cap, ne pas trop perdre, et pour elle, le tour sera joué. L’aile droite pense pouvoir utiliser la limaille bayrousienne pour se donner un peu plus de poids. Quant à l’aile gauche, à part regarder et compter les points.
Deux grandes perspectives à mon sens. Soit le PS constitue des ponts vers les partis proches, soit il pratique l’encadrement de ces partis. La première méthode est la plus simple, il suffit de simples accords politiques avec la gauche non gouvernementale et avec la droite écologique, libérale et bayrousienne. Ça ne mange pas de pain, ça oblige les alliés et ça laisse certains discours se développer librement. A première vue, cela semble en bonne voix, même si ça rechigne un peu côté LCR. Ça ressemble à du jospinisme old school, et ça évite les dégats. Par contre, cela peut empêcher les minoritaires du PS de prendre le Bureau National d’assaut. Le deuxième méthode est plus complexe, mais elle peut intéresser ceux qui veulent un peu ouvrir les fenêtres du PS, histoire de faire des courants d’air.
Les échanges de cadres, ça marche bien quand on a gagné les élections, ça permet de détendre ceux qui n’ont pas de poste, ça permet de bien faire circuler la parole du parti majoritaire et puis c’est un moyen de contrôle particulièrement efficace. Melle Royal, comme Perrette, avait déjà bien planifié ces petits arrangements. En temps de défaite, ça ressemble comme deux gouttes d’eau à des défections (oubliez Mrs B.K. et E.B.), mais cela permet à peu de frais de rameuter des troupes, de créer des liens entres les différents partis et les différents courants, et à terme de finlandiser les partis trop fragiles et les courants trop faibles. Il faut en passer par un semblant de délitement des partis ou courants les plus forts, jusqu’à ce que le rappel retentisse. Ce moment-là peut être celui qu’attendent les sociaux libéraux du PS, car il suffit d’une fois paraître le plus fort pour que viennent à soi les vieux canotiers du marigot, les braves légitimistes.
A droite, on va vers le chef, à gauche, on suit le mouvement, de l’Histoire évidemment.
Deux grandes perspectives à mon sens. Soit le PS constitue des ponts vers les partis proches, soit il pratique l’encadrement de ces partis. La première méthode est la plus simple, il suffit de simples accords politiques avec la gauche non gouvernementale et avec la droite écologique, libérale et bayrousienne. Ça ne mange pas de pain, ça oblige les alliés et ça laisse certains discours se développer librement. A première vue, cela semble en bonne voix, même si ça rechigne un peu côté LCR. Ça ressemble à du jospinisme old school, et ça évite les dégats. Par contre, cela peut empêcher les minoritaires du PS de prendre le Bureau National d’assaut. Le deuxième méthode est plus complexe, mais elle peut intéresser ceux qui veulent un peu ouvrir les fenêtres du PS, histoire de faire des courants d’air.
Les échanges de cadres, ça marche bien quand on a gagné les élections, ça permet de détendre ceux qui n’ont pas de poste, ça permet de bien faire circuler la parole du parti majoritaire et puis c’est un moyen de contrôle particulièrement efficace. Melle Royal, comme Perrette, avait déjà bien planifié ces petits arrangements. En temps de défaite, ça ressemble comme deux gouttes d’eau à des défections (oubliez Mrs B.K. et E.B.), mais cela permet à peu de frais de rameuter des troupes, de créer des liens entres les différents partis et les différents courants, et à terme de finlandiser les partis trop fragiles et les courants trop faibles. Il faut en passer par un semblant de délitement des partis ou courants les plus forts, jusqu’à ce que le rappel retentisse. Ce moment-là peut être celui qu’attendent les sociaux libéraux du PS, car il suffit d’une fois paraître le plus fort pour que viennent à soi les vieux canotiers du marigot, les braves légitimistes.
A droite, on va vers le chef, à gauche, on suit le mouvement, de l’Histoire évidemment.
Re-écrire
Je suis retombé dans un de mes vieux travers habituels. Trois fois rien, mais quand ça s’impose à moi, j’ai du mal à aller contre. Une manière d’utiliser le temps, très spécifique, et que l’on rencontre souvent de nos jours. Il suffit que je m’absorbe dans une contemplation quelconque, et voici le temps qui se désagrège. Il file, réellement, il disparaît, évanouie dans un maelström. Ça peut être un jeu, un site, une occupation dont la finalité est entièrement enkysté dans le temps qu’il occupe. Et rien n’en sort. Un temps morcelé, aux dimensions d’un espace virtuel, derrière lui, et qui l’envahit entièrement. Pour en sortir de ce temps, si bien balisé, il faut une rupture, une faille qu’il faut écarter, et passer au travers, la tête la première. Car ce temps reconstitue un utérus, une temporalité utérine désangoissante, certe, mais morbide, car ce temps volé vient s’opposer ensuite, il se met entre moi et ma vie réelle, celle de la pluie sur la peau, des paroles échangées et du simple ennui d’avoir trop de temps à soi. Il suffit d’un moment qu’on saisit au bond pour retrouver son bon vieux temps, celui où les mots marquent la journée, des petites pierres le long du chemin.
4.26.2007
Rose + Bleu = ?
Pas d'analyse, pas de revendication, pas de perspective, même pas de critique, juste un profond malaise. Même pas de honte, ou de déception, que pouvait-on attendre de ce PS-là? Le ticket Royal/Bayrou, un ticket à l'italienne, la troisième voie version latine, un hélio-blairisme... Que dire? Je voterai contre Sarko. Dès que ma nausée se sera un peu calmée, je regarderai tout ça d'un peu plus près.
4.25.2007
Friday Night Light ou Le Pen marque un Touchdown
L’idée est simple. Il y a une petite ville du Texas, Dillon. Une équipe de Football, les Panthers, un tournoi et des gens autour. C’est filmé à la manière des séries qui marchent bien en ce moment, caméra à l’épaule et tout et tout. Et honnêtement, au début, ça va. Le récit se met en place, c’est vraiment bien fichu, les personnages sont très écrits, les situations plutôt classiques mais on ne s’ennuie pas. Alors, on rentre bien dedans. Et peu à peu, y’a des trucs qui remontent. Tout le blabla cul béni habituel, on est Texas, y’a que des bouseux, ça pue le Christ partout et les bonnes intentions, les femmes sont pomponnées et organisent des soirées de voisinage, ou pour l’Eglise ou encore pour l’équipe de Foot. Bon, c’est naze mais ça va. Le coach, joué avé l’assent du coin, est pris dans la tourmente, sa popularité dépend des matches perdus ou gagnés, mais il fait son boulot quoi. Et il déchire bien. D’ailleurs l’acteur est bon, ce qui ne gâche rien.
Oui mais ce qui remonte c’est quoi ? Ben disons qu’au départ, le Quaterback (le Zidane local) se fait déchirer en un tampon et se retrouve en chaise roulante. Il a une copine, une cheerleader (les mecs font du Foot et les gonzesses du pompom), qui le trompe avec un autre joueur. On ne fait pas ça dans une petite ville. La pov’ cocotte se retrouve en quarantaine, elle traverse un purgatoire assez ignoble, mais elle s’en sort. Y’a pas de quoi fouetter trois pattes à un canard ! Et bien oui, et pire encore. Voilà comment ils ont procédé ces salopiots : faute, purgatoir, retour en grâce. Et ça, tout le temps. Parce que le Christ est là, il a créé le péché pour permettre le repentir.
J’en ai bouffé 11 des épisodes. C’est pas rien. Je sais m’obstiner parfois. Mais le moment où la pompom girl revient en grâce, j’ai eu les larmes aux yeux et une pensée pour ces petits américains qui bouffent cette merde et qui reproduiront, peut-être, plus tard ces belles idées quand ils rencontreront des problèmes, ou tenteront de réconforter quelqu’un. Au moins c’est clair, pas nuancé pour deux sous, t’as les chakras bien ouverts devant ces séries et te voilà défoncé par toutes ces conneries. Le rire ouvre l’esprit, Le Pen s’en servait pour faire passer ses saletés, là c’est l’émotion qui t’ouvre en deux pour te barbouiller entièrement. C’est presque, par excellence, la série fascisante à voir, un carnet en main.
Oui mais ce qui remonte c’est quoi ? Ben disons qu’au départ, le Quaterback (le Zidane local) se fait déchirer en un tampon et se retrouve en chaise roulante. Il a une copine, une cheerleader (les mecs font du Foot et les gonzesses du pompom), qui le trompe avec un autre joueur. On ne fait pas ça dans une petite ville. La pov’ cocotte se retrouve en quarantaine, elle traverse un purgatoire assez ignoble, mais elle s’en sort. Y’a pas de quoi fouetter trois pattes à un canard ! Et bien oui, et pire encore. Voilà comment ils ont procédé ces salopiots : faute, purgatoir, retour en grâce. Et ça, tout le temps. Parce que le Christ est là, il a créé le péché pour permettre le repentir.
J’en ai bouffé 11 des épisodes. C’est pas rien. Je sais m’obstiner parfois. Mais le moment où la pompom girl revient en grâce, j’ai eu les larmes aux yeux et une pensée pour ces petits américains qui bouffent cette merde et qui reproduiront, peut-être, plus tard ces belles idées quand ils rencontreront des problèmes, ou tenteront de réconforter quelqu’un. Au moins c’est clair, pas nuancé pour deux sous, t’as les chakras bien ouverts devant ces séries et te voilà défoncé par toutes ces conneries. Le rire ouvre l’esprit, Le Pen s’en servait pour faire passer ses saletés, là c’est l’émotion qui t’ouvre en deux pour te barbouiller entièrement. C’est presque, par excellence, la série fascisante à voir, un carnet en main.
Libellés :
Christ,
Friday Night Light,
Le Pen,
Texas
4.24.2007
The Shield ou les malheurs de la virtu
Ouais ! C’est ma série. Sixième saison, on est en plein dedans. Un commissariat tout pourri dans Farmington, un quartier malfamé de Los Angeles, un latino qui reprend une équipe en plein désarrois, un groupe d’intervention musclé commandé par un flic qui fait son biz avec les mafias locales. Ce caïd c’est le cœur de la série. Si bien que l’acteur qui le joue en est devenu le producteur (Michaël Chiklis, la Chose dans le minable « Les Quatre Fantastiques »). Parce que le personnage est bon, très bon. Et l’acteur a ses moments. Et puis y’a un vrai climat, des histoires croisées, des gars pas nets, des gonzesses parfois flippantes. Glenn Closed débarque, saison trois, dans cet univers sordide en remplacement du précédent commissaire, un latino vérolé prêt à tout pour un poil de pouvoir. Et saison quatre, Forrest Whitaker explose tout, dès qu’il apparaît, l’ambiance déjà bien malsaine devient irrespirable.
Ça fait du bien de voir une série sans complexes, qui ne fait pas la morale mais qui tente d’apporter un peu de nouveauté au genre. Une série sombre dont on sait que nul ne sortira indemne. Y’a pas d’espoir là-dedans, juste s’en sortir le moins mal possible. L’Amérique de Bush-Reagan ? On est dedans, mais à aucun moment ses valeurs ne sont mises en avant. C’est l’Amérique du fond du puits. Dans cette Amérique, entrer dans un hôpital c’est faire un crochet sur la route du cimetière, seuls les plus forts peuvent s’en sortir, mais uniquement sur le dos des plus faibles. Y’a parfois une petite loupiotte au fond, un bout du tunnel qui apparaît. C’est pas trop clair, mais on peut y arriver, un peu cradingue, pas trop fier de soi, mais ça reste possible.
Tu peux compter sur ta force, mais seul, ça sert à rien, le courant est trop fort, faut s’y mettre à plusieurs. Le mariage ? Rien à attendre de ce côté, le seul couple qui résiste est infréquentable et sent le soufre. Le boulot ? Un vrai coupe-gorge, une usine d’équarrissage, et même les plus vertueux ont toujours les pieds dans la merde. Alors être un surhomme ? Même pas, mais ça aurait pu marcher, on est parfois à la limite d’y arriver, mais arriver à quoi ? C’est la solitude au bout du tunnel, la vraie. L’amitié ? Bingo ! La seule chose qui arrive à sauver les personnages de cette série, c’est la force de l’amitié, un lien puissant, incorruptible, ou presque, car quand on oublie ça, on sombre, et là, c’est le drame.
The Shield est filmé caméra sur l’épaule, avec des angles parfois très cavaliers, un peu comme dans la série néo-fasciste « NYPD Blues », mais avec beaucoup plus de talent. Le spectateur est dans tous les drames, immergé, impossible de s’en sortir, la distance est presque nulle, je dis presque parce qu’avec le temps, on s’y fait, on gagne en distance, la force de l’habitude. Mais le réa est un petit malin, il invente constamment, et parfois ça devient une série de « Héhé ! Tu l’avais pas vue venir celle-là ? », la caméra devient un acteur du récit, elle est elle-même écrite, c’est un personnage à part entière. Et ça, c’est très fort.
Ça fait du bien de voir une série sans complexes, qui ne fait pas la morale mais qui tente d’apporter un peu de nouveauté au genre. Une série sombre dont on sait que nul ne sortira indemne. Y’a pas d’espoir là-dedans, juste s’en sortir le moins mal possible. L’Amérique de Bush-Reagan ? On est dedans, mais à aucun moment ses valeurs ne sont mises en avant. C’est l’Amérique du fond du puits. Dans cette Amérique, entrer dans un hôpital c’est faire un crochet sur la route du cimetière, seuls les plus forts peuvent s’en sortir, mais uniquement sur le dos des plus faibles. Y’a parfois une petite loupiotte au fond, un bout du tunnel qui apparaît. C’est pas trop clair, mais on peut y arriver, un peu cradingue, pas trop fier de soi, mais ça reste possible.
Tu peux compter sur ta force, mais seul, ça sert à rien, le courant est trop fort, faut s’y mettre à plusieurs. Le mariage ? Rien à attendre de ce côté, le seul couple qui résiste est infréquentable et sent le soufre. Le boulot ? Un vrai coupe-gorge, une usine d’équarrissage, et même les plus vertueux ont toujours les pieds dans la merde. Alors être un surhomme ? Même pas, mais ça aurait pu marcher, on est parfois à la limite d’y arriver, mais arriver à quoi ? C’est la solitude au bout du tunnel, la vraie. L’amitié ? Bingo ! La seule chose qui arrive à sauver les personnages de cette série, c’est la force de l’amitié, un lien puissant, incorruptible, ou presque, car quand on oublie ça, on sombre, et là, c’est le drame.
The Shield est filmé caméra sur l’épaule, avec des angles parfois très cavaliers, un peu comme dans la série néo-fasciste « NYPD Blues », mais avec beaucoup plus de talent. Le spectateur est dans tous les drames, immergé, impossible de s’en sortir, la distance est presque nulle, je dis presque parce qu’avec le temps, on s’y fait, on gagne en distance, la force de l’habitude. Mais le réa est un petit malin, il invente constamment, et parfois ça devient une série de « Héhé ! Tu l’avais pas vue venir celle-là ? », la caméra devient un acteur du récit, elle est elle-même écrite, c’est un personnage à part entière. Et ça, c’est très fort.
Carnivàle ou Sarko chez les ploucs
Le Bras et Lévy, dans Libé d’aujourd’hui, se livrent à une lecture des cartes électorales pleine d’espoir. Tout n’est pas perdu, la transition FN s’achève, Bayrou et Ségo sont complémentaires, et Sarko a déjà fait le plein de voix. Dans Carnivàle, « Le Carnaval de l’Etrange » en français, série qui paie un lourd tribut à l’esthétique Lynchéenne, une jeune femme lit les cartes à des américains écrasés par la crise (nous sommes entre les deux guerres), dans sa roulotte. Elle et sa mère, paralysée et détentrice du vrai pouvoir divinatoire, bourlinguent en Amérique profonde avec un cirque peuplé de gens vraiment étranges. Y’a du Browning là-dessous, un peu. Un des ouvriers de ce cirque se découvre une mission, sauver le monde de l’Apocalypse personnifiée par un cureton méthodiste qui se sent l’âme satanique.
Voilà un joli couple. Un pauvre gars qui guérit les gens en les touchant et un curé tout fou qui se prend pour un archange diabolique. Ce dernier se sert de la radio (y’avait pas la télé à l’époque) pour interpeler les âmes perdues et leur montrer le chemin de la délivrance. Il célèbre l’Amérique qui se lève tôt et qui bosse dur, et conspue ceux qui profitent du malheur des braves gens pour faire leur beurre. Il doit être arrêté dans sa mission par ce guérisseur, ce pauvre gars qui ne comprend pas trop ce qui lui arrive et ce qu’il doit faire. Un genre de pré-macchabé, véritable manager de la troupe, le guide dans la bonne voie. C’est un reste d’homme ce mec, il ne lui reste qu’un bras, le droit, il parle par énigmes mais il sait que la rencontre entre son protégé et le diable est inévitable.
Tout ça me rappelle quelque chose… J’ai trouvé beaucoup d’accents sarkozystes dans ce méthodiste complètement flippé, notamment ses homélies, car il s’adresse aux âmes perdues pour les ramener dans le droit chemin, enfin son droit chemin. J’ai pas vu la série en entier, mais je me doute bien du final, de la grande rencontre. Et là, y’aura pas de débat, ça va saigner. Si vous aimez Lynch, ça vaut le coup d’œil, et si vous voulez savoir ce qu’il risque de se passer le 6 mai, achetez Libé.
Voilà un joli couple. Un pauvre gars qui guérit les gens en les touchant et un curé tout fou qui se prend pour un archange diabolique. Ce dernier se sert de la radio (y’avait pas la télé à l’époque) pour interpeler les âmes perdues et leur montrer le chemin de la délivrance. Il célèbre l’Amérique qui se lève tôt et qui bosse dur, et conspue ceux qui profitent du malheur des braves gens pour faire leur beurre. Il doit être arrêté dans sa mission par ce guérisseur, ce pauvre gars qui ne comprend pas trop ce qui lui arrive et ce qu’il doit faire. Un genre de pré-macchabé, véritable manager de la troupe, le guide dans la bonne voie. C’est un reste d’homme ce mec, il ne lui reste qu’un bras, le droit, il parle par énigmes mais il sait que la rencontre entre son protégé et le diable est inévitable.
Tout ça me rappelle quelque chose… J’ai trouvé beaucoup d’accents sarkozystes dans ce méthodiste complètement flippé, notamment ses homélies, car il s’adresse aux âmes perdues pour les ramener dans le droit chemin, enfin son droit chemin. J’ai pas vu la série en entier, mais je me doute bien du final, de la grande rencontre. Et là, y’aura pas de débat, ça va saigner. Si vous aimez Lynch, ça vaut le coup d’œil, et si vous voulez savoir ce qu’il risque de se passer le 6 mai, achetez Libé.
4.20.2007
François qui ?
Bon, nous admettons tous que le vide et le plein existent ensemble, et il paraîtrait même, c’est dire, qu’un même espace peut être vide et plein. En même temps. Que le vide est également une question de relation. Et d’outil. Si on ne voit pas ce que le vide a de plein, on le dit vide. L’air n’est pas vide et un courant d’air porte des choses avec lui, ne serait-ce que lui-même. Vous voyez où je veux en venir… Pas si vide que ça tout de même. Une chose me fascine, c’est ce Y. Je ne comprends pas ce qu’il fait là. Je m’explique
BAYROU, BA-Y-ROU, entre ba et rou, qui sont des phonèmes doux, enfantins, légers, il y a ce Y. Et ce Y fait des siennes. On dit quoi ? Bérou ou baillerou ou béillerou, ce Y est sauvage avec nous, il transforme ce nom tout rond en un piège pour la langue. Ce Y est un obstacle sur une plaine, on le voit de loin, on sait qu’on s’en approche, mais une fois devant, on fait quoi ? Cet Y là, il faut l’escalader, chose absurde. Et si on le contourne on dit BAROU, comme on dit BAROIN. Alors il faut faire cet effort. Avec ce Y, on peut en faire des choses ! Un illustrateur se régalerait d’en faire tout et n’importe quoi. Mais, c’est la seule lettre avec laquelle il pourra s’amuser, les autres sont neutres, elles ne font qu’accompagner, deux à gauche et trois à droite.
Si ce nom présente en son centre une épine dont on peut dire que sont rapport droite/gauche est un chouilla plus à droite, on peut également dire l’exacte contraire. J’ai entendu dire que tout ceci n’était qu’une question de rapport, de relation. Suivant d’où qu’on s’trouve. On est toujours à la droite de quelqu’un. Soit. Dans l’espace, j’admets. C’est du continue tout ça. Mais, si on enlève l’espace de tout ça, si on remet du mouvement… Allez, je cite :
« Un ensemble de structures intellectuelles se retrouve dans la schizophrénie, dans les différents aspects de l’aliénation politique et (dans une certaine mesure) à l’échelle de la psychologie de l’enfant. Cet ensemble s’extériorise selon le cas individuel (et aussi selon l’optique de l’observateur) comme dissociation des totalités, comme dévalorisation, comme prépondérance de la fonction identificative par rapport à l’intuition du divers (voire de l’intuition tout court), ou comme prépondérance de la fonction spatiale par rapport à la fonction temporelle. » (In Joseph Gabel, « La fausse conscience », Ed. Minuit, 1962)
Je sais, c’est facile, c’est méchant pour ceux de gauche qui hésitent entre B. et Royal ou Laguiller (vivi, y’en a). Mais ne déconnez pas ! vous avez lu ce qu’il dit le monsieur, et c’était qu’un début. Vous expliquerez ensuite à vos petits-enfants pourquoi vous avez voté Bayrou en 2007. Je crois que vous en rougirez.
Bises joue gauche.
BAYROU, BA-Y-ROU, entre ba et rou, qui sont des phonèmes doux, enfantins, légers, il y a ce Y. Et ce Y fait des siennes. On dit quoi ? Bérou ou baillerou ou béillerou, ce Y est sauvage avec nous, il transforme ce nom tout rond en un piège pour la langue. Ce Y est un obstacle sur une plaine, on le voit de loin, on sait qu’on s’en approche, mais une fois devant, on fait quoi ? Cet Y là, il faut l’escalader, chose absurde. Et si on le contourne on dit BAROU, comme on dit BAROIN. Alors il faut faire cet effort. Avec ce Y, on peut en faire des choses ! Un illustrateur se régalerait d’en faire tout et n’importe quoi. Mais, c’est la seule lettre avec laquelle il pourra s’amuser, les autres sont neutres, elles ne font qu’accompagner, deux à gauche et trois à droite.
Si ce nom présente en son centre une épine dont on peut dire que sont rapport droite/gauche est un chouilla plus à droite, on peut également dire l’exacte contraire. J’ai entendu dire que tout ceci n’était qu’une question de rapport, de relation. Suivant d’où qu’on s’trouve. On est toujours à la droite de quelqu’un. Soit. Dans l’espace, j’admets. C’est du continue tout ça. Mais, si on enlève l’espace de tout ça, si on remet du mouvement… Allez, je cite :
« Un ensemble de structures intellectuelles se retrouve dans la schizophrénie, dans les différents aspects de l’aliénation politique et (dans une certaine mesure) à l’échelle de la psychologie de l’enfant. Cet ensemble s’extériorise selon le cas individuel (et aussi selon l’optique de l’observateur) comme dissociation des totalités, comme dévalorisation, comme prépondérance de la fonction identificative par rapport à l’intuition du divers (voire de l’intuition tout court), ou comme prépondérance de la fonction spatiale par rapport à la fonction temporelle. » (In Joseph Gabel, « La fausse conscience », Ed. Minuit, 1962)
Je sais, c’est facile, c’est méchant pour ceux de gauche qui hésitent entre B. et Royal ou Laguiller (vivi, y’en a). Mais ne déconnez pas ! vous avez lu ce qu’il dit le monsieur, et c’était qu’un début. Vous expliquerez ensuite à vos petits-enfants pourquoi vous avez voté Bayrou en 2007. Je crois que vous en rougirez.
Bises joue gauche.
Libellés :
bayrou,
élection,
royal,
schizophrénie
4.19.2007
Lettre à une camarade
Salut camarade,
La situation est vraiment inquiétante. Nous ne voulons pas revivre ce cauchemar de 2002 et devoir une fois encore voter à droite au second tour. Une fois ça suffit. Mais il me semble que tu fais quelques raccourcis. Le PS n'est pas toute la gauche, nous sommes tous d'accord sur ce point, il y a d'autres manières d'être de gauche. On peut être de gauche hors du PS, c'est notre force, notre richesse commune. Il ne faut pas sous le coup de la peur dénier à toutes les gauches le droit de s'exprimer, et aux citoyens de montrer leur attachement à ces gauches. Nous nous retrouvons sur des valeurs, nous partageons une même vision de l'homme et de l'histoire, nous avons des histoires communes, des combats communs. Il existe des divergences sur les moyens : l'extension du rôle de l'Etat, la place de la France dans l'Europe, l'autonomie de l'économie, etc. Et ces divergences, ces conflits parfois dans notre vision de l'homme et de l'histoire, c'est la seule manière d'être de gauche, toujours en mouvement, toujours à imaginer demain, à interroger le passé, le présent, pour construire le futur. Le vote utile est un déni, un déni dangereux car il appauvrit une partie de ce que nous sommes. Alors oui, une nouvelle fois ne pas être représentés au second tour serait pour nous dramatique, mais perdre une parcelle de notre être de gauche le serait plus encore pour notre avenir.
C'est le second point que je voulais aborder. Après avril 2002, le PS, le seul parti de gouvernement cohérent à gauche, aurait dû changer, accepter cet échec et entamer une réforme profonde de son fonctionnement. Mais ses cadres ont préféré conserver sa structure, pour ne pas perdre de leurs pouvoirs. Tous les courants du PS et de la Gauche auraient pu autour d'un nouveau PS trouver une tribune pour s'exprimer clairement, nous aurions pu échanger sur nos différences et ensuite nous unir autour de nos valeurs communes. Au lieu de parler de vote utile à présent, nous aurions pu échanger, construire en commun avec une large majorité de la gauche et nous présenter unis avec un programme riche et inventif, chose que les citoyens nous réclament depuis longtemps. Je ne supporterai pas de devoir choisir entre deux leaders d'extrême-droite au second tour. Et si c'était le cas, je pourrai désigner clairement les responsables de ce nouvel échec. Et je ne serai pas le seul à le faire.
Amitiés de gauche
La situation est vraiment inquiétante. Nous ne voulons pas revivre ce cauchemar de 2002 et devoir une fois encore voter à droite au second tour. Une fois ça suffit. Mais il me semble que tu fais quelques raccourcis. Le PS n'est pas toute la gauche, nous sommes tous d'accord sur ce point, il y a d'autres manières d'être de gauche. On peut être de gauche hors du PS, c'est notre force, notre richesse commune. Il ne faut pas sous le coup de la peur dénier à toutes les gauches le droit de s'exprimer, et aux citoyens de montrer leur attachement à ces gauches. Nous nous retrouvons sur des valeurs, nous partageons une même vision de l'homme et de l'histoire, nous avons des histoires communes, des combats communs. Il existe des divergences sur les moyens : l'extension du rôle de l'Etat, la place de la France dans l'Europe, l'autonomie de l'économie, etc. Et ces divergences, ces conflits parfois dans notre vision de l'homme et de l'histoire, c'est la seule manière d'être de gauche, toujours en mouvement, toujours à imaginer demain, à interroger le passé, le présent, pour construire le futur. Le vote utile est un déni, un déni dangereux car il appauvrit une partie de ce que nous sommes. Alors oui, une nouvelle fois ne pas être représentés au second tour serait pour nous dramatique, mais perdre une parcelle de notre être de gauche le serait plus encore pour notre avenir.
C'est le second point que je voulais aborder. Après avril 2002, le PS, le seul parti de gouvernement cohérent à gauche, aurait dû changer, accepter cet échec et entamer une réforme profonde de son fonctionnement. Mais ses cadres ont préféré conserver sa structure, pour ne pas perdre de leurs pouvoirs. Tous les courants du PS et de la Gauche auraient pu autour d'un nouveau PS trouver une tribune pour s'exprimer clairement, nous aurions pu échanger sur nos différences et ensuite nous unir autour de nos valeurs communes. Au lieu de parler de vote utile à présent, nous aurions pu échanger, construire en commun avec une large majorité de la gauche et nous présenter unis avec un programme riche et inventif, chose que les citoyens nous réclament depuis longtemps. Je ne supporterai pas de devoir choisir entre deux leaders d'extrême-droite au second tour. Et si c'était le cas, je pourrai désigner clairement les responsables de ce nouvel échec. Et je ne serai pas le seul à le faire.
Amitiés de gauche
4.13.2007
Greys Anatomy au cœur de l’idéologie de la classe dirigeante américaine
Grand bouffeur de séries américaines et britanniques, j’ai, par le plus pur des hasards, déniché cette série, un peu connue en France, Greys Anatomy. S’il fallait faire un rapprochement à la Short Cut, je dirais un mélange de Urgences et de Sex and the City, mâtiné de Friends. Le propos est simple, des internes débarquent dans un hôpital de Seattle. Ce sont leurs vies, leurs relations avec les autres habitants de ce complexe hospitalier. Ça dure à chaque fois 52 minutes à peu près et tous les épisodes ont le même rythme, les mêmes événements. On suit quelques personnages d’un peu plus près, le reste sert de décor, et Seattle est totalement invisible. C’est souvent mignon, voire gnangnan, mais symboliquement, c’est d’une violence époustouflante.
Le vrai propos de cette série, c’est l’effort individuel vers la réussite. La réussite est polymorphe, mais les moyens sont toujours les mêmes. Y sont également développés tous les thèmes chers à l’Amérique Bushiste, l’importance du mariage, le respect des différences qui deviennent des différences naturalisées, alors bien sûr, y’a du mélange, un chirurgien noir et une interne asiatique tombent amoureux, mais c’est pour la galerie, les blancs restent ensemble, faut pas déconner non plus. Il y a un couple en péril, mais le mariage est plus fort que tout. Quelques rares moments sont consacrés aux difficultés qu’affrontent le système de santé américain, mais c’est surtout pour faire rebondir un épisode. Aucun critique là-dedans. Et surtout aucune critique esthétique.
Urgences au moins était un peu ouvert, les conditions sociales des malades étaient considérées, des réalisateurs extérieurs venaient prêter main forte et amenaient avec eux leurs univers très particuliers. Là, tout est plat, lisse, répétitif, travelings, close up, plans d’ensemble, tout vient soutenir un discours esthétique et social apaisants. L’héroïne principale est fille de chirurgien, elle est mince, élancée, amoureuse du médecin le plus mignon de l’hôpital, elle est lisse, ses crises sont pathétiques et son jeu d’une molesse remarquable. Car c’est elle qui tient plus de la moitié des épisodes, c’est elle l’âme de la série. Alors elle laisse le reste filtrer, doucement, tout nous remonte au fil des histoires, tout le background remonte, la présentation d’une Amérique qui va bien, où chacun a sa chance, où l’effort individuel est fondamental, où la réussite est une pratique individuelle, et où surtout presque rien n’est règlementé. Bref, c’est une merde qu’il faut voir comme une longue publicité, la philosophie spontanée de la classe dirigeante américaine.
Le vrai propos de cette série, c’est l’effort individuel vers la réussite. La réussite est polymorphe, mais les moyens sont toujours les mêmes. Y sont également développés tous les thèmes chers à l’Amérique Bushiste, l’importance du mariage, le respect des différences qui deviennent des différences naturalisées, alors bien sûr, y’a du mélange, un chirurgien noir et une interne asiatique tombent amoureux, mais c’est pour la galerie, les blancs restent ensemble, faut pas déconner non plus. Il y a un couple en péril, mais le mariage est plus fort que tout. Quelques rares moments sont consacrés aux difficultés qu’affrontent le système de santé américain, mais c’est surtout pour faire rebondir un épisode. Aucun critique là-dedans. Et surtout aucune critique esthétique.
Urgences au moins était un peu ouvert, les conditions sociales des malades étaient considérées, des réalisateurs extérieurs venaient prêter main forte et amenaient avec eux leurs univers très particuliers. Là, tout est plat, lisse, répétitif, travelings, close up, plans d’ensemble, tout vient soutenir un discours esthétique et social apaisants. L’héroïne principale est fille de chirurgien, elle est mince, élancée, amoureuse du médecin le plus mignon de l’hôpital, elle est lisse, ses crises sont pathétiques et son jeu d’une molesse remarquable. Car c’est elle qui tient plus de la moitié des épisodes, c’est elle l’âme de la série. Alors elle laisse le reste filtrer, doucement, tout nous remonte au fil des histoires, tout le background remonte, la présentation d’une Amérique qui va bien, où chacun a sa chance, où l’effort individuel est fondamental, où la réussite est une pratique individuelle, et où surtout presque rien n’est règlementé. Bref, c’est une merde qu’il faut voir comme une longue publicité, la philosophie spontanée de la classe dirigeante américaine.
La distance dans la distance dans la distance
Ça fait pas mal de temps que ça me titille, il fallait que je mûrisse tout ça, dans mon coin, tranquillement, qu’en quelque sorte j’achève un petit cycle commencé il y a plus de trois mois. En janvier, je m’inscrivais sur Meetic pour voir, et puis pour rencontrer, et puis pour passer le temps. J’ai également fait quelques tours sur d’autres sites du même genre, Parship, Match et sur un site approchant, Myspace. Ce sont tous des sites de rencontre par affinités, avec un vocabulaire spécifique, des « fins dernières » à peu près semblables. Sauf que…
Meetic, c’est un catalogue. Ou mieux, une théorie de fiches, comme on dit une théorie de fourmis, une suite continue de présentations de soi égalisées. Quand on s’inscrit sur ce site, il faut remplir des fiches anthropométriques, dire ce qui l’on cherche, comment on se perçoit, ses goûts, etc. Proposer des affinités en d’autres mots. Des moteurs de recherche sont mis à la disposition des clients (mot banni du site d’ailleurs) afin de « trouver » une « âme sœur ». Le vocabulaire est explicite, des exemples viennent le confirmer, et dès lors que l’on s’y inscrit, que l’on en parle autour de soi, on le sait, « ça marche ». Mais qu’est-ce qui « marche » ?
On se reconnaît. Mais pas au sens sartrien du terme, on se reconnaît comme dans un miroir, on cherche une vision de soi fantasmée, un regard sur soi, pas un regard de l’autre. Seul devant sa machine à compulser les fiches, on construit un imaginaire de l’autre, qui est l’expression de l’outil lui-même, pas l’expression d’un imaginaire personnel. Et cet imaginaire réifié, c’est-à-dire pétrifié par l’outil, quand la rencontre se fait te revient dans la gueule sous la forme d’un réel halluciné. La part de mystère de l’autre n’existe pas. Il n’y a que du désir de soi là-dedans, mais un désir mort, un désir inerte. On est devant ces milliers de fiches comme dans le désert des tartares, dans l’attente de quelque chose qui doit se passer mais qui n’arrive jamais.
L’autre est enfermé dans l’outil, le dialogue qui s’instaure se fait entre deux présentations de soi réifiées, l’investissement personnel se fait sur un miroir, et les mots échangés ne sont pas aboutis, ils sont inhibés. Si une rencontre se fait hors de l’outil par la suite, elle est réellement impossible. Une distance a été construite tout au long de cet échange-faux, rien n’a encore parlé en nous, nous ne sommes que des mots floqués sur un monolithe. Si la rencontre « réelle » a lieu, elle est de fait impossible, une distance a été construite tout au long de cet échange-faux et tout ce qui peut advenir ensuite n’est possible que dans cette distance. On construit de la distance dans la distance jusqu’à la séparation finale, inévitable.
Meetic est une forme de pornographie sociale, une des nombreuses inventions abjectes du capitalisme où le « faux est un moment du vrai », où la distance a remplacé la relation, où la seule géographie du désir est le catalogue, pas de dérive possible, il n’y a que de la compulsion. Myspace a tenté la même chose avec l’amitié. Mais pour l’instant, heureusement, ça ne « marche » pas. Pour combien de temps encore ?
Meetic, c’est un catalogue. Ou mieux, une théorie de fiches, comme on dit une théorie de fourmis, une suite continue de présentations de soi égalisées. Quand on s’inscrit sur ce site, il faut remplir des fiches anthropométriques, dire ce qui l’on cherche, comment on se perçoit, ses goûts, etc. Proposer des affinités en d’autres mots. Des moteurs de recherche sont mis à la disposition des clients (mot banni du site d’ailleurs) afin de « trouver » une « âme sœur ». Le vocabulaire est explicite, des exemples viennent le confirmer, et dès lors que l’on s’y inscrit, que l’on en parle autour de soi, on le sait, « ça marche ». Mais qu’est-ce qui « marche » ?
On se reconnaît. Mais pas au sens sartrien du terme, on se reconnaît comme dans un miroir, on cherche une vision de soi fantasmée, un regard sur soi, pas un regard de l’autre. Seul devant sa machine à compulser les fiches, on construit un imaginaire de l’autre, qui est l’expression de l’outil lui-même, pas l’expression d’un imaginaire personnel. Et cet imaginaire réifié, c’est-à-dire pétrifié par l’outil, quand la rencontre se fait te revient dans la gueule sous la forme d’un réel halluciné. La part de mystère de l’autre n’existe pas. Il n’y a que du désir de soi là-dedans, mais un désir mort, un désir inerte. On est devant ces milliers de fiches comme dans le désert des tartares, dans l’attente de quelque chose qui doit se passer mais qui n’arrive jamais.
L’autre est enfermé dans l’outil, le dialogue qui s’instaure se fait entre deux présentations de soi réifiées, l’investissement personnel se fait sur un miroir, et les mots échangés ne sont pas aboutis, ils sont inhibés. Si une rencontre se fait hors de l’outil par la suite, elle est réellement impossible. Une distance a été construite tout au long de cet échange-faux, rien n’a encore parlé en nous, nous ne sommes que des mots floqués sur un monolithe. Si la rencontre « réelle » a lieu, elle est de fait impossible, une distance a été construite tout au long de cet échange-faux et tout ce qui peut advenir ensuite n’est possible que dans cette distance. On construit de la distance dans la distance jusqu’à la séparation finale, inévitable.
Meetic est une forme de pornographie sociale, une des nombreuses inventions abjectes du capitalisme où le « faux est un moment du vrai », où la distance a remplacé la relation, où la seule géographie du désir est le catalogue, pas de dérive possible, il n’y a que de la compulsion. Myspace a tenté la même chose avec l’amitié. Mais pour l’instant, heureusement, ça ne « marche » pas. Pour combien de temps encore ?
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4.09.2007
Tableau 16
Jusqu'à la dernière minute c'est encore possible, tant que tout le temps nécessaire n'a pas été entièrement dépensé, rien n'est entièrement joué. C'est ainsi qu'il pensait sur cette route, assis. Il savait qu'à tout moment, ça pouvait débouler, l'emporter, le déchiqueter, l'envoyer à des centaines de mètres de là peut-être. Mais tant que le choc n'avait pas eu lieu, il était assis, sur cette route. Il tournait le dos à la circulation, pour ne pas avoir ce dernier réflexe. Il ne voulait pas s'en sortir, sa décision avait été prise, ce devait être aujourd'hui, enfin ce soir, sur cette route. Mais il avait peur de ses réactions, il avait peur de cette idée que rien n'était joué tant que le choc n'avait pas eu lieu, qui lui imposerait de se lever et traverser définitivement. Cette idée lui semblait odieuse, remarcher vers où? pour quoi faire? pour qui? Il attendrait jusqu'à ce que le camion, la voiture, ou tout autre véhicule assez puissant pour l'emboutir définitivement, surgisse et le catapulte enfin là où il voulait être. Car il voulait être ailleurs que sur cette route, ce soir-là, mais il voulait y aller d'une certaine façon.
Tableau 15
Traverser des vies. Juste en étant là. Jeter un oeil. Se retourner ensuite. Reprendre la sienne. En garder un semblant. Un petit bout. Quelques phrases. Y repenser, parfois. En oublier assez pour s'en souvenir. Refaire des gestes vus. Vivre par procuration. Croire cela possible. Continuer d'une certaine manière. Faire sans y croire. Vouloir se remanier. Pour quel but? Pourquoi faire? Laisser couler tout ça. Se retrouver enfin. Pourquoi pas?
Tableau 14
Il était seul, perdu, perdu, il se baladait, entre les crottes de chiens, il regardait le sol, sali, sali, il chantonnait, tristement. Il avait dans la tête, des mots, des mots, qui lui parlaient d'elle, ses lèvres bougeaient, une moue, une moue, sa langue sortait, vaguement. Il leva la tête, le ciel, les nuages, il ne voyait qu'elle, elle était partout, si belle, si belle, ses yeux lui piquaient, drôlement. Il accéléra, ses pas, ses pas, il voulait la voir, il n'en pouvait plus, tant pis, tant pis, il l'avait perdue, définitivement. Une voiture passa, trop vite, trop vite, il ne la vit pas, il se fit écrasé, paf, poum, il mourut ainsi, connement.
Tableau 13
Ce n'était rien. Au début ce n'était rien. Même pas une sensation. Vraiment rien, il n'y avait rien. Il y avait moi. Seul. Là. Puis un brouillard, un brouillard de mots, de gestes, d'idées, de sensations, oui pour le coup de sensations, qui s'est installé, doucement, ça montait, imperceptiblement. C'était doux au départ, vraiment doux. Ça venait de je ne sais où. Peut-être de l'extérieur? ou peut-être de moi? mais je ne peux rien affirmer de certain. Quand ça a commencé à monter, je n'ai pas compris que ça montait. Je ressentais quelque chose de normal, quelque chose d'habituel, comme ça se passe souvent. Quelques mots échangés, quelques regards, parce qu'il y a eu des regards, mais rien de convaincant, rien d'absolu. Des touches, des touches de couleurs presque, des choses sur lesquelles aucun mot ne pouvait être mis. Lentement, ça s'est lié, c'est devenu plus important, parce qu'il y a eu des souvenirs de ce moment, parce que dans le peu d'espace entre elle et moi, j'ai eu le temps de les faire revenir, inconstruits, déliés. Quand je l'ai revue, il y avait un passé, il y avait des choses-ensemble, du reconstruit, de l'imaginé, et des sensations qui s'étaient installées dans plusieurs parties du corps, de ùon corps. Et ce que je voyais, sentais, imaginais d'elle était plus intense dans sa présence. Elle avait pris une autre forme, elle était plus qu'elle n'était, elle était elle et ce que j'avais constuit d'elle. C'est dans ce second instant que tout s'est joué, c'est cette seconde rencontre, dans mon brouillard d'elle qui m'a rejeté dans cet état de demi-éveil. Son regard était plus que cela, ses yeux était plus que cela, sa bouche était plus que cela, son odeur était plus que cela, sa peau était plus que cela. J'étais devenu moins que moi-même parce qu'elle était là.
Tableau 12
C'est un flash qui te viens comme ça. Une pigmentation de la peau du visage qui se continue en picotements à la racine des cheveux. Les oreilles qui se bouchent. Et la vue qui se trouble, surtout ça en fait, parce qu'avec ce trouble, tout paraît moins réel, et tu te dis, non! je n'ai pas pu dire ça! Et comment aurais-je pu? Je ne suis pas comme ça! Je ne me reconnais pas, vraiment pas. Ça m'a échappé, mais d'où ça a bien pu m'échapper. C'est quelqu'un d'autre qui a parlé en moi, je ne peux le penser autrement. Alors tu fais un tour des visages alentour et tu sens cette condamnation sourde qui te viens morcellée des quatre coins de ta vue. Peut-être ont-ils mal compris eux aussi? Mais, non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, pas comme ça, laissez moi me reprendre ou bien vous expliquer. Mais elle sonne faux ta négation, parce que tu sais que tu l'as dit, tu l'as dit et tu l'as cru. Et quelques mots tu as déchiré quelque chose autour de toi, un tissu constitué de milliers de fils tissés ensemble pendant toutes ces heures. En quelques mots tu t'es dévoilé. Et tu es nu. Nu et honteux.
Tableau 11
Pourquoi pleurer? Ce n'est rien. Tu sais bien que ce n'est rien. Ce sont des choses qui arrivent. Des choses qui passent. Tu n'as pas à t'accuser de ça. C'est un peu la faute à pas de chance. Mais n'y vois pas un destin personnel. Ce n'était pas écrit quelque part. Ça pouvait arriver. Et voilà, c'est tout. Il te faudra l'oublier. Pas tout de suite, je sais bien que ce n'est pas possible. Mais plus tard. Dans quelques jours. Tu verras, sa présence se sera déjà un peu estompée. Et tu garderas en toi quelques moments. Ce seront tes moments de lui. Il vivra un peu en toi ainsi. A ta façon. Il t'inspirera, tu verras. Ne tremble pas ainsi. Ne résiste pas, laisse toi porter. Tu commences à sentir sa chaleur qui remonte? Tu vois, c'est comme ça que se construisent les souvenirs. Il faut les laisser te submerger, les laisser couler, à leur rythme. Il prend tout son espace en toi, toutes ses aspérités en toi, ce flot les remplit. Tu vois ce soupir, c'est un creux à présent plein. Il y en aura d'autres. Laisse ce flot t'envahir. Ferme les yeux et laisse le faire.
Tableau 10
J'avance ici d'un pas. Puis je m'arrête. Je regarde des deux côtés. Une mouche passe. Je suis une ligne blanche. Elle est continue. J'avance d'un nouveau pas. Je lève la tête. Un oiseau tombe. Il est mort. Mon troisième pas l'enjambe. Puis d'un quatrième pas, j'écrase une fourmi. Elle était là. Tant pis pour elle. C'est enfin un cinquième. Je m'arrête là. Je soupire. Une odeur de jasmin. Je la suis du nez. Elle m'oblige à me retourner. Je vois la fourmi, l'oiseau, mais plus de mouche. Des cinq pas, il m'en reste quatre. J'imagine le reste. Et je refais. Le quatrième et sa fourmi. Le troisième et son oiseau. Et le second que j'observe, longuement. J'ai perdu une mouche, j'ai perdu mon jasmin, j'ai perdu un pas. Et ma ligne blanche qui commence ici. Pourquoi continuer? Ma mouche a disparu, et je la pleure.
Tableau 9
On ne se parlera pas. C'est une décision qu'on a prise à deux, d'un commun accord, tacite. On ne se parlera pas parce que les mots n'ont rien à faire dans notre histoire, parce qu'ils gâcheraient tout. On s'en doutait un peu au départ. C'est pour ça que le tout premier mot avait mis du temps à venir. Et une fois qu'il est arrivé, on s'est regardé et on a compris pourquoi, pourquoi il avait mis tant de temps à arriver, celui-là, et pourquoi aussi ça serait le dernier. Et depuis on s'est fixé cette règle, on ne se parlera pas. Notre langue entre en carême, elle sera chaste, elle ne poussera pas nos dents, ne se roulera pas, ne se collera pas à nos palais, gardera une forme inaudible, plate, gisante. Elle sera ainsi pour nous deux, mais pas pour les autres; les autres, eux, ne sont pas concernés par notre langue commune, ils n'ont pas à savoir ce que nous en faisons, c'est notre langue secrète et jamais nous ne la partagerons.
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