Nuits de paresse

10.02.2008

Qui se sent merdeux se torche

J’ai enfin pu lire quelques analyses un peu plus poussées sur la crise du crédit. Et si j’ai bien compris, les banques nous tiennent par les couilles.

Afin d’obtenir toujours plus de pognon, elles jouent le chantage au crédit. Le jeu est simple. Les dépôts effectués auprès des banques doivent être garantis jusqu’à un certain niveau. C’est un système assez peu contraignant qui autorise en fin de compte les banques à utiliser comme elles le souhaitent les dépôts effectués par les agents économiques (entreprises et ménages). Seule une petite partie du pognon déposé dans une banque est réellement dans cette banque. Tout le reste circule dans un réseau financier mondial complexe à la vitesse de plusieurs milliers de milliards par jour. Par exemple, un de ces nœuds de circulation (Clearstream, la fameuse chambre de compensation) voit passer tous les jours mille milliards d’euros, à peu près, d’opérations financières en tout genre. C’est de l’argent, mais arrivé « à un tel niveau de concentration qu’il en devient image. » Afin de pouvoir continuer ce jeu, les banques ont, toutefois, besoin d’un peu de fraîche. En temps normal, les banques centrales sont là pour filer un coup de main ; chaque banque du coin a des dépôts obligatoires chez elles qui garantissent, pour faire court, les dépôts des clients et si y’a un soucis, elles refilent un peu de thune, histoire de boucler les fins de mois. Le risque aujourd’hui, c’est que les banques, comme elles ont joué avec un pognon qu’elles n’avaient pas, refusent de laisser sortir le moindre kopek de leurs coffres et se tournent systématiquement vers les banques centrales. Les banques centrales deviennent alors prêteuses en premier recours.

Mais voilà, comme les banques ne veulent plus prêter, elles font plus leur boulot. Dans not’ beau système, « les prêts créent les dépôts » ; c’est parce que les entreprises empruntent que les gens ils ont un boulot, donc de la thune, donc des dépôts chez les fafioteurs. Alors qu’est-ce qu’ils disent cézigues ? Que si on leur donne pas de flouze, ça sera tintin pour les entreprises. Ce qu’on appelle le « crédit Crunch ». En d’autres terme, si vous voulez qu’on vous en prête, c’est dans le cul la balayette. Nous voilà donc en plein chantage des banques. Et le risque de récession est réel ! A force de proposer des placements merdeux à 25%, les banques (et les assureurs, voire les supermarchés) ont créé des produits financiers tout pourris qui reposaient sur du rien. Une véritable cavalerie. Alors ? Ben va falloir banquer. Et derrière, rien ne sera fait. Cette crise a déjà eu lieu, tout ce petit monde était au courant, au Japon, y’a pas très longtemps, mais ça marche tellement bien en temps normal qu’y’a aucune raison de tout changer. Donc on va payer. Personnellement, je fais mien le fameux proverbe grec (merci Sana !) « Quand ton ennemi t’encule, surtout ne bouge pas, tu pourrais le faire jouir ». Et si on ne payait pas ?

10.01.2008

Il n’est pire aveugle…

Dans le cadre chaleureux de quelque débat télévisé, j’ai eu l’occasion d’assister à une passe d’arme entre économistes, journalistes et analystes financiers. Ce genre de rendez-vous se sont multipliés ces derniers jours. Dans le contexte actuel, cela semble normal. Cela s’appelle le besoin d’information légitime des spectateurs. Vous êtes chez vous, au calme et soudain vous vous retrouvez assaillis par les informations. Vous découvrez une crise. Un événement sous vos yeux. L’Histoire ! Bref vous en demandez plus ; paraît-il. Donc, un débat. Alors qu’ai-je ouï…

D’abord, qu’il ne fallait pas paniquer. Ce qui est déjà pas mal. Tout est fait pour que nous paniquions. Rythme des informations, grandiosité (ben quoi ?) des chiffres, excitation des commentateurs, multiplication des annonces officielles et analyses définitives sur la fin de quelque chose. J’ai donc appris que le modèle politique américain s’était effondré ( ! ), que l’Etat avait son rôle à jouer dans la régulation de l’économie, que le capitalisme avait des hauts et des bas mais que le communisme c’était pire, que seul un effort collectif permettrait de sortir de la crise, etc. Disons que tout était fait pour que le spectateur se sente concerné par ce qui se tramait dans le calme des agences financières. Nous devions nous préparer à mettre la main à la poche. Que c’était notre devoir. Mais que le capitalisme c’était une bonne chose, et qu’il fallait simplement le réguler un peu. L’Etat intervient en notre nom pour éviter une débâcle. Afin de préserver notre épargne, notre argent. Nous allons donc payer pour des entreprises qui ont passé ces dernières années à virer du monde pour améliorer leurs profits, à maximiser leurs profits en jouant sur des produits purement spéculatifs afin d’atteindre le sacro-saint pourcentage à deux chiffres de rendement, à augmenter tous les frais possibles et imaginables jusqu’à en créer de nouveaux (paiement des opérations sur chèques, coût des retraits dans les agences concurrentes, frais de dépassements…) Certaines de ces entreprises se sont mises en danger pour acheter des concurrents et ces opérations, nous allons les payer. A perte qui plus est. A-t-on jamais vu gouvernement de droite (je précise, mais c’est purement rhétorique) demander un remboursement quelconque pour l’aide apportée à une entreprise d’intérêt national ? J’ai même vu cet e….. de Seillière (qui nous doit plusieurs milliards je le rappelle) se réjouir du pognon que venait de rafler ses misérables comparses à nos représentants.

Dans ces conditions, demander l’interdiction des licenciements, le remboursement des aides apportées aux entreprises qui licencient malgré leurs bénéfices et la pénalisation du droit des affaires, entre autres choses, paraît être la moindre des choses. Je rajouterais la castration des banquiers, mais par bonheur ils n’en ont pas.

9.30.2008

Petit message à l’attention des anti-américains primaires…

Regarder les infos à la télé, ça permet de rester informé, mais qu’est-ce que ça rend con ! A force de me faire défoncer les yeux et les oreilles par les analyses à chaud et autres réactions en direct, j’ai fini par oublier quelques petites choses fondamentales. Et d’abord que les Etats-Unis ont été fondés par des protestants. Ça a l’air idiot dit comme ça, mais c’est pourtant le cœur du « truc » (esprit du peuple, nation, idéologie… pour le coup je n’ai pas d’idée arrêtée ; je pencherais plutôt pour l’idéologie américaine, mais j’ai l’impression que c’est plus que ça. Max Weber en avait déjà largement causé). La Grâce, l’effort, la responsabilité individuelle pour n’en citer que quelques-unes, sont des conceptions de la place de l’homme dans le monde toujours aussi présentes. Et l’idée simpliste selon laquelle le capitalisme américain est autonome, anhistorique, impérialiste, soutenue par un peuple entier, empêche de lire correctement ce qui se joue en ce moment outre-atlantique.

L’éclatement de la bulle spéculative immobilière a touché des entreprises financières qui depuis plusieurs années faisaient des bénéfices à deux chiffres. Sans création de valeur. L’impossibilité devant laquelle se sont trouvés des milliers de familles américaines à rembourser les prêts shylockiens (les taux usuraires sont au moins limités et réglementés) sur lesquels s’appuyaient de nombreux produits spéculatifs a simplement, mécaniquement, de manière prévisible, fait s’effondrer un pan de cette économie virtuelle. Dans cette affaire, les seuls floués ont été les petits propriétaires expulsés de leurs maisons pour défaut de paiement. Ce fait n’a pas été oublié lors des débats d’hier au parlement américain. L’administration Bush, à laquelle a été associée la future administration Obama, avait en tête de garantir la solvabilité de cette partie du système bancaire qui s’était développée sur l’absurde cavalerie financière des subprime. Les réactions de beaucoup d’américains (un peuple qui, je le rappelle, n’hésite pas à lutter pour ses libertés) a forcé ses représentants à mettre les responsables de la crise face à leurs responsabilités. Beaucoup d’emplois seront perdus, de la valeur sera détruite, mais au moins le peuple américain aura montré son caractère.

En France, c’est une pantalonnade qui se joue. Notre parlement est aux ordres, j’ai noté quelques réactions mais rien à voir avec ce qui se passe de l’autre côté. Nos administrations vont voler au secours de nos si incompétents dirigeants économiques. Nos élites sont d’une bêtise ! et ça ne date pas d’hier (il suffit de lire Benda, ou plus récemment Todd). Pour comprendre ce qui se passe, il faut commencer par éteindre la télé, la radio, arrêter de lire la presse française et lire les anciens. Comme dit Chérèque, on cherche à nous enfumer. Et il sait de quoi il cause.

9.29.2008

Alors, obèse ?

Moi qui suis fumeur, je connais bien le problème qu’affrontent la plupart des obèses. Et je parle des obèses très tranquillement, puisque l’ayant été, j’ai toute licence sur le sujet. Pour être obèse, il ne suffit pas de grignoter, ou de manger beaucoup. Il y a certainement des trucs avec les hormones, l’habitude, l’hygiène physique… enfin la manière dont le corps va traiter ce qu’il ingère. Il est tentant lorsque l’on est obèse de se défausser sur je ne sais quelle fatalité qui empêche de retrouver un poids plus correct, moins dangereux pour le corps. Comme il est parfois plus que tentant d’en faire de même lorsque l’on fume. Personnellement, je fume parce que j’aime ça, tout en connaissant les risques que je prends. On peut m‘objecter que dès lors, je devrai assumer seul les conséquences de mon addiction ! Je suis certain que, comme le font déjà certains assureurs, la sécurité sociale refusera un jour de traiter les pathologies qui touchent les fumeurs. L’obésité prend ce chemin délicat qui mène à l’exclusion. Stigmatisés, obèses et fumeurs mènent le même combat. Et affrontent les mêmes problèmes.

Le tabac est surtaxé. Le prix de la clope est quasi prohibitif, et il va encore augmenter. Il est évident que cela à des effets directs sur sa consommation. Et sur certaines maladies, notamment cardiaques. Lorsque je vois toutes les saloperies qui se retrouvent dans la fumée que nous inhalons, j’ai un léger frisson. Et cette question me vient : qui a mis ça dedans ? Et quel est le lien entre les molécules présentes et les maladies causées. Je ne conseille à personne de commencer à fumer, c’est un choix qu’il faut avoir fait en connaissance de cause ; informer sur ce sujet est fondamental, mais diaboliser est un belle connerie. Et puis faire le lien, comme une évidence, tu fumes donc tu tousses, comme si il n’y avait pas d’autres facteurs… ou tu manges des bonbons donc tu es gros. Une alimentation toute pourrie, c’est effectivement un facteur de risque, mais quels peuvent être les effets d’une augmentation du prix des sucreries ? Est-ce que le sucre est le seul facteur favorisant l’obésité ? Est-ce qu’une simple campagne d’information sur les risques d’une alimentation mal équilibrée suffit (je pense à l’abject mangerbouger.fr) ? Et si la solution était plus simple : arrêter d’utiliser les produits bas de gamme comme déversoir pour tous les déchets de la chaîne agroalimentaire. Quand on n’a pas le sou, on bouffe de la merde. Pourquoi ne pas assainir l’industrie agroalimentaire ? Ou plus simplement, lutter contre la pauvreté.

Sur ce, Shana Tova !

9.26.2008

Talon de fer et rideau de fer

Et ce qui m’étonne et m’étonnera toujours, c’est que ça marche. Prenez un air martial, un ton définitif, puis dites que la catastrophe est proche mais qu’on va tout faire pour remonter la pente, ensemble, que le plus dur est devant nous, etc. Le petit rat qui s’occupe du chômage là-dessus nous dit que ça va exploser mais que c’est pas leur faute, l’hystéro qui gère la thune que c’est la récession et que le budget va être bordellique, la taulière des tauliers que c’est un onze septembre bancaire, etc. C’est si évident, si simple dans son exécution, tellement gros, que ça passe. Un grand communicant qui revient à la mode le disait : la foule est plus à même de croire un gros mensonge qu’un petit mensonge. Susciter la panique pour obtenir l’obéissance ; un vieux truc. Alors ? Pour masquer ses saloperies, la petite oligarchie qui soutient le Louis-Napoléon de Neuilly met en scène une crise pour gagner plus en faisant travailler plus les autres, pour pouvoir gratter encore plus de pognon à l’Etat. Comme il l’a dit à Toulon, l‘Etat interviendra pour protéger l’épargne des petites gens, non pas en renforçant les pouvoirs de la Caisse des Dépôts, par exemple, dont c’est la mission initiale, mais en… ça il l’a pas dit, mais je suis prêt à parier qu’il fera comme d’habitude, en refourguant de la fraîche à ceux dont les bilans comptables seront les mieux trafiqués. Toutefois, et contrairement à ce qui est ressassé ad nauseam, il existe des règles comptables internationales très strictes, une réglementation bancaire internationale qui s’impose à tous les pays, même si les organes chargés de ces contrôles ne sont pas toujours à la hauteur, bref le capitalisme est régulé et qu’il suffit que les Etats imposent ces règlementations souvent draconiennes. Mais il est tellement plus facile de dire que rien ne va, que rien n’a été fait, que le passé n’existe pas, et que tout doit se faire maintenant. Du passé faisons table rase disions-nous, c’est le nouveau mot d’ordre du capitalisme triomphant. Le mot d’ordre de toutes les dictatures. Quelque chose d’important est en train de se mettre en place sous nos yeux, un mur entre nous et notre passé se construit. Un nouveau rideau de fer.

9.25.2008

Points de suspension…

Précision. J’ai oublié d’évoquer dans mon blog d’hier une mécanique classique qui a son importance. Les tensions à l’intérieur même de l’Empire l’obligent à se tourner vers l’extérieur. Nous retrouvons cette mécanique dans le capitalisme. C’est ce que j’ai appelé plusieurs fois dans ce blog « les fronts pionniers », le besoin de dévorer des espaces. Et que l’on retrouve, d’une certaine façon, chez Gabel lorsqu’il décrit les processus de spatialisation du temps, mécanique fondamentale de la réification et de la fausse conscience. Cette négation des contradictions internes « détemporalise » le phénomène qui prennent la forme des antiennes classiques : « Notre Empire est éternel », « le capitalisme est naturel »… mais encore les troubles schizoïdes.

Brèfle. Profitant honteusement de la présence d’un poste de télévision dans mes environs visuels immédiats, j’ai regardé, affalé comme il se doit, un reportage intéressant sur le retour de l’Etat en Nouvelle Zélande. Dans les années 80, ce pays s’était lancé (le gouvernement de ce pays…) dans un vaste programme de privatisation de ses services publics (entendus au sens large – Banque, Assurance, Chemins de fer…). A la fin de cette décennie d’ouverture des capitaux, une panne d’électricité de six semaines dans la capitale économique, Auckland, a obligé les élites politiques locales à repenser la place du politique dans l’économique ; toute honte bue, les travaillistes au pouvoir durent renationaliser quelques services fondamentaux : banques, chemins de fer, distribution d’énergie… Mais le mal était fait ; de nombreuses villes de province étaient en crise, le système de protection sociale en lambeaux et les infrastructures obsolètes. Il faut à présent 12 heures pour parcourir les 600 km entre Auckland et Wellington, les grandes industries sont aux mains de capitaux spéculatifs notamment australiens, les aides sociales inexistantes. Le retour en arrière est impossible même si la situation semble s’améliorer. Par contre, le nationalisme local se porte bien. Plutôt que de lancer une vaste réforme économique et faire une politique sociale de gauche, les travaillistes locaux ont excité la fibre patriotique des descendants de prostituées, bagnards et autres massacreurs d’indigènes. Résultat des courses, les petites gens travaillent plus pour gagner moins, la situation économique est florissante et les étrangers (hors touristes) ne sont pas les bienvenus. Y’a un climat. C’est toujours intéressant de regarder les pays en pointe dans ces affaires, ils nous en disent long sur notre avenir immédiat.

9.24.2008

Une histoire d’Ours

Sur notre promontoire eurasien, l’inquiétude règne. Car LA question se pose encore. Comment arrêter une civilisation aussi dévoreuse d’espace ? L’impérialisme Russe semble être aussi vivace qu’au XVIème siècle et l’épisode de résorption de la fin du millénaire s’être achevé. Ce qui me surprend toujours avec la Russie, c’est sa capacité à ne pas imploser. Par quel « miracle » des peuples aussi différents peuvent-ils coexister dans un même Etat ? On ne peut pas parler de volontariat, ou de vouloir-vivre-ensemble, toutefois, l’appartenance à cet immense ensemble n’est pas sans contreparties. Certes, les peuples absorbés ont perdu leur autonomie historique, mais une intégration par le haut a toujours joué en faveur de ces nations. L’armée, le clergé, l’administration, la noblesse d’Etat pour faire court, mais également les noblesses locales, ont cimenté cet ensemble en s’appuyant, avant tout, sur la slavité et l’orthodoxie. En reprenant le flambeau de Constantinople et en devenant par là même la troisième Rome, l’orthodoxie a amené avec elle les expériences impériales romaine et byzantine. D’une certaine manière l’Empire russe est la suite historique de l’Empire romain.

Bon, mais alors c’est quoi cette idée de zone de libre échange économique entre l’Union européenne et l’Empire russe ? J’en reste sur le cul. A chaque fois que l’Europe s’est tournée vers la Russie, nous avons connu la guerre. Ceux qui ont fait un minimum d’études le savent. La puissance russe doit être contenue. Se laisser séduire par l’esprit Grand-Russe est dangereux, mais l’ignorer est impossible. Ce n’est pas une coopération qu’il faut proposer mais une opposition. La diplomatie européenne ne fait pas le poids face à son homologue russe. Militairement, nous sommes des nains. Alors c’est quoi le calcul dans cette affaire ? Je crois que nos petits diplomates pensent pouvoir tenir l’ours en chaîne économiquement. C’est tellement idiot que j’ose à peine l’écrire. Si cette zone de libre échange devait voir le jour, il est clair que c’en sera fini de l’Union Européenne. Qu’un nabot syphilitique y ait pensé ne m’étonne pas plus que ça, mais que cela puisse advenir me terrorise.

9.23.2008

La fatalité

J’ai entendu, aujourd’hui, une fois de plus, sortant de la bouche d’un dirigeant d’une puissance moyenne de la périphérie de l’Europe, cette idée qu’il fallait moraliser le capitalisme financier. Ça ne mange pas de pain, c’est devenu un classique de ces périodes de soubresaut. Et nous savons à présent que ce ne sont que des paroles en l’air. Disons des paroles de réconfort. Que rien ne sera fait. C’est une illusion. Il n’est pas possible de moraliser le capitalisme, quelque soit le qualificatif qui lui est joint. Le capitalisme est un système de valeurs, une manière d’appréhender l’homme dans sa globalité, une vision du monde plus qu’un simple système économique. C’est à force de mauvais emploi du terme que la confusion a été rendue possible. Le capitalisme est une idéologie.

« Moraliser le capitalisme financier » c’est simplement trouver les justifications adéquates aux souffrances qu’engendre pour de larges franges de l’Humanité la crisouille actuelle. Le capitalisme détruit le travail pour générer des profits. Il a besoin pour se développer de terreaux fertiles, de grands espaces. La crise des subprimes est une conséquence de l’exploitation des travailleurs pauvres américains. Vaste espace. Et l’on voit bien que sans grands espaces à exploiter le capitalisme engendre ce bon vieux réflexe si humain : la guerre. La terreur est consubstantielle au capitalisme, elle permet de tenir l’humanité enchaînée, dans sa forme la mieux organisée ce système de terreur s’appelle le nazisme. Le ventre d’où est sortie la bête immonde est toujours fécond. Notre peur est maïeutique. Il nous faut lui résister.

7.28.2008

Le Four est tini…

J’ai suivi avec un intérêt nauséeux la dernière étape du Tour, celle qui menait la caravane sur les Champs-Elysées. Pas seulement parce qu’elle foutait le tournis cette étape (près de 50 bornes à monter et descendre les Champs) mais aussi (voire surtout) pour les commentaires éclairés des spécialistes de l’épreuve, j’ai nommé les commentateurs sportifs. Une bien belle espèce s’il en est. Les trois premières heures se passèrent en dérives sur le Tour, le cyclimse, la France, les retransmissions sportives, les vannes à 30 centimes d’euro, la gloire journalistique, jusqu’aux stratégies adoptées par les différentes équipes, les grands moments de ce Tour (ce fut rapide) et surtout que ce Tour il était propre. Bilou (alias Bilalian), chef des gens qui commentent les sports sur l’ORTF, nous en a sorti de bonnes.

Avec des trémolos dans la voix il causa avec sa sérénité habituelle de la force du Tour, du professionnalisme des suiveurs, des équipes techniques, de l’importance de montrer la France qu’elle est belle et que c’est une fête populaire. Et là, il s’est embarqué dans des trucs pas trop clairs le bilou. Car monsieur dépêches (un téléscripteur à la place du cerveau) ne sait pas bien mentir, tout en parlant de fête populaire, il ne pouvait s’empêcher de faire montre d’un mépris sans bornes pour ce petit peuple qui bouffe des merguez retraitées, du mauvais rosé, dans ses caravanes sans conforts, en short délavé, tee-shirt publicitaire et charentaises aux pieds. Le peuple, ça pue. Chassez le naturel, il revient en vélo (comme disait Pierô).

Et puis il y a eu ce long intermède sur les étapes du Tour hors de France. Un enchaînement de commentaires sur la beauté de la France, sur l’inutilité d’aller voir ailleurs, sur la qualité des petites routes de France, des petits villages de France, des petits coins magnifiques de France, bref la grandeur de la France dans tout ce qu’elle a de petit. Que faire un tour en Espagne ou en Italie, c’était pas nécessaire, et qu’après tout, ça n’apportait rien au niveau sportif.

La France elle est belle, le Tour il est beau, tout va bien. Mais tout serait parfait si seulement la France du Tour pouvait être propre.

7.25.2008

Le Tour

Donc. Pendant ce long mois et demi de silence, pas mal de choses se sont passées. Rien qui ne vaille vraiment la peine de s’user le ciboulot, mais nonobstant (quel joli mot) y’a une accumulation.

Qu’avons-nous vu ? Une photo grand format qui disparaît de la devanture de l’échoppe du Maire de Paris, un Premier Ministre plié en et divisé par deux, un footballeur de haut niveau au cœur déformé, une femme politique qui fait de la variétoche quand une autre se fait cambrioler, Mozart qu’on assassine à Aix, un cobra qui se shoote… et de toutes ces nouvelles qui ont fait la une (tout dépend de quoi), je dois avouer que seule la dernière m’a vraiment intéressé.

Ricco se dopait. Tout ce petit monde le savait, il fallait seulement le prouver, trouver la faille. Une EPO indétectable mais qui pendant l’effort laisse sa trace dans les urines. Et voilà le travail. Fallait bien chercher. Il fallait savoir qu’il y avait quelque chose à chercher, utiliser les outils adéquats, et enfin trouver un marqueur incontestable. Puis se fut l’exclusion de l’athlète. Puis le départ de l’équipe. Toutefois, j’ai perçu quelques signes de déception. Venant d’un peu partout, mais surtout de la presse, l’idée que ce tour était un peu lent, que c’était un tour de transition, que le spectacle n’était pas vraiment là (la montée de la Croix de Fer fut exemplaire), qu’il manquait quelque chose, ces moment d’anthologie qui font l’épopée, qui font l’histoire du tour. Oui mais voilà, sans dope…

Car nul ne peut placer plus de deux accélérations dans une montée à 10% sans artifices (Sastre n’en a placé qu’une et a mis quatre minutes de plus que Pantani et consorts pour monter l’Alpe d’Huez), nul ne peut lutter contre un peloton en chasse, nul ne peut gagner deux étapes de montagne d’affilée etc. C’est facile à comprendre, pas de dopage, pas de spectacle. Et si spectacle il y a, il décevra tout le monde. Imaginez une course d’équipe avec bons de sortie, des arrivées en sprint massif, un tour de baroudeurs, sans l’exploit du chiffre, sans la souffrance de ceux de devants, un tour qui se fait à l’arrière, à la pédale, dans le dur, un tour d’ouvriers. Et ça, la télé n’en veut pas.

Le tour dévore. Flétrit les chairs. Brise les corps. Vomit son insanité fondamentale. De la merde dans le sang des coureurs pour de la merde dans l’estomac des voyeurs, de l’EPO pour mieux vendre du boudin. Bref, une traînée publicitaire.

Alors soyez logiques, rendez-nous Ricco ou arrêtez tout !

6.05.2008

Hymen, jeudi 5 juin

Bien évidemment, commenter une décision de justice est une chose qui ne se fait pas. D’ailleurs, rares sont les hommes politiques (et donc les femmes politiques, puisqu’il faut accoler un féminin à un masculin, manière de bien marquer la séparation et d’insister sur la concession faite, comme on pourrait dire encore (comme cela se fait aux Etats-Unis, mais évidemment pas en France) un homme politique noir, ou afro-français (j’imagine…), ou une femme politique arabo-française (voire islamo-française, mais là encore je délire), même il serait pensable de prendre quelque partie d’un individu et de l’essentialiser (la séparer, j’insiste) et de conclure que si l’un ne va pas sans l’autre, que comme la tradition est la sagesse du monde, qu’il n’y a pas de contrainte en religion (vous n’en reviendriez pas si je vous disais que ce sont les stricts observants d’une religion fort décriée qui le soutiennent), qu’un voile peut s’accrocher à une branche (ah ! souvenez-vous de ces chevauchés dans les flims de cape et d’épée, dans ces romances où la trinité voile/cheval/donzelle passait par l’accrobranche (qui est devenu est véritable activité m’a-t-on dit) et une tache de rouge quelque part) et que le vote des femmes blanches de plus de 50 ans qui vivent dans les Appalaches est captif, nous devons convenir ensemble d’une chose bien délicate, l’hymen n’a rien de religieux, sauf chez les catholiques) qui l’ont fait.

J’ai eu - je passe à autre chose - l’occasion de lire quelques articles sur la chirurgie de l’hymen, et le passé politique d’Hillary Clinton, et je me suis demandé s’il était possible de refaire la virginité politique de quelqu’un (j’allais dire d’une professionnelle, mais je crois que cela aurait été de fort mauvais goût) dans un monde post-racial (énhaurme !) où le seul changement brandi comme maxime de toute action peut suffire pour accéder à la magistrature suprême. Obama, en toute justice, vient d’être désigné (on dit nominé aux Etats-Unis) pour représenter le Parti Démocrate aux prochaines présidentielles, et je n’ai pas pour habitude de commenter des décisions de justice. Amen !

5.18.2008

Le silence s’éveille dans un dernier vagissement

Plusieurs fois j’ai pu croiser, dans différentes productions américaines, cette chose étrange qu’est le dernier vagissement de l’humanité. Le fond sonore de l’humanité, un bruit qui de loin en loin donne un « la ». La somme de tous nos sons, qui imite le son étalon, la note universelle, la note de la mathématique. « Dans un dernier vagissement.. », c’est ce que j’ai entendu aujourd’hui, dans un petit film, une petite production, presque un film fait à la maison. Tout est dans le presque.

Romero n’en finit pas de clore sa grande saga de la non-mort. Il propose cette fois-ci le journal intime de la non-mort, ses dernières pensées avant que la nuit ne tombe. Caméra sur l’épaule, l’objectif sur la plaie. Le récit des jours sans au-delà, le journal du premier jour, où l’humanité s’est enterrée dans sa tombe crânienne. Nous sommes invités à suivre un petit groupe d’étudiants qui apprend la grande nouvelle alors qu’il tournait un film d’horreur. Tout est filmé au premier degré, que quelques rares moments de distance vient à peine augmenter, juste de quoi faire le point, pour mieux « shooter » à vue. Démarches lentes et irrégulières des sousvivants, excitation des survivants, premiers pas hésitants des pionniers du nouveau monde. Et puis le vide que laisse la fin du bruit de la civilisation. Le dernier râle des machines humaines, pour un dernier « la ».

Un film pour les puristes du genre, sorti directement en DVD. « Diary of the Dead »

4.23.2008

Mediapart, 23 avril 2008

A l’heure où j’apprends que Pascal Sevran ne serait pas mort et que Libération serait en rade de correcteur, un site a fait son apparition dans mon petit quotidien. Tous les jours, depuis une semaine maintenant, je file faire un tour sur l’Internet découvrir les enquêtes d’un petit groupe de journalistes échappés du monde déliquescent de la presse papier. Autour de ce grand faiseur d’Edwy Plenel, deux douzaines de journalistes se sont associés pour titiller le monde empesé des follicules hexagonaux. Il est peut-être un peu tôt pour dire ce qu’il adviendra de ce nouveau modèle de journalisme qui ne peut, comme le fait depuis déjà bien longtemps le Canard Enchaîné, se fier qu’à la soif d’information de ses lecteurs et leur irréfragable envie de savoir pour vivre. Et un peu aussi à leur fidélité monétaire. Mais pour un début, je dois avouer que je suis bluffé. Déjà quelques enquêtes d’excellente tenue, une présentation des informations simple et efficace, et un traitement diachronique des sujets qui fâchent.

Bien entendu, les grands sujets du jour ne sont pas oubliés et ce qui fait l’information, chose que l’on a tendance à oublier, ce n’est pas la vie, mais bien les journalistes. Une information, créée ou reprise, inscrite dans un journal devient l’information du jour. Il n’y a pas d’information en soi. Ce sont des choses construites par un processus complexe et le « ça c’est de l’info coco ! » n’est plus qu’une réplique compassée de vieux films de série B. Quand je vois qu’une reprise d’un communiqué de presse sur la dernière éponge Spontex, une critique dithyrambique du dernier Lévy et les massacres au Darfour sont traités dans un certain journal gratuit avec le même professionnalisme, mon petit cœur d’infomane en fait une asystolie. L’info, c’est ce qui se partage et la naissance d’un nouveau lieu de partage est une chose qui se fête. Par exemple sur mediapart.fr, j’ai pu lire une enquête bien foutue sur le phénomène (l’épiphénomène plutôt) Betancourt, un bon Mauduit sur les émoluments des patrons du CAC40, et d’autres petites perles sur la Caisse des Dépôts, la propriété intellectuelle ou la création graphique.

Bref, allez-y, courez-y même, ça coûte 9 € par mois et c’est du journalisme ça coco !

4.14.2008

Libération, 14 avril 2008

Une crise surprenante qui ne surprend personne. Les grandes organisations internationales s’y attendaient, les acteurs principaux des marchés mondiaux la préparaient, les prévisionnistes l’avaient décrite. La grande crise alimentaire a commencé. Sous nos latitudes, elle prend le nom de baisse du pouvoir d’achat, sous leurs latitudes, famine. Ses causes sont tellement nombreuses, qu’il semblerait raisonnable de se demander comment il aurait été possible de l’éviter. Modification du climat, crise financière, spéculation sur les marchés des matières premières et dérégulations, hausse du pétrole et investissements massifs dans les biocarburants, baisse des aides aux pays du tiers-monde, évolution des modes de consommations des géants du sud… Ce que je trouve admirable dans ce constat, c’est qu’il oblige. A partir du moment où une situation est devenue incontrôlable, où trop de critères sont en jeu, il devient obligatoire de prendre des décisions, de mettre en place des mesures drastiques, de combattre avec « courage », par « sens du devoir », par « obligation morale », dans « l’urgence humanitaire », etc. Bref, il faut agir.

Les putes de supermarché qui nous gouvernent vont nous déballer leur sempiternelle camelote, nos éditorialistes préférés vont écrire la plume dans le cul qu’il faut réguler tout ça, qu’il y a eu urgence, les déchets de notre classe dirigeante évacués dans les différentes organisations internationales vont nous expliquer doctement qu’il fallait s’y attendre… Cela me fait furieusement penser aux réformes de la Protection Sociale. Il suffit de ne pas financer, de laisser pourrir une situation pour ensuite expliquer qu’il n’est pas possible de continuer comme ça, qu’il faut réformer, couper dans le vif et faire preuve de « courage » et de « sens du devoir ».

« Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » (Allocution de Nicolas Sarkozy prononcée à l’Université de Dakar)

Le talon de blé est à l’œuvre, de l’autre côté. Nos dents creusent leurs tombes.

4.07.2008

La flamme


Journée frileuse. Neige la veille. Grêle le jour même. Nous attendions le défilé. Au milieu d’un flot gendarmesque, publicitaire, ordurier, une flamme conspuée qui passe.

Honte à la République !

4.01.2008

We’ll have to talk about that

Il me semble que c’est en cherchant de nouvelles choses à voir sur le site de HBO que j’ai croisé cette série ; In Treatment. Depuis que je m’y suis mis « sérieusement », j’ai multiplié mes sources d’information. Il y a bien évidemment les sites des grands chaînes américaines (dont HBO), le site de la BBC, qui produit d’excellentes séries, le site a-suivre.org, un collectif d’amateurs du genre qui va gratter un peu partout des informations sur les séries, les feuilletons et les téléfilms, et enfin Libé qui a une petite rubrique qui vaut le détour.

Dès le premier épisode, le ton est donné ; une pièce, deux personnes, peu de mouvements de caméra. 22 minutes. La réalisation se concentre sur les acteurs et le texte. La tension est forte. Beaucoup de silences. Ici on parle. Les histoires personnelles servent de décor. Gabriel Byrne est Paul, psychanalyste américain, ancien jeune-turc. Nous sommes invités à suivre quelques-uns de ses clients. Des cas spéciaux, pour lui. Le lundi, ce sera Laura, le mardi Alex… et un couple. Et puis en fin de semaine, c’est Paul qui retrouve son ancienne psy. Il parle de lui, de ses clients, de ses difficultés. Ces clients si spéciaux, c’est sa manière à lui de continuer sa psychanalyse, il en parle très directement, les mots animent les visages ; les gestes sont rares, on se lève pour prendre une respiration, on se replace sur son fauteuil, on se mouche. Ça évacue beaucoup.

In Treatment est une série israélienne (BeTipul), réécrite pour le public américain. L’adaptation en a été faite par un réalisateur déjà croisé chez les « Sopranos », « Six feet under » ou encore « Carnivàle », Rodrigo Garcìa. Je ne sais pas si en France une chaîne la diffusera. J’espère. Ça vaut le coup d’œil. Le dernier épisode de la première saison a été diffusé le 28 mars.

3.24.2008

The 4400

Quand un phénomène angoissant surgit, il existe deux manières de l’aborder. La première consiste à analyser ce phénomène comme la résultante d’un processus interne au sujet. Il s’agit alors de comprendre ce qui dans le sujet a permis l’émergence d’un tel phénomène. Il faut alors analyser ce sujet, dévoiler ses mécaniques internes et relier ces dernières au phénomène. Il devient possible de trouver des solutions adéquates et faire en sorte que de tels phénomènes ne se répètent pas. C’est très général tout ça, mais c’est volontaire. La deuxième manière de l’aborder est de considérer que ce phénomène est indépendant du sujet, qu’il est extérieur et que son apparition est fortuite. Dans ce cas, il suffit de bombarder l’Irak.

Tout le propos des 4400, série bien comme il faut et fort sympathique à ses débuts, est de mettre en garde l’humanité (puisque tout le monde est abonné à Hollywood) contre les dangers qui pèsent sur l’avenir du monde. L’apocalypse est à nos portes, elle est pimpante et rayonnante, elle attend juste un peu que toutes les conditions soient bien réunies pour débarquer. Alors que faire pour que ce qui doit arriver n’arrive pas. Les 4400 ont la solution, il faut que dans des milliers d’années, les hommes aient atteint un niveau technologique tel qu’ils puissent venir capturer quelques clampins du millénaire qu’on vient de quitter, les modifient et les renvoient au début de ce millénaire pour qu’ils puissent, sans que quiconque se bouge le cul, sauver l’humanité, la terre et le peuple Américain. Parce qu’eux, ils ont un vrai projet pour l’avenir, avec des vrais moyens, car certainement ils ont eu de vrais débats…

Ceci dit, cette manière de voir les choses a un nom : la providence. D’autant plus facile à gober outre-atlantique que « provide » est largement usité. Nous on a les sauveurs, les hommes providentiels, les leaders charismatiques, ça évite de se prendre la tête avec des choses compliquées à comprendre et d’agir de manière « intelligente ». Comme disait l’autre avant de jouer avec son flingue sur le bord du canal : « Ma politique n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ». Ou à peu près. Tous unis, E.T. va nous sauver et faisons la guerre en Afghanistan.

J’ai un peu dérapé sur la fin on dirait.

3.14.2008

J’écris, tu… ?

Les livres tenaient salon. Grands et petits, minces et gros, chers et accessibles, brillants et fades, lourds et légers, colorés, noir et blanc et monochromes, souples et rigides, brochés et reliés, in-quarto et in-folio, parfois illustrés, parfois non coupés, seuls et en collection, avec et sans collaborations, neufs et d’occasion, romans, nouvelles, poèmes, encyclopédies, dictionnaires, bandes dessinées, de poche, d’étude, recherches, d’agrément, guides, de recettes, monographies, biographies, photographies, récits de voyages…

Tant mieux.

« Peut-être que ce que je suis en train de commencer ne sera qu’une de ces nombreuses histoires dont je n’arrive à écrire que le début. Nombreuses… en fait une dizaine, tout au plus. Mais elles se ressemblent toutes. Elles commencent par l’affirmation qu’elles finiront et s’achèvent en plein récit au bout d’une centaine de lignes. A peine des histoires en fait, des ébauches de commencement. Des petits débuts. Le premier trait de ce qui s’annonce soi-même comme une grande fresque. A chaque fois, j’exprime dans ces prémices ma volonté de mener au bout quelque chose d’important, qui va me dépasser par sa complexité et surtout sa longueur. Je rêve dans ces premiers mots des cent milles qui doivent suivre, de l’immense voyage qui doit débuter, d’une traversée onirique d’un monde que j’ai en moi, presque achevé mais inachevé parce qu’inécrit. Je sais que j’ai assez de mots pour tout dire de ce que j’ai presque sous les yeux, chaque forme, chaque idée mais quand il s’agit de mettre ceci devant moi sous une forme exprimée, je n’arrive à saisir que le moment fugace d’une ligne, d’un mouvement, un visage. Je ne cherche pas à toucher une chose par une multitude d’approches, comme l’objeu de Ponge, mais à écrire la multitude en moi d’une seule manière. Par l’écriture construire en le mettant là, devant moi. L’obje. Un univers vaste qui tient en une chose et dont la seule cohérence est encore d’être inécrit. »

3.08.2008

L’antépénultième degré, 08 mars 2008

L’art de perdre son temps est un art qui se perd. C’est dans l’esprit du temps. Et c’est fort dommage. Les seuls qui défendent encore cette manière d’être arguent que perdre son temps, c’est souvent le gagner, car l’efficacité n’a rien à voir avec l’usage rationnel du temps. Ce qui est peut-être pire que de condamner tout simplement celui qui perd son temps parce qu’il le perd. On serait encore autorisés à perdre raisonnablement son temps pour des raisons rationnelles. Nous sommes tombés bien bas.

Perdre son temps, c’est perdre son temps. Et la seule raison de cette perte de temps c’est de le perdre. On n’a rien à y gagner, cela ne permet rien, n’ouvre aucune perspective. On perd son temps. Car le temps, nous en avons tous de reste. Nous en sommes largement pourvus. Pourtant nous nous battons pour ne pas en avoir, pour que le temps à perdre soit perdu pour nous. Nous mettons tout en place pour ne pas avoir à supporter ce temps à perdre qui pour moi importe le plus. Ce n’est pas un temps pris sur du temps passé à faire quelque chose, c’est le temps originel que nous sauvons de quelque chose à faire pour son usage fondamental. Tous nous nous battons pour créer du temps utile à partir d’un temps qui n’est autre que nous-même sous notre forme la plus simple. Notre temps.

Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic…

Perdre son temps est devenu la chose la plus difficile qui soit. Et la chose la plus condamnable. Alors ne perdons pas un instant, perdons-les tous !

2.26.2008

American Gladiators

Quand j’étais plus jeune (phrase que j’ai de plus en plus l’occasion de dire ces temps-ci), j’étais fasciné par deux sports : le golf et le catch. Pas grand-chose de commun entre ces deux activités, sauf que je pouvais en suivre des retransmissions sur canal+. Le golf accompagnait avantageusement mes insomnies, quand au catch, c’était plus une activité télévisuelle post-scolaire. Et à force, j’ai fini par me laisser transporter par ces mises en scènes excessives, ces combats sur-joués, et les nombreux effets de manchette qu’occasionnent les affrontements grotesques que proposait, si je ne m’abuse, la télévision canadienne. Et rien que pour l’accent québécois des présentateurs, cela valait le coup. A l’époque la grande star du catch s’appelait Hulk Hogan. Il était impressionnant mais par rapport aux autres catcheurs, il était dans la moyenne. Ce qui le différenciait des autres était son goût prononcé pour la mise en scène, il avait des gimmicks que toute la foule reprenait, il trouvait un second souffle quand tous pensaient qu’il allait perdre, il savait jouer avec les nerfs des spectateurs et puis, il était champion du monde.

Hulk Hogan était déjà depuis longtemps dans le circuit à l’époque. J’ai même du assisté à son dernier match professionnel il me semble. Il y a plus de quinze ans. Ensuite il a joué dans une série qui lui était consacrée. Il a animé des émissions. Un vrai pro de la com’. Cette année, il a repris le chemin des ondes en tant qu’animateur d’un show qui avait un grand succès au moment où il a arrêté sa carrière : American Gladiators. Le pitch… Des américains normaux affrontent des « gladiateurs » surentraînés dans une arène chauffée à blanc, lors d’épreuves souvent hallucinantes. Il y a des éliminatoires, puis deux demi-finales et un « Grand finale », à chaque fois, les concurrents, après avoir passé l’épreuve des gladiateurs, doivent s’affronter lors d’un parcours d’obstacles particulièrement éprouvant. Pour gagner 100 000 dollars, une bagnole et le droit de devenir gladiateurs eux-mêmes. L’éliminateur qu’ils l’appèlent. A chaque fois je m’accrochais à mon siège. C’est tellement bien foutu que je me laissais prendre au jeu. Je vibrais avec ces p’tits gars d’Amérique, qui jetaient toutes leurs forces dans cette dernière bataille. Comme on dit, ils luttaient contre eux-mêmes pour trouver la volonté de finir ces épreuves. Et là, c’est le drame…

Toutes les mises en scène, c’est-à-dire celle de la vie de ces p’tits Américains, les enjeux personnels, la lutte contre les gladiateurs, puis l’épreuve finale, concentrent toute l’attention (focus) du spectateur et de l’acteur sur la puissance de l’individu (puissance de la volonté), sa sortie de son cadre social (déréalisation) et son entrée dans l’ordre des gladiateurs (réification). Et ce processus classique d’aliénation s’achève par la glorification de deux individus qui correspondent exactement au WASP moyen. Une émission fasciste dans ses modalités (l’individu est transcendé lors d’un parcours initiatique et intégré dans une structure de combat) qui en plus a servi lors de son épreuve finale à présenter un film (Vantage Point) dans lequel le Président des Etats-Unis est assassiné par des terroristes. Parce que j’oubliais un élément fondamental, pour entrer dans le Nouvel Ordre il faut dépasser LA peur.

N’ayez crainte, cette émission arrivera certainement en France.