4.02.2007
Tableau 2
Coeur 110 battements minute. Rien à faire. Dormir, page 73. Submergé, je vois, je vois partout des visages. Je vois des corps. Et je compte. 1,1,1,1,1. Je vois un corps et je vois des visages. 1,1,1,1,1. Un visage. Et la machine se met en marche, elle tourne toute seule, mes yeux parcourent les pages. Dormir, page 80. Le coeur continue. Ca va mieux, 90 battements minute. Alors? Alors je me lève sous mes pieds le visage, et je compte. Sous le lit, le visage. Je me lève, devant moi encore le visage. Alors? Alors rien, je continue. Et j'écris, Coeur 110 battements minute. Mais c'est faux! Mon coeur bat 1,1,1,1,1, et ce visage, et son visage. Je compte, Tableau 2. Demain ca ira mieux, demain, compte un jour de plus. Un corps, un visage, un jour. Page 80. Page 80. Page 80. Page 80. Rangée dans un petit espace juste derrière mes yeux elle attend. Demain, demain ca ira mieux. Demain je verrai son visage. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain...
Tableau 1
azertyuiop, et je compte 2,4,6,8,9 clopes, et ce morceau entendu pour la 15ème fois, et la page 12 qui s'imprime et mes doigts sur ces 102 touches. Et les livres que je ne compterai pas, les objets qui traînent et toute cette poussière, cette multiplication de particules, ces nombres de plus en plus longs qui rajoutent leurs milliers a leurs centaines et qui m'envahissent, me rentrent dans les poumons et me sortent par la bouche. J'accumule les unités pour changer la nature de ma solitude pour qu'elle devienne une unité de plus dans ce ramassis d'objets, et je jouis de la répétition de ces mêmes notes, de ces sons qui suivent ces sons jusqu'aux notes les plus douces, juste un fil qui vient lentement trancher cette répétition unie. Et je recompte. L'impression s'est arrêtée, il n'y a plus d'encre, page 15, et le clavier a le même nombre de touches, le morceau que j'écoute pour la 15ème fois. Plus que 8 clopes. Et j'expire doucement un léger nuage de fumée. 2 chaussures, 5 clefs, et quelques dents qui mordent le bout de ma langue.
2.20.2007
Des moments en creux
Deux chats se parlaient ainsi :
Cher Toaw, cela faisait bien longtemps que nous ne nous étions point vus. Qu’avez-vous fait de ces milliers de moments qui nous ont séparés ?
Bien cher Toaw, je n’ai point vu ce temps que vous évoquez passer. J’en ai fait des milliers de choses que je n’aurai pas le courage de vous décrire. J’ai presque parcouru la totalité des espaces connus, fait des rencontres, divagué sur une myriade de points différents avec différents membres de notre immense communauté. J’ai bien utilisé tout ce temps, n’ayez crainte.
Loin de moi l’idée d’un crainte quant à cet usage. Je vous sais fort intelligent, et je sais également que vous n’êtes point de ceux qui gâchent. Mais j’avais cru qu’il vous fallait parfois lever la patte quelques instants, une poignée tout au plus. Avez-vous eu de ces moments-là ?
Pas le moindre, hélas ! Tout occupé que j’étais à rattraper le temps perdu.
Mais duquel parlez-vous cher Toaw ?
Mais de ceux passés avec vous.
Nous avons tous une manière très personnelle d’aborder le temps que l’on passe. Pas celui qui passe, celui qui file, mais celui qui n’est qu’à nous. Ce temps que l’on peut observer, comme une rivière qui coule, sur le bord, avec tous les événements qui surnagent. C’est ce temps-là, le temps que l’on peut voir, dans lequel nous sommes libres de passer la main, mettre un pied ou plonger dedans. Celui qui prend la forme de notre corps. C’est ce temps-là que nous abordons tous d’une manière différente.
J’ai honte d’entendre de telle ignominies ! Vous ne pouvez dire tout ceci sans rougir de honte ! Tous les moments que nous avons vécus ensemble se limiteraient pour vous à des temps perdus.
Je le crains fort quand j’ai enfin compris tout ce que je pouvais faire de mon temps. Toutes nos cabrioles et galipettes étaient fort sympathiques, je dois l’avouer, mais au regard du reste extrêmement ennuyeuses.
Vous m’avez blessé. Votre cruauté envers moi est sans limite. Qui vous a appris à me haïr de la sorte ?
Je dois une nouvelle fois vous faire un aveux. C’est vous.
Jusqu’à un âge avancé, ce temps-là je le regardais couler, sans le toucher, je le voyais charrier ses heures, dans mon coin, je me laissais hypnotiser par lui. En fait, je n’avais aucune envie de le changer, d’en enlever ni une goutte, je voulais presque qu’il soit ainsi, intouchable. Je ritualisais ces moments à outrance, j’organisais des milliers de techniques d’évitement, avec le secret espoir qu’il passera plus vite, jusqu’à ce qu’il m’amène quelque chose de plus grand, de plus beau, de meilleur. Je l’évacuais un peu, c’est vrai, mais sans jamais en changer la course, la direction ou la vitesse. Il était là, il était à moi, c’était mon temps, mais il restait lui-même.
Je ne peux le croire. Et pourtant, vous l’avez dit. Mais j’y pense, si vous avez compris ceci des temps passés ensemble, c’est qu’ils n’ont pas été aussi inutiles que vous le disiez tantôt ?
Certes non, ils devaient être des moments nécessaires, de ces passages obligés. J’ai peut-être été un peu trop dur avec vous. Vous m’étiez cher, il fut un temps, et c’est dans cet esprit de souvenir attendri que je vous accorde ce bémol.
Un bémol. Vous me blessez dans mon âme. Jamais plus je me tournerai vers vous, jamais plus je ne vous adresserai le moindre miaow, vous ne pourrez plus jamais compter sur moi. La blessure que vous venez de me causer sera toujours ouverte et suppurante. Je crois que je vous hais.
A force d’en ressentir la force, toute la vitalité qu’il avait en lui, j’ai décidé d’y tremper la main. Parce que c’était peut-être le moment. Parce que j’avais besoin de son contact, dans ma solitude, il n’était plus celui qui m’amènerait quelque chose, il était ce qui s’amenait, il était la chose que j’attendais depuis si longtemps. Ce temps nu était à moi, non plus une partie extérieure de moi, mais une façon de moi, une forme de moi que je devais me réapproprier. C’était là. Il me suffisait d’un geste.
Ne soyez pas ainsi cher Toaw. Débarrassez-vous de cette haine, elle ne vous est d’aucune utilité dans les temps qui viennent. C’est un cadeau que vous fait là.
Un cadeau ! Vous ajoutez de la souffrance à ma souffrance.
Non, n’y voyez rien de méchant, de malin. C’est un cadeau, je vous donne ce que vous auriez fini par découvrir avec le temps, mais auriez du en passer par les milliers de moments qui font une quête, vous auriez usé vos griffes et vos crocs sur des problèmes absurdes. Je vous livre mon graal avec simplicité. Oubliez tout ce que nous avons fait ensemble et partez à la découverte d’un temps qui n’est qu’à vous et oubliez moi, c’est presque une supplique, oubliez tout ce que nous avons appris ensemble.
Hypocrite Toaw ! Vous avez fait votre quête et pensez qu’elle sera aussi la mienne. Je n’en ai cure. Je ferai la mienne quand mon temps viendra, mais n’ayez crainte, je saurai vous oublier.
Et puis une fois goûté, le temps devient une drogue, un bienfait qui envahit, qui submerge tout, qui écrase tout ce qui pouvait être à coté. On s’en éclabousse, on l’avale, on le respire. Il est partout autour de soi, il devient tout le reste et soi, un immense bain
Cher Toaw, cela faisait bien longtemps que nous ne nous étions point vus. Qu’avez-vous fait de ces milliers de moments qui nous ont séparés ?
Bien cher Toaw, je n’ai point vu ce temps que vous évoquez passer. J’en ai fait des milliers de choses que je n’aurai pas le courage de vous décrire. J’ai presque parcouru la totalité des espaces connus, fait des rencontres, divagué sur une myriade de points différents avec différents membres de notre immense communauté. J’ai bien utilisé tout ce temps, n’ayez crainte.
Loin de moi l’idée d’un crainte quant à cet usage. Je vous sais fort intelligent, et je sais également que vous n’êtes point de ceux qui gâchent. Mais j’avais cru qu’il vous fallait parfois lever la patte quelques instants, une poignée tout au plus. Avez-vous eu de ces moments-là ?
Pas le moindre, hélas ! Tout occupé que j’étais à rattraper le temps perdu.
Mais duquel parlez-vous cher Toaw ?
Mais de ceux passés avec vous.
Nous avons tous une manière très personnelle d’aborder le temps que l’on passe. Pas celui qui passe, celui qui file, mais celui qui n’est qu’à nous. Ce temps que l’on peut observer, comme une rivière qui coule, sur le bord, avec tous les événements qui surnagent. C’est ce temps-là, le temps que l’on peut voir, dans lequel nous sommes libres de passer la main, mettre un pied ou plonger dedans. Celui qui prend la forme de notre corps. C’est ce temps-là que nous abordons tous d’une manière différente.
J’ai honte d’entendre de telle ignominies ! Vous ne pouvez dire tout ceci sans rougir de honte ! Tous les moments que nous avons vécus ensemble se limiteraient pour vous à des temps perdus.
Je le crains fort quand j’ai enfin compris tout ce que je pouvais faire de mon temps. Toutes nos cabrioles et galipettes étaient fort sympathiques, je dois l’avouer, mais au regard du reste extrêmement ennuyeuses.
Vous m’avez blessé. Votre cruauté envers moi est sans limite. Qui vous a appris à me haïr de la sorte ?
Je dois une nouvelle fois vous faire un aveux. C’est vous.
Jusqu’à un âge avancé, ce temps-là je le regardais couler, sans le toucher, je le voyais charrier ses heures, dans mon coin, je me laissais hypnotiser par lui. En fait, je n’avais aucune envie de le changer, d’en enlever ni une goutte, je voulais presque qu’il soit ainsi, intouchable. Je ritualisais ces moments à outrance, j’organisais des milliers de techniques d’évitement, avec le secret espoir qu’il passera plus vite, jusqu’à ce qu’il m’amène quelque chose de plus grand, de plus beau, de meilleur. Je l’évacuais un peu, c’est vrai, mais sans jamais en changer la course, la direction ou la vitesse. Il était là, il était à moi, c’était mon temps, mais il restait lui-même.
Je ne peux le croire. Et pourtant, vous l’avez dit. Mais j’y pense, si vous avez compris ceci des temps passés ensemble, c’est qu’ils n’ont pas été aussi inutiles que vous le disiez tantôt ?
Certes non, ils devaient être des moments nécessaires, de ces passages obligés. J’ai peut-être été un peu trop dur avec vous. Vous m’étiez cher, il fut un temps, et c’est dans cet esprit de souvenir attendri que je vous accorde ce bémol.
Un bémol. Vous me blessez dans mon âme. Jamais plus je me tournerai vers vous, jamais plus je ne vous adresserai le moindre miaow, vous ne pourrez plus jamais compter sur moi. La blessure que vous venez de me causer sera toujours ouverte et suppurante. Je crois que je vous hais.
A force d’en ressentir la force, toute la vitalité qu’il avait en lui, j’ai décidé d’y tremper la main. Parce que c’était peut-être le moment. Parce que j’avais besoin de son contact, dans ma solitude, il n’était plus celui qui m’amènerait quelque chose, il était ce qui s’amenait, il était la chose que j’attendais depuis si longtemps. Ce temps nu était à moi, non plus une partie extérieure de moi, mais une façon de moi, une forme de moi que je devais me réapproprier. C’était là. Il me suffisait d’un geste.
Ne soyez pas ainsi cher Toaw. Débarrassez-vous de cette haine, elle ne vous est d’aucune utilité dans les temps qui viennent. C’est un cadeau que vous fait là.
Un cadeau ! Vous ajoutez de la souffrance à ma souffrance.
Non, n’y voyez rien de méchant, de malin. C’est un cadeau, je vous donne ce que vous auriez fini par découvrir avec le temps, mais auriez du en passer par les milliers de moments qui font une quête, vous auriez usé vos griffes et vos crocs sur des problèmes absurdes. Je vous livre mon graal avec simplicité. Oubliez tout ce que nous avons fait ensemble et partez à la découverte d’un temps qui n’est qu’à vous et oubliez moi, c’est presque une supplique, oubliez tout ce que nous avons appris ensemble.
Hypocrite Toaw ! Vous avez fait votre quête et pensez qu’elle sera aussi la mienne. Je n’en ai cure. Je ferai la mienne quand mon temps viendra, mais n’ayez crainte, je saurai vous oublier.
Et puis une fois goûté, le temps devient une drogue, un bienfait qui envahit, qui submerge tout, qui écrase tout ce qui pouvait être à coté. On s’en éclabousse, on l’avale, on le respire. Il est partout autour de soi, il devient tout le reste et soi, un immense bain
2.19.2007
Meetic vs APEC
Je quitte un catalogue pour un autre, de nouvelles règles du jeu, de nouveau enjeux. Mais à part ça, j’ai eu du mal à voir la différence. On remplace rencontre par emploi… Une peut-être, Meetic, c’est plus ergonomique que l’APEC. Les américains avaient tiré les premiers avec Match, mot qui en dit plus long que notre Meetic national. En rapprochant les profils qui « matchent », il permet de motiver les rencontres, au plus proche. D’ailleurs, sur le modèle des speed datings, nous avons à présent des jobs datings durant lesquels un salarié en mal d’emploi a quelques minutes pour convaincre un employeur en rut qu’il est le meilleur pour le poste. Et souvent, ce pauvre salarié ne sait pas quel est ce poste, il se vend, point final. Sur Meetic c’était un peu le cas, tout le monde cherche l’amour, peu ou prou, avec ses moyens, en utilisant ses mots, parfois une photo retouchée ou antédiluvienne. Avec toujours le risque de tomber à côté. Mais il faut que ça matche !
L’APEC, c’est un peu l’ANPE en plus classe, de la moquette dans les couloirs, une salle d’attente bien trop grande pour le nombre de personnes qui s’y trouvent, des ordinateurs partout (bon, beaucoup étaient en panne), plein de fiches explicatives, des brochures à profusion et un conseiller particulier qui passera plus d’une heure à trouver le meilleur moyen de trouver, ou au moins de chercher. Et qui répond rapidement aux mèls ! Je suis certain qu’une boîte de placement se servira un jour de la totalité des outils mis en place par Match et Meetic, mais il faudra que les salariés en manque d’emploi (je l’écris au moins une fois : les chômeurs) paient un abonnement, après tout, ce sont les demandeurs les plus actifs qui raquent.
L’APEC, c’est un peu l’ANPE en plus classe, de la moquette dans les couloirs, une salle d’attente bien trop grande pour le nombre de personnes qui s’y trouvent, des ordinateurs partout (bon, beaucoup étaient en panne), plein de fiches explicatives, des brochures à profusion et un conseiller particulier qui passera plus d’une heure à trouver le meilleur moyen de trouver, ou au moins de chercher. Et qui répond rapidement aux mèls ! Je suis certain qu’une boîte de placement se servira un jour de la totalité des outils mis en place par Match et Meetic, mais il faudra que les salariés en manque d’emploi (je l’écris au moins une fois : les chômeurs) paient un abonnement, après tout, ce sont les demandeurs les plus actifs qui raquent.
2.16.2007
Mes mots (extraits)
Des boutures, des graines, planter, faire croître… Les mots sont de quelque part. Ils ont tous une histoire, une origine. Aucun n’est séparé des autres mots. Ils sont tous les fils d’autres mots, des générations de mots, et certains sont presque immortels. Et puis, chaque mot a en lui les mots qui suivront, la possiblité de générer d’autres mots. Ou encore de générer autre chose que des mots. Il ne suffit pas qu’une chose soit par elle-même, il faut qu’elle soit aussi nommée. Qu’elle soit portée à la connaissance d’une sorte de communauté, des personnes qui partagent une façon particulière de nommer le monde. Qui parle du monde d’une certaine manière, qui diront « verre », et non pas « Glass » ou « Kass ». En nommant une chose elle apparaît à la connaissance de tous et peut ensuite prospérer, donner d’autres mots et créer d’autres choses.
J’amène un mot dans un environnement, peu importe, je nomme quelque chose, peu importe, je précise une partie d’un ensemble, peu importe, je crée. Je fais émerger. Et puis ça se développe. Racines et branches, ou spores, ou rhizome, ou mycélium, le mot va prendre tout son espace, de lui-même, et parfois aller au-delà, jusqu’à étouffer d’autres mots, d’autres manières de nommer quelque chose, et parfois faire disparaître la chose nommée. Ou en créer une. Rien n’est figé dans cet univers qui tient sur la pointe d’une plume.
Et avec le fil ténu de la plume se dessine cette hypophyse, ce lieu contradictoire qui permet aux mots et aux choses de se rencontrer. De se compénétrer.
Combien de mots utilise-t-on en pensant en connaître vraiment le sens ? Des mots parfois simples, parfois complexes. Et nous sommes certains de bien les utiliser. D’en connaître le sens exact. Nous pouvons même en donner notre définition, en contexte. Voire une définition simple, avec une origine que nous certifierons de véridique. Mais tous ces mots n’ont de sens que pour nous, employés ainsi. Ils sont une part de notre langue personnelle, un usage particulier. Nos mots vont s’étendre et en même temps perdre leur territoire. Parfois, ils peuvent retrouver leur sens original, leur vrai sens dirons-nous, leur sens commun. Ils ne nous appartiennent plus, nous les rendons à tout le monde. D’autres mots que nous aimons employer vont perdre, un jour, au détour d’une conversation, leur goût si particulier. Ils n’auront plus le charme que nous leur trouvions. Ils deviennent anodins. Malgré leur définition si précise, ils deviendront vagues, ils se perdront. Pour nous.
Et tous ces mots que nous picorons à droite, à gauche. Ces mots qui ont un parfum particulier, qui nous viennent à la bouche en les expirant par le nez, qui n’ont pas trouvé la voix adéquate, que nous n’avons pas en nous dans leur totalité. Des mots que nous aimerons dire plus tard, parce qu’ils vont nous rappeler ce moment particulier où nous les avons entendus pour la première fois, la personne qui les a dits. Ils nous viendront comme dans un rêve, une image de quelque chose qui remonte à notre surface, un peu déformé par la distance, mais qui reste le souvenir d’un moment précis. Ce mot-là.
On se parle tous par des milliers de canaux différents. La parole est souvent prépondérante. On échange des mots, à l’écrit ou à l’oral. On devise. On construit des discours avec des mots, mais ce n’est qu’une partie infime de tous les échanges que nous pouvons avoir. Presque tout se fait au dessous, par d’autres voies. Nos gestes soulignent nos mots, les complètent. Mais on exprime d’autres choses sans gestes et sans mots. Nos respirations communiquent, nos estomacs, nos peaux, nos corps, nos reins, toutes les parties de ce que nous sommes. Mais également nos souvenirs, nos regrets, nos fantasmes, toutes ces choses immatérielles, évanescentes communiquent entre elles. Tout échange en nous, tout parle, nous explosons constamment, éparpillant nos êtres sur tout ce qui est autour de nous. Et notre manière de floquer cet objet-là de nos êtres en dit plus long sur nous que tous nos mots réunis. N’oublions jamais cela. Certains le savent, encore moins nombreux sont ceux qui savent lire dans tous ces petits détails, qui repèrent les traces que nous laissons alentour. Il existe des signes de notre passage, une théorie de fantômes de nous qui errent dans les espaces que nous avons occupés, les temps que nous laissons derrière. Et tous ces fantômes de nous se parlent entre eux, et parlent aux autres fantômes de nous, ceux que vous laissez derrière vous. Dans une immense cacophonie d’inscriptions. Notre halo est plus vaste que nos vies. Alors que valent nos pauvres paroles et nos quelques gestes face à cette immense armée invisible. Dites un mot et pensez tout ce que vous dites réellement dans le même temps. Vous n’en finirez jamais de vous taire si vous saviez vraiment. Vous auriez trop peur de dire ce qui vous êtes. Vraiment.
J’amène un mot dans un environnement, peu importe, je nomme quelque chose, peu importe, je précise une partie d’un ensemble, peu importe, je crée. Je fais émerger. Et puis ça se développe. Racines et branches, ou spores, ou rhizome, ou mycélium, le mot va prendre tout son espace, de lui-même, et parfois aller au-delà, jusqu’à étouffer d’autres mots, d’autres manières de nommer quelque chose, et parfois faire disparaître la chose nommée. Ou en créer une. Rien n’est figé dans cet univers qui tient sur la pointe d’une plume.
Et avec le fil ténu de la plume se dessine cette hypophyse, ce lieu contradictoire qui permet aux mots et aux choses de se rencontrer. De se compénétrer.
Combien de mots utilise-t-on en pensant en connaître vraiment le sens ? Des mots parfois simples, parfois complexes. Et nous sommes certains de bien les utiliser. D’en connaître le sens exact. Nous pouvons même en donner notre définition, en contexte. Voire une définition simple, avec une origine que nous certifierons de véridique. Mais tous ces mots n’ont de sens que pour nous, employés ainsi. Ils sont une part de notre langue personnelle, un usage particulier. Nos mots vont s’étendre et en même temps perdre leur territoire. Parfois, ils peuvent retrouver leur sens original, leur vrai sens dirons-nous, leur sens commun. Ils ne nous appartiennent plus, nous les rendons à tout le monde. D’autres mots que nous aimons employer vont perdre, un jour, au détour d’une conversation, leur goût si particulier. Ils n’auront plus le charme que nous leur trouvions. Ils deviennent anodins. Malgré leur définition si précise, ils deviendront vagues, ils se perdront. Pour nous.
Et tous ces mots que nous picorons à droite, à gauche. Ces mots qui ont un parfum particulier, qui nous viennent à la bouche en les expirant par le nez, qui n’ont pas trouvé la voix adéquate, que nous n’avons pas en nous dans leur totalité. Des mots que nous aimerons dire plus tard, parce qu’ils vont nous rappeler ce moment particulier où nous les avons entendus pour la première fois, la personne qui les a dits. Ils nous viendront comme dans un rêve, une image de quelque chose qui remonte à notre surface, un peu déformé par la distance, mais qui reste le souvenir d’un moment précis. Ce mot-là.
On se parle tous par des milliers de canaux différents. La parole est souvent prépondérante. On échange des mots, à l’écrit ou à l’oral. On devise. On construit des discours avec des mots, mais ce n’est qu’une partie infime de tous les échanges que nous pouvons avoir. Presque tout se fait au dessous, par d’autres voies. Nos gestes soulignent nos mots, les complètent. Mais on exprime d’autres choses sans gestes et sans mots. Nos respirations communiquent, nos estomacs, nos peaux, nos corps, nos reins, toutes les parties de ce que nous sommes. Mais également nos souvenirs, nos regrets, nos fantasmes, toutes ces choses immatérielles, évanescentes communiquent entre elles. Tout échange en nous, tout parle, nous explosons constamment, éparpillant nos êtres sur tout ce qui est autour de nous. Et notre manière de floquer cet objet-là de nos êtres en dit plus long sur nous que tous nos mots réunis. N’oublions jamais cela. Certains le savent, encore moins nombreux sont ceux qui savent lire dans tous ces petits détails, qui repèrent les traces que nous laissons alentour. Il existe des signes de notre passage, une théorie de fantômes de nous qui errent dans les espaces que nous avons occupés, les temps que nous laissons derrière. Et tous ces fantômes de nous se parlent entre eux, et parlent aux autres fantômes de nous, ceux que vous laissez derrière vous. Dans une immense cacophonie d’inscriptions. Notre halo est plus vaste que nos vies. Alors que valent nos pauvres paroles et nos quelques gestes face à cette immense armée invisible. Dites un mot et pensez tout ce que vous dites réellement dans le même temps. Vous n’en finirez jamais de vous taire si vous saviez vraiment. Vous auriez trop peur de dire ce qui vous êtes. Vraiment.
1.25.2007
Vers le bord
Depuis quelques temps, j’ai acquis un rythme de vie très particulier. Acquis n’est pas vraiment le mot adéquat, plus trouvé, parce que ça passera. Je suis débout extrêmement tôt pour quelqu’un qui n’a rien à faire, techniquement, qui n’a pas à se déplacer ou des choses à faire dehors. J’occupe de manière très variée mes journées entre la recherche d’emploi, l’écriture, la lecture, le visionnage de films, les passages sur Meetic, les appels à droite, à gauche. Disons que tout le temps que je devrais passer dans un bureau, je le passe entre mes quatre murs. Et c’est extraordinaire. Je sais qu’il faut que ça cesse, qu’il faudra que ça cesse, et pourtant, je n’ai jamais été autant comblé. Mais pas pour des raisons évidentes. Pour des raisons très personnelles.
La grande quête actuelle, est celle de l’autonomie. Tout le monde veut être autonome, être son propre patron, ne pas avoir de chef au dessus, pouvoir faire ce qu’il entend faire quand il le souhaite, bref au premier sens du mot se donner à soi ses propres règles. Ce qui est fondamentalement absurde, des milliards d’humains qui fixeraient leurs règles ? Des règles qui ne vaudraient que pour eux ? Mais pour ce faire, il faudrait que les « autres » acceptent également les règles que nous nous sommes fixées. Il faudrait alors parler d’autarcie, principe selon lequel nous nous suffisons chacun à nous-mêmes. Faire son pain, ses légumes, se chauffer en coupant du bois… (!?) en quoi cela est-il réjouissant ? Je ne veux pas de tout ça, je veut être hétéronome pleinement, n’avoir aucune règle propre et ne jamais me suffire à moi-même.
Je suis dans mon temps. Il m’entoure, m’enferme et me protège. Tout mon temps me comprime pour sortir de moi tout ce qui ne pouvait en sortir. Et tous les jours, je découvre des choses nouvelles, des choses toujours plus profondes, des souvenirs, des idées, des moments, des traces de milliers d’instants qui sont régurgités de mon corps, ça suppure en quelque sorte. Mais je sens venir l’heure où ce temps qui m’entoure, nettoyé de tout espace, aura la même teneur que mon corps. Une osmose. A ce moment-là, j’aurais atteint mon bord, l’arrête du bord, et tout le vide devant. Ça vient, doucement ça vient. Et à ce moment-là, tout pourra basculer, ce qui devrait être une chute sera mon nouveau parcours, tout mon espace aura basculé de 90°. Je marcherai sur un abrupt à la vitesse de mes pas. J’ai toujours été ultra libéral avec moi, avec mes sentiments, ils ont toujours pris le pas sur le reste, et aujourd’hui ils me remplissent et me disent gentiment à l’oreille : bientôt, bientôt.
La grande quête actuelle, est celle de l’autonomie. Tout le monde veut être autonome, être son propre patron, ne pas avoir de chef au dessus, pouvoir faire ce qu’il entend faire quand il le souhaite, bref au premier sens du mot se donner à soi ses propres règles. Ce qui est fondamentalement absurde, des milliards d’humains qui fixeraient leurs règles ? Des règles qui ne vaudraient que pour eux ? Mais pour ce faire, il faudrait que les « autres » acceptent également les règles que nous nous sommes fixées. Il faudrait alors parler d’autarcie, principe selon lequel nous nous suffisons chacun à nous-mêmes. Faire son pain, ses légumes, se chauffer en coupant du bois… (!?) en quoi cela est-il réjouissant ? Je ne veux pas de tout ça, je veut être hétéronome pleinement, n’avoir aucune règle propre et ne jamais me suffire à moi-même.
Je suis dans mon temps. Il m’entoure, m’enferme et me protège. Tout mon temps me comprime pour sortir de moi tout ce qui ne pouvait en sortir. Et tous les jours, je découvre des choses nouvelles, des choses toujours plus profondes, des souvenirs, des idées, des moments, des traces de milliers d’instants qui sont régurgités de mon corps, ça suppure en quelque sorte. Mais je sens venir l’heure où ce temps qui m’entoure, nettoyé de tout espace, aura la même teneur que mon corps. Une osmose. A ce moment-là, j’aurais atteint mon bord, l’arrête du bord, et tout le vide devant. Ça vient, doucement ça vient. Et à ce moment-là, tout pourra basculer, ce qui devrait être une chute sera mon nouveau parcours, tout mon espace aura basculé de 90°. Je marcherai sur un abrupt à la vitesse de mes pas. J’ai toujours été ultra libéral avec moi, avec mes sentiments, ils ont toujours pris le pas sur le reste, et aujourd’hui ils me remplissent et me disent gentiment à l’oreille : bientôt, bientôt.
1.16.2007
Meetic
Depuis quelques temps, je porte à mon poignée droit un collier que j’avais acheté au Sénégal. C’est un collier multicolore que je dédouble pour qu’il tienne, et la deuxième boucle depuis ce matin passe entre le pouce et l’index. Ainsi affublée, ma main semble différente, j’ai même l’impression qu’elle ne m’appartient plus tout à fait. Et cette présence me détend. Ce collier a une histoire, et sa forme est pour moi un souvenir d’autre chose encore. Et ainsi équipé, un peu étrangé (forme active) à moi-même, je passe du temps à feuilleter le catalogue en ligne des cœurs perdus, j’ai nommé Meetic.
Et j’en passe du temps, croyez moi, à lire des fiches signalétiques, des annonces pleines d’espoirs, à visualiser des photos qui présentent la gente féminine sous (presque) toutes les coutures. Et le caractère massif de ce catalogue, son absence d’histoire, en fait un triste aide-mémoire. Le souvenir de personnes jamais rencontrées. La compulsion quotidienne de cette théorie d’individus, la présentation onirique de soi, les rêves couchés en quelques mots souvent mal choisis, tout cela crée de la distance avec ses propres souhaits, ses propres fantasmes. Toutes ces personnes sont comme ma nouvelle main, ce décorum les étrange. Mais il existe une possibilité de remettre tout ça à sa place, de déshabiller chacun, de rendre à chacun sa nudité réelle. On peut échanger et se dire on se verra, mettre du toi et du moi dans cet espace d’elles et eux.
Y’a du nous dans Meetic. Mais il faut d’abord en passer par le je triste. L’aliénation ce n’est pas qu’être étranger, c’est aussi se mettre devant soi et se réapproprier. Mais ça prend du temps. Ça tombe bien, j’en ai. Plein.
Et j’en passe du temps, croyez moi, à lire des fiches signalétiques, des annonces pleines d’espoirs, à visualiser des photos qui présentent la gente féminine sous (presque) toutes les coutures. Et le caractère massif de ce catalogue, son absence d’histoire, en fait un triste aide-mémoire. Le souvenir de personnes jamais rencontrées. La compulsion quotidienne de cette théorie d’individus, la présentation onirique de soi, les rêves couchés en quelques mots souvent mal choisis, tout cela crée de la distance avec ses propres souhaits, ses propres fantasmes. Toutes ces personnes sont comme ma nouvelle main, ce décorum les étrange. Mais il existe une possibilité de remettre tout ça à sa place, de déshabiller chacun, de rendre à chacun sa nudité réelle. On peut échanger et se dire on se verra, mettre du toi et du moi dans cet espace d’elles et eux.
Y’a du nous dans Meetic. Mais il faut d’abord en passer par le je triste. L’aliénation ce n’est pas qu’être étranger, c’est aussi se mettre devant soi et se réapproprier. Mais ça prend du temps. Ça tombe bien, j’en ai. Plein.
1.09.2007
Assedic
Youpi ! J’ai un nouvel employeur, le premier de France : les Assedic. Voilà une boîte qui fonctionne super bien, qui attire plein de monde, beaucoup de gens très qualifiés, et qui connaît un succès fou. Quel bonheur d’en être ! Je dois avouer que ces derniers temps, ne pas avoir de statut me pesait un peu. Je suis à présent chômeur, avec bientôt ma carte de membre, et puis j’aurai plein de réductions partout. Vendredi, je vais discuter avec quelqu’un d’important pour moi, un agent de l’ANPE. Quelqu’un de compétent qui me dira ce que je peux faire de mon avenir, il m’aidera de toutes ses forces, et grâce aux moyens de mon entreprise, j’aurai un vrai poste avec un salaire décent. Rien que d’y penser, cela me met le cœur en fête.
Je ne sais pas trop comment m’habiller pour y aller. Et dois-je passer chez le coiffeur avant, parce que mes cheveux me font une tête impossible. Et puis dois-je être rasé de près ou dois-je garder une petite barbe, pour faire genre. Et aussi, est-ce que je dois porter mon petit ensemble avec ma chemise neuve, ou bien être un peu casual, détendu. J’hésite, parce qu’il faut que je paraisse dynamique, avec une grosse envie de réussir. Et surtout il faut que je crois en moi, en mes capacités, et que je sois en mesure de présenter mon projet professionnel avec précision tout en gardant une part de rêve. Parce que rêver c’est important quand on va à l’ANPE. Et même parfois, il ne reste que ça.
Je ne sais pas trop comment m’habiller pour y aller. Et dois-je passer chez le coiffeur avant, parce que mes cheveux me font une tête impossible. Et puis dois-je être rasé de près ou dois-je garder une petite barbe, pour faire genre. Et aussi, est-ce que je dois porter mon petit ensemble avec ma chemise neuve, ou bien être un peu casual, détendu. J’hésite, parce qu’il faut que je paraisse dynamique, avec une grosse envie de réussir. Et surtout il faut que je crois en moi, en mes capacités, et que je sois en mesure de présenter mon projet professionnel avec précision tout en gardant une part de rêve. Parce que rêver c’est important quand on va à l’ANPE. Et même parfois, il ne reste que ça.
1.07.2007
1, 2, 3, soleil!
J’expérimente depuis quelques jours, et ce pour la deuxième fois de ma vie, ce qu’il est communément appelé le largage. Les histoire d’amours finissent mal en général, on le savait, mais quand ça finit vraiment, ça prend une autre pâte. Comme je disais étant enfant : « c’est expériable. » Alors comme j’avais sous la main encore un peu de cervelle, je l’ai mise à contribution pour réfléchir un chouïa sur ce sentiment d’abandon.
Vous imaginez bien que je ne suis pas resté comme un con à pleurer sur mon triste sort (mais un peu tout de même), j’ai essayé de « récupérer l’affaire. » Donc SMS, mèls, coups de fil puis siège de l’appartement de la belle. C’est pendant ce dernier épisode que j’ai ressenti « réellement » quelques petites choses qui jusqu’alors n’étaient que des idées.
Je suis parti de ce petit jeu 1, 2, 3, soleil ! je tournais le dos au chemin qu’elle devait prendre, et me retournais parfois avec l’espoir de son apparition. Ce jeu doit être une sorte de réinterprétation de l’abandon et de la parousie. Second petit truc, l’apparition. A force d’imaginer que quelque chose doit advenir, des formes d’hallucination se présentent à nous. Il va venir ! Phrase bien connue de tous les fanatiques de l’apocalypse. Et puis troisième petite chose c’est l’affrontement entre ce que l’on peut imaginer dans ces momens-là et la réalité, ou plutôt la réalisation partielle de l’imaginaire. Dans l’attente d’un événement, l’imaginaire réinvestit totalement notre entourage multipliant les presques vus, les presques sentis, les presques entendus.
Une fois face à l’objet de mes attentions (je n’ose utiliser « objet de mon désir ») tout le trouble qui m’entourait disparut. Le dévoilement en quelques sortes après l’angoisse de l’attente et ses jeux. Elle comblait la faille que j’avais laissée s’ouvrir à mes pieds. Bon, ça n’a pas fonctionné, mais je ne m’abandonne pas tout espoir. Perseverare diabolicum. 1, 2, 3.
12.13.2006
Chronique dakaroise - Paris
Bon, c'est fini. Dakar est déjà loin, Paris s'impose. Tout est machin-bidulé comme avant. Que reste-t-il de Dakar? L'impression d'y être allé, la sensation d'avoir fait un voyage improbable, mon corps réagit étrangement à ce retour, un peu découragé sans raisons exprimables... C'est ainsi ma manière d'être hiéradakar. C'est le problème des membrames poreuses et de l'osmose, la nature (Mame ou l'homme) cherche obstinément l'équilibre, quitte à effectuer des transferts importants. Toute cette vie à Dakar m'a gonflé de vie, moi qui en manquait, et me voilà à Paris, gonflé de vie alors petit à petit j'évacue. On appelle ça des écoulements... pas jolie nom mais ça ressemble à des écoulements, écoulements de tout ce que j'ai absorbé. Ca suinte.
Dakar est déjà loin. J'y retournerai, croix de bois! Et j'irai aussi au Mali, et peut-être aussi au Burkina. Et ailleurs encore, mais pas tout de suite. J'ai des choses à faire. Plein de choses. Plein.
Dakar est déjà loin. J'y retournerai, croix de bois! Et j'irai aussi au Mali, et peut-être aussi au Burkina. Et ailleurs encore, mais pas tout de suite. J'ai des choses à faire. Plein de choses. Plein.
12.11.2006
Chronique dakaroise
Dernier jour, derniers instants puisque je pars vers 16h de Dakar nach Paris, dernières impressions du lieu.
Hier était une grosse journée. Nous sommes allés à Joal. Aucun rapport avec l'équidé québécois, c'est un village de pêcheurs constitué sur des îlots gagnés sur la mer à force de coquillages. Bref des îlots de coquillage. Et c'est là qu'est né Senghor, à côté, à 5 mn du pont qui y mène. Après 1h30 de route et plus de 10 jours de Dakar, ce passage un peu dans le Sénégal était une bénédiction. Air pur, calme, pas de voitures, peu de monde, quelques touristes mais sans plus. Un guide obligatoire, un peu d'Histoire, histoire de faire dans le tuturel et pis à table. Huitres locales, du porc (le coin est chrétien), et digestion en bord de vase. Endroit bien agréable.
Le retour fut rude. Quand on arrive sur Dakar, on voit d'abord le nuage de pollution autour. Et le reste arrive en désordre. De Rufisque à Dieuppeul le parcours est apocalyptique. Et fort long malgré le peu de distance. On a bouffé de la poussière jusqu'à faire très couleur locale.
Le soir restau français, pour voir. Farpait. Conduire à Dakar la nuit c'est comme le jour sauf qu'on y voit rien. Faut croire qu'on a eu de la chance, nous sommes arrivés entiers et prêts au sommeil. Nuit calme. Je dis ça parce que la veille, toute la ville faisait la fête, et ce jusqu'à 3h du mat. Rien de spécial, c'était un samedi soir ordinaire. Tout le monde me dit ici que Dakar se découvre la nuit, quand les sénégalais font la fête. Ce sera pour la prochaine fois.
Hier était une grosse journée. Nous sommes allés à Joal. Aucun rapport avec l'équidé québécois, c'est un village de pêcheurs constitué sur des îlots gagnés sur la mer à force de coquillages. Bref des îlots de coquillage. Et c'est là qu'est né Senghor, à côté, à 5 mn du pont qui y mène. Après 1h30 de route et plus de 10 jours de Dakar, ce passage un peu dans le Sénégal était une bénédiction. Air pur, calme, pas de voitures, peu de monde, quelques touristes mais sans plus. Un guide obligatoire, un peu d'Histoire, histoire de faire dans le tuturel et pis à table. Huitres locales, du porc (le coin est chrétien), et digestion en bord de vase. Endroit bien agréable.
Le retour fut rude. Quand on arrive sur Dakar, on voit d'abord le nuage de pollution autour. Et le reste arrive en désordre. De Rufisque à Dieuppeul le parcours est apocalyptique. Et fort long malgré le peu de distance. On a bouffé de la poussière jusqu'à faire très couleur locale.
Le soir restau français, pour voir. Farpait. Conduire à Dakar la nuit c'est comme le jour sauf qu'on y voit rien. Faut croire qu'on a eu de la chance, nous sommes arrivés entiers et prêts au sommeil. Nuit calme. Je dis ça parce que la veille, toute la ville faisait la fête, et ce jusqu'à 3h du mat. Rien de spécial, c'était un samedi soir ordinaire. Tout le monde me dit ici que Dakar se découvre la nuit, quand les sénégalais font la fête. Ce sera pour la prochaine fois.
12.08.2006
Chronique dakaroise
Ces deux derniers jours furent consacrés aux achats. Parce qu'il était impossible que je parte aussi léger qu'à l'arrivée. Donc petits tours aux marchés. Nous avions le choix, les marchés c'est pas ce qui manque ici, la rue est un immense marché où chacun va acheter en face ce qu'il vend sur son échoppe, mais ce qu'il m'intéressait d'avoir c'était des trucs un peu locaux, puisque parler d'une quelconque tradition artisanale n'a aucun sens. Donc nach Soumbedioune. Pour ceux qui connaissent, c'est le marché pour les touristes. Impossible de passer au Club Med de Dakar sans y faire un tour. Actuellement, des gros travaux sont en cours près de ce marché, la route de la corniche est défoncée, un tunnel est en préparation. Traverser cet immense chantier n'est pas des plus aisés. Mais bon, perseverare...
Une fois sur place, je m'attendais au pire, à être enseveli sous les propositions, ben non, plutôt calmes qu'ils étaient les vendeurs, tout s'est passé correctement, il faut dire que le manque de chalands pousse à la mollesse les commerçants; à part le rituel "Plaisir des yeux", nous fûmes quasiment ignorés. Il fallait se décider à un moment à rentrer dans une des cases. Car toutes se ressemblent, toutes vendent les mêmes choses. Les rares blancs du coin s'entassaient du côté des bijoutiers. L'or n'est pas cher ici. Par instinct, je choisis une échoppe en bord de parcours. Peut-être avons nous eu beaucoup de chance jusqu'à présent, mais tous les commerçants rencontrés ont été charmants avec nous. De vrais commerçants qui connaissaient bien leurs produits, et la psychologie des blancs en goguette.
J'ai claqué une petite fortune chez ce vendeur de vêtements, et un peu moins chez un autre, vendeur de babioles constituées à la récup'. Il fallait en passer par là, j'y allais en reculant, et bien j'en garde un bon souvenir de ces petits achats. J'ai fait le vrai touriste. En fait, c'est pas mal le tourisme. On s'laisse aller.
Une fois sur place, je m'attendais au pire, à être enseveli sous les propositions, ben non, plutôt calmes qu'ils étaient les vendeurs, tout s'est passé correctement, il faut dire que le manque de chalands pousse à la mollesse les commerçants; à part le rituel "Plaisir des yeux", nous fûmes quasiment ignorés. Il fallait se décider à un moment à rentrer dans une des cases. Car toutes se ressemblent, toutes vendent les mêmes choses. Les rares blancs du coin s'entassaient du côté des bijoutiers. L'or n'est pas cher ici. Par instinct, je choisis une échoppe en bord de parcours. Peut-être avons nous eu beaucoup de chance jusqu'à présent, mais tous les commerçants rencontrés ont été charmants avec nous. De vrais commerçants qui connaissaient bien leurs produits, et la psychologie des blancs en goguette.
J'ai claqué une petite fortune chez ce vendeur de vêtements, et un peu moins chez un autre, vendeur de babioles constituées à la récup'. Il fallait en passer par là, j'y allais en reculant, et bien j'en garde un bon souvenir de ces petits achats. J'ai fait le vrai touriste. En fait, c'est pas mal le tourisme. On s'laisse aller.
12.06.2006
Chronique dakaroise
J'alterne, un jour on fait une sortie, le lendemain, on reste à la villa. Aujourd'hui, rien en perspective. Hier nous sommes passés par la Foire International de Dakar. Je m'attendais, après description, à un immense bordel, accumulation de tout ce que j'avais pu voir pendant cette dizaine. Un peu déçu de ce côté: c'était clean, bien organisé, avec toujours des petits à côté bien sympas, mais on s'y retrouvait sans difficultés. Cette Foire a été l'occasion de voir combien le Sénégal était indigent: rien ne se produit sur son sol, rien ne se créée. Ca transforme: lait, tabac, poisson, fruits, mais uniquement des trucs importés. Pas de culture locale vivace, aucun artisanat. Et c'est pas prêt de changer avec l'arrivée massive de tous les produits venus de Chine qui prennent le relais des "dons" de l'Union Européenne (parler de dumping des produits agricoles serait plus juste). Il faut dire que cette terre a surtout produit des hommes pour l'exportation, le commerce triangulaire était florissant à l'époque. A présent la seule richesse du pays est son émigration, ce sont les Sénégalais de l'extérieur qui apportent des devises, chaque Sénégalais qui part, en d'autres mots, enrichit le pays. C'est triste.
Alors quand des immigrés de Hongrie, de Bretagne ou de Belfort nous sortent le couplet sur le développement partagé et la limitation de l'immigration, pleurons un bon coup ensemble et gardons en mémoire qu'un Sénégalais qui part travailler en France fait vivre toute sa famille. Zapatero est venu faire un tour à Dakar pour causer avec Wade d'aide au développement. Tout le monde sait ici où finira la quasi totalité de cette somme. C'est désespérant. J'aimerais finir sur une note positive, mais plus on me parle du Sénégal et moins une telle fin me vient à l'esprit. J'aurais mieux fait de venir en simple touriste, mais il y a tellement de vie ici qu'il m'est impossible de rester impassible. Y'a de quoi se foutre en rogne, non?
Alors quand des immigrés de Hongrie, de Bretagne ou de Belfort nous sortent le couplet sur le développement partagé et la limitation de l'immigration, pleurons un bon coup ensemble et gardons en mémoire qu'un Sénégalais qui part travailler en France fait vivre toute sa famille. Zapatero est venu faire un tour à Dakar pour causer avec Wade d'aide au développement. Tout le monde sait ici où finira la quasi totalité de cette somme. C'est désespérant. J'aimerais finir sur une note positive, mais plus on me parle du Sénégal et moins une telle fin me vient à l'esprit. J'aurais mieux fait de venir en simple touriste, mais il y a tellement de vie ici qu'il m'est impossible de rester impassible. Y'a de quoi se foutre en rogne, non?
12.05.2006
Chronique dakaroise
Parce qu'à bien y regarder, c'est Dakar le centre. J'y passe tout mon temps, je ne parle que d'elle, de cette capitale hallucinante. Je l'entends tous les jours, je l'observe de loin, je la traverse parfois, elle m'entoure, elle est là, toujours présente. Ce sont ses habitants que je croise, écoute, aperçois. Je me souviens des temps en Italie, de ce que l'on disait de Naples depuis Rome, une battuta (une blague). Alors Dakar! Un parisien là-dedans devrait normalement péter un plomb... ou pas. Parce qu'ici, les gens vivent devant tous, ils sont là, souriants malgré une vie très dure faite de privations, réelles, pas mortelles tant que l'on a de la famille, mais c'est bien le dernier rempart contre la mort sûre. Et je commence à me dire que en fin de compte, pourquoi pas... Pourquoi n'imaginerais-je pas y vivre?
Mon amie me disait ceci de l'Inde, qu'on l'aimait ou la détestait, y'a pas de moyen terme, pour Dakar, y'a, mais faut bien y regarder avant, c'est pas qu'y'a d'la mort partout comme en Inde, mais autre chose qui peut révulser. Y'a de la vie, et la vie ça pue, ça fait du bruit, ça regarde dans les yeux. Là, depuis ce blanc strié de noir. Ca va droit au coeur.
A présent il est tard, je vais m'en fumer une dernière, une Dunhill locale en regardant les chauve-souris traverser la lune. Quand je revenais de Rome, j'étais hiérarome, un état proche de ce que les Portuguais appellent la saudade. Je suis maintenant certain que mon premier jour à Paris, et malgré ce qui me tarde de retrouver, j'éprouverai ce sentiment. Je serai hiéradakar. Ca me tarde. Pour pouvoir revenir.
Mon amie me disait ceci de l'Inde, qu'on l'aimait ou la détestait, y'a pas de moyen terme, pour Dakar, y'a, mais faut bien y regarder avant, c'est pas qu'y'a d'la mort partout comme en Inde, mais autre chose qui peut révulser. Y'a de la vie, et la vie ça pue, ça fait du bruit, ça regarde dans les yeux. Là, depuis ce blanc strié de noir. Ca va droit au coeur.
A présent il est tard, je vais m'en fumer une dernière, une Dunhill locale en regardant les chauve-souris traverser la lune. Quand je revenais de Rome, j'étais hiérarome, un état proche de ce que les Portuguais appellent la saudade. Je suis maintenant certain que mon premier jour à Paris, et malgré ce qui me tarde de retrouver, j'éprouverai ce sentiment. Je serai hiéradakar. Ca me tarde. Pour pouvoir revenir.
12.03.2006
Chronique sénégalaise
Hier, le Quotidien titrait "Au secours les coupures reviennent!" Avoir un courant régulier n'est pas chose aisée dans ce pays. Les coupures sont "normales": électricité, Internet (c'est lié), routes... Le pays est en chantier permanent, l'Etat proche de la banqueroute et l'Université en grève; mais ça va. Nous avons fait quelques petits tours en ville, poissons, légumes, poils de phacochère (!) et aujourd'hui le Lac Rose. Je me fais au rythme de cette ville, à ses sons surtout. Le soir, je fume quelques clopes sur le toit, le vent, la musique, les tambours, les chants, les discussions, le cri des oiseaux, tout me vient tranquillement dessus. Le matin je profite également de ce toit pour écouter le quartier qui se réveille. C'est un rythme. Mais je n'ai toujours pas trouvé le courage de sortir seul pour un tour en ville. J'hésite, tergiverse et procrastine.
Le Lac Rose est un lac salé, la Paris Dakar s'y achève. Quelques touristes, mais tous ces blancs d'un seul coup, ça m'a fait drôle. A Dakar, croyez le ou non, il n'y a que des noirs (et quelques libanais, et une poignée de chinois), la cornée s'y habitue, et puis comme les gens sont beaux... La deuxième semaine va commencer, peut-être par la visite de la Foire International de Dakar. On verra demain.
Le Lac Rose est un lac salé, la Paris Dakar s'y achève. Quelques touristes, mais tous ces blancs d'un seul coup, ça m'a fait drôle. A Dakar, croyez le ou non, il n'y a que des noirs (et quelques libanais, et une poignée de chinois), la cornée s'y habitue, et puis comme les gens sont beaux... La deuxième semaine va commencer, peut-être par la visite de la Foire International de Dakar. On verra demain.
12.01.2006
Chronique sénégalaise - Gorée
Bon, j'ai décidé d'exiger du gouvernement Prodi des excuses pour tout ce que l'Empire Romain a fait subir au peuple gaulois. Des siècles d'exploitation, la destruction systématique d'une culture, d'une richesse... C'est à peine imaginable, et pourtant... Le conservateur de la Maison des Esclaves est brillant, il a reconstitué le lieu et contruit un discours très convaincant sur ce qu'a été l'île de Gorée dans le commerce triangulaire. Il y a quelques omissions, des petits blancs (j'ose) dans la chronologie, des petites aberrations géographiques. A l'entendre, pendant 300 ans des millions de noirs sont passés par cette île, par cette porte si fameuse. Symboliquement c'est très fort, historiquement, c'est un peu court. Et puis, comme souvent maintenant, il faut que la traite accède au statut d'Holocauste. C'est fatiguant. D'où mon idée de lancer une pétition sur le massacre des gaulois. Même les arméniens ont eu droit à leur génocide, et nous! Hein? Noirs, juifs, arméniens, gaulois... tous dans le même sac, et plus de spécificité, l'Histoire grande souffrance et nous avons tous droit à une compensation. En français normal ça se traduit en Le Pen président; c'est un peu limite, mais y'a qu'à voir Dieudonné.
Mais Gorée, c'est pas mal, peut-être le quartier le plus propre de Dakar, le seul véritablement touristique également, une rareté. Demain, normalement, rien de prévu. J'écrirai.
Mais Gorée, c'est pas mal, peut-être le quartier le plus propre de Dakar, le seul véritablement touristique également, une rareté. Demain, normalement, rien de prévu. J'écrirai.
11.30.2006
Chronique sénégalaise
Troisième jour, malade, passé enfermé à moucher et pester contre mes éternuements. Impossible de sortir, pas le courage. Mais tout de même, je me suis déplacé de 50 mètres, seul, pour chercher une carte téléphonique. Un petit exploit. Je me sens moins mal dans la rue, toujours complètement à la masse, mais un peu moins étranger. Nous avons parlé du Sénégal, beaucoup, de ce qu'il est, de ce que les sénégalais en font. La situation n'est pas rose, peu de perspectives, mais ce qui est extraordinaire, c'est que tout le monde s'en fout, ça fait avec. Alors la vie passe, ça survit, ça s'empêche de sombrer totalement, mais pas plus. Pas facile tout ça.
Demain, c'est Gorée. Et ça suffira pour demain.
Demain, c'est Gorée. Et ça suffira pour demain.
11.29.2006
Chronique sénégalaise
Deuxième jour, premier jour complet. Nous fîmes un tour en ville. Dakar par quartiers. Dakar est un port, un port qui tourne le dos à la mer, une ville côtière entièrement dédiée à la terre. Et pourtant, cette terre ne donne rien, elle est pauvre, au dessus comme en dessous, elle ne donne rien que des cahutes, avec des gens dedans, puis autour. Le Sénégal produit des sénégalais, c'est tout, rien de plus. Rien de moins.
Chaque quartier a son style, son âme presque, quelque chose d'un rythme, qui dépend de qui est là et comment, assis au milieu de morceaux de bois, deux chèvres à côté ou adossé à une voiture, ou allongé, ou ailleurs à parler, traverser en courant, contre une boutique, à être là plus simplement, dehors, ouvert au monde. Toute la vie dakaroise se déroule sous les yeux de tout le monde, elle se passe entièrement dans ces espaces à peine délimités par des manières de murs que l'on appellerait rues. On s'y faufile, au milieu des taxis, des carrioles, des piétons, des motos, de tout ce qui se déplace. Dakar se perd les jours sans vent dans un immense nuage gris. J'y ai perdu ma voix.
Du souk principal, je garde le souvenir d'une cohue, de beaucoup de bruits, d'altercations, de sollicitations, mais rien de plus. Rien d'extraordinaire dans ces boutiks, le tout venant, il ne vaut que pour l'ambiance ce souk, je peux dire voilà, je l'ai fait. Je n'en ramènerai rien, je le sais. A Dakar tu ne fais pas de tourisme, à Dakar, tu vis. C'est tout.
Chaque quartier a son style, son âme presque, quelque chose d'un rythme, qui dépend de qui est là et comment, assis au milieu de morceaux de bois, deux chèvres à côté ou adossé à une voiture, ou allongé, ou ailleurs à parler, traverser en courant, contre une boutique, à être là plus simplement, dehors, ouvert au monde. Toute la vie dakaroise se déroule sous les yeux de tout le monde, elle se passe entièrement dans ces espaces à peine délimités par des manières de murs que l'on appellerait rues. On s'y faufile, au milieu des taxis, des carrioles, des piétons, des motos, de tout ce qui se déplace. Dakar se perd les jours sans vent dans un immense nuage gris. J'y ai perdu ma voix.
Du souk principal, je garde le souvenir d'une cohue, de beaucoup de bruits, d'altercations, de sollicitations, mais rien de plus. Rien d'extraordinaire dans ces boutiks, le tout venant, il ne vaut que pour l'ambiance ce souk, je peux dire voilà, je l'ai fait. Je n'en ramènerai rien, je le sais. A Dakar tu ne fais pas de tourisme, à Dakar, tu vis. C'est tout.
11.28.2006
Chronique sénégalaise
Hier j'arrivais à Dakar. Par la mer, par le Cap Vert, par avion. J'ai vu d'abord la brume qui entoure l'Afrique, au loin, puis j'ai pu deviner la côte, et cette eau tout à la fois huileuse et marron, des courants de pureté et de salissures, des eaux mêlées, une idée me dis-je de ce que je verrai plus loin? Puis l'arrivée en l'aéroport de Dakar, cette foule de héleurs qui m'accoste, et le sourire de Jo qui m'accueille et qui en deux gestes repousse tout le monde. Aucune crainte me disais-je, mais si j'avais été seul... Puis se furent les premiers tours de roue sur le bitume dakarois. Rien ne ressemble à tout sauf à une route qu'une route à Dakar. Personne ne suit ces tranches noirâtres striées de lignes ocres, d'une voie en sort six et nul ne s'en plaint. Et des gens partout, sur les bords, au milieu, et dans des lieux que je connaissais pas et qui pourtant existent dans les rues, des espaces de nulle part. La traversée jusqu'à son quartier, un espace où une forme de grammaire m'est connue, un peu d'Europe. Un zest.
Après un petit repos, juste compensation de 8 heures d'avion, un repas européen en diable avant une première nuit délicieuse marquée vers 5h par l'appel à la prière, un immense canon de muezzins qui traverse toute la ville. Pas un moustique, pas une araignée, des oiseaux tout au plus et le sentiment d'être dans quelque chose d'inimaginable. Je ne savais pas qu'à côté de nous existait un continent l'Afrique.
Après un petit repos, juste compensation de 8 heures d'avion, un repas européen en diable avant une première nuit délicieuse marquée vers 5h par l'appel à la prière, un immense canon de muezzins qui traverse toute la ville. Pas un moustique, pas une araignée, des oiseaux tout au plus et le sentiment d'être dans quelque chose d'inimaginable. Je ne savais pas qu'à côté de nous existait un continent l'Afrique.
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