Nuits de paresse

10.25.2008

Le retour de la refoulée

J’ai une imagination plutôt féconde. Je ne parle pas d’aventures dans des mondes merveilleux, mais de choses plus immédiates, de trucs qui défrisent les pâquerettes. Et comme chaque spectateur devant un événement, je ressens cet étrange souffle de l’exception. Depuis quelque temps tout de même ce petit souffle prend les allures d’un fond d’air. Omniprésent. Et il me titille la machine à fantaisies. Il me fait voir des choses plus grandes que « nature ». Ainsi ce vent mauvais, ce ventre fécond, cette impatience, cette angoisse, ce grondement, de ces choses qui sourdent comme on dirait tremblement pour parler d’une colère. Ce souvenir d’une lecture qu’un papier lu récemment m’a remis en mémoire. C’était dans « Le Talon de Fer », une scène, celle où l’on se dit tout, celle qui lance le reste. Quand le héros annonce sous les cris d’un parterre de grands patrons que la guerre est déclarée, il lui est répondu : « nous la gagnerons ».

Après quelques années détestables, dont l’Histoire semblait avoir été bannie, elle revient comme une évidence ; la lutte des classes est l’Histoire. Certains grands patrons ne l’ont jamais perdue de vue. Ils savent. Simplement ils voulaient la cacher par des constructions qu’ils ne maîtrisaient jamais entièrement. Ce cynisme qui a nourri plusieurs générations se dévoile. Warren Buffet déclarait il y a peu, la lutte des classes existe et « nous sommes sur le point de la gagner » et toutes les décisions présentées comme des plans de sauvegarde des biens de tous ne sont en fait qu’une spoliation généralisée des biens du plus grand nombre. Nationalisation des banques ? Bien pire que cela, la destruction du travail de tous pour le profit d’une minorité. La valeur que nous créons préserve les biens de ceux qui la détruisent. Nous garantissons les orgies de nos maîtres. Déguisée sous les oripeaux d’une conscience universelle, le patronat mondialisé (il est lui-même pris dans ce processus) prépare sa victoire finale contre tout travail. La destruction de la nature dont on nous rebat les oreilles est la fausse conscience du droit univers de l’homme spectaculaire. La mise en abîme de notre propre destruction en tant qu’être-dans-l’Histoire.

Et ça, ça fout les boules.

10.09.2008

Un miroir posé sur le Monde

L’Europe de Sarkozy ressemble étrangement à Sarkozy lui-même. Profitant du Salon de l’Auto pour présenter un plan d’aide à l’industrie automobile « nationale », il a décrit l’Europe telle qu’il la voit : « Absence de pensée manifeste », « organisation informelle. » Il faut briser les règles pour rendre l’Europe efficace, propose-t-il au détour d’une « réflexion » sur la politique industrielle américaine. L’Europe est un carcan, il faut savoir le briser en temps utiles. Et tout ceci était dit avec naturel, presque sans notes, comme en aparté. C’est la pensée de Sarkozy Nicolas, c’est ce qui lui vient spontanément lorsqu’il aborde ce sujet. Nous avions déjà pu lire sa « philosophie spontanée » au détour d’une double entrevue accordée à Michel Onfray pour un magazine de vulgarisation. Je suis toujours surpris par la capacité qu’a ce petit bout d’homme à déraper. Cela semble venir comme ça, naturellement comme on dit, je suis certain que c’est préparé, et pourtant, cela n’a pas la « structuration » des dérapages de l’autre spécialiste du genre, le gros borgne. Lui il faisait écrire ses dérapages, il les préparait avec beaucoup d’application, c’était planifié, et à force d’entendre le personnage on savait que l’homme derrière avait bien fourbi ses armes. Ses sorties scintillaient.

Une Europe sans pensée manifeste. C’est le cœur de la pensée européenne du gouvernement en place. Il n’y a pas d’idée d’Europe, de rêve d’Europe chez ces gens-là. Le Marchiani de Sarko, son petit porte-flingue, celui qui porte un nom d’oiseau, avait bien préparé le terrain en disant combien le carcan européen pesait sur l’économie française, qu’il fallait faire preuve de souplesse dans l’application des critères de Maastricht. Et ce petit côté « I want my money back » des libéraux. L’Europe comme grande zone de libre échange. L’Europe que si cela profite directement, rapidement, immédiatement même, une Europe à moindre coût, une Europe de larbins, de serviteurs, de bouc-émissaires. Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, il n’y a pas de pensée positive, ce ne sont que des calculs, des placements idéologiques à court terme, aucun grand plan d’ensemble, que des petits services. Cette petitesse politique est le miroir de la petitesse de ces hommes. Il n’y a rien de grand en eux, ce sont des louis-philippards, entourant un Louis Napoléon de pacotille. Malgré tout, on sent bien que derrière il y a un projet de société, qu’il y a une adhésion, une idéologie, l’application de la formule trop souvent oubliée « l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». Celle-ci n’a pas partie liée avec la classe gouvernante, elle se sont fondues, et la sortie proclamée de l’Histoire (dont l’enseignement est remis en cause dans l’Education nationale) est le signe manifeste de cette fusion-acquisition, comme on dit maintenant. Avec un cynisme désobligeant, le président en exercice confessait à ses débuts sa volonté d’être riche, d’intégrer ce monde des dirigeants. Et qu’après tout, le reste ils s’en branlait.

10.08.2008

3300

Ça baisse dans tous les coins. Les bourses s’allègent, les positions se renforcent, des plans sont érigés, ça fusionne un peu partout, on parle de trou d’air, d’injection de liquide, de fonds touchés, de pertes qui se multiplient, de pots cassés… certains matins, c’est un peu dur. Hier, fred m’a dit que le CAC devrait baisser jusqu’à 3300 points avant de rebondir. Certainement. J’y comprends que dalle à tout ça. J’ai simplement biché les tristes mines des hommes troncs ce matin, y’avait tellement de mouvements chez Euronext que le système de cotation a buggé, ils savaient pas si c’était volontaire ou non, ils croyaient que tout s’était arrêté. Qu’il n’y avait plus rien. Une suspension. Tout le monde a l’air dépassé par les événements. Alors on sonde, partant du principe que c’est une crise de confiance, on sonde l’opinion, savoir si les gens flippent, s’ils ne vont pas retirer leurs économies, savoir si ce que font les gouvernements ça sert à quelque chose. Les gens normaux ont un peu la fièvre, mais pas plus. Ça n’a pas l’air de nous concerner. Pour le moment.

Les fonds de pensions américains, ces fonds qui gèrent les retraites d’une partie de la populations, ont perdu 2.000 milliards de dollars ces 15 derniers mois. Ce modèle de retraite vient d’en prendre un coup dans l’aile. Le premier ministre en exercice s’était fait le chantre de ces fonds en France. Est-ce qu’on va en causer de ça ou sera-ce à qui noie le mieux le poisson ? C’était tout de même le truc des libéraux pour assurer les retraites. Est-ce qu’on va remettre ça sur le tapis ? Reparler du Fond de réserve des retraites, le truc que le gouvernement actuel refuse d’abonder et essaie de siphonner depuis quelques temps ? On peut commencer à voir les courants qui traversent cette tempête, ce qui se joue en dessous.

Et je me permets de faire remarquer simplement que le taux de suicide n’a pas augmenté chez les golden boys.

10.07.2008

Le jeu

Petit ras-le-bol aujourd’hui. Je commence à saturer. Beaucoup d’infos. J’ai passé presque deux heures à lire la presse. Je voulais partager des trucs sur la crise. Mais je me rends compte que je n’ai plus grand-chose à dire. A part cette peur qui prépare. Cette crise offre des opportunités. Permet de renforcer certaines positions. La baisse des indices boursiers est un moment du jeu. Une orgie de destruction de valeur. Un truc ma foi assez typique. Tout cela ne nous concerne pas.

Ce qui se passe à Sandouville est bien plus intéressant. Une lutte sociale en cours. Là on est dans le dur. Des ouvriers qui luttent contre une direction qui est dans le jeu, soutenue par un gouvernement qui travaille pour elle. Un article dans le Libé d’aujourd’hui m’a sorti de ma torpeur de poule devant un réveil, un article sur le dur. L’enquête d’un sociologue qui s’est fait embauché dans un abattoir. Il cause du travail concret. Des conditions de travail en temps de crise. Pendant la vache folle. Et il décrit le travail humain tel qu’il est. Un travail toujours en invention. Réglementation en évolution constante, décisions contradictoires de la direction, nécessités de la production, obligations de résultat, et une pratique qui se construit collectivement au plus près des tâches. Ça c’est notre jeu. Et bien que je ne le pratique plus depuis déjà pas mal de temps, j’ai l’impression d’être toujours dedans. Le travail me poursuit ; même sans emploi, je suis dans le travail. La recherche d’emploi, de poste, comprendre les demandes du recruteur, savoir analyser cette demande pour fournir les arguments pour l’embauche, la multiplication des biais de présentation, les courriels envoyés qui s’accumulent. C’est du travail. Le travail pour retrouver un emploi. Au-delà de cette pratique de la recherche, j’invente mon travail au fur et à mesure, je l’imagine, comme je l’imaginais en poste. Je crée ma pratique personnelle du travail comme activité quotidienne parce que rien ne les sépare. C’est une chose que je commençais à oublier à cause de cette crise. A force de jongler avec des choses abstraites, je perdais de vue ce qui est réellement, pratiquement. L’exercice de commentaire est une partie de mon travail, mais il ne le limite pas. Le tout étant de ne pas l’oublier.

Une pensée pour Jean-Paul qui doit avoir le moral dans les chaussettes…

10.06.2008

Les loups entre eux sont très civilisés

Et si une partie des turbulences financières, dont on cause largement dans les follicules, les troquets et les blogs, était amplifiée par les banques elles-mêmes ? JP Morgan par exemple, importante banque d’affaire, aurait fait chuter Lehman Brothers en gelant certains de ses actifs, et racheté Bear Stearns et Washington Mutual, tout cela parce que ces banques manquaient de liquidités. Puis nous voyons BNP Paribas rachetant Fortis par tronçons après refinancement par divers Etats européens, et soit dit en passant, ce rachat a pu se faire grâce à des fonds publics. Si l’on regarde d’un peu plus près les banques en danger, ce sont surtout des banques d’affaire, des fonds d’investissement et des banques de détail (qui gèrent des comptes courants) qui se sont lancées dans la banque d’investissement (ce qui a été rendu possible, je le rappelle, par l‘abrogation du Banking Act qui depuis les années 30 séparait ces deux activités pour que « plus jamais ça »). L’assèchement du crédit fragilise les banques qui ont parié sur des produits spéculatifs mais ne touche que marginalement les activités de banque de dépôt (autre nom des banques de détail). Les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires (qui continuent à se rapprocher lis-je amusé sur mon télescripteur) ou encore Dexia sont fragilisées par leurs activités de placement de produits spéculatifs et par certains placements immobiliers (n’oublions pas qu’au départ la crise était immobilière, du fait des spéculations sur ce marché). On ne parle pas ou quasiment pas de la Banque Postale, par exemple, qui ne fait que du détail (dépôt et épargne classique) ; pour l’instant.

Donc sont surtout touchées les institutions financières qui se sont appuyées pour se développer sur des produits financiers à risque. Les aides accordées ou débloquées par divers Etats vont profiter à ces institutions-là. Or, pour la très grande majorité des gens de base (vous et moi) la fin de ces activités ne nous en toucherait pas une. Pourtant, nous sommes contraints de régler une partie de la note ; de manière honteuse. Utiliser par exemple l’épargne populaire pour sauver les spéculateurs immobiliers, est tout de même un comble. Pouvoir trouver des milliards pour préserver les gains des plus riches quand il semble impossible de trouver des fonds pour aider les plus démunis d’entre-nous est… Pourtant ça passe tout seul. Pendant ce temps-là, le PS prépare son congrès et le NPA se digère. Quant au PC.

Le prochain mauvais coup sera règlementaire. Jusqu’à présent, il existe des régulateurs assez puissants même si peu connus du grand public, des normes contraignantes qui obligent les banques à se préserver sur certains marchés, ou à assurer leurs actifs. Et bien beaucoup de ces garde-fous vont tomber, pour le plus grand bonheur des petits sorciers de la « haute finance ». La crise profite à certains. Il serait peut-être temps de s’énerver. Personnellement, je suis assez bon au lancer de poids.

10.05.2008

Irresponsables?

http://www.lefigaro.fr/societes/2008/10/05/04015-20081005ARTFIG00059-jp-morgan-aurait-coule-lehman-brothers-.php
http://www.mediapart.fr/journal/economie/041008/fortis-le-temps-du-chacun-pour-soi
http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/economie/20081005.OBS4327/le_plan_de_sauvetage_de_la_banque_allemande_hypo_a_echo.html?idfx=RSS_notr
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2008/10/le-plan-paulson.html?xtor=RSS-450

Les exemples sont nombreux et vont continuer à pleuvoir. Les règles du grand jeu n'ont pas changé avec la crise.

10.03.2008

Le prochain train

J’ai pris une assurance habitation qui a bien fonctionné. J’ai eu un dégât des eaux et un mois et demi après, après plus de deux ans et demi de versements réguliers, je peux dire que cette assurance a été un bon placement. Dégât entièrement couvert, des aides diverses et un retour assez rapide à une situation normale. J’étais assuré contre un risque, par un contrat clair, auprès d’une entreprise spécialisée. Maintenant, imaginons que nous ayons tous pété les plombs, que nous sommes derrière le miroir. Alors on ferait comme si…

Au lieu de m’assurer moi, j’assure mon voisin. Je vais voir un assureur et je lui demande d’assurer mon voisin, un voisin que je connais à peine. Mieux, je vais voir quelqu’un pour assurer mon voisin. Même pas un assureur, juste quelqu’un. Et je propose de faire un contrat sur un risque, par exemple que mon voisin va perdre son portefeuille. En fait que mon voisin ne pourra plus payer ses charges et finira inscrit à la Banque de France. On va même pas faire de contrat, on va faire ça sur un bout de papier, entre nous. A la confiance, hein ! Et ce bout de papier je déclare qu’il représente la dette de ce voisin, et cette dette je la mets en location sur cinq ans. Si au bout de cinq ans, mon voisin n’est pas inscrit à la Banque de France, je paie le montant de sa dette, rubis sur l’ongle. Et ce bout de papier je le loue pour le montant de sa dette à 5% par mois par exemple avec en prime cet engagement que si dans les cinq ans, mon voisin il fait banqueroute, je verse le montant de sa dette, pareil, rubis sur l’ongle.

Bienvenus dans le monde des CDS, des « credit default swap ». Une invention fabuleuse qui commence à peine à être réglementée et qui pesait l’année dernière environ 65.000 milliards de dollars. Mais certaines estimations vont jusqu’à 650.000 milliards de dollars. Personne ne sait vraiment. Et ce qui rend cette machine formidable, c’est que ces obligations, comme on dit, peuvent être revendues, et revendues encore jusqu’à ne plus savoir qui s’était engagé au départ. Mieux encore ! Les dettes engagées n’ont pas à être bloquées, elles n’apparaissent nulle part. Axa par exemple est dans ce marché à hauteur de 450 millions d’euros, sur AIG et Lehman Brothers… Enfin, d’après les dires d’Axa. Les docteurs Folamour de la Phynance sont d’une imagination débordante et d’une irresponsabilité sans bornes. Et cerisier sur la fosse septique, impossible de savoir exactement quel placement classique s’appuie sur ces obligations. Il y a du monde à la barre disent-ils, espérons que ce sera à la barre d’un tribunal.

Je me permets de vous renvoyer vers deux articles :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8634
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/30/le-piege-des-credit-default-swaps_1100669_3234.html

Ça laisse rêveur.

10.02.2008

Qui se sent merdeux se torche

J’ai enfin pu lire quelques analyses un peu plus poussées sur la crise du crédit. Et si j’ai bien compris, les banques nous tiennent par les couilles.

Afin d’obtenir toujours plus de pognon, elles jouent le chantage au crédit. Le jeu est simple. Les dépôts effectués auprès des banques doivent être garantis jusqu’à un certain niveau. C’est un système assez peu contraignant qui autorise en fin de compte les banques à utiliser comme elles le souhaitent les dépôts effectués par les agents économiques (entreprises et ménages). Seule une petite partie du pognon déposé dans une banque est réellement dans cette banque. Tout le reste circule dans un réseau financier mondial complexe à la vitesse de plusieurs milliers de milliards par jour. Par exemple, un de ces nœuds de circulation (Clearstream, la fameuse chambre de compensation) voit passer tous les jours mille milliards d’euros, à peu près, d’opérations financières en tout genre. C’est de l’argent, mais arrivé « à un tel niveau de concentration qu’il en devient image. » Afin de pouvoir continuer ce jeu, les banques ont, toutefois, besoin d’un peu de fraîche. En temps normal, les banques centrales sont là pour filer un coup de main ; chaque banque du coin a des dépôts obligatoires chez elles qui garantissent, pour faire court, les dépôts des clients et si y’a un soucis, elles refilent un peu de thune, histoire de boucler les fins de mois. Le risque aujourd’hui, c’est que les banques, comme elles ont joué avec un pognon qu’elles n’avaient pas, refusent de laisser sortir le moindre kopek de leurs coffres et se tournent systématiquement vers les banques centrales. Les banques centrales deviennent alors prêteuses en premier recours.

Mais voilà, comme les banques ne veulent plus prêter, elles font plus leur boulot. Dans not’ beau système, « les prêts créent les dépôts » ; c’est parce que les entreprises empruntent que les gens ils ont un boulot, donc de la thune, donc des dépôts chez les fafioteurs. Alors qu’est-ce qu’ils disent cézigues ? Que si on leur donne pas de flouze, ça sera tintin pour les entreprises. Ce qu’on appelle le « crédit Crunch ». En d’autres terme, si vous voulez qu’on vous en prête, c’est dans le cul la balayette. Nous voilà donc en plein chantage des banques. Et le risque de récession est réel ! A force de proposer des placements merdeux à 25%, les banques (et les assureurs, voire les supermarchés) ont créé des produits financiers tout pourris qui reposaient sur du rien. Une véritable cavalerie. Alors ? Ben va falloir banquer. Et derrière, rien ne sera fait. Cette crise a déjà eu lieu, tout ce petit monde était au courant, au Japon, y’a pas très longtemps, mais ça marche tellement bien en temps normal qu’y’a aucune raison de tout changer. Donc on va payer. Personnellement, je fais mien le fameux proverbe grec (merci Sana !) « Quand ton ennemi t’encule, surtout ne bouge pas, tu pourrais le faire jouir ». Et si on ne payait pas ?

10.01.2008

Il n’est pire aveugle…

Dans le cadre chaleureux de quelque débat télévisé, j’ai eu l’occasion d’assister à une passe d’arme entre économistes, journalistes et analystes financiers. Ce genre de rendez-vous se sont multipliés ces derniers jours. Dans le contexte actuel, cela semble normal. Cela s’appelle le besoin d’information légitime des spectateurs. Vous êtes chez vous, au calme et soudain vous vous retrouvez assaillis par les informations. Vous découvrez une crise. Un événement sous vos yeux. L’Histoire ! Bref vous en demandez plus ; paraît-il. Donc, un débat. Alors qu’ai-je ouï…

D’abord, qu’il ne fallait pas paniquer. Ce qui est déjà pas mal. Tout est fait pour que nous paniquions. Rythme des informations, grandiosité (ben quoi ?) des chiffres, excitation des commentateurs, multiplication des annonces officielles et analyses définitives sur la fin de quelque chose. J’ai donc appris que le modèle politique américain s’était effondré ( ! ), que l’Etat avait son rôle à jouer dans la régulation de l’économie, que le capitalisme avait des hauts et des bas mais que le communisme c’était pire, que seul un effort collectif permettrait de sortir de la crise, etc. Disons que tout était fait pour que le spectateur se sente concerné par ce qui se tramait dans le calme des agences financières. Nous devions nous préparer à mettre la main à la poche. Que c’était notre devoir. Mais que le capitalisme c’était une bonne chose, et qu’il fallait simplement le réguler un peu. L’Etat intervient en notre nom pour éviter une débâcle. Afin de préserver notre épargne, notre argent. Nous allons donc payer pour des entreprises qui ont passé ces dernières années à virer du monde pour améliorer leurs profits, à maximiser leurs profits en jouant sur des produits purement spéculatifs afin d’atteindre le sacro-saint pourcentage à deux chiffres de rendement, à augmenter tous les frais possibles et imaginables jusqu’à en créer de nouveaux (paiement des opérations sur chèques, coût des retraits dans les agences concurrentes, frais de dépassements…) Certaines de ces entreprises se sont mises en danger pour acheter des concurrents et ces opérations, nous allons les payer. A perte qui plus est. A-t-on jamais vu gouvernement de droite (je précise, mais c’est purement rhétorique) demander un remboursement quelconque pour l’aide apportée à une entreprise d’intérêt national ? J’ai même vu cet e….. de Seillière (qui nous doit plusieurs milliards je le rappelle) se réjouir du pognon que venait de rafler ses misérables comparses à nos représentants.

Dans ces conditions, demander l’interdiction des licenciements, le remboursement des aides apportées aux entreprises qui licencient malgré leurs bénéfices et la pénalisation du droit des affaires, entre autres choses, paraît être la moindre des choses. Je rajouterais la castration des banquiers, mais par bonheur ils n’en ont pas.

9.30.2008

Petit message à l’attention des anti-américains primaires…

Regarder les infos à la télé, ça permet de rester informé, mais qu’est-ce que ça rend con ! A force de me faire défoncer les yeux et les oreilles par les analyses à chaud et autres réactions en direct, j’ai fini par oublier quelques petites choses fondamentales. Et d’abord que les Etats-Unis ont été fondés par des protestants. Ça a l’air idiot dit comme ça, mais c’est pourtant le cœur du « truc » (esprit du peuple, nation, idéologie… pour le coup je n’ai pas d’idée arrêtée ; je pencherais plutôt pour l’idéologie américaine, mais j’ai l’impression que c’est plus que ça. Max Weber en avait déjà largement causé). La Grâce, l’effort, la responsabilité individuelle pour n’en citer que quelques-unes, sont des conceptions de la place de l’homme dans le monde toujours aussi présentes. Et l’idée simpliste selon laquelle le capitalisme américain est autonome, anhistorique, impérialiste, soutenue par un peuple entier, empêche de lire correctement ce qui se joue en ce moment outre-atlantique.

L’éclatement de la bulle spéculative immobilière a touché des entreprises financières qui depuis plusieurs années faisaient des bénéfices à deux chiffres. Sans création de valeur. L’impossibilité devant laquelle se sont trouvés des milliers de familles américaines à rembourser les prêts shylockiens (les taux usuraires sont au moins limités et réglementés) sur lesquels s’appuyaient de nombreux produits spéculatifs a simplement, mécaniquement, de manière prévisible, fait s’effondrer un pan de cette économie virtuelle. Dans cette affaire, les seuls floués ont été les petits propriétaires expulsés de leurs maisons pour défaut de paiement. Ce fait n’a pas été oublié lors des débats d’hier au parlement américain. L’administration Bush, à laquelle a été associée la future administration Obama, avait en tête de garantir la solvabilité de cette partie du système bancaire qui s’était développée sur l’absurde cavalerie financière des subprime. Les réactions de beaucoup d’américains (un peuple qui, je le rappelle, n’hésite pas à lutter pour ses libertés) a forcé ses représentants à mettre les responsables de la crise face à leurs responsabilités. Beaucoup d’emplois seront perdus, de la valeur sera détruite, mais au moins le peuple américain aura montré son caractère.

En France, c’est une pantalonnade qui se joue. Notre parlement est aux ordres, j’ai noté quelques réactions mais rien à voir avec ce qui se passe de l’autre côté. Nos administrations vont voler au secours de nos si incompétents dirigeants économiques. Nos élites sont d’une bêtise ! et ça ne date pas d’hier (il suffit de lire Benda, ou plus récemment Todd). Pour comprendre ce qui se passe, il faut commencer par éteindre la télé, la radio, arrêter de lire la presse française et lire les anciens. Comme dit Chérèque, on cherche à nous enfumer. Et il sait de quoi il cause.

9.29.2008

Alors, obèse ?

Moi qui suis fumeur, je connais bien le problème qu’affrontent la plupart des obèses. Et je parle des obèses très tranquillement, puisque l’ayant été, j’ai toute licence sur le sujet. Pour être obèse, il ne suffit pas de grignoter, ou de manger beaucoup. Il y a certainement des trucs avec les hormones, l’habitude, l’hygiène physique… enfin la manière dont le corps va traiter ce qu’il ingère. Il est tentant lorsque l’on est obèse de se défausser sur je ne sais quelle fatalité qui empêche de retrouver un poids plus correct, moins dangereux pour le corps. Comme il est parfois plus que tentant d’en faire de même lorsque l’on fume. Personnellement, je fume parce que j’aime ça, tout en connaissant les risques que je prends. On peut m‘objecter que dès lors, je devrai assumer seul les conséquences de mon addiction ! Je suis certain que, comme le font déjà certains assureurs, la sécurité sociale refusera un jour de traiter les pathologies qui touchent les fumeurs. L’obésité prend ce chemin délicat qui mène à l’exclusion. Stigmatisés, obèses et fumeurs mènent le même combat. Et affrontent les mêmes problèmes.

Le tabac est surtaxé. Le prix de la clope est quasi prohibitif, et il va encore augmenter. Il est évident que cela à des effets directs sur sa consommation. Et sur certaines maladies, notamment cardiaques. Lorsque je vois toutes les saloperies qui se retrouvent dans la fumée que nous inhalons, j’ai un léger frisson. Et cette question me vient : qui a mis ça dedans ? Et quel est le lien entre les molécules présentes et les maladies causées. Je ne conseille à personne de commencer à fumer, c’est un choix qu’il faut avoir fait en connaissance de cause ; informer sur ce sujet est fondamental, mais diaboliser est un belle connerie. Et puis faire le lien, comme une évidence, tu fumes donc tu tousses, comme si il n’y avait pas d’autres facteurs… ou tu manges des bonbons donc tu es gros. Une alimentation toute pourrie, c’est effectivement un facteur de risque, mais quels peuvent être les effets d’une augmentation du prix des sucreries ? Est-ce que le sucre est le seul facteur favorisant l’obésité ? Est-ce qu’une simple campagne d’information sur les risques d’une alimentation mal équilibrée suffit (je pense à l’abject mangerbouger.fr) ? Et si la solution était plus simple : arrêter d’utiliser les produits bas de gamme comme déversoir pour tous les déchets de la chaîne agroalimentaire. Quand on n’a pas le sou, on bouffe de la merde. Pourquoi ne pas assainir l’industrie agroalimentaire ? Ou plus simplement, lutter contre la pauvreté.

Sur ce, Shana Tova !

9.26.2008

Talon de fer et rideau de fer

Et ce qui m’étonne et m’étonnera toujours, c’est que ça marche. Prenez un air martial, un ton définitif, puis dites que la catastrophe est proche mais qu’on va tout faire pour remonter la pente, ensemble, que le plus dur est devant nous, etc. Le petit rat qui s’occupe du chômage là-dessus nous dit que ça va exploser mais que c’est pas leur faute, l’hystéro qui gère la thune que c’est la récession et que le budget va être bordellique, la taulière des tauliers que c’est un onze septembre bancaire, etc. C’est si évident, si simple dans son exécution, tellement gros, que ça passe. Un grand communicant qui revient à la mode le disait : la foule est plus à même de croire un gros mensonge qu’un petit mensonge. Susciter la panique pour obtenir l’obéissance ; un vieux truc. Alors ? Pour masquer ses saloperies, la petite oligarchie qui soutient le Louis-Napoléon de Neuilly met en scène une crise pour gagner plus en faisant travailler plus les autres, pour pouvoir gratter encore plus de pognon à l’Etat. Comme il l’a dit à Toulon, l‘Etat interviendra pour protéger l’épargne des petites gens, non pas en renforçant les pouvoirs de la Caisse des Dépôts, par exemple, dont c’est la mission initiale, mais en… ça il l’a pas dit, mais je suis prêt à parier qu’il fera comme d’habitude, en refourguant de la fraîche à ceux dont les bilans comptables seront les mieux trafiqués. Toutefois, et contrairement à ce qui est ressassé ad nauseam, il existe des règles comptables internationales très strictes, une réglementation bancaire internationale qui s’impose à tous les pays, même si les organes chargés de ces contrôles ne sont pas toujours à la hauteur, bref le capitalisme est régulé et qu’il suffit que les Etats imposent ces règlementations souvent draconiennes. Mais il est tellement plus facile de dire que rien ne va, que rien n’a été fait, que le passé n’existe pas, et que tout doit se faire maintenant. Du passé faisons table rase disions-nous, c’est le nouveau mot d’ordre du capitalisme triomphant. Le mot d’ordre de toutes les dictatures. Quelque chose d’important est en train de se mettre en place sous nos yeux, un mur entre nous et notre passé se construit. Un nouveau rideau de fer.

9.25.2008

Points de suspension…

Précision. J’ai oublié d’évoquer dans mon blog d’hier une mécanique classique qui a son importance. Les tensions à l’intérieur même de l’Empire l’obligent à se tourner vers l’extérieur. Nous retrouvons cette mécanique dans le capitalisme. C’est ce que j’ai appelé plusieurs fois dans ce blog « les fronts pionniers », le besoin de dévorer des espaces. Et que l’on retrouve, d’une certaine façon, chez Gabel lorsqu’il décrit les processus de spatialisation du temps, mécanique fondamentale de la réification et de la fausse conscience. Cette négation des contradictions internes « détemporalise » le phénomène qui prennent la forme des antiennes classiques : « Notre Empire est éternel », « le capitalisme est naturel »… mais encore les troubles schizoïdes.

Brèfle. Profitant honteusement de la présence d’un poste de télévision dans mes environs visuels immédiats, j’ai regardé, affalé comme il se doit, un reportage intéressant sur le retour de l’Etat en Nouvelle Zélande. Dans les années 80, ce pays s’était lancé (le gouvernement de ce pays…) dans un vaste programme de privatisation de ses services publics (entendus au sens large – Banque, Assurance, Chemins de fer…). A la fin de cette décennie d’ouverture des capitaux, une panne d’électricité de six semaines dans la capitale économique, Auckland, a obligé les élites politiques locales à repenser la place du politique dans l’économique ; toute honte bue, les travaillistes au pouvoir durent renationaliser quelques services fondamentaux : banques, chemins de fer, distribution d’énergie… Mais le mal était fait ; de nombreuses villes de province étaient en crise, le système de protection sociale en lambeaux et les infrastructures obsolètes. Il faut à présent 12 heures pour parcourir les 600 km entre Auckland et Wellington, les grandes industries sont aux mains de capitaux spéculatifs notamment australiens, les aides sociales inexistantes. Le retour en arrière est impossible même si la situation semble s’améliorer. Par contre, le nationalisme local se porte bien. Plutôt que de lancer une vaste réforme économique et faire une politique sociale de gauche, les travaillistes locaux ont excité la fibre patriotique des descendants de prostituées, bagnards et autres massacreurs d’indigènes. Résultat des courses, les petites gens travaillent plus pour gagner moins, la situation économique est florissante et les étrangers (hors touristes) ne sont pas les bienvenus. Y’a un climat. C’est toujours intéressant de regarder les pays en pointe dans ces affaires, ils nous en disent long sur notre avenir immédiat.

9.24.2008

Une histoire d’Ours

Sur notre promontoire eurasien, l’inquiétude règne. Car LA question se pose encore. Comment arrêter une civilisation aussi dévoreuse d’espace ? L’impérialisme Russe semble être aussi vivace qu’au XVIème siècle et l’épisode de résorption de la fin du millénaire s’être achevé. Ce qui me surprend toujours avec la Russie, c’est sa capacité à ne pas imploser. Par quel « miracle » des peuples aussi différents peuvent-ils coexister dans un même Etat ? On ne peut pas parler de volontariat, ou de vouloir-vivre-ensemble, toutefois, l’appartenance à cet immense ensemble n’est pas sans contreparties. Certes, les peuples absorbés ont perdu leur autonomie historique, mais une intégration par le haut a toujours joué en faveur de ces nations. L’armée, le clergé, l’administration, la noblesse d’Etat pour faire court, mais également les noblesses locales, ont cimenté cet ensemble en s’appuyant, avant tout, sur la slavité et l’orthodoxie. En reprenant le flambeau de Constantinople et en devenant par là même la troisième Rome, l’orthodoxie a amené avec elle les expériences impériales romaine et byzantine. D’une certaine manière l’Empire russe est la suite historique de l’Empire romain.

Bon, mais alors c’est quoi cette idée de zone de libre échange économique entre l’Union européenne et l’Empire russe ? J’en reste sur le cul. A chaque fois que l’Europe s’est tournée vers la Russie, nous avons connu la guerre. Ceux qui ont fait un minimum d’études le savent. La puissance russe doit être contenue. Se laisser séduire par l’esprit Grand-Russe est dangereux, mais l’ignorer est impossible. Ce n’est pas une coopération qu’il faut proposer mais une opposition. La diplomatie européenne ne fait pas le poids face à son homologue russe. Militairement, nous sommes des nains. Alors c’est quoi le calcul dans cette affaire ? Je crois que nos petits diplomates pensent pouvoir tenir l’ours en chaîne économiquement. C’est tellement idiot que j’ose à peine l’écrire. Si cette zone de libre échange devait voir le jour, il est clair que c’en sera fini de l’Union Européenne. Qu’un nabot syphilitique y ait pensé ne m’étonne pas plus que ça, mais que cela puisse advenir me terrorise.

9.23.2008

La fatalité

J’ai entendu, aujourd’hui, une fois de plus, sortant de la bouche d’un dirigeant d’une puissance moyenne de la périphérie de l’Europe, cette idée qu’il fallait moraliser le capitalisme financier. Ça ne mange pas de pain, c’est devenu un classique de ces périodes de soubresaut. Et nous savons à présent que ce ne sont que des paroles en l’air. Disons des paroles de réconfort. Que rien ne sera fait. C’est une illusion. Il n’est pas possible de moraliser le capitalisme, quelque soit le qualificatif qui lui est joint. Le capitalisme est un système de valeurs, une manière d’appréhender l’homme dans sa globalité, une vision du monde plus qu’un simple système économique. C’est à force de mauvais emploi du terme que la confusion a été rendue possible. Le capitalisme est une idéologie.

« Moraliser le capitalisme financier » c’est simplement trouver les justifications adéquates aux souffrances qu’engendre pour de larges franges de l’Humanité la crisouille actuelle. Le capitalisme détruit le travail pour générer des profits. Il a besoin pour se développer de terreaux fertiles, de grands espaces. La crise des subprimes est une conséquence de l’exploitation des travailleurs pauvres américains. Vaste espace. Et l’on voit bien que sans grands espaces à exploiter le capitalisme engendre ce bon vieux réflexe si humain : la guerre. La terreur est consubstantielle au capitalisme, elle permet de tenir l’humanité enchaînée, dans sa forme la mieux organisée ce système de terreur s’appelle le nazisme. Le ventre d’où est sortie la bête immonde est toujours fécond. Notre peur est maïeutique. Il nous faut lui résister.

7.28.2008

Le Four est tini…

J’ai suivi avec un intérêt nauséeux la dernière étape du Tour, celle qui menait la caravane sur les Champs-Elysées. Pas seulement parce qu’elle foutait le tournis cette étape (près de 50 bornes à monter et descendre les Champs) mais aussi (voire surtout) pour les commentaires éclairés des spécialistes de l’épreuve, j’ai nommé les commentateurs sportifs. Une bien belle espèce s’il en est. Les trois premières heures se passèrent en dérives sur le Tour, le cyclimse, la France, les retransmissions sportives, les vannes à 30 centimes d’euro, la gloire journalistique, jusqu’aux stratégies adoptées par les différentes équipes, les grands moments de ce Tour (ce fut rapide) et surtout que ce Tour il était propre. Bilou (alias Bilalian), chef des gens qui commentent les sports sur l’ORTF, nous en a sorti de bonnes.

Avec des trémolos dans la voix il causa avec sa sérénité habituelle de la force du Tour, du professionnalisme des suiveurs, des équipes techniques, de l’importance de montrer la France qu’elle est belle et que c’est une fête populaire. Et là, il s’est embarqué dans des trucs pas trop clairs le bilou. Car monsieur dépêches (un téléscripteur à la place du cerveau) ne sait pas bien mentir, tout en parlant de fête populaire, il ne pouvait s’empêcher de faire montre d’un mépris sans bornes pour ce petit peuple qui bouffe des merguez retraitées, du mauvais rosé, dans ses caravanes sans conforts, en short délavé, tee-shirt publicitaire et charentaises aux pieds. Le peuple, ça pue. Chassez le naturel, il revient en vélo (comme disait Pierô).

Et puis il y a eu ce long intermède sur les étapes du Tour hors de France. Un enchaînement de commentaires sur la beauté de la France, sur l’inutilité d’aller voir ailleurs, sur la qualité des petites routes de France, des petits villages de France, des petits coins magnifiques de France, bref la grandeur de la France dans tout ce qu’elle a de petit. Que faire un tour en Espagne ou en Italie, c’était pas nécessaire, et qu’après tout, ça n’apportait rien au niveau sportif.

La France elle est belle, le Tour il est beau, tout va bien. Mais tout serait parfait si seulement la France du Tour pouvait être propre.

7.25.2008

Le Tour

Donc. Pendant ce long mois et demi de silence, pas mal de choses se sont passées. Rien qui ne vaille vraiment la peine de s’user le ciboulot, mais nonobstant (quel joli mot) y’a une accumulation.

Qu’avons-nous vu ? Une photo grand format qui disparaît de la devanture de l’échoppe du Maire de Paris, un Premier Ministre plié en et divisé par deux, un footballeur de haut niveau au cœur déformé, une femme politique qui fait de la variétoche quand une autre se fait cambrioler, Mozart qu’on assassine à Aix, un cobra qui se shoote… et de toutes ces nouvelles qui ont fait la une (tout dépend de quoi), je dois avouer que seule la dernière m’a vraiment intéressé.

Ricco se dopait. Tout ce petit monde le savait, il fallait seulement le prouver, trouver la faille. Une EPO indétectable mais qui pendant l’effort laisse sa trace dans les urines. Et voilà le travail. Fallait bien chercher. Il fallait savoir qu’il y avait quelque chose à chercher, utiliser les outils adéquats, et enfin trouver un marqueur incontestable. Puis se fut l’exclusion de l’athlète. Puis le départ de l’équipe. Toutefois, j’ai perçu quelques signes de déception. Venant d’un peu partout, mais surtout de la presse, l’idée que ce tour était un peu lent, que c’était un tour de transition, que le spectacle n’était pas vraiment là (la montée de la Croix de Fer fut exemplaire), qu’il manquait quelque chose, ces moment d’anthologie qui font l’épopée, qui font l’histoire du tour. Oui mais voilà, sans dope…

Car nul ne peut placer plus de deux accélérations dans une montée à 10% sans artifices (Sastre n’en a placé qu’une et a mis quatre minutes de plus que Pantani et consorts pour monter l’Alpe d’Huez), nul ne peut lutter contre un peloton en chasse, nul ne peut gagner deux étapes de montagne d’affilée etc. C’est facile à comprendre, pas de dopage, pas de spectacle. Et si spectacle il y a, il décevra tout le monde. Imaginez une course d’équipe avec bons de sortie, des arrivées en sprint massif, un tour de baroudeurs, sans l’exploit du chiffre, sans la souffrance de ceux de devants, un tour qui se fait à l’arrière, à la pédale, dans le dur, un tour d’ouvriers. Et ça, la télé n’en veut pas.

Le tour dévore. Flétrit les chairs. Brise les corps. Vomit son insanité fondamentale. De la merde dans le sang des coureurs pour de la merde dans l’estomac des voyeurs, de l’EPO pour mieux vendre du boudin. Bref, une traînée publicitaire.

Alors soyez logiques, rendez-nous Ricco ou arrêtez tout !

6.05.2008

Hymen, jeudi 5 juin

Bien évidemment, commenter une décision de justice est une chose qui ne se fait pas. D’ailleurs, rares sont les hommes politiques (et donc les femmes politiques, puisqu’il faut accoler un féminin à un masculin, manière de bien marquer la séparation et d’insister sur la concession faite, comme on pourrait dire encore (comme cela se fait aux Etats-Unis, mais évidemment pas en France) un homme politique noir, ou afro-français (j’imagine…), ou une femme politique arabo-française (voire islamo-française, mais là encore je délire), même il serait pensable de prendre quelque partie d’un individu et de l’essentialiser (la séparer, j’insiste) et de conclure que si l’un ne va pas sans l’autre, que comme la tradition est la sagesse du monde, qu’il n’y a pas de contrainte en religion (vous n’en reviendriez pas si je vous disais que ce sont les stricts observants d’une religion fort décriée qui le soutiennent), qu’un voile peut s’accrocher à une branche (ah ! souvenez-vous de ces chevauchés dans les flims de cape et d’épée, dans ces romances où la trinité voile/cheval/donzelle passait par l’accrobranche (qui est devenu est véritable activité m’a-t-on dit) et une tache de rouge quelque part) et que le vote des femmes blanches de plus de 50 ans qui vivent dans les Appalaches est captif, nous devons convenir ensemble d’une chose bien délicate, l’hymen n’a rien de religieux, sauf chez les catholiques) qui l’ont fait.

J’ai eu - je passe à autre chose - l’occasion de lire quelques articles sur la chirurgie de l’hymen, et le passé politique d’Hillary Clinton, et je me suis demandé s’il était possible de refaire la virginité politique de quelqu’un (j’allais dire d’une professionnelle, mais je crois que cela aurait été de fort mauvais goût) dans un monde post-racial (énhaurme !) où le seul changement brandi comme maxime de toute action peut suffire pour accéder à la magistrature suprême. Obama, en toute justice, vient d’être désigné (on dit nominé aux Etats-Unis) pour représenter le Parti Démocrate aux prochaines présidentielles, et je n’ai pas pour habitude de commenter des décisions de justice. Amen !

5.18.2008

Le silence s’éveille dans un dernier vagissement

Plusieurs fois j’ai pu croiser, dans différentes productions américaines, cette chose étrange qu’est le dernier vagissement de l’humanité. Le fond sonore de l’humanité, un bruit qui de loin en loin donne un « la ». La somme de tous nos sons, qui imite le son étalon, la note universelle, la note de la mathématique. « Dans un dernier vagissement.. », c’est ce que j’ai entendu aujourd’hui, dans un petit film, une petite production, presque un film fait à la maison. Tout est dans le presque.

Romero n’en finit pas de clore sa grande saga de la non-mort. Il propose cette fois-ci le journal intime de la non-mort, ses dernières pensées avant que la nuit ne tombe. Caméra sur l’épaule, l’objectif sur la plaie. Le récit des jours sans au-delà, le journal du premier jour, où l’humanité s’est enterrée dans sa tombe crânienne. Nous sommes invités à suivre un petit groupe d’étudiants qui apprend la grande nouvelle alors qu’il tournait un film d’horreur. Tout est filmé au premier degré, que quelques rares moments de distance vient à peine augmenter, juste de quoi faire le point, pour mieux « shooter » à vue. Démarches lentes et irrégulières des sousvivants, excitation des survivants, premiers pas hésitants des pionniers du nouveau monde. Et puis le vide que laisse la fin du bruit de la civilisation. Le dernier râle des machines humaines, pour un dernier « la ».

Un film pour les puristes du genre, sorti directement en DVD. « Diary of the Dead »

4.23.2008

Mediapart, 23 avril 2008

A l’heure où j’apprends que Pascal Sevran ne serait pas mort et que Libération serait en rade de correcteur, un site a fait son apparition dans mon petit quotidien. Tous les jours, depuis une semaine maintenant, je file faire un tour sur l’Internet découvrir les enquêtes d’un petit groupe de journalistes échappés du monde déliquescent de la presse papier. Autour de ce grand faiseur d’Edwy Plenel, deux douzaines de journalistes se sont associés pour titiller le monde empesé des follicules hexagonaux. Il est peut-être un peu tôt pour dire ce qu’il adviendra de ce nouveau modèle de journalisme qui ne peut, comme le fait depuis déjà bien longtemps le Canard Enchaîné, se fier qu’à la soif d’information de ses lecteurs et leur irréfragable envie de savoir pour vivre. Et un peu aussi à leur fidélité monétaire. Mais pour un début, je dois avouer que je suis bluffé. Déjà quelques enquêtes d’excellente tenue, une présentation des informations simple et efficace, et un traitement diachronique des sujets qui fâchent.

Bien entendu, les grands sujets du jour ne sont pas oubliés et ce qui fait l’information, chose que l’on a tendance à oublier, ce n’est pas la vie, mais bien les journalistes. Une information, créée ou reprise, inscrite dans un journal devient l’information du jour. Il n’y a pas d’information en soi. Ce sont des choses construites par un processus complexe et le « ça c’est de l’info coco ! » n’est plus qu’une réplique compassée de vieux films de série B. Quand je vois qu’une reprise d’un communiqué de presse sur la dernière éponge Spontex, une critique dithyrambique du dernier Lévy et les massacres au Darfour sont traités dans un certain journal gratuit avec le même professionnalisme, mon petit cœur d’infomane en fait une asystolie. L’info, c’est ce qui se partage et la naissance d’un nouveau lieu de partage est une chose qui se fête. Par exemple sur mediapart.fr, j’ai pu lire une enquête bien foutue sur le phénomène (l’épiphénomène plutôt) Betancourt, un bon Mauduit sur les émoluments des patrons du CAC40, et d’autres petites perles sur la Caisse des Dépôts, la propriété intellectuelle ou la création graphique.

Bref, allez-y, courez-y même, ça coûte 9 € par mois et c’est du journalisme ça coco !