Nuits de paresse

1.16.2007

Meetic

Depuis quelques temps, je porte à mon poignée droit un collier que j’avais acheté au Sénégal. C’est un collier multicolore que je dédouble pour qu’il tienne, et la deuxième boucle depuis ce matin passe entre le pouce et l’index. Ainsi affublée, ma main semble différente, j’ai même l’impression qu’elle ne m’appartient plus tout à fait. Et cette présence me détend. Ce collier a une histoire, et sa forme est pour moi un souvenir d’autre chose encore. Et ainsi équipé, un peu étrangé (forme active) à moi-même, je passe du temps à feuilleter le catalogue en ligne des cœurs perdus, j’ai nommé Meetic.

Et j’en passe du temps, croyez moi, à lire des fiches signalétiques, des annonces pleines d’espoirs, à visualiser des photos qui présentent la gente féminine sous (presque) toutes les coutures. Et le caractère massif de ce catalogue, son absence d’histoire, en fait un triste aide-mémoire. Le souvenir de personnes jamais rencontrées. La compulsion quotidienne de cette théorie d’individus, la présentation onirique de soi, les rêves couchés en quelques mots souvent mal choisis, tout cela crée de la distance avec ses propres souhaits, ses propres fantasmes. Toutes ces personnes sont comme ma nouvelle main, ce décorum les étrange. Mais il existe une possibilité de remettre tout ça à sa place, de déshabiller chacun, de rendre à chacun sa nudité réelle. On peut échanger et se dire on se verra, mettre du toi et du moi dans cet espace d’elles et eux.

Y’a du nous dans Meetic. Mais il faut d’abord en passer par le je triste. L’aliénation ce n’est pas qu’être étranger, c’est aussi se mettre devant soi et se réapproprier. Mais ça prend du temps. Ça tombe bien, j’en ai. Plein.

1.09.2007

Assedic

Youpi ! J’ai un nouvel employeur, le premier de France : les Assedic. Voilà une boîte qui fonctionne super bien, qui attire plein de monde, beaucoup de gens très qualifiés, et qui connaît un succès fou. Quel bonheur d’en être ! Je dois avouer que ces derniers temps, ne pas avoir de statut me pesait un peu. Je suis à présent chômeur, avec bientôt ma carte de membre, et puis j’aurai plein de réductions partout. Vendredi, je vais discuter avec quelqu’un d’important pour moi, un agent de l’ANPE. Quelqu’un de compétent qui me dira ce que je peux faire de mon avenir, il m’aidera de toutes ses forces, et grâce aux moyens de mon entreprise, j’aurai un vrai poste avec un salaire décent. Rien que d’y penser, cela me met le cœur en fête.

Je ne sais pas trop comment m’habiller pour y aller. Et dois-je passer chez le coiffeur avant, parce que mes cheveux me font une tête impossible. Et puis dois-je être rasé de près ou dois-je garder une petite barbe, pour faire genre. Et aussi, est-ce que je dois porter mon petit ensemble avec ma chemise neuve, ou bien être un peu casual, détendu. J’hésite, parce qu’il faut que je paraisse dynamique, avec une grosse envie de réussir. Et surtout il faut que je crois en moi, en mes capacités, et que je sois en mesure de présenter mon projet professionnel avec précision tout en gardant une part de rêve. Parce que rêver c’est important quand on va à l’ANPE. Et même parfois, il ne reste que ça.

1.07.2007

1, 2, 3, soleil!



J’expérimente depuis quelques jours, et ce pour la deuxième fois de ma vie, ce qu’il est communément appelé le largage. Les histoire d’amours finissent mal en général, on le savait, mais quand ça finit vraiment, ça prend une autre pâte. Comme je disais étant enfant : « c’est expériable. » Alors comme j’avais sous la main encore un peu de cervelle, je l’ai mise à contribution pour réfléchir un chouïa sur ce sentiment d’abandon.

Vous imaginez bien que je ne suis pas resté comme un con à pleurer sur mon triste sort (mais un peu tout de même), j’ai essayé de « récupérer l’affaire. » Donc SMS, mèls, coups de fil puis siège de l’appartement de la belle. C’est pendant ce dernier épisode que j’ai ressenti « réellement » quelques petites choses qui jusqu’alors n’étaient que des idées.

Je suis parti de ce petit jeu 1, 2, 3, soleil ! je tournais le dos au chemin qu’elle devait prendre, et me retournais parfois avec l’espoir de son apparition. Ce jeu doit être une sorte de réinterprétation de l’abandon et de la parousie. Second petit truc, l’apparition. A force d’imaginer que quelque chose doit advenir, des formes d’hallucination se présentent à nous. Il va venir ! Phrase bien connue de tous les fanatiques de l’apocalypse. Et puis troisième petite chose c’est l’affrontement entre ce que l’on peut imaginer dans ces momens-là et la réalité, ou plutôt la réalisation partielle de l’imaginaire. Dans l’attente d’un événement, l’imaginaire réinvestit totalement notre entourage multipliant les presques vus, les presques sentis, les presques entendus.

Une fois face à l’objet de mes attentions (je n’ose utiliser « objet de mon désir ») tout le trouble qui m’entourait disparut. Le dévoilement en quelques sortes après l’angoisse de l’attente et ses jeux. Elle comblait la faille que j’avais laissée s’ouvrir à mes pieds. Bon, ça n’a pas fonctionné, mais je ne m’abandonne pas tout espoir. Perseverare diabolicum. 1, 2, 3.

12.13.2006

Photos Dakar

Chronique dakaroise - Paris

Bon, c'est fini. Dakar est déjà loin, Paris s'impose. Tout est machin-bidulé comme avant. Que reste-t-il de Dakar? L'impression d'y être allé, la sensation d'avoir fait un voyage improbable, mon corps réagit étrangement à ce retour, un peu découragé sans raisons exprimables... C'est ainsi ma manière d'être hiéradakar. C'est le problème des membrames poreuses et de l'osmose, la nature (Mame ou l'homme) cherche obstinément l'équilibre, quitte à effectuer des transferts importants. Toute cette vie à Dakar m'a gonflé de vie, moi qui en manquait, et me voilà à Paris, gonflé de vie alors petit à petit j'évacue. On appelle ça des écoulements... pas jolie nom mais ça ressemble à des écoulements, écoulements de tout ce que j'ai absorbé. Ca suinte.
Dakar est déjà loin. J'y retournerai, croix de bois! Et j'irai aussi au Mali, et peut-être aussi au Burkina. Et ailleurs encore, mais pas tout de suite. J'ai des choses à faire. Plein de choses. Plein.

12.11.2006

Chronique dakaroise

Dernier jour, derniers instants puisque je pars vers 16h de Dakar nach Paris, dernières impressions du lieu.
Hier était une grosse journée. Nous sommes allés à Joal. Aucun rapport avec l'équidé québécois, c'est un village de pêcheurs constitué sur des îlots gagnés sur la mer à force de coquillages. Bref des îlots de coquillage. Et c'est là qu'est né Senghor, à côté, à 5 mn du pont qui y mène. Après 1h30 de route et plus de 10 jours de Dakar, ce passage un peu dans le Sénégal était une bénédiction. Air pur, calme, pas de voitures, peu de monde, quelques touristes mais sans plus. Un guide obligatoire, un peu d'Histoire, histoire de faire dans le tuturel et pis à table. Huitres locales, du porc (le coin est chrétien), et digestion en bord de vase. Endroit bien agréable.
Le retour fut rude. Quand on arrive sur Dakar, on voit d'abord le nuage de pollution autour. Et le reste arrive en désordre. De Rufisque à Dieuppeul le parcours est apocalyptique. Et fort long malgré le peu de distance. On a bouffé de la poussière jusqu'à faire très couleur locale.
Le soir restau français, pour voir. Farpait. Conduire à Dakar la nuit c'est comme le jour sauf qu'on y voit rien. Faut croire qu'on a eu de la chance, nous sommes arrivés entiers et prêts au sommeil. Nuit calme. Je dis ça parce que la veille, toute la ville faisait la fête, et ce jusqu'à 3h du mat. Rien de spécial, c'était un samedi soir ordinaire. Tout le monde me dit ici que Dakar se découvre la nuit, quand les sénégalais font la fête. Ce sera pour la prochaine fois.

12.08.2006

Chronique dakaroise

Ces deux derniers jours furent consacrés aux achats. Parce qu'il était impossible que je parte aussi léger qu'à l'arrivée. Donc petits tours aux marchés. Nous avions le choix, les marchés c'est pas ce qui manque ici, la rue est un immense marché où chacun va acheter en face ce qu'il vend sur son échoppe, mais ce qu'il m'intéressait d'avoir c'était des trucs un peu locaux, puisque parler d'une quelconque tradition artisanale n'a aucun sens. Donc nach Soumbedioune. Pour ceux qui connaissent, c'est le marché pour les touristes. Impossible de passer au Club Med de Dakar sans y faire un tour. Actuellement, des gros travaux sont en cours près de ce marché, la route de la corniche est défoncée, un tunnel est en préparation. Traverser cet immense chantier n'est pas des plus aisés. Mais bon, perseverare...
Une fois sur place, je m'attendais au pire, à être enseveli sous les propositions, ben non, plutôt calmes qu'ils étaient les vendeurs, tout s'est passé correctement, il faut dire que le manque de chalands pousse à la mollesse les commerçants; à part le rituel "Plaisir des yeux", nous fûmes quasiment ignorés. Il fallait se décider à un moment à rentrer dans une des cases. Car toutes se ressemblent, toutes vendent les mêmes choses. Les rares blancs du coin s'entassaient du côté des bijoutiers. L'or n'est pas cher ici. Par instinct, je choisis une échoppe en bord de parcours. Peut-être avons nous eu beaucoup de chance jusqu'à présent, mais tous les commerçants rencontrés ont été charmants avec nous. De vrais commerçants qui connaissaient bien leurs produits, et la psychologie des blancs en goguette.
J'ai claqué une petite fortune chez ce vendeur de vêtements, et un peu moins chez un autre, vendeur de babioles constituées à la récup'. Il fallait en passer par là, j'y allais en reculant, et bien j'en garde un bon souvenir de ces petits achats. J'ai fait le vrai touriste. En fait, c'est pas mal le tourisme. On s'laisse aller.

12.06.2006

Chronique dakaroise

J'alterne, un jour on fait une sortie, le lendemain, on reste à la villa. Aujourd'hui, rien en perspective. Hier nous sommes passés par la Foire International de Dakar. Je m'attendais, après description, à un immense bordel, accumulation de tout ce que j'avais pu voir pendant cette dizaine. Un peu déçu de ce côté: c'était clean, bien organisé, avec toujours des petits à côté bien sympas, mais on s'y retrouvait sans difficultés. Cette Foire a été l'occasion de voir combien le Sénégal était indigent: rien ne se produit sur son sol, rien ne se créée. Ca transforme: lait, tabac, poisson, fruits, mais uniquement des trucs importés. Pas de culture locale vivace, aucun artisanat. Et c'est pas prêt de changer avec l'arrivée massive de tous les produits venus de Chine qui prennent le relais des "dons" de l'Union Européenne (parler de dumping des produits agricoles serait plus juste). Il faut dire que cette terre a surtout produit des hommes pour l'exportation, le commerce triangulaire était florissant à l'époque. A présent la seule richesse du pays est son émigration, ce sont les Sénégalais de l'extérieur qui apportent des devises, chaque Sénégalais qui part, en d'autres mots, enrichit le pays. C'est triste.
Alors quand des immigrés de Hongrie, de Bretagne ou de Belfort nous sortent le couplet sur le développement partagé et la limitation de l'immigration, pleurons un bon coup ensemble et gardons en mémoire qu'un Sénégalais qui part travailler en France fait vivre toute sa famille. Zapatero est venu faire un tour à Dakar pour causer avec Wade d'aide au développement. Tout le monde sait ici où finira la quasi totalité de cette somme. C'est désespérant. J'aimerais finir sur une note positive, mais plus on me parle du Sénégal et moins une telle fin me vient à l'esprit. J'aurais mieux fait de venir en simple touriste, mais il y a tellement de vie ici qu'il m'est impossible de rester impassible. Y'a de quoi se foutre en rogne, non?

12.05.2006

Chronique dakaroise

Parce qu'à bien y regarder, c'est Dakar le centre. J'y passe tout mon temps, je ne parle que d'elle, de cette capitale hallucinante. Je l'entends tous les jours, je l'observe de loin, je la traverse parfois, elle m'entoure, elle est là, toujours présente. Ce sont ses habitants que je croise, écoute, aperçois. Je me souviens des temps en Italie, de ce que l'on disait de Naples depuis Rome, une battuta (une blague). Alors Dakar! Un parisien là-dedans devrait normalement péter un plomb... ou pas. Parce qu'ici, les gens vivent devant tous, ils sont là, souriants malgré une vie très dure faite de privations, réelles, pas mortelles tant que l'on a de la famille, mais c'est bien le dernier rempart contre la mort sûre. Et je commence à me dire que en fin de compte, pourquoi pas... Pourquoi n'imaginerais-je pas y vivre?
Mon amie me disait ceci de l'Inde, qu'on l'aimait ou la détestait, y'a pas de moyen terme, pour Dakar, y'a, mais faut bien y regarder avant, c'est pas qu'y'a d'la mort partout comme en Inde, mais autre chose qui peut révulser. Y'a de la vie, et la vie ça pue, ça fait du bruit, ça regarde dans les yeux. Là, depuis ce blanc strié de noir. Ca va droit au coeur.
A présent il est tard, je vais m'en fumer une dernière, une Dunhill locale en regardant les chauve-souris traverser la lune. Quand je revenais de Rome, j'étais hiérarome, un état proche de ce que les Portuguais appellent la saudade. Je suis maintenant certain que mon premier jour à Paris, et malgré ce qui me tarde de retrouver, j'éprouverai ce sentiment. Je serai hiéradakar. Ca me tarde. Pour pouvoir revenir.

12.03.2006

Chronique sénégalaise

Hier, le Quotidien titrait "Au secours les coupures reviennent!" Avoir un courant régulier n'est pas chose aisée dans ce pays. Les coupures sont "normales": électricité, Internet (c'est lié), routes... Le pays est en chantier permanent, l'Etat proche de la banqueroute et l'Université en grève; mais ça va. Nous avons fait quelques petits tours en ville, poissons, légumes, poils de phacochère (!) et aujourd'hui le Lac Rose. Je me fais au rythme de cette ville, à ses sons surtout. Le soir, je fume quelques clopes sur le toit, le vent, la musique, les tambours, les chants, les discussions, le cri des oiseaux, tout me vient tranquillement dessus. Le matin je profite également de ce toit pour écouter le quartier qui se réveille. C'est un rythme. Mais je n'ai toujours pas trouvé le courage de sortir seul pour un tour en ville. J'hésite, tergiverse et procrastine.
Le Lac Rose est un lac salé, la Paris Dakar s'y achève. Quelques touristes, mais tous ces blancs d'un seul coup, ça m'a fait drôle. A Dakar, croyez le ou non, il n'y a que des noirs (et quelques libanais, et une poignée de chinois), la cornée s'y habitue, et puis comme les gens sont beaux... La deuxième semaine va commencer, peut-être par la visite de la Foire International de Dakar. On verra demain.

12.01.2006

Chronique sénégalaise - Gorée

Bon, j'ai décidé d'exiger du gouvernement Prodi des excuses pour tout ce que l'Empire Romain a fait subir au peuple gaulois. Des siècles d'exploitation, la destruction systématique d'une culture, d'une richesse... C'est à peine imaginable, et pourtant... Le conservateur de la Maison des Esclaves est brillant, il a reconstitué le lieu et contruit un discours très convaincant sur ce qu'a été l'île de Gorée dans le commerce triangulaire. Il y a quelques omissions, des petits blancs (j'ose) dans la chronologie, des petites aberrations géographiques. A l'entendre, pendant 300 ans des millions de noirs sont passés par cette île, par cette porte si fameuse. Symboliquement c'est très fort, historiquement, c'est un peu court. Et puis, comme souvent maintenant, il faut que la traite accède au statut d'Holocauste. C'est fatiguant. D'où mon idée de lancer une pétition sur le massacre des gaulois. Même les arméniens ont eu droit à leur génocide, et nous! Hein? Noirs, juifs, arméniens, gaulois... tous dans le même sac, et plus de spécificité, l'Histoire grande souffrance et nous avons tous droit à une compensation. En français normal ça se traduit en Le Pen président; c'est un peu limite, mais y'a qu'à voir Dieudonné.
Mais Gorée, c'est pas mal, peut-être le quartier le plus propre de Dakar, le seul véritablement touristique également, une rareté. Demain, normalement, rien de prévu. J'écrirai.

11.30.2006

Chronique sénégalaise

Troisième jour, malade, passé enfermé à moucher et pester contre mes éternuements. Impossible de sortir, pas le courage. Mais tout de même, je me suis déplacé de 50 mètres, seul, pour chercher une carte téléphonique. Un petit exploit. Je me sens moins mal dans la rue, toujours complètement à la masse, mais un peu moins étranger. Nous avons parlé du Sénégal, beaucoup, de ce qu'il est, de ce que les sénégalais en font. La situation n'est pas rose, peu de perspectives, mais ce qui est extraordinaire, c'est que tout le monde s'en fout, ça fait avec. Alors la vie passe, ça survit, ça s'empêche de sombrer totalement, mais pas plus. Pas facile tout ça.
Demain, c'est Gorée. Et ça suffira pour demain.

11.29.2006

Chronique sénégalaise

Deuxième jour, premier jour complet. Nous fîmes un tour en ville. Dakar par quartiers. Dakar est un port, un port qui tourne le dos à la mer, une ville côtière entièrement dédiée à la terre. Et pourtant, cette terre ne donne rien, elle est pauvre, au dessus comme en dessous, elle ne donne rien que des cahutes, avec des gens dedans, puis autour. Le Sénégal produit des sénégalais, c'est tout, rien de plus. Rien de moins.
Chaque quartier a son style, son âme presque, quelque chose d'un rythme, qui dépend de qui est là et comment, assis au milieu de morceaux de bois, deux chèvres à côté ou adossé à une voiture, ou allongé, ou ailleurs à parler, traverser en courant, contre une boutique, à être là plus simplement, dehors, ouvert au monde. Toute la vie dakaroise se déroule sous les yeux de tout le monde, elle se passe entièrement dans ces espaces à peine délimités par des manières de murs que l'on appellerait rues. On s'y faufile, au milieu des taxis, des carrioles, des piétons, des motos, de tout ce qui se déplace. Dakar se perd les jours sans vent dans un immense nuage gris. J'y ai perdu ma voix.
Du souk principal, je garde le souvenir d'une cohue, de beaucoup de bruits, d'altercations, de sollicitations, mais rien de plus. Rien d'extraordinaire dans ces boutiks, le tout venant, il ne vaut que pour l'ambiance ce souk, je peux dire voilà, je l'ai fait. Je n'en ramènerai rien, je le sais. A Dakar tu ne fais pas de tourisme, à Dakar, tu vis. C'est tout.

11.28.2006

Chronique sénégalaise

Hier j'arrivais à Dakar. Par la mer, par le Cap Vert, par avion. J'ai vu d'abord la brume qui entoure l'Afrique, au loin, puis j'ai pu deviner la côte, et cette eau tout à la fois huileuse et marron, des courants de pureté et de salissures, des eaux mêlées, une idée me dis-je de ce que je verrai plus loin? Puis l'arrivée en l'aéroport de Dakar, cette foule de héleurs qui m'accoste, et le sourire de Jo qui m'accueille et qui en deux gestes repousse tout le monde. Aucune crainte me disais-je, mais si j'avais été seul... Puis se furent les premiers tours de roue sur le bitume dakarois. Rien ne ressemble à tout sauf à une route qu'une route à Dakar. Personne ne suit ces tranches noirâtres striées de lignes ocres, d'une voie en sort six et nul ne s'en plaint. Et des gens partout, sur les bords, au milieu, et dans des lieux que je connaissais pas et qui pourtant existent dans les rues, des espaces de nulle part. La traversée jusqu'à son quartier, un espace où une forme de grammaire m'est connue, un peu d'Europe. Un zest.
Après un petit repos, juste compensation de 8 heures d'avion, un repas européen en diable avant une première nuit délicieuse marquée vers 5h par l'appel à la prière, un immense canon de muezzins qui traverse toute la ville. Pas un moustique, pas une araignée, des oiseaux tout au plus et le sentiment d'être dans quelque chose d'inimaginable. Je ne savais pas qu'à côté de nous existait un continent l'Afrique.

11.22.2006

www.ubu.com

Depuis quelque temps, je tente de me doter d’une culture musicale un peu plus classique. C’est une tâche ardue à mon âge. Je n’ai pas dans l’oreille les grands arias, les suites et autres pièces musicales fondamentales. Je ne connais presque rien des grands courants musicaux, j’avais juste un peu de musique arabo-andalouse, un peu de baroque, et puis Chopin, Satie. Diverses rencontres ont porté à ma connaissance Verdi, Puccini, Mahler, Beethoven, Bach, et puis Dvorak, Grieg, Bartok et quelques contemporains. La liste est longue, et plus j’en connais et plus je vois l’étendue de mon inculture. Tous les jours, j’en apprends davantage. Mais voilà, ne pas avoir cette base fondamentale n’est en fin de compte pas si handicapant. Je ne m’enferme dans aucun genre, je suis prêt à tout écouter, à tout découvrir, et il suffit parfois de goûter une chose pour se laisser aspirer dans un nouvel univers.

Ce fût une rencontre anodine. Un jour que je discutais avec un collègue, est arrivé dans la conversation un film imbittable, constitué d’images enchaînées sur des thèmes de Philip Glass. Un mot-clé. Ce nom en amenait un autre, Steve Reich. Et un style, la musique de sample, d’échantillon, pour faire court. Des formes reprises, modifiées, déformées, enrichies. Une musique qui sied bien au mode de production social moderne, sa réinterprétation pour tout dire. A partir de ces deux auteurs, j’ai commencé un tour d’inspection de tout ce qui se produisait d’abord au plus proche, et par cercles en savoir plus loin. John Adams, Robert Ashley, Mauricio Kagel et Ligeti, Pärt, Gorecki, et Bartok, Britten et John Coltrane. Ces courants musicaux ne sont pas autonomes, sui generis, ils sont une part de courants culturels plus vastes, ils en sont une forme.

Tous ces courants, ces cheminements, ces auteurs, toutes ces rencontres, ces œuvres, tout ce magma peut se retrouver, partiellement certes, mais gratuitement, immédiatement sur un site. Je ne peux que vous encourager à aller y grappiller quelques morceaux, quelques textes ou quelques films.

11.19.2006

Socialisme périphérique ?

La victoire de Melle Royal était attendue, presque écrite d’avance. A chaque Assemblée Générale, les nouveaux adhérents martelaient qu’ils voulaient un représentant du PS au second tour, et un représentant qui puisse battre Sarkozy. Les sondages allaient dans ce sens ; Melle Royal était la plus à même d’exaucer ces deux vœux. Plusieurs chevau-légers du parti se sont ralliés au panache de Ségolène, contre une promesse, par opportunisme, parce qu’il le fallait. La particularité du ticket Royal c’est qu’il associe les légitimistes du parti et les « modernes », ceux qui n’ont pas encore le poids qu’ils mériteraient au sein du parti. Maintenant que les urnes ont parlé, nous pouvons un peu mieux comprendre ce qu’il est en train de se passer dans le parti.

Depuis belle lurette, le PS n’est plus un parti ouvrier mais un parti de salariés, de cadres moyens. Le PS n’est plus un parti de militants, et c’est une nouveauté, mais un parti d’adhérents, nouvelle forme d’engagement politique, moins concrète, moins sensible aux discours totalisants, aux constructions idéologiques. Le PS a aussi beaucoup recruté hors de ses bastions, dans des régions où il était moins bien implanté. Ces évolutions expliquent en grande partie le succès de Melle Royal, de son discours pragmatique, moins orthodoxe, plus souple, moins idéologique, parce que ça tâtonne, on fait dans l’immanent, l’exemple concret, les valeurs sont là mais un peut en retrait, ce sont des pré requis, des évidences. Quelques-uns de ses adversaires l’ont attaquée sur les valeurs socialistes, mettant en doute le simple fait qu’elle puisse être de gauche, faisant choux blanc à chaque fois.

Ce discours simple, cette façon de dialogue avec les adhérents a plu, mais il ne faut pas oublier que cela n’a en aucun cas modifié les vieilles allégeances, les vieux bastions ont suivi en majorité les appels des dirigeants des fédérations, les éléphants ont toujours le même poids, les structures du parti sont toujours aussi pétrifiées. Pas de révolution au sommet, peu de sang neuf, c’est à la base que les choses ont changé et il faudra du temps pour que ça remonte. Il faudra aussi voir si les nouveaux adhérents vont rester dans le parti, s’ils vont renouveler leur carte, s’ils vont aller sur le terrain. Rien n’est moins sûr. Ce n’est après tout peut-être qu’une bulle spéculative, un petit jeu mis en scène par une poignée de caciques du parti.

Les différentes études sur l’évolution du vote des Français montre que depuis les débuts de la IIIème République, les évolutions ont été très lentes, et même marginales, et que seules les grandes évolutions sociales engendrent des évolutions politiques. Le succès du Front National n’est pas le fait de Mitterrand, mais la conséquence de la déréliction du monde ouvrier et de ses représentants classiques, ou plus loin de nous la fin du monde paysan et de ses solidarités explique en partie la montée du fascisme en Europe.

Or que s’est-il passé ces vingt dernières années ? Paupérisation du salariat, perte de revenus des classes moyennes, explosion de la part du capital dans le travail, et donc de la rentabilité du travail, et enfin, mais je m’avance peut-être un peu trop, la fin de la fonction historique des classes intellectuelles. Dans le même temps, la représentation politique a peu évolué. Irait-on tranquillement vers ce qu’on appelait la fin du politique ? Dans la société spectaculaire la politique n’est plus un enjeux, cette forme réifiée des rapports sociaux semble perdre sa fonction symbolique, elle ne catalyse plus les luttes sociales. Comme aux Etats-Unis, deux partis se partagent les fonctions de l’Etat au mieux des intérêts des classes dirigeantes, sans s’en cacher. On sait qui gouverne et pour qui, vous avez pu le lire dans les journaux, comme une évidence. Nous savons ce qu’il en coûte au peuple américain de vivre sous ce régime.

Plus que 400 ans.

11.15.2006

Zapatero

Voilà un destin surprenant. Le leader du PSOE avait cette image de premier de la classe, un peu falot, sans charisme, loin du tonitruant, et encore, Felipe González. Arrivé par hasard à la tête du gouvernement espagnol après l’horrible carnage de mars 2004, il avait dû constituer un gouvernement à partir d’une équipe sûre de perdre, mal préparée, gratter à droite et à gauche (façon de parler) pour présenter un projet de gouvernement cohérent. On voit, plus de deux ans plus tard, les résultats. La gauche espagnole a repris en grande partie les programmes des gauches libérales européennes, et Zapatero se trouve être un compromis étonnant entre Tony Blair et Lionel Jospin. Il a gagné en épaules, a su gagner l’estime de nombreux dirigeants européens, a remis l’Europe au centre des intensions politique du gouvernement espagnol, a imposé à une Espagne que l’on croyait rétrograde des innovations sociales importantes.

L’exemple d’un gouvernement de gauche, certes libéral, mais qui a su imposer en politique ce petit quelque chose qui manque en France. Au sortir des multiples débats entre les différents candidats à la candidature, je ne vois toujours pas ce que la SFIO a de réellement original ; ça ressemble a ce que nous avons vu auparavant, on reprend le flambeau de Jospin, on prépare une « gouvernance » partagée avec les verts, les radicaux et les néo-communistes, pas de politique sociale innovante, rien de révolutionnaire en termes économiques (on aurait aimé au moins quelques propositions « socialistes » : cogestion, régulation voire nationalisation…), c’était vraiment le moment puisque paraît-il le candidat désigné sera le prochain Président de la République. Dit-on dans les milieux autorisés.

Virer la Droite est la première chose à faire, après cinq ans de régressions sociales le boulot de reconstruction sera difficile. Ensuite, faire le boulot que Jospin n’a pas fait, renforcer notre système de protection sociale, puis revenir sur les « innovations » introduites dans le droit du travail, relancer la construction européenne… Travail parfois ingrat, délicat, mais nécessaire. Alors en cette veille de vote des adhérents du PS, qui serait le meilleur candidat ? Voilà la question que tout le monde me pose, en argumentant à l’envie sur les capacités d’un tel ou d’une telle, sa carrure, sa puissance intellectuelle, ses performance en épaulé-jeté, et tout le bazar. Personnellement, ces questions sont absurdes puisqu’elles n’intéressent en fin de compte que les caciques du parti, dans mon esprit, c’est aux adhérents de donner une direction au Parti Socialiste, une impulsion à gauche, c’est pour cette raison (uniquement la dernière) que je voterai Fabius, malgré tout ce que je peux penser du personnage et de la politique qu’il a réellement menée. J’y irai comme la dernière fois que j’ai eu à voter, à reculons, mais c’est un devoir. Ce n’est que ça.

11.13.2006

Blogs

Quand on découvre le monde des blogs, au début, on est nauséeux, toujours les mêmes petites choses malhabilement montrées, les petits tas de secrets comme les grandes découvertes, ce matin, j’ai fait ceci ou ça c’est le Caire au petit matin, voici mon enfant ou mon chien ou le dernier papier électronique. Parfois on y croise des curriculum vitae, des démonstrations mathématiques et puis… Il y a des petites choses délicates, des moments partagés sans exhibitionnisme, des univers qui se découvrent, doucettement, des amis qui se parlent juste comme ça, des particuliers qui atteignent un petit quelque chose d’universel. Il y a de la poésie là-dedans, des souffrances légères, des joies paisibles, y’a d’la vie quoi !

Depuis quelques temps, je navigue dans cet Océan de trois fois rien, d’abord pour pêcher des idées de mise en forme de mon propre blog, des « tips », des outils pratiques, je lis les pages en HTML, un peu comme un vieux loup, à la dure, et aussi pour lire ce qui se montre à voir. J’en garde quelques uns sous le coude, je pose un commentaire ici, une invitation là, et je retourne, souvent régulièrement d’ailleurs, vers certains. Hier, j’ai vu un homme, viré de son entreprise avec un petit pécule, démontrer, en action, qu’il pouvait le faire grandir en jouant sur des sites de paris en ligne ; j’ai vu une jeune fille faire des roulés-boulés dans le sable avec des sourires jusque-là ; j’ai vu une dame âgée qui présentait son Paris ; j’ai vu un jeune homme qui rêvait sa vie en faisant des collages sur des airs Situ ; j’ai vu un jeune couple avec enfant faire leur tour du monde.

Ce sont des petits contes, des petites histoires souvent sans prétentions, des instants de vie. Mais au milieu de combien de choses sans saveurs, sans qualités, sans imagination, des blogs de passionnés à la manque, d’obsédés, de culs bénis, de culs terreux, à dix fautes la ligne. Il faut passer par des tunnels de médiocrité pour atteindre cette petite chose, ce moment de recueillement qui offre un soupir. Mais bon, je n’échangerai pour rien au monde une page de London contre tous les blogs du monde. Faut pas déconner !

11.10.2006

Ana (étude)

… d’une rencontre fortuite, inattendue, un instant fragmenté, qui n’avait plus aucun lien avec ce qui se passait. Je marche tout le temps, sans arrêt, j’aime ça, je réfléchis, j’imagine les endroits que je traverse, les visages que je vois, ce qui je suis, tout ce que je pourrais être, tous ceux que je pourrais rencontrer, tout ce qui pourrait m’arriver, tout. Je faisais tout ça sans savoir que je construisais patiemment ce moment où tout s’échappe, où tout se brise, où tout disparaît, où tout s’évapore autour de soi. Une fine lame d’instant qui tranche le temps qui passe. L’incontinuité, la disharmonie, le trou. A glance in the glimpse. Et tout s’est éclairci, tout est devenu réel, vrai, sincère, délicat, tout est devenu beau, tout m’arrivait à la fois, tout ce qui se cachait, un surgissement. Une lalarmelarmerlarmeme au fond des yeux. Dans cet évanouissement, j’ai retrouvé la sensation de mes mains qui se ferment, des ongles qui irritent la paume, les poils qui frissonnent dans le vent, la chaleur de ma peau qui se touche, l’énergie qui se tient dans le petit espace vibrionnant au sein de ma chair. Mes veines sourdaient dans mon oreille la pulsation disparue de mon cœur, marquaient cet instant perdu par une vibration que j’appelais Anaanaanananannanannananannana. Un souffle de mon métabolisme, là. Doucement. Et j’ai entendu, j’ai entendu, j’ai entendu, j’ai entendu mon nom sortir de mon oreille en échos froissés…

11.08.2006

Répétitions et dissonances

Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est irn. Rien n’est rienn. Rien n’et rien. Rien n’est rien . Rin n’est rien. Rien n’est ren. Rien n’en rien. Rien n’est rien . Rien en’es rien. Rnei n’est rie. Nrie n’est rie. Rein n’est rne. Rien ’es neir. Rien ’en Rien. N’ie rn’es rie. Rien n’es nri. Riene n’esi. Rien ‘ne irn. Ien’ne . Rien sn’ei rien ‘enst. Rien ‘net ri. Rien n’et Ri. Nirne ’n rn. Risn ‘iN. Rien dnei. Nei rns. Nriein e. Rien dn’ei . nrisn ‘e n. rien ‘ne n’. Irn risn ‘. Rin st n. eirtn e’. Rien n’est rien. Rien ‘nes ri. Rien ‘esti. Eirn esi. rien st’e. Rien n’ei rin. Ri’n eisnr. Rien ‘nesi. Rien en’is t. rien ‘nest. rien ‘nest r. Rien nesi rrn. Rin esis. Rien n’et rie. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien.